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Auteur Fil de discussion: Contes d'ici et d'ailleurs  (Lu 34857 fois)
bunni
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« Répondre #705 le: 27 Avril 2015 à 06:28:58 »


La Jouvencelle au roseau


Il était une fois un roi juste et bon, mais âgé, qui ne souhaitait qu’une chose : transmettre la
couronne à son fils unique. Il sentait le temps venu pour lui de jouer au grand-père en faisant sauter ses
petits-enfants sur ses genoux.
Il fit proclamer, dans les limites du monde connu, qu’il consentirait à donner son fils en
mariage à toute jeune personne de qualité, pourvu qu’elle agréât à son fils.
Des quatre coins de l’univers, des messagers apportèrent des tableaux de jeunes filles ; belles,
et moins belles ; jeunes et moins jeunes ; riches et moins riches. Toutes aspiraient à devenir reine.
Le prince jetait un œil distrait sur les portraits de ces dames. Il refusait son agrément. Chaque fois que
le vieux roi s’étonnait de pareille obstination, le prince prétendait qu’il connaissait celle qui lui était
destinée : elle lui apparaissait chaque nuit en rêve. Il ne pouvait se tromper.
Un jour, le prince s’en alla porter ses pas jusqu’au bord de la rivière qui traversait de part en
part la Capitale du royaume. L’envie lui prit de se tailler une flûte dans l’un des roseaux. Voilà qu’à
peine le roseau taillé, il se mit à jouer seul ! Une voix s’éleva :
– Je suis la jouvencelle au roseau, celle qui depuis toujours t’est destinée. Une méchante sorcière
m’a transformée en roseau d’or, dans l’île qui se trouve à l'endroit où le fleuve se jette dans un lac.
Pour m’épouser, tu devras me retrouver et tailler le roseau d’or !
Le prince courut informer le roi qu’il savait où se trouvait celle qui depuis toujours lui était destinée.
Le roi se désola que son fils pût croire à pareille fable ! Contre la promesse d’épouser la fille qu’il lui
aurait choisie, pour le cas où sa quête serait vaine, il donna consentement à le laisser s'éloigner à la
recherche de sa belle, en aval de la rivière.
Le prince fit seller un cheval. Il suivit le cours de l’eau. Il parvint, au soir du premier jour, à
l’endroit où le fleuve se jetait dans le lac. L’île se profilait à quelques centaines de brasses. Sans plus
attendre, il se jeta dans les flots tumultueux. Il entreprit de fouiller l’île. Il dut interrompre ses
recherches à nuit faite.
Il se résolut à dormir sur place. Le lendemain, il reprit ses recherches, toute une journée
durant. Il désespérait de réussir quand, alors que le soir tombait de nouveau, dans un épais bosquet de
roseaux, il trouva le roseau d’or. À peine l’eut-il taillé avec son couteau, que le roseau lui échappa.
Dès qu’il eut touché le sol, le roseau se métamorphosa en une jeune fille, vêtue de sa seule
longue chevelure noire qui lui battait les talons. La jouvencelle au roseau était encore plus belle que
dans ses rêves ! Ses yeux étaient verts, couleur d’eau mouvante. Sa peau délicate avait la couleur du
lait. Ses lèvres étaient aussi rouges que des grenades. Il émanait de sa personne un parfum si délicat
qu’aucune rose ne lui était comparable.
Le prince voulut la mener sur-le-champ jusqu’au palais de son père. La jeune fille l’en
dissuada :
– Je ne peux être présentée à ton père dans le plus simple appareil. Tu dois, mon bien aimé, toi
que j’ai appelé en rêve durant toutes ces nuits, aller me quérir une robe afin que j’apparaisse à tous
digne d’être ta femme. Va vite, je t’attendrai !
Le prince se rendit aux raisons de la jouvencelle. Il reprit aussi vite que cela se peut le chemin de la
Capitale.
Ce que tous deux ignoraient, c’est que la sorcière n’avait perdu miette de la rencontre de
l’homme et du roseau, de la métamorphose de la jouvencelle, de la discussion entre les deux jeunes
gens ! Comme elle voulait être reine, elle donna au dépourvu un coup de baguette à la jeune fille, qui
devint un petit poisson d’or ! Drapée dans sa longue chevelure noire, identique à celle de la
jouvencelle, la sorcière attendit le retour du prince.
Les choses ne se déroulèrent pas comme ce dernier l’avait prévu : le roi le dissuada de
retourner sur-le-champ chercher sa promise.
– Tu seras plus utile ici, pour recevoir nos invités ! Envoie plutôt ton serviteur, et la femme de
chambre, qui sera dorénavant à l’entière disposition de ta femme, jusqu’à l’île, avec un carrosse.
Puisque tu veux en faire une reine, elle doit entrer en reine dans la Capitale !
Le jeune homme se rendit aux raisons de son père.
Pendant que le carrosse traçait chemin vers l’île au roseau, le jeune homme s’empressa auprès
des invités à la noce, veillant à ce qu’ils ne manquassent de rien !
En arrivant sur place, la femme de chambre, portant une robe de soie agrémentée de perles et de
diamants destinée à la jouvencelle, ne put s’empêcher de s’étonner à haute voix que le prince eut
choisi femme si laide, ridée comme un pachyderme, à la peau si noire !
– C’est à cause du prince ! Il m’a fait attendre toute une journée en plein soleil, prétendit la
sorcière. Dans quelques jours, il n’y paraîtra plus. Je redeviendrai la jouvencelle de ses rêves. Tu dois
me couvrir la tête d’une étoffe afin de me protéger des agressions du soleil !
C’est donc voilée que la sorcière pénétra dans la Capitale de son futur royaume. Le prince
s’étonna d’un tel travestissement :
– Pourquoi, ma bien aimée, dissimuler ton visage à la beauté incomparable à nos invités ?
Elle lui fit d’amers reproches sur le peu d’empressement qu’il avait mis à venir la chercher. Cette
désinvolture expliquant la raison pour laquelle elle avait le teint gâté ! Le prince fut surpris par la voix
croassante qui émanait du voile. Il mit cela sur le compte des fatigues du voyage. La sorcière obtint du
roi qu’il fît couper la tête de la femme de chambre qui l’avait trouvé femme si laide, ridée comme un
pachyderme, à la peau si noire !
Le mariage eut lieu. Le soir même, le prince découvrait enfin la supercherie. Trop tard ! Ils
étaient mariés devant Dieu. De ce jour, le prince erra désespéré dans le palais. Il évitait autant qu’il le
pouvait tout face à face avec sa femme. Il passait de longues journées à se promener au bord de la
rivière ; cette rivière qui lui rappelait le souvenir de la jouvencelle au roseau…
Le petit poisson d’or avait remonté la rivière en amont. Il parvint ainsi aux abords du palais. Il
pouvait ainsi voir le prince déambuler, la mine sombre, en regardant mélancoliquement couler l’eau.
Des serviteurs venaient chaque jour pêcher afin d’assurer en poisson frais les repas du roi, du prince et
de sa femme. Le petit poisson d’or se laissa volontairement prendre dans les mailles de leurs filets.
Les pêcheurs furent surpris en voyant un petit poisson si beau, aux grands yeux verts, couleur
d’eau mouvante. Ils le délivrèrent avec précaution.
Ils coururent le montrer au prince. Celui-ci, en découvrant le petit poisson d’or et les grands
yeux verts, couleur d’eau mouvante, commanda immédiatement qu’on bâtit un bassin de marbre rose.
C’est au bord de ce bassin qu’il passait dorénavant ses journées, observant avec tendresse les grands yeux verts, couleur d’eau mouvante, qui lui rappelaient ceux de la jouvencelle au roseau.
La sorcière savait de quoi il retournait ! Elle alla trouver le roi, son beau-père. Elle lui dit que si
elle était si laide, si le prince perdait la raison en s’amourachant d’un poisson, il y avait là quelque
maléfice qu’elle se faisait fort de conjurer :
– Envoyez votre fils sous un prétexte quelconque loin du palais. Faites cuire le petit poisson.
Partageons-nous en la chair. Je retrouverai ma beauté et l’amour de mon mari. Vous, vous recouvrerez
jeunesse et vigueur !
Le roi crut à la fable de la sorcière ! Il éloigna son fils. Durant son absence, il fit pêcher et cuire
le petit poisson, qu’il partagea avec sa belle-fille. La chair du poisson ne procura ni beauté, ni amour à
la sorcière ; le roi n’en obtint ni jeunesse ni vigueur !
Le cuisinier jeta les arrêtes. Le serviteur du prince les enterra dans un coin du jardin. En
l’espace d’une nuit, un rosier poussa où gisaient les restes du petit poisson d’or. Au matin, les rameaux
bourgeonnaient. À midi, les roses étaient fraîches écloses ! Le prince se désola de la disparition du
petit poisson d’or. Quand il vit le rosier, quand il sentit les senteurs enivrantes qu’il dégageait, il entra
en extase devant une telle splendeur, une telle délicatesse !
La sorcière enrageait ! Elle alla de nouveau trouver le roi, son beau-père. Elle lui dit que si elle
était si laide, si le prince perdait la raison, s’amourachant d’un rosier, il y avait là quelque maléfice
qu’elle se faisait fort de conjurer :
– Envoyez votre fils sous un prétexte quelconque loin du palais. Faites arracher le rosier. Faites le
brûler. Je ferai de la cendre un philtre que nous nous partagerons. Je retrouverai ma beauté et l’amour
de mon mari ; vous, vous recouvrerez jeunesse et vigueur !
Le roi crut de nouveau à la fable de la sorcière ! Il éloigna son fils. Durant son absence, il
commanda qu’on arrachât le rosier. Le jardinier refusa. Telle une furie, la sorcière le fit congédier sur
l’heure. Ses serviteurs arrachèrent l’arbuste, qu’ils brûlèrent. Le philtre que confectionna la sorcière
de la cendre ne lui procura ni beauté, ni amour ; le roi n’en obtint ni jeunesse ni vigueur !
Ce que la sorcière ignorait, c’est que le jardinier avait regagné sa masure, aux abords de la
Capitale, en emportant l’une des roses ! Comme il lui fallait bien manger, le jour suivant il gagna le
marché pour trouver quelque emploi de portefaix ! Durant son absence, la rose se métamorphosa en
jouvencelle au roseau. Quelle ne fut pas la surprise du jardiner en constatant que la maison était rangée
avec soin et qu’un repas chaud l’attendait !
Le lendemain, les choses se déroulèrent à l’identique : la rose se métamorphosa en jouvencelle
au roseau, le jardinier trouva maison rangée et un repas chaud ! Le surlendemain, il revint à
l’improviste. Il découvrit l’existence de la jouvencelle au roseau !
– Je te supplie de ne point révéler pour l’heure ma présence en ces lieux. Va, je te prie, au
marché acheter la soie la plus recherchée, de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel !
Le jardinier agréa à la demande de la jouvencelle : il revint avec la soie. Elle en tissa un tapis
extraordinaire : il représentait un roseau d’or, un poisson d’or, un rosier, sur fond d’arc-en-ciel !
– Va, je te prie, exposer ce tapis au marché. Quoi qu’on t’en offre, refuse de le vendre. Quand le
prince viendra, refuse encore. Dis-lui que ce tapis est à lui, à condition qu’il se rende le soir dans ta
maison, accompagné de son père et de sa femme !
Le lendemain, tout le marché était en émoi ! Le bruit courait qu’on y trouvait le plus beau tapis qui soit ! Le jardinier déclinait les offres, toutes plus mirobolantes les unes que les autres.
Le serviteur du prince, qui avait accompagné le carrosse, savait tout de l’aventure de son maître. Il courut
l’informer de l’existence de ce tapis extraordinaire. Le prince était dans le plus complet ravissement
en examinant l’œuvre :
– Dis ton prix, jardinier ! Quel qu’il soit, je t’en donnerai dix fois plus !
– Ce tapis n’est pas à vendre, prince. Vous l’aurez pour rien, à condition de venir ce soir chez
moi avec votre père et votre femme !
Le prince accepta avec empressement la proposition. Le soir même, il se rendit aux abords de la ville,
dans la masure du jardinier. La nuit était noire. Ni lune ni étoile pour l’attendrir. La masure était
éclairée, sans qu’il s’y trouvât ni lampe, ni bougie, ni flambeau : la lumière qui baignait la pièce
émanait du tapis. Une voix s’éleva :
– Prince, roi et reine, je vais vous raconter une histoire. Il était une fois une fée transformée en
roseau d’or par une sorcière désireuse d’épouser un prince et de devenir reine !
Le tapis s’anima. Un bouquet de roseaux dodelinait au gré du courant !
– La fée redevint ce qu’elle était, poursuivit la voix, par la grâce de l’amour qu’elle portait à un
prince, et à celui que ce dernier éprouvait en retour pour elle. La sorcière la transforma de nouveau.
Elle devint petit poisson d’or frétillant dans un bassin de marbre rose !
Le tapis s’anima de nouveau. Le poisson d’or voguait dans les eaux bleues qui baignaient la pièce !
– La sorcière avait épousé par traîtrise le prince. Par traîtrise, elle fit manger de la chair du petit
poisson à son beau-père, le roi. Des arrêtes du petit poisson naquit un rosier !
Le tapis s’anima à nouveau. Un rosier envahit la pièce. Son parfum enivrant envoûta les assistants !
– Ce rosier, la sorcière le fit brûler. Un brave jardinier en recueillit pourtant une rose. Voici,
prince, roi, reine, l’histoire de la fée, qu’on nommait la jouvencelle au roseau, amoureuse d’un
prince !
La jouvencelle au roseau se matérialisa ! Le prince la serra dans ses bras. Le roi, furieux d’avoir
été dupé par une sorcière, fit enfermer celle-ci dans le cachot le plus noir, de la plus redoutable prison
du royaume.
Le prince épousa la jouvencelle. C’est ainsi que le vieux roi, juste et bon, réalisa le rêve qu’il
caressait depuis si longtemps : il transmit la couronne à son fils unique, et connut les joies de jouer au
grand-père en faisant sauter ses petits-enfants sur ses genoux !
« Dernière édition: 27 Avril 2015 à 07:09:53 par bunni » Journalisée

alouette2
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« Répondre #706 le: 27 Avril 2015 à 10:24:29 »

Un petit conte d'Olivier Clerc, écrivain et philosophe, d'une grande richesse d'enseignement. Il s'agit du principe de la grenouille chauffée : "La grenouille qui ne savait pas qu'elle était cuite."

Imaginez une marmite remplie d'eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille.

Le feu est allumé sous la marmite, l'eau chauffe doucement.
Elle est bientôt tiède.
La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue à nager.

La température continue à grimper.
L'eau est maintenant chaude.
C'est  un peu plus que n'apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s'affole pas pour autant.

L'eau est cette fois vraiment chaude.
La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle s'est affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien.

La température continue à monter jusqu'au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir.

Si la même grenouille avait été plongée directement dans l'eau à 50°, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l'aurait éjectée aussitôt de la marmite.

Cette expérience montre que, lorsqu'un changement s'effectue d'une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte.

Si nous regardons ce qui se passe dans notre société depuis quelques décennies, nous subissons une lente dérive à laquelle nous nous habituons.

Des tas de choses qui nous auraient horrifiés il y a 20, 30 ou 40 ans, ont été peu à peu banalisées et nous dérangent mollement à ce jour, ou laissent carrément indifférents la plupart des gens.
Au nom du progrès et de la science, les pires atteintes aux libertés individuelles, à la dignité , à l'intégrité de la nature, à la beauté et au bonheur de vivre, s'effectuent lentement et inexorablement avec la complicité constante des victimes, ignorantes ou démunies.

Les noirs tableaux annoncés pour l'avenir, au lieu de susciter des réactions et des mesures préventives, ne font que préparer psychologiquement le peuple à accepter des conditions de vie décadentes, voire dramatiques.

Le gavage permanent d'informations «politiquement correct» de la part des médias sature les cerveaux qui n'arrivent plus à faire la part des  choses...
Alors si vous n'êtes pas, comme la grenouille, déjà à moitié cuite,  donnez le coup de patte salutaire avant qu'il ne soit trop tard.

C’est ce que dénonçait déjà Saint Augustin (Algérie : 430 ap JC) :
« A force de tout voir, on finit par tout supporter…
A force de tout supporter, on finit par tout tolérer…
A force de tout tolérer, on finit par tout accepter…
A force de tout accepter, on finit par tout approuver »
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bbchaton
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« Répondre #707 le: 02 Mai 2015 à 18:07:02 »

l était une fois, dans une région lointaine du Viêt Nam, un jeune paysan, brave et généreux, prénommé Ngoc Tâm. Il avait une femme très belle et très élégante. Contrairement à son mari, qui était économe et laborieux, elle était paresseuse et adorait le luxe. Malgré cela, Ngoc Tâm aimait son épouse et lui pardonnait tout.

Malheureusement, cette union ne fut que de courte durée, car la jeune femme mourut brutalement un beau matin. Désespéré, Ngoc Tâm ne voulut pas se séparer du corps de son épouse et s'opposa à son ensevelissement.
Après avoir vendu ses biens, il s'embarqua avec le cercueil dans un petit bateau à voile, un sampan, et erra au gré du courant, n'ayant en tête aucune destination précise.
Un jour, son sampan l'amena au pied d'une colline verdoyante et parfumée. Descendu à terre, il découvrit un paysage d'une grande beauté avec des fleurs rares et des arbres chargés de fruits variés. Il rencontra soudain un vieillard à la barbiche et aux longs cheveux blancs. Il se dégageait du vieil homme une grande sérénité et une miséricorde étonnante. Ngoc Tâm comprit qu'il avait devant lui un génie des lieux. Il se jeta à ses pieds, l'implorant de rendre la vie à sa femme.
Pris de pitié, le génie lui dit : « Je vais exaucer tes vœux, car ton amour et ta douleur sont sincères. Mais puisses-tu ne pas le regretter plus tard ! » Puis il demanda au paysan d'ouvrir le cercueil, de se couper le bout du doigt et de laisser tomber trois gouttes de sang sur le corps de la défunte. Aussitôt, celle-ci ouvrit les yeux comme si elle sortait d'un long sommeil. Avant de partir, le génie s'adressa à la femme : « N'oublie pas tes devoirs d'épouse. Pense à l'amour que ton époux te porte et à son dévouement. Soyez heureux tous deux. »

Pressé de regagner son foyer, Ngoc Tâm rama jour et nuit. Un soir, il dut accoster pour aller acheter des provisions. Pendant son absence, la grande barque d'un riche marchand vint s'amarrer à côté de la sienne.
Frappé par la beauté de la jeune femme, le marchand entra en conversation avec elle, finit par la séduire et par l'emmener avec lui vers une nouvelle destination. À son retour, Ngoc Tâm, furieux, décida de se lancer à la poursuite du riche marchand.
Il parvint à retrouver ce dernier après de longs mois de recherche. Il retrouva également sa femme et lui proposa de le rejoindre. Habituée à la vie luxueuse que lui offrait le marchand, celle-ci refusa. D'un coup, le paysan fut guéri de son amour et dit à sa femme : « Tu es libre de me quitter. Mais tu dois me rendre les trois gouttes de sang que j'ai versées sur ton corps pour te ranimer. »
Heureuse de se débarrasser à si bon compte de son stupide mari, elle s'empressa de se piquer le doigt. Mais au moment où le sang commença à couler, elle s'écroula morte.
Toutefois, elle ne pouvait pas se résigner à quitter définitivement ce monde. Elle y revint transformée en un minuscule insecte poursuivant sans relâche Ngoc Tâm, pour lui voler les trois gouttes de sang qui la ramèneraient à la vie humaine. C'est cet insecte que l'on appelle « moustique ».
Journalisée

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