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Auteur Fil de discussion: Contes d'ici et d'ailleurs  (Lu 23078 fois)
bunni
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« Répondre #675 le: 12 Novembre 2014 à 15:52:14 »


Crabouille et le livre magique

Il y a longtemps, bien longtemps, perdu au coeur de la forêt, dormait un petit village. Des arbres bordaient les chemins. La vie y était paisible. Les gens étaient heureux et les enfants jouaient, riaient.
 
   A la lisière de la forêt, dans une petite ferme au toit de chaume, habitait un pauvre paysan. Il se prénommait Barnabé. Il était habillé d’un pantalon rapiécé, d’une veste toute déchirée et d’un vieux chapeau de paille sous lequel il cachait de beaux yeux clairs qu’il tenait de son grand-père. Il était chaussé de beaux sabots de bois.
 
     C’était un vieil homme plein de ressources. Il avait très bon coeur ; il partageait souvent le foin de ses bêtes avec celles des voisins. A l’automne, il invitait les enfants à venir remplir leurs paniers de pommes. Ce brave homme ne savait ni lire, ni écrire, mais il adorait raconter des histoires aux enfants sous son pommier aux branches arrondies.
 
     Le printemps arrivait à grands pas et les bourgeons s’ouvraient au soleil. Myosotis, primevères et jonquilles éclairaient de mille feux le jardin de Barnabé. Un jour, de bon matin, il décida de labourer son champ. Il se dirigea vers la grange pour chercher sa charrue et y atteler ses boeufs. La journée fut rude car le champ était grand et les bêtes fatiguaient. Au coucher du soleil, en terminant son dernier sillon, la charrue butta sur un objet.

                                          LA CHANSON DU PASSÉ SIMPLE
 
Ce jour-là
Son champ il laboura, a.i, a.s, a
Un objet pointu il aperçut, u.s, u.s, u.t
Un coffre il découvrit, i.s, i.s, i.t
Son souffle il retint, i.n.s, i.n.s, i.n.t
C’est si simple, le passé simple
 
Il le souleva méticuleus’ment et le posa
Il le nettoya, le tourna, le retourna
Il le secoua, le jeta, prit un outil et força
Il essaya de l’ouvrir mais il ne réussit pas
 
Fatigué et découragé, il eut une idée
Sur une pierre il s’assit, sa faucille il saisit
Sur le coffre il la brandit et cela fit grand bruit
De l’ouvrir il eut peur mais il écouta son coeur


Le coffre était en bois de chêne. A l’intérieur, il découvrit un livre étrange. Il était très vieux et couvert de poussière. Sa couverture de cuir portait des inscriptions dorées. Ses pages en parchemin étaient toutes jaunies. En l’ouvrant, il entendit une mélodie si douce et si étrange qu’il sursauta. Il avait l’impression de rêver. Cette mélodie l’ensorcelait. C’est alors que des lettres couleur d’or s’envolèrent du livre, tournèrent autour de lui comme un tourbillon puis reprirent leur place dans le livre. Quelques-unes s’échappèrent dans la forêt. Il les suivit des yeux.
 
     Reprenant le livre, Barnabé, stupéfait, découvrit alors qu’il savait lire. Il s’assit sur le coffre et lut quelques pages de l’histoire. Il était si passionné qu’il ne sentait plus la fraîcheur du soir sur son visage. Le vieil homme était heureux car enfin son rêve pouvait se réaliser : il pourrait raconter tant de nouvelles histoires !
 
     Le lendemain matin, dès l’aube, il rassembla tous les enfants des fermes voisines sous son pommier. Quand ils furent installés, Barnabé commença à leur lire une très belle histoire. Il lisait doucement. Émerveillés par le récit, tous écoutaient attentivement. Ils restaient là bouche-bée, les yeux écarquillés.  Quand il voulut raconter la fin de l’histoire, il découvrit des pages blanches où il n’y avait plus de lettres. Cela le rendit très malheureux. Comment pourrait-il finir l’histoire ?
 
    A une lieue de là, habitait une méchante sorcière. Elle s’appelait Crabouille. Elle avait très mauvais caractère. C’était une jeteuse de sorts ; à chaque fois qu’elle prononçait une formule magique, elle avait le hoquet. Quand elle était en colère, elle transformait les enfants en chiens et en chats.

                                           LA CHANSON DE L’IMPARFAIT
 
A.i.s  a.i.s, a.i.t, i.o.n.s, i.e.z et a.i.e.n.t
Elle grognait, elle soufflait, elle criait
Ça chante ait, c’est l’imparfait
 
            Elle avait un nez crochu avec une grosse verrue
Son chapeau était pointu, des yeux d’chat y’étaient pendus
Elle portait des souliers tissés avec des  toiles d’araignées
Ses dents étaient toutes cassées et sa peau toute fripée
 
Sur un pupitre était posé un vieux grimoire de magie noire
Dans un drôle de chaudron, elle mélangeait des potions
Sur un petit feu de bois mijotaient des yeux de chats
De la bave de crapauds et des langues de boas


Un matin, Crabouille décida de préparer une potion ; il lui manquait quelques ingrédients. Elle prit son panier en osier, ferma la porte du manoir et partit sur le chemin de la forêt. Elle commença par cueillir des herbes : du thym, de la citronnelle, des orties. Soudain, elle fut attirée par quelque chose d’étrange sur le tronc d’un arbre. Curieuse, elle s’approcha tout doucement, pensant que les formes noires qu’elle apercevait étaient des insectes qui lui serviraient pour préparer sa tisane préférée, la tisane de crapauds. Mais quelle surprise en découvrant des lettres dispersées sur le tronc de l’arbre. D’où cela pouvait-il provenir ?
    
     Tout à coup, à son grand étonnement, les lettres se déplacèrent et se mirent en ordre en formant des mots puis des phrases. Elle se dit que ces lettres provenaient sûrement d’un livre magique. Il fallait absolument le récupérer. Elle se cacha derrière un buisson et attendit.

Au même moment, Barnabé quittait le village pour partir à la recherche des lettres dans la forêt, emportant avec lui le précieux livre. Le soir venu, les enfants ne le voyant par rentrer, s’inquiétèrent de son absence. Ils se réunirent sous son pommier et discutèrent. Ils étaient bouleversés, malheureux. L’un d’eux, le plus âgé, monta sur un tronc d’arbre et prit la parole : « Ecoutez les amis, la situation est grave ; Barnabé a disparu. Il faut que l’un de nous parte à sa recherche »
 
    C’est alors qu’un petit garçon, attristé par la disparition du paysan, s’assit à l’écart sur une pierre. Il s’appelait Marcellin. Il avait les cheveux châtains, des yeux noisette, quelques taches de rousseur sur son visage. C’était un garçon habile et courageux. Il remarqua, à ses pieds, un escargot venu d’on ne sait où, qui s’approchait de lui. C’était un escargot un peu plus gros que les autres. Il possédait des antennes rigolotes.. Tout à coup, un rayon de soleil caressa sa coquille qui se transforma en une boule de cristal. L’enfant vit apparaître une image : Barnabé était accroupi dans une malle sur laquelle était assis un dragon. Le garçon frotta bien ses yeux. Il ne rêvait pas : dans la coquille de cristal, le paysan s’adressa à lui : « Je suis dans une tour, prisonnier de la sorcière Crabouille qui a volé le livre, viens vite à mon secours ! ».
 
     A ce moment, un nuage cacha le soleil et la coquille reprit sa forme. L’image disparut. Marcellin raconta son histoire aux autres enfants mais personne ne le crut car il était le seul à avoir vu la coquille se transformer en boule de cristal. L’escargot, qui était resté près de lui, réfléchit quelques instants et dit : « C’est toi qui iras délivrer Barnabé, car tu es le plus courageux ! »

                                       LA CHANSON DU FUTUR SIMPLE
 
Demain matin, tu te mettras en chemin
Je t’accompagnerai, je te guiderai
Des gentils lutins t’accueilleront
Le futur simple nous chanterons
R.a.i, r a.s, r a, r o.n.s, r e.z, r o.n.t
 
Par le chemin de la forêt tu partiras
Une belle rivière tu longeras
Un compagnon tu rencontreras
Et avec lui tu voyageras

L’arbre le plus haut de la forêt tu chercheras
Au sommet du grand chêne tu grimperas
Quand la pie voleuse son nid quittera
Une pierre en cristal tu découvriras


Marcellin se répéta toute la nuit les conseils de Monsieur l’escargot. Dès l’aube, il quitta le village et se mit en route en chantant avec son harmonica. Après avoir demandé son chemin à un écureuil, il arriva au village des lutins qui lui remirent le miroir magique. Tout se déroula comme l’avait prédit l’escargot. Il avait maintenant, en sa possession, le poil d’âne, les feuilles de menthe, le trèfle à quatre feuilles, la pierre en cristal. Marcellin poursuivit seul son chemin, son ami l’escargot ayant décidé de rester chez les lutins.
 
     Il marchait depuis longtemps à travers bois et chemins quand il aperçut un chat assis sur le bord du sentier. C’était un petit chat tigré. Il avait de beaux yeux vert-émeraude, une queue longue et touffue, des griffes affûtées, un petit sourire coquin.  Il semblait très poli.  « Bonjour, mon jeune ami. Où t’en vas-tu de si bon matin? Demanda-t-il ». Le jeune garçon, étonné d’entendre un chat parler, lui répondit : « Je m’en vais au manoir de la sorcière pour délivrer un pauvre paysan qui est prisonnier
- Surtout ne va pas chez Crabouille, dit le chat d’une voix effrayée J’étais son fidèle compagnon mais un jour il m’est arrivé une mésaventure ».

                                      LA CHANSON DU PASSE COMPOSÉ
 
Le passé composé, c’est un temps du passé
Auxiliaire au présent et participe passé
Je me suis enfui car la sorcière m’a chassé
J’ai pleuré, j’ai miaulé, c ‘est le passé composé
 
Un après-midi, j’ai poursuivi une souris
Elle m’a dit : « T’es pas gentil »
J’ai dérapé, elle s’est échappée
Dans le chaudron, je suis tombé

La potion a débordé
Crabouille a été éclaboussée
Des boutons lui ont poussé
De la tête jusqu’aux pieds


 Quand il eut terminé son histoire, Marcellin eut pitié de lui ; ils devinrent amis. Il lui proposa de faire route avec lui. Les deux amis reprirent leur chemin, marchèrent longtemps, traversèrent  des prairies, des vignobles, des champs de blé... Fatigués, ils s’arrêtèrent et s’assirent sur un gros rocher. Tout à coup, ils sentirent que la pierre s’enfonçait.
 
     Les deux amis tombèrent dans un endroit étrange. Le chat reconnut le souterrain de la sorcière. Il proposa de guider Marcellin à travers toutes les galeries. « Ne me quitte pas, dit-il, je connais le souterrain comme ma poche ! ».

                                      LA CHANSON DE l’IMPÉRATIF
 
Suis mes ordres, écoute mes conseils
Ne va pas par là, prends plutôt ce chemin
Ne te décourage pas, aie confiance en moi
Sois attentif, c’est l’impératif
 
Dépêche-toi petit malin et prends ce chemin
Attrape cette torche, éclaire ce porche
Vite, courons, faisons attention
Tout au fond habite un griffon

Prends cette grosse corde mais évite de la tordre
Si tu es prêt, passe au-dessus du muret
« Suivez-moi pour trouver la sortie »
Dit une gentille petite souris


Ils avaient enfin réussi à trouver l’entrée du manoir. « Merci, gentille petite souris, dirent le chat et le garçon. Veux-tu te joindre à nous ? ». La souris accepta avec plaisir. Après avoir ouvert la porte grinçante, les compagnons se trouvèrent dans une salle où il y avait des choses étranges et poussiéreuses. Devant eux, se trouvait un escalier en colimaçon. Ils se demandaient où il pouvait mener. Alors, sans attendre, ils le montèrent marche par marche et arrivèrent devant une porte fermée à clef.
 
     Marcellin, découragé, s’apprêtait à faire demi-tour quand le chat l’interpella : « Marcellin, attends, j’ai la clé ; tu te souviens, je l’ai prise dans la poche de Crabouille ». Le chat la tendit au garçon qui la glissa dans la serrure. Qu’allaient-ils trouver ? .Avant d’ouvrir la porte, Marcellin sortit de son sac son miroir magique qui lui renvoya l’image de la pièce. Il resta pétrifié. La sorcière était là, penchée sur son chaudron. Elle mijotait une tisane de crapauds. Elle avait un visage terrifiant. Alors le chat proposa un plan : il éloignerait Crabouille pour que Marcellin puisse récupérer le livre de Barnabé. Le petit garçon ouvrit la porte. Le chat se faufila dans la pièce et bondit entre les jambes de la sorcière. Crabouille, furieuse de le revoir, devint verte et blanche comme un poireau et, musique le poursuivant avec son balai, sortit du manoir. Elle courait après lui en hurlant : « Viens ici, sale chat ! ».

Pendant ce temps, nos deux amis, Marcellin et la souris, se faufilèrent discrètement dans la pièce à la recherche du livre. De sa bourse, le petit garçon sortit délicatement la pierre en cristal qu’il frotta avec le trèfle à quatre feuilles... C’est alors qu’apparut, sur une des facettes du cristal, l’image d’un hibou endormi sur une poutre, serrant dans ses pattes le livre. Marcellin sortit alors de sa poche le poil d’âne magique. Il le laissa s’échapper de sa main et le suivit des yeux. Le poil d’âne, en s’envolant, frôla le hibou qui était allergique. Celui-ci éternua très fort : « Atchoum ! ». Déstabilisé, il vacilla ; le livre tomba sur la tête de Marcellin qui sursauta de peur. Le garçon récupéra le précieux livre. Il le feuilleta : les lettres étaient bien revenues à leur place.
 
     Marcellin, heureux, remercia chaleureusement le hibou et lui offrit quatre belles feuilles de menthe bien parfumées pour soigner son allergie. Celui-ci interrogea le garçon sur les raisons de sa présence au manoir. Marcellin fit le récit de toute son aventure et lui fit part de son souhait de se débarrasser de la sorcière. Le hibou, qui était en vérité très savant car, depuis des années, il observait la sorcière, dit au garçon : « Je peux t’aider à fabriquer une potion car je connais le grimoire comme mes plumes ». Il mit ses vieilles lunettes sur son bec et s’adressa à l’enfant.

                                   LA CHANSON DU SUBJONCTIF
 
Il faut que je te lise la recette E
Que tu rassembles les éléments E.S
Pour qu’en sauterelle Crabouille se transforme E
Que nous nous pressions pour faire la potion I.O.N.S
Il est très important que vous réussissiez I.E.Z
Que les ingrédients soient très bien mijotés E.N.T
Avec le subjonctif, qu’on ne soit plus craintif

Il faut que tu prennes 18 langues de serpents
3 cuillères à soupe de cervelle d’hirondelles
5 longues oreilles de lapins nains
10 araignées boiteuses, 3 mygales vénéneuses
Que tu mélanges le tout
Et le cuises à feu doux
Dans un faitout
 
Il faut que tu ajoutes 1 verre de jus de sangsues
100 grammes de champignons vénéneux, 2 yeux de boeufs
50 grammes de plumes de corbeaux,
2 grosses cornes de capricornes
Que tu laisses bouillir
Dix petites minutes
Foi de grand-Duc


Marcellin se mit à préparer la potion. La souris lui fut d’une aide précieuse. Elle lui apporta tous les ingrédients. Quelques minutes plus tard, la potion était prête. L’enfant recueillit le jus et le versa délicatement dans le chaudron de la sorcière où mijotait la tisane de crapauds.
 
   Peu de temps après, le chat revint tout essoufflé car il avait beaucoup couru. La sorcière, toute énervée, apparut à son tour sur le seuil de la porte. Assoiffée, elle se précipita sur son chaudron, se versa une louche de tisane de crapauds dans une écuelle et but d’un seul trait. Quelques instants plus tard, elle se transformait en sauterelle. Le chat, qui attendait ce moment depuis bien longtemps, lécha ses babines, mit son bavoir et n’en fit qu’une bouchée.
 
  « Vite, dépêchons-nous ! Allons chercher Barnabé qui est prisonnier dans la tour. Il va commencer à s’inquiéter, s’exclama Marcellin ». Le petit garçon avait un peu peur ; il se rappelait la vision du dragon. Mais... comment était-il ce dragon ? Le chat lui expliqua.

                                    LA CHANSON DU PRÉSENT
 
E, es, e, il grogne, il ronchonne
Is, is, it, tout’ les nuits, il gémit
S, s, t, il dort en ce moment
C’est l’indicatif présent
 
Ses cornes sont pointues, il est de vert vêtu
Sa flamme est très puissante et ses griffes tranchantes
Des oreilles d’éléphant et de grandes dents
Des yeux globuleux, une langue de feu

Ronchon est un colosse, il a une montre en os
Quand il n’est pas content, il fait sa tête d’enterrement
Chaque matin, dans un village, il fait une envolée
Au marché, sa salade, il va chercher


Sans plus tarder, les trois compagnons se dirigèrent vers la tour. Elle était lugubre, délabrée, surmontée d’un petit toit pointu en ardoises. Au sommet trônait une girouette qui tournait à chaque fois que le dragon piquait une colère. Les trois amis empruntèrent un escalier étroit dont les marches étaient usées par le temps. Ils arrivèrent en haut de la tour. Le dragon était là, assis sur la malle. Il était endormi. C’était l’heure de la sieste. A son cou, pendait une clé.
« Comment faire pour la récupérer ?  Interrogea Marcellin
- Ronchon a un point faible, déclara le chat. Il a horreur des chatouilles. »
La souris proposa son aide : « Moi, je peux vous aider car je suis petite. Je pourrais grimper sur son dos, il ne me verrait pas ! ».
Et, grattant ses petites pattes, elle sauta sur le dragon et le chatouilla au cou. Ronchon se réveilla en sursaut et se mit à rire aux éclats en gigotant de partout. En essayant d’attraper la souris, il se gratta violemment le cou et s’arracha une de ses plus belles écailles. Il hurla de douleur. « Ne pleure pas, dit Marcellin, je ne te veux pas de mal !  Je viens délivrer notre ami Barnabé. Il me faut la clé !».

                                 LA CHANSON DU CONDITIONNEL
 
Si tu me donnais la clé
De cette tour je te délivrerais
Au village je t’emmènerais
R.a.i.s, r.a.i.s, r.a.i.t, r.i.o.n.s, r.i.e.z, r.a.i.e.n.t
Ah ! Que c’est amusant le conditionnel présent
 
Dans une chaumière, je te conduirais
Je te cajolerais, je te guérirais
Ton ami, je deviendrais
A lire, à écrire, je t’apprendrais

Je te présenterais aux petits-enfants
Qui sur ton dos joueraient au toboggan
Ils grimperaient sur tes ailes
Vous voleriez jusqu’au ciel
 
Un grand lit tout en bois, je te construirais
De bisous câlinous je te couvrirais
A cracher du feu, je t’autoriserais
Pour griller les poules que tu dégusterais


Ronchon, tout ému par ces paroles, détacha la clé de son collier et la tendit à Marcellin en signe d’amitié. Le petit garçon l’introduisit dans la serrure de la malle. « Vite ! Je n’en peux plus, suppliait le paysan ». La malle s’ouvrit. Barnabé retrouva enfin la liberté. Son regard croisa celui du dragon et il trembla de peur. « Ne t’inquiète pas, dit Marcellin, Ronchon est maintenant notre ami. Nous avons vaincu la sorcière. Il n’y a plus de danger ! ». .
 
    Barnabé, Marcellin, le chat et la petite souris s’installèrent sur le dos de Ronchon et s’envolèrent vers le village. Quand ils arrivèrent, les villageois, affolés à la vue du dragon, coururent de tous côtés. Barnabé les rassura. Le soir, à la belle étoile, une grande fête fut organisée. Ronchon, bien sûr, s’occupait des grillades. Pendant ce temps, Barnabé, aidé de Marcellin, fabriquait des lits pour les nouveaux amis : un grand lit en bois pour Ronchon, un panier en osier pour le chat. Le paysan sortit ensuite d’un tiroir une vieille boîte d’allumettes. Ce serait le lit de la petite souris. Les trois amis furent émus de leurs cadeaux.
 
     Après avoir dégusté les grillades préparées avec amour par Ronchon, les enfants, impatients de connaître la fin de l’histoire, s’installèrent sous le pommier aux branches fleuries. Le chat et la souris étaient assis sur les genoux de Marcellin. Ronchon, quant à lui, écoutait attentivement la lecture mais, au bout d’un moment, il était si épuisé qu’il s’endormit profondément. On l’installa dans la grange de Barnabé dans son grand lit tout neuf et Marcellin lui fit son bisou de minuit.
 
    Le petit garçon, le chat, la souris et Ronchon devinrent de grands amis. Chaque matin, sous le pommier de Barnabé, ils se réunissaient avec les enfants du village pour écouter le vieil homme si passionné par la lecture. Ils purent enfin apprendre à lire. Barnabé avait réalisé son plus beau rêve.
 
     Ronchon était devenu l’ami des enfants ; il adorait les promener sur son dos. Il rendait souvent des services aux paysans qui le récompensaient en lui offrant des poules et des salades.
 
     Le calme était revenu dans le petit village….  Depuis ce temps-là, villageois et dragon vivent en paix.


E.P
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bunni
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« Répondre #676 le: 18 Novembre 2014 à 16:44:00 »


La robe merveilleuse

C'était la petite fille la plus pauvre du monde. Elle ne possédait rien, pas même une poupée de chiffons, pas même d'images. Elle n'avait qu'une seule robe et, quand sa mère la lui lavait, elle devait rester au lit pour attendre qu'elle fût sèche.

Un soir, la mère regarda en soupirant la fillette endormie, puis son regard se porta sur une pauvre guenille bleue pliée avec soin sur un tabouret, et elle songea que l'enfant avait besoin d'une robe neuve. Mais comment une pauvre mère qui travaille tout le jour pour gagner du pain peut-elle trouver l'argent nécessaire pour acheter une robe ? Elle ouvrit la fenêtre, contempla la campagne en fleur, à la clarté de la lune et pensa : " Quelqu'un me donnera sûrement une robe pour mon enfant."

Elle sortit sans bruit, referma la porte et alla à la recherche d'une robe. A peine était-elle sur la route qu'elle rencontra un magnifique rayon de lune.

- Douce lune, dit la mère, veux-tu me faire de tes rayons une robe pour mon enfant ?
- Je le ferais volontiers, répondit la lune gentiment, mais les hommes se plaindraient ensuite de ma lumière pâlie. Cherche ailleurs ;

La mère s'éloigna en soupirant. Elle entendit alors le rossignol chanter dans la forêt d'une voix si douce
qu'il semblait vouloir exprimer toute la tendresse d'un coeur. Emue, elle lui demanda :

- Cher petit rossignol, veux-tu de tes chants, faire une robe pour mon enfant ?
- Je regrette beaucoup, répondit le rossignol, mais, si je ne pouvais plus chanter, la nature perdrait son plus grand charme et tous les êtres se plaindraient. Cherche ailleurs;

La mère s'éloigna de nouveau en soupirant. Elle tenait la tête baissée et regardait les fleurs aux brillantes couleurs qui s'épanouissaient sur le bord du chemin. Et elle dit aux fleurs d'une voix caressante :

- Petites fleurs, voulez-vous me donner vos pétales pour que j'en fasse une robe pour mon enfant? Je vous en serais si reconnaissante ! mon enfant a absolument besoin d'une robe.
- C'est bien malheureux, murmurèrent les fleurs, mais, si nous te donnions nos pétales, c'est nous qui resterions sans vêtements. Et, alors, que deviendraient les sentiers et les prairies sans fleurs ? Cherche ailleurs.

Déçue, découragée, la pauvre mère s'éloigna. Elle arriva au bord de la rivière et regarda ses eaux tranquilles qui passaient en babillant. Elle l'interpella en ces termes :

- Rivière parfumée de menthe et de genièvre, qui descends des fraîches montagnes, je te prie, fais-moi de ton eau une robe pour mon enfant.
- Je ne le puis, répondit la rivière, je suis pressée car je dois aller très loin. Cherche ailleurs.

La mère repartit, désolée. Tout espoir l'abandonnait et elle songeait au retour. Mais voici que, devant elle, une sauterelle gambadait joyeusement, la regardant de ses petits yeux étonnés.

- Je te prie, gaie sauterelle, dit la mère soudain consolée, de ta joie fais une robe pour mon enfant qui en a absolument besoin.
- Bé ! Qui donc se priverait de sa propre joie ? répondit la sauterelle d'une voix stridente, ce serait bien stupide. Cherche ailleurs.

Et la sauterelle s'en alla en gambadant.

Alors la mère, le coeur plein de tristesse, songea à retourner à la maison; aucune créature, dans cette nuit lumineuse, n'avait eu pitié d'elle et de son enfant. Elle jeta un regard autout d'elle pour chercher un autre sentier, car elle ne voulait pas se retrouver parmi ces êtres restés insensibles à sa requête.

Et voici qu'en passant à côté d'une masure déserte et presque en ruine elle entendit un gémissement lugubre qui venait de ces vieilles pierres noires.

- Qui est-ce qui gémit ainsi ? demanda-t-elle.
- C'est moi, le hibou, répondit la triste voix. Je suis toujours seul; personne ne m'aime parce que je suis aussi laid que ma voix; et toi, qui es-tu ?

La mère s'approcha d'une fenêtre sur le rebord de laquelle perchait le hibou; il la regardait de ses yeux mélancoliques au fond desquels brillait une lueur.

- Je suis la mère de la petite fille la plus pauvre du monde, dit-elle, et je cherche une créature assez bonne pour me donner une robe pour mon enfant qui en a si grand besoin. Mais, jusqu'à présent, tout le monde m'a repoussée. Je dois donc rentrer à la maison et me remettre à raccommoder avec une patience infinie la pauvre vieille robe.

Et la pauvre mère poussa un soupir. Il ne lui était pas venu à l'esprit de demander son aide au hibou, ce pauvre être déshérité, misérable et solitaire.

- Je n'ai rien à te donner, reprit le hibou, car je suis aussi pauvre que toi. Mais ma compassion est si grande qu'elle pourrait suffire à faire une robe pour ton enfant.

Et le hibou se mit à pleurer; ses larmes brillantes tombaient en abondance aux pieds de la pauvre mère. Et peu à peu elles se transformèrent en une sorte de resplendissant tissu de diamants. La mère le ramassa, émerveillée, émue, heureuse. Le pauvre hibou avait donné sa compassion, la seule richesse qui n'appauvrit pas celui qui s'en prive, mais qui, au contraire, l'enrichit toujours davantage, comme la source vive, qui, plus elle donne d'eau, plus elle en a ! La mère courut porter à la maison la robe merveilleuse. Et, le lendemain, il n'y avait pas une seule petite fille riche qui eût une robe aussi belle.

- Mais ce sont des diamants, ce sont des diamants ! s'exclamaient les gens qui s'attroupaient dans la rue pour admirer et pour toucher la robe merveilleuse.

Personne ne s'apercevait que c'était seulement des larmes de compassion.
« Dernière édition: 19 Novembre 2014 à 23:35:33 par bunni » Journalisée

bunni
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« Répondre #677 le: 25 Novembre 2014 à 14:35:16 »


L'arbre qui chante

C’était un matin de janvier. Un de ces beaux matins blancs et secs pareils à ces vieux montagnards qui ont du givre à leurs moustaches et des yeux pétillants de soleil.
Il avait neigé toute la nuit à gros flocons serrés. Puis, le jour venu, un grand souffle de vent du nord avait débarbouillé le ciel. Derrière la maison, la forêt qui commence au pied de la montagne s’était endormie dans un grand silence glacé. Entre les arbres, les ombres étaient bleues. Les sapins ployaient encore sous leur charge de neige, car le vent de l’aube n’avait soufflé que pour chasser les nuages.

Isabelle et Gérard habitaient là, tout près du bois, dans la maison de leurs grands-parents. C’était une toute petite maison aux murs gris et aux volets verts. Elle se trouvait à l’écart du village que l’on devinait à peine, ce matin-là, très loin, au bord de la rivière gelée.
On ne voyait même plus le chemin qui court entre les champs et traverse la prairie. De la fenêtre, les deux enfants essayaient de le suivre du regard. Ils le trouvèrent très facilement jusqu’au premier tournant, près du gros érable mort depuis deux ans et que le grand-père ne s’était pas encore décidé à couper, mais, plus loin, tout se confondait.
Tandis qu’ils regardaient ainsi, le nez collé à la vitre, Isabelle et Gérard virent passer un oiseau, puis un autre, puis tout un vol qui se percha sur la treille d’où tombèrent des paquets de neige.

- Ils ont froid, dit Isabelle. Il faut leur donner des graines ou du pain.
Elle prépara des graines, et Gérard ouvrit la fenêtre.
- Ferme vite, cria Grand-père, tu vas faire entrer tout l’hiver dans la cuisine

Les enfants se mirent à rire. Comme si l’hiver pouvait entrer dans une maison !
Isabelle jeta ses graines sur le sentier que Grand-père avait balayé pour aller jusqu’au bûcher chercher du bois. Grand-mère se mit à tousser et souleva les cercles de fonte de la cuisinière pour enfourner une énorme bûche dans le foyer.
Dès que la fenêtre fut refermée, deux oiseaux quittèrent la treille pour venir picorer. Les autres semblaient inquiets, mais, comme rien ne bougeait, ils s’envolèrent à leur tour tandis que d’autres tombaient du toit, tout droit, presque sans battre des ailes.

- Ils n’auront jamais assez de graines, dit Isabelle. Il en vient de plus en plus.
- Mais si, mais si ! cria Grand-mère. Si tu leur donnes tout, ce sont mes poules qui n’auront plus rien !
- Et si tu continues, tu finiras par attirer tous les oiseaux de la forêt, renchérit Grand-père.

Isabelle se résigna et revint à la fenêtre. Elle resta un long moment à côté de son frère, essuyant la vitre quand la buée l’empêchait de voir. Soudain, elle empoigna le bras de Gérard en disant :

- Regarde, sur le chemin !

Gérard leva les yeux. Là-bas, plus loin que le gros érable mort, un animal curieux avançait dans la neige. Il ressemblait beaucoup au petit lapin mécanique que le Père Noël avait apporté à Gérard quelques années plus tôt. Comme le jouet, il sautillait, vacillait de droite à gauche et s’arrêtait à chaque instant. Toujours comme le lapin, il était vêtu de poils gris et portait de longues oreilles qui se rejoignaient au sommet de son crâne.
Cette apparition était tellement surprenante que les enfants oublièrent les oiseaux. Ils restaient bouche bée, observant sans mot dire cet animal étrange dont les yeux, par moments, lançaient des éclats de lumière.

Quand le lapin, qui marchait uniquement sur ses pattes de derrière, eut atteint la haie bordant le jardin, les enfants ne virent plus que sa tête.

- On dirait qu’il vient ici, murmura Gérard.
- C’est vrai, il fait le tour du jardin.

Le lapin disparut et il y eut un long silence un peu angoissant. Les pas résonnèrent sur les marches de pierre, et les oiseaux s’envolèrent ,les enfants retenaient leur souffle, l’oreille tendue.

- Vous n’avez rien entendu ? demanda Grand-père.

Les deux petits hochèrent la tête.

- Qu’est-ce que ça peut bien être ? dit Grand-mère.

À cette heure-ci, le facteur était encore loin.

Les grands-parents n’avaient rien vu, et les enfants n’osaient répondre. Ils ne pouvaient tout de même pas dire: « C’est un lapin mécanique grand comme un homme qui arrive tout seul et bat de la semelle sur le palier ! »
Il y eut encore un frottement contre la pierre, puis on entendit frapper à la porte. Les grands-parents se regardèrent, puis regardèrent la porte. Enfin, comme on frappait plus fort, Grand-père cria :

- Entrez !

La porte s’ouvrit lentement, et ce fut tout d’abord une large bouffée de bise qui pénétra dans la cuisine. Cette fois, c’était le lapin qui apportait l’hiver dans son poil gris. Car c’était bien lui qui se tenait là, debout sur le seuil, tout surpris par la chaleur et l’odeur du feu de bois où cuisait la pâtée des vrais lapins.
Grand-mère se précipite pour fermer la porte. Et voilà que le lapin se met à parler :

- Bonjour, bonjour, dit-il. Je viens très tôt, il faut m’excuser, mais…

Les poils gris s’écartent à la hauteur du visage, de grosses lunettes paraissent, puis un nez tout rouge, puis des moustaches raides comme un balai de crin, puis un visage piqueté de barbe blanche pareille à celle de Grand-père.

- Mais c’est Vincendon ! s’exclame Grand-père. C’est Vincendon !

Et c’était vrai ! C’était bien Vincendon. Et ce fut seulement quand il eut ôté son bonnet à oreilles relevées et quitté sa pelisse dont le col montait à hauteur de ses yeux que les enfants eurent la certitude que le lapin mécanique était un homme. Ils ne l’avaient jamais vu, mais Grand-père leur avait souvent parlé de ce vieil ami.
Le père Vincendon essuyait ses lunettes, il essuyait les larmes qui coulaient de ses yeux en répétant :

- Je vous vois à peine. La chaleur après le froid me fait toujours pleurer. Et mes lunettes sont couvertes de buée.

Il n’y voyait pas, mais il pouvait parler et écouter. Bientôt, assis au coin du feu à côté de Grand-père, il se mit à raconter des histoires de sa jeunesse. Grand-père en racontait aussi. Ils parlaient en même temps, personne ne les écoutait, mais ils semblaient heureux tous les deux.
Les enfants sont déjà retournés à la fenêtre. Il n’y a plus de graines, mais quelques oiseaux s’obstinent à chercher. Une ombre passe sur la neige, un gros oiseau noir descend pour aller se poser sur l’arbre mort. Gérard se retourne.

- Grand-père, il y a un aigle sur l’arbre mort ! Viens vite ! Viens vite voir, Grand-père !

Grand-père ne bouge pas, mais Vincendon se lève et rejoint les enfants.
Ses lunettes rondes enfin propres sont sur son nez. Il dit :

- Ce n’est pas un aigle, c’est un corbeau. Et l’arbre, c’est un érable, mais il n’est pas mort.

De son fauteuil, Grand-père crie :

- Il est mort depuis deux ans. Et je l’abattrai dès que je pourrai.
- Je te dis qu’il n’est pas mort, affirme Vincendon. Les arbres ne meurent jamais…
- Ne me raconte pas des choses pareilles, dit Grand-père, l’air surpris. Je t’assure que ça fait deux printemps qu’il n’a pas bourgeonné. Je te dis qu’il est mort et bon pour le feu.

Vincendon les regarde tous, et pourtant, on dirait qu’il ne les voit pas, qu’il voit autre chose, très loin, bien plus loin que le bout de la plaine.

- Je vous répète que les arbres ne meurent jamais, dit-il… Et je vous le prouverai… Je vous le prouverai en faisant chanter votre vieil érable.

Grand-père parait incrédule. Mais il se tait. Vincendon est son ami, sans doute ne veut-il pas le contrarier.
Les enfants se regardent. Ont-ils bien entendu ?
Déjà Vincendon a regagné son fauteuil et repris le cours de ses histoires. Et il va rester là jusqu’à la tombée de la nuit, partageant avec eux le repas du midi.
Lorsqu’il s’en va, Grand-père l’accompagne jusqu’ à l’érable. Ils tournent tous deux autour du gros arbre, comme s’ils jouaient à la cachette, tout petits dans le crépuscule qui éloigne tout et donne au paysage l’aspect d’une carte postale de bonne année.
Lorsque Grand-père rentre, les enfants se précipitent pour demander :

- Alors, qu’est-ce qu’il a dit ?
- Vincendon soutient que l’érable n’est pas mort. En tout cas, il m’a promis de le faire chanter.
- Mais comment, Grand-père, comment fera-t-il ?
- C’est son secret. Vous verrez plus tard. Je ne peux rien vous dire puisqu’il ne m’a rien expliqué. Il faut attendre.

Les enfants ont beau insister, Grand-père se tait.
Le temps passa. La neige se mit à fondre et les pluies de printemps lavèrent sur le flanc de la colline les dernières traces de l’hiver. Les enfants avaient oublié le père Vincendon lorsqu’un soir, en rentrant de l’école, ils s’aperçurent qu’il manquait quelque chose au paysage. C’était le gros érable. À sa place, il n’y avait qu’une large souche, quelques brindilles, des morceaux d’écorce et de la sciure qui ressemblait à un petit tas de neige oublié là par le soleil.

- C’est peut-être Grand-père qui a coupé l’arbre, dit Gérard. Il n’aurait pas dû. Monsieur Vincendon avait promis de le faire chanter.
- Tu y crois ? demanda Isabelle.
- Oui, parce que c’est monsieur Vincendon qui l’a promis.
Mais Grand-mère prétend que l’arbre mort ne peut plus chanter autrement que dans le feu.
- Il ne faut pas qu’on le brûle, dit le garçon. Viens, viens vite !

Ils se mirent à courir vers la maison. Ils posèrent en passant leurs cartables au pied de l’escalier, et ils filèrent vers le bûcher qui est une petite cabane de bois que Grand-père a construite au fond du jardin.
La porte était grande ouverte et la charrette arrêtée devant l’entrée. Les enfants coururent, coururent très vite. Lorsqu’ils arrivèrent, ils étaient rouges et essoufflés. Grand-père et Vincendon sortaient du bûcher. Un tronçon de l’érable était encore sur la charrette. Les enfants regardèrent Vincendon avec une lueur de reproche dans leurs yeux clairs, mais le vieillard sourit sous sa moustache. Il s’approcha de la charrette, et se mit à caresser le tronc de l’érable comme il eût fait avec un chien.
Les mains de Vincendon sont grosses, avec des doigts larges et épais, avec des ongles tout relevés et qui ont une drôle de forme. Quand Vincendon caresse le bois, on dirait qu’il le passe au papier de verre tant ses paumes sont râpeuses. Lorsqu’il vous serre la main on se figure toujours qu’il porte des gants de fer comme en mettaient les chevaliers du Moyen Âge.

Il caressa donc le bois et cligna de l’oeil en disant :

- Ne vous faites pas de souci, il chantera. Je vous l’ai promis, et je tiens toujours mes promesses.
- Il chantera dans le fourneau, ricana Grand-père. Exactement comme tous les arbres qui meurent. Le faire chanter comme ça, c’est facile.
Grand-père devait plaisanter ! Pourtant Vincendon fit mine de se fâcher.
- Tais-toi donc ! cria-t-il. Tu n’y connais rien. Moi, je te dis qu’il chantera mieux encore que lorsqu’il vivait les pieds dans la terre et la tête au soleil. Mieux que les jours où il était tout chargé d’oiseaux et tout habité de vent.

Les enfants écoutaient ce langage curieux. Comme ils semblaient douter de lui, Vincendon les prit chacun par un bras, et il les serra fort avec ses grosses mains dures. Il serrait très fort, presque à faire mal, mais cette force qui était en lui avait quelque chose de rassurant. Il retourna vers la charrette, et continua de palper le gros tronc couché sur les planches.
Il se penchait, tapotait du doigt, écoutait, se redressait en hochant la tête, exactement comme fait le docteur lorsqu’on est au lit avec une grosse fièvre. Mais Vincendon n’avait pas l’air inquiet. Il continua d’ausculter son arbre, répétant seulement de loin en loin :

- C’est bien… C’est très bien… Il est sain… Il chantera… Vous verrez ce que je vous dis, il chantera mieux encore que lorsqu’il avait des oiseaux plein les bras.

Le lendemain, tout avait disparu. Il ne restait plus dans le bûcher que quelques branches et un bon tas de sciure. Les enfants se mirent à chercher. Enfin, au grenier, ils finirent par retrouver l’érable. Mais cette fois, ils furent très déçus. L’arbre était méconnaissable, tout débité en grosses planches, il avait vraiment un air d’arbre mort.

- Monsieur Vincendon s’est moqué de nous, dit Isabelle. Il ne fera jamais chanter cet arbre. D’ailleurs, est-ce que quelqu’un peut faire chanter un arbre mort ? Il faudrait un sorcier. Et ce Vincendon n’est pas un sorcier.

- Qu’en sais-tu ?

Isabelle regarda son frère, l’air effrayé.

- Tu crois qu’il serait sorcier ? fit-elle.

Gérard prit à son tour un air important pour répondre :

- Ce n’est pas impossible. Je crois savoir des choses… des choses.

En fait, il se vantait pour paraître mieux informé et plus débrouillard que sœur, car il ne savait rien de plus que vous et moi sur le père Vincendon.
Mais le printemps est tout plein de vie, et les enfants oublièrent très vite le vieil arbre. Avant la montée de la sève, Grand-père était allé dans la forêt, et il avait rapporté deux petits érables qu’il avait plantés au bord du chemin, de chaque côté de la vieille souche. À présent, ces petits arbres avaient des feuilles, et c’était eux qui commençaient à chanter avec le vent, venu du fond de l’horizon en poussant dans le ciel bleu de gros nuages blancs.
Tout le printemps s’écoula, puis, un jour de juillet, Grand-père sortit la charrette du bûcher et descendit du grenier les plus grosses planches tirées de l’érable.

- À présent, dit-il, en route pour l’atelier de Vincendon.

Isabelle grimpa sur la charrette. Grand-père se mit à tirer par le timon, tandis que Gérard poussait derrière. Ils marchèrent plus d’une heure pour gagner le village. Une heure sous le gros soleil.
Vincendon habitait tout au bout du pays, une maison dont les fenêtres regardaient couler la rivière. Dès qu’il entendit les roues ferrées crisser sur le gravier de la cour, Vincendon sortit sur le pas de sa porte. Il leva les bras dans un geste comique et s’écria :

- Diantre ! Voilà des clients sérieux ! Depuis le temps que je les attendais !

Il portait une chemise claire et un tablier de toile bleue qui tombait jusque sur ses pieds. Ses manches relevées laissaient paraître ses avant-bras maigres ; ainsi, ses mains semblaient encore plus grosses.
Il aida Grand-père à transporter les planches jusqu’au fond d’une longue pièce un peu sombre où les enfants n’osèrent pas les suivre. Une odeur étrange venait jusqu’à eux, et ils demeuraient sur place, se tenant par la main.
Pourtant, Vincendon les fit entrer dans une autre pièce plus claire. Au plafond, le soleil reflété par la rivière jouait en vagues folles.

- Vous me permettrez bien de terminer ce que j’ai commencé, dit Vincendon.

Grand-père approuva, et le vieux bonhomme se remit au travail. Ses énormes mains qui semblaient si maladroites pouvaient manipuler les objets les plus menus et les plus fragiles. Vincendon expliqua qu’il polissait le rouage d’une serrure de coffret à secrets. Il faisait tout en bois, même les serrures et les charnières. Pour lui, le métal n’était qu’un serviteur du bois.

- Le bois, disait-il, c’est un matériau noble. Vivant ? toujours vivant. Le métal est bon à fabriquer les outils qui nous permettront de travailler le bois. Mais le bois… le bois…

Quand il prononçait ce mot, ses yeux n’étaient plus les mêmes.
Vincendon n’était pas un homme comme les autres : il était amoureux du bois.
Il en parlait vraiment comme d’un être vivant, comme d’une personne de sa famille, avec qui il vivait depuis des années et des années. Avec le bois, il pouvait tout réaliser. De petits coffrets incrustés d’ivoire et de marqueteries compliquées. De petites tables dont les pieds étaient si minces que les enfants retenaient leur souffle de peur de les faire tomber.
Les murs de son atelier étaient garnis d’outils posés sur les rayons ou suspendus à des râteliers. Il y avait des rabots de toutes dimensions et de toutes formes, des scies, des gouges, des ciseaux, des varlopes, des boîtes à coupes, des compas et bien d’autres instruments dont les enfants entendaient le nom pour la première fois. Et puis, il y avait des pots de colle, des bouteilles de vernis, des pains de cire et du bois partout. Du bois de toutes les essences, de toutes les formes, de toutes les couleurs.

Comme Isabelle, qui est très curieuse, se dirigeait vers une petite porte et posait déjà sa main sur la poignée, Vincendon se précipita :

- Non, non, dit-il, n’entre pas là…

C’est dans cette pièce qu’est mon secret.
Isabelle pensa au cabinet de Barbe-Bleue, mais elle se mit à rire. Il y avait longtemps qu’elle ne croyait plus à tout cela.

- C’est mon secret, reprit Vincendon. Tu le connaîtras quand tu auras entendu chanter ton arbre.

L’été passa trop vite, avec les vacances et les courses merveilleuses dans la campagne et la forêt. Les deux arbres plantés par Grand-père poussaient bien. Les oiseaux s’arrêtaient déjà. Vers la rentrée des classes, leurs feuilles commencèrent à jaunir et les grands vents d’automne les emportèrent au loin. Les deux petits érables semblaient morts, mais Gérard et Isabelle savaient qu’ils venaient seulement de s’endormir pour l’hiver. À cause des devoirs toujours difficiles et des leçons à apprendre, les deux enfants avaient oublié les gros érables et la promesse du père Vincendon.
Un jeudi matin, quelques jours avant la Noël, les enfants comprirent dès le réveil que la neige était revenue. Il y avait un grand silence tout autour de la maison, et la lumière filtrait par les fentes des volets était plus blanche que celle des autres matins. Ils se levèrent très vite malgré le froid.

- Les oiseaux, dit Isabelle. Il faut penser aux oiseaux.

Elle allait ouvrir la fenêtre pour jeter des graines lorsqu’elle aperçut, hésitant sur le sentier tout blanc, le lapin mécanique.

- Vincendon, c’est monsieur Vincendon !

C’était bien lui, vêtu de sa pelisse grise et de son bonnet à oreilles, mais il portait sous son bras un long paquet enveloppé de papier brun. Le vieil homme approchait lentement, évitant les congères et cherchant avec peine le tracé du chemin. Il passa les deux érables que l’on devinait à peine dans la grisaille, son bonnet dansa un moment au-dessus de la haie puis disparut.

- C’est lui, répétaient les enfants ! C’est bien lui !

Ils ne savaient pas ce qu’apportait Vincendon, mais leur cœur s’était mis à battre très fort. Dès que les semelles du vieil homme heurtèrent le seuil de pierre, Gérard courut ouvrir la porte.
L’air qui entra en même temps que Vincendon était tout piqueté de minuscules flocons blancs. Le feu grogna plus fort, puis ce fut le silence. Ils étaient là tous les quatre, à regarder le père Vincendon et son paquet solidement ficelé.
Vincendon posa son paquet sur la table, ôta ses lunettes, les essuya longuement, se moucha, remit ses lunettes et s’approcha du feu en frottant l’une contre l’autre ses grosses mains qui faisaient un bruit de râpe.

- Il fait meilleur ici que dehors, dit-il.

Les enfants s’impatientaient. Chacun d’un côté de la table, ils regardaient le paquet sans oser y toucher. Le vieil homme semblait prendre plaisir à prolonger leur attente. Il les observait du coin de l’œil et adressa aux grands-parents des sourires complices.
Enfin, il se retourna et dit :

- Alors, qu’est-ce que vous attendez pour l’ouvrir ? Ce n’est tout de même pas à moi de défaire le paquet.

Quatre petites mains volèrent en même temps. Les nœuds étaient nombreux et bien serrés.

- Prête-nous tes ciseaux, Grand-mère…
- Non, dit Vincendon. Il faut apprendre la patience et l’économie. Défaites les nœuds et n’abîmez rien, je veux récupérer ma ficelle et mon papier.

Il fallut patienter encore, se faire mal aux ongles, se chamailler un peu. Vincendon riait. Les grands-parents, aussi impatients que les enfants, attendaient, suivant des yeux chacun de leurs gestes.
Enfin, le papier fut enlevé, et une longue boîte de bois roux et luisant apparut. Elle était plus large d’un bout que de l’autre. Vincendon s’en approcha lentement et l’ouvrit.
À l’intérieur, dans un lit de velours vert, un violon dormait.

- Voilà, dit simplement le vieil homme. Ce n’était pas plus compliqué que ça. Les cordes, le velours et les crins de l’archet, tout se trouvait au cœur de votre arbre.
- Mon Dieu, répétait Grand-mère, qui avait joint ses mains en signe d’admiration. Mon Dieu, que c’est beau !
- Ça alors !… ça alors ! bégayait Grand-père. Je te savais très adroit, mais tout de même !

Le vieil artisan souriait. Il passa plusieurs fois sa main sur sa moustache avant de dire :

- Vous comprenez pourquoi je ne voulais pas vous laisser entrer dans mon séchoir ? Vous auriez vu des violons, des guitares, des mandolines et bien d’autres instruments. Et vous auriez tout deviné. Eh oui ! je suis luthier. Je fais des violons… Et l’érable, voyez-vous, c’est le bois qui chante le mieux.

Sa grosse main s’avança lentement pour caresser l’instrument, puis elle se retira toute tremblante.

- Alors, dit-il à Gérard. Tu ne veux pas essayer de jouer ? Tu ne veux pas faire chanter ton arbre ? Allons, tu peux le prendre, il ne te mordra pas, sois tranquille.

Le garçon sortit le violon de son lit, et le prit comme il avait vu les musiciens le faire. Il posa l’archet sur les cordes et en tira un grincement épouvantable. Grand-mère se boucha les oreilles tandis que le chat, réveillé en sursaut, disparaissait sous le buffet. Tout le monde se mit à rire.

- Eh bien ! dit Grand-père, si c’est ce que tu appelles chanter !
- Il faut qu’il apprenne, dit Vincendon en prenant l’instrument, qu’il plaça sous son menton.

Et le vieux luthier aux mains énormes se mit à jouer. Il jouait en marchant lentement dans la pièce, en direction de la fenêtre. Immobiles, les enfants regardaient et écoutaient.
C’était une musique très douce, qui semblait raconter une histoire pareille à ces vieilles légendes venues du fond des âges, comme le vent et les oiseaux qui arrivent en même temps du fond de l’horizon.

Vincendon jouait, et c’était vraiment l’âme du vieil arbre qui chantait dans son violon.

B.C
« Dernière édition: 25 Novembre 2014 à 23:30:20 par bunni » Journalisée

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« Répondre #678 le: 02 Décembre 2014 à 16:03:19 »


La mélancolie de la marionnette oubliée.

Il était une fois un royaume très pauvre du Nord, là où les jouets dansent quand les humains dorment. Un enfant détenait en sa possession des chapeaux et des marionnettes de toutes sortes. La nuit, quand le petit garçon dormait, les objets, quant à eux, s’éveillaient et s’animaient de discussions folles.

                                                                         « Les pantins, les bonnets.
                                                       Les chapeaux et les soldats de plomb.
                                              Les voitures dans leur garage, le cheval de bois.
                                                           Tout le monde parle, sauf moi. »


                                                              
Le petit garçon qui joue avec tous ces jeux est parti se coucher. Dans le ciel, les étoiles apparaissaient. Sur le plancher trottine la souris sans bruit alors que le chat se balade la nuit.

                                                                          « Tout le monde parle, sauf moi, pensa
                                                                              La petite marionnette qui s’ennuie. »


Les heures passaient et le soleil se levait, majestueux dans le ciel coloré. Mais la marionnette restait seule sur son étagère isolée. Le petit garçon allait bientôt se réveiller et partir à l’école, laissant encore une fois ses jouets seuls dans la chambre. Comme promis, le gamin partit et les jouets s’endormirent mais toute seule sur son étagère, la petite marionnette ne parvenait pas à trouver le sommeil.

                                                                           « Et pourtant, se disait la marionnette, comme tout serait moins triste si j’avais quelqu’un à qui parler… »

Elle se demandait pourquoi le garçon ne venait pas la chercher. L’avait-il totalement… oubliée ? Perdue dans ses pensées moroses, la marionnette fixait la pointe de ses souliers, poussant de gros soupirs mais se refusant de pleurer. Soudain, la chambre s’emplit d’une étrange clarté. Un soleil tout rond apparut aux croisillons de la fenêtre.

                                                                          « Regarde petite marionnette ! Le soleil est là !
Il attend ! Regarde-le comme il brille ! »


Alors la marionnette se leva lentement et se laissa emporter par les rayons du soleil doux comme de la soie. Arrivée dans le ciel, la marionnette se mit à rire, à danser et à chanter. Elle patina dans les nuages, virevolta, dessina des ronds et des huit, aussi se lança-t-elle dans des pirouettes vertigineuses à lui en faire tourner la tête. Quand elle se sentait fatiguée, la marionnette se laissait tomber contre son nouvel ami, lui contant ses malheurs. Reprenant courage, la marionnette s’élança de nouveau dans le ciel, rebondissant de nuage en nuage alors que son rire limpide emplissait l’espace.

                                                                            « Un jour ! Cria la petite marionnette, le cœur battant. Un jour vous verrez ! Je deviendrai une vraie marionnette ! Le soleil, mon ami, me l’a dit ! »

Mais plus les heures passaient, plus le soleil disparaissait derrière l’horizon, laissant la marionnette, affolée et seule. Elle fut bien forcée de rentrer chez elle, l’air lugubre. Elle enjamba le rebord de la fenêtre mais, épuisée par ces jeux et rigolades, se laissa tomber sur le bureau. C’est cet instant que choisit le petit enfant pour entrer dans la chambre. Il s’approcha du bureau et découvrit, avec une surprise grandissant dans son esprit, sa marionnette dans un état désastreux. Il empoigna la petite main de la poupée et descendit en courant dans le salon à la rencontre de sa mère pour lui faire part de sa découverte.

Quelques jours plus tard, après un petit séjour chez un artisan de jouets, la marionnette avait changé et mûrit en beauté : son visage avait été redessiné, ses yeux, ses lèvres et ses joues avaient été repeintes, un bonnet lui avait été taillé dans un magnifique tissu, des nouveaux habits avaient été cousus, on lui avait aussi façonné des chaussons, des bottillons ainsi qu’un gros manteau afin que la marionnette n’ait pas froid.

Les vêtements de la marionnette étaient vraiment magnifiques que l’on aurait pu la confondre avec une princesse ou une ballerine. C’est pour cette raison que le petit garçon la plaça sur son appui de fenêtre. Le petit garçon ouvrit la fenêtre et donna un petit sac à la marionnette et lui dit tout en laçant ses chaussures :

                                                                          « Va, le monde t’attend. Et avec ces ballerines, tu feras le tour du monde ! Prends ce sac, il est rempli de rêves et de magnifiques histoires à raconter. Mais surtout… garde la tête et le cœur rempli de couleurs. Va, le monde t’attend ! »


Et la marionnette, imperturbablement radieuse, se mit à rire et à danser.

Fin !

Boule-de-poils.
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« Répondre #679 le: 11 Décembre 2014 à 11:42:13 »


Le Noël de Victor, Oot et Rudolf,Le renne du père Noël.

Victor est un garçon sage et très intelligent. Chaque soir au retour de l’école il se penche sur ses devoirs. Quand tout est fini, il allume le globe posé sur son bureau et il suit du bout du doigt les frontières de tous les pays. Son doigt se pose sur chaque continent et Victor rêve de voyager loin, très loin de l’endroit où il vit. Il sait - pour l’avoir vu ou lu - qu’il existe beaucoup d’enfants dans le monde qui, comme lui, n’ont pas la chance d’avoir une famille, des frères et des sœurs et de vivre au chaud dans une maison quand la nuit d’hiver tombe.

Peut-être est-ce parce que la nuit tombe plus vite maintenant sur le Mont des Princes où il vit que chaque soir il regarde par la fenêtre vers le ciel, qu’il soit étoilé ou non.

C’est bientôt Noël et, comme chaque année, ses parents lui ont demandé de préparer sa lettre au père Noël. D’habitude Victor l’écrit très tôt car il sait toujours ce qu’il veut : sa passion ce sont les livres et les ordinateurs. Cette année pourtant Victor hésite, il a grandi et il sent qu’il désire quelque chose au fond de son cœur, il ignore quoi encore.

Pendant ce temps, au pays du grand nord et des aurores boréales un petit renne vit au milieu des siens. Ce petit renne nommé Rudolph a une chance extraordinaire : il vit chaque jour auprès du père Noël. Il ignore que beaucoup d’enfants de ce monde aimeraient avoir cette chance-là ! Chaque jour, quand il fait froid il s’ébroue dans la neige et court avec ses amis. Ce qu’il préfère le plus, c’est se mettre sous les grands sapins et de ses bois agiter leurs branches pour que la neige tombe sur lui en flocons mouillés. Sa mère lui a dit que les flocons de neige étaient des baisers donnés par toutes les mères du monde à leurs enfants, même quand elles sont éloignées. Rudolph en est persuadé. Aussi, après avoir joué dans la neige, il vient frotter son museau à celui de sa mère.

Le père Noël est très occupé, Noël approche et bientôt ce sera la grande tournée sur tous les toits du monde pour apporter la joie aux enfants. Le père Noël a de bonnes joues rondes et un bon petit ventre dodu car il aime bien le bon air du Nord et manger, surtout les gâteaux aux pommes. C’est sans doute pour ça que ses joues ressemblent à deux belles pommes mûres. Même s’il est déjà bien vieux, il se sent aussi joyeux que les enfants qui attendent Noël.

Tout près de là, Laïka la magicienne vit dans sa datcha au fond des bois. C’est toujours là qu’elle se réfugie l’hiver. Elle aime vivre avec la nature ; c’est pourquoi chaque hiver, à l’heure des grands froids, elle se réfugie dans sa maison du grand Nord. Elle aime voir la neige derrière sa fenêtre, mais elle aime aussi l’avoir dans sa maison. Sa boule magique lui a appris que les flocons de neige sont l’âme et le cœur de tous ceux que nous avons aimés et qui nous ont quittés. De nombreux amis du monde entier connaissent sa passion pour la neige et ce qu’elle représente pour elle, ils lui ont envoyé des boules de verre de tous les coins du monde – dans chaque boule transparente tombe la neige, toutes sont des boîtes à musique dont elle tourne la clef pour que retentisse, pendant les longues nuits d’hiver, une musique où un chant qui lui rappellent ces amis très chers. Même le père Noël lui a offert une boule spéciale dans lequel on le voit manger un morceau de tarte sous la neige sur l’air de « I wish you a merry Christmas ».

Au milieu de toutes ces boules de verre trône la plus grosse, posée sur une branche de sapin. Celle-là est sa boule magique qu’elle consulte chaque soir, lorsque la lune apparaît au-dessus de sa maison.

Très loin de là, au pays de France, de nombreux enfants ont préparé le sapin. Victor lui aussi a participé à la garniture de l’arbre de Noël. Ses parents sont surpris : Victor paraît très pensif, il est moins joyeux que d’habitude. Alors que Théo, Charles et Thibaut rient d’excitation à l’approche Noël, Victor parle peu – lui qui parle tout le temps pourtant.

Victor a pris sa décision depuis quelques jours, il a préparé sa lettre pour le père Noël ; il ignore si son vœu pourra se réaliser, car il est un peu particulier. Victor a regardé une émission à la télévision sur les enfants orphelins du bout du monde. Il a découvert Oot qui vit au Cambodge et est malade. Il a soigneusement noté l’adresse d’une association humanitaire qui a pris Oot en charge après sa maladie. Victor a compris, que là où il vit Oot n’a plus de parents et son Noël ne sera pas aussi joyeux que le sien, car dans le foyer où il vit peu d’enfants pourront avoir des cadeaux.

Aussi a-t-il écrit au père Noël :

- Père Noël, je ne veux pas de cadeau cette année, j’aimerais que tu fasses venir Oot près de moi pour qu’on fête Noël ensemble. Je ne sais pas si c’est possible, nous ne sommes que deux petits garçons et c’est loin sur le globe sa maison. J’espère très fort que tu pourras réaliser mon rêve.

Dans les pays du Nord, le père Noël est très fatigué car il vient de prendre une mauvaise grippe et - avec tout ce courrier à lire - il n’arrive plus à dormir. Il ignore même s’il arrivera à lire toutes les lettres des enfants avant le grand départ qui aura lieu bientôt.

Rudolph, le petit renne du père Noël, est l’ami de la magicienne et il lui rend visite chaque jour. C’est ainsi qu’un soir, alors qu’elle lui offre une tasse de chocolat aux fruits rouges, il assiste à la séance de la boule magique. Laïka a mis sa longue robe bleue qui scintille - comme les lumières du sapin de Noël. Elle a laissé son manteau de fourrure blanche dans l’entrée. Tous deux regardent au travers de la boule ; c’est ainsi qu’ils aperçoivent deux garçons dont un semble triste et malade ; tous deux vivent de chaque côté du globe terrestre. Laïka, par la magie, arrive à lire au travers de la boule les mots de Victor dans sa lettre au père Noël : il désire fêter Noël avec le petit garçon du bout du monde.

- C’est impossible dit-elle à Rudolf le petit renne, le pauvre père Noël est très malade, il ne pourra jamais réaliser le vœu de Victor ; et pourtant, c’est un très beau vœu venu du cœur.
C’est bientôt la nuit de Noël où chacun doit s’aimer et espérer. Que pouvons-nous faire ?

Rudolf louche vers le bout de son nez : lorsqu’il réfléchit, son petit nez devient tout rouge et brille comme celui d’un clown. Ses amis rennes se moquent de lui gentiment - il faut dire que Rudolf a un très grand cœur. Laïka et Rudolf restent pensifs à regarder le feu dans la cheminée, les flammes s’agitent – comme si elles avaient envie de parler.

Machinalement Laïka a pris une boule transparente des pays du nord dans laquelle vole un traîneau. Elle la retourne, la neige tombe dans la boule de verre et recouvre le traîneau, tandis que retentit la chanson de Rudolf le petit renne au nez rouge.

Soudain, son visage s’illumine, elle repousse ses longs cheveux et, prenant Rudolf par le cou, elle lui dit en riant :

- « je vais voler le renne du père Noël ».
- « Tu vas quoi ? » Rudolf est tellement étonné de ces paroles que son nez rougit plus fort encore.
- « Je vais voler le traîneau du père Noël et son renne, c’est-à-dire toi ! Ensemble, nous irons chercher Oot et nous le ramènerons au Père Noël et à Victor. »
- « Mais, que va dire le Père Noël, il va être très fâché. » Victor ne se sent pas très rassuré à l’idée de la colère du Père Noël, en découvrant la perte de son traîneau et de son renne.
- « Nous lui laisserons un message grâce à la boule magique. Dépêche-toi, il est temps de partir, nous avons beaucoup de chemin par la voie des airs pour atteindre le Cambodge, et le traîneau du Père Noël n’a rien d’un boeing ! »

Ainsi fut fait et dans la nuit hivernale des forêts du Grand Nord, les habitants virent un traîneau passer dans le ciel, tiré par un renne. Pendant ce temps-là, le bonhomme Noël lisait la lettre de cet étrange petit Victor qui lui écrivait du Mont des Princes, au pays de France qu’il ne voulait pas de cadeau, mais un ami du bout du monde.

- « Mais comment vais-je pouvoir réaliser ce vœu ? » Le pauvre et vieux bonhomme Noël était prêt à s’arracher les cheveux pour réaliser le plus beau Noël qui puisse exister pour deux enfants : un Noël d’amour et d’amitié.

Au matin le bonhomme Noël s’est réveillé, se demandant s’il n’avait pas rêvé la lettre de ce petit garçon. Non elle était bien là, posée sur la table près de la bougie éteinte. Le Père Noël mit son chapeau, sa grosse écharpe et sortit dans la neige pour donner à manger à ses rennes ; ils auraient beaucoup à faire pour distribuer les cadeaux aux enfants du monde entier.

En arrivant à l’enclos, quelle ne fut pas sa stupéfaction : on avait volé le traîneau et le renne Rudolf, son favori ! Le pauvre bonhomme Noël, tout affolé, courait partout avec beaucoup de peine - vu son poids et la neige très épaisse qui entrait dans ses bottes.

Il partit en direction de la datcha de son amie la magicienne, en espérant qu’elle pourrait l’aider à retrouver le coupable. Quelle catastrophe si le père Noël ne pouvait apporter les cadeaux aux enfants sages ! Et qu’allait-il pouvoir faire pour ces deux petits garçons du bout du monde ?

En arrivant à la cabane, il la trouva déserte. Le feu était éteint, les boules transparentes posées sur le rebord de la fenêtre brillaient dans la lumière du matin. Le pauvre père Noël se laissa choir dans le fauteuil de Laïka. Il savait qu’il aurait du mal à se relever, tellement il était profond ! Il était triste le bonhomme Noël, tout le monde semblait l’avoir abandonné.

C’est alors que retentit une étrange musique dans la datcha de Laïka : des milliers de petites cloches résonnaient. La boule magique, posée sur la table, se mit à briller. S’extirpant avec beaucoup de mal du fauteuil, le Père Noël s’approcha. Ce qu’il découvrit dans la boule le laissa sans voix : Rudolf le petit renne tirait le traîneau dans lequel Laïka se tenait debout, cheveux au vent. Il entendit la voix de la magicienne, doucement elle lui disait : « repose-toi Père Noël, nous ramenons Oot le petit garçon et le traîneau ».

Le matin de Noël, alors que tous les enfants ouvraient leurs cadeaux, Victor découvrit sous le sapin le petit garçon du bout du monde que le père Noël avait déposé, il dormait. Oot tenait dans sa main la photo d’un petit renne heureux et courageux qui se nommait Rudolf. Ce petit renne avait traversé le globe avec courage pour ramener à temps Oot à Victor.

On dit depuis ce jour là que ce fut le plus beau Noël de Victor et Oot. Depuis Oot a recouvré la santé et les deux garçons sont devenus de grands amis. Il leur arrive souvent d’évoquer l’étrange histoire que je viens de vous raconter avec les sœurs de Victor : Salomé, Isaur et Romane.  
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« Répondre #680 le: 19 Décembre 2014 à 13:34:59 »


L'ours de Maëlle

Dans l’atelier du Père Noël, trois lutins travaillent sans relâche :

Basile, le lutinours, s’occupe des animaux en peluche.
Boris, le lutibroum, fabrique les jouets qui roulent et qui volent.
Barnabé, le lutidée, invente les nouveaux jeux.

Dès que le Père Noël reçoit une lettre, il s’adresse à l’un de ses lutins pour trouver le cadeau souhaité.
Et justement, aujourd’hui, le Père Noël est un peu embarrassé.
Voyons ça, la petite Maëlle m’écrit :

Chère Père Noël,
Je voudrais un ours, s’il te plait, un ours tout doux qui connaît plein d’histoires et qui les raconte, quand on a peur dans le noir. Et puis surtout, un ours qui sait écouter et garder les secrets !
Maëlle

Le Père Noël se rend chez Basile, le lutinours. Le chapeau pointu du lutin dépasse à peine d’une montagne de peluches.
Voyons, Basile, un ours tout doux, est-ce que nous avons ça ?
Certainement, Père Noël, nos ours sont des spécialistes du câlin !
Très bien, mais Maëlle aimerait un ours qui parle et raconte des histoires …
Basile approuve de la tête :
C’est une très bonne idée, j’y penserai pour l’année prochaine ! Mais je suis désolé, ceux-là ne parlent pas.

Le Père Noël va trouver Boris, le lutibroum. Cette année, il a fabriqué toutes sortes de robots bavards.
Il vous faut un ours qui raconte des histoires ?
Tout de suite, Père Noël !
Et il apporte un ours-robot en métal. Le Père Noël appuie sur la télécommande et une drôle de voix dit :IL ETAIT … UNE … FOIS … FOIS… FOIS … FOIS … FOIS … FOIS …


Boris secoue le robot : Attendez, Père Noël, je crois que le mécanisme est bloqué !
Le Père Noël est bien embêté :
Maëlle m’a demandé un ours tout doux qui raconte des histoires quand on a peur dans le noir. Cette machine-là ne rassurera jamais personne !

Le Père Noël n’a plus le choix.
Il ne reste que Barnabé, le lutidée, pour l’aider.
Sais-tu, Barnabé, où je pourrais trouver un ours qui raconte des histoires et qui sait garder les secrets ?
Barnabé n’est jamais en panne d’idées.
Oui, certainement, Père Noël. Sur la banquise, non loin d’ici, vit un vieil ours blanc, Il doit connaître bien des histoires et il est si solitaire qu’il ne racontera rien à personne !
Le Père Noël hausse les épaules.
Tu n’y penses pas, Barnabé ! Un ours polaire n’est pas un jouet !

Finalement, le Père Noël commence sa tournée sans avoir trouvé le cadeau de Maëlle.
Sur son traîneau, il traverse le ciel où la Grande Ourse, la maman des étoiles, brille doucement.
Le Père Noël murmure dans sa barbe :

Grande Ourse du ciel, toi qui vois tout de là-haut, aide-moi à trouver un ours pour Maëlle.

Juste à ce moment-là, une étoile filante s’envole et va se poser quelque part sur la Terre.
Intrigué, le Père Noël la suit.

QUELLE SURPRISE !

Ça alors « Une poubelle ! Une poubelle qui déborde de jouets cassés !
Et tout au-dessus, un vieil ours tout doux regarde le Père Noël d’un air triste.
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