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Contes d'ici et d'ailleurs

Démarré par bunni, 18 Septembre 2012 à 00:22:36

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bunni


Compère l'Ours et le Renard Roux

De tous temps les renards ont été fourbes et paresseux, mais jamais on n'en vit de plus paresseux et plus fourbe que le Grand Renard Roux. C'était un rusé coquin, capable des plus mauvais tours. Compère l'Ours en fit la triste expérience.
Depuis quelques semaines déjà le Renard faisait maigre chère, quand il rencontra un beau matin compère l'Ours.
"Ah ! bonjour, mon cousin, lui cria-t-il d'un air d'autant plus joyeux qu'il lui savait en réserve un gros fromage et un pot de miel. Comment allez-vous ?
-Pas trop mal, répondit en grognant compère l'Ours, quoique ma vue baisse un peu. En outre, je vis bien seul, je m'ennuie..."
De trouver l'Ours ainsi disposé, le Renard suffoquait de joie, et sans plus tarder il lui proposa son amitié. Il lui fit valoir que son imagination fertile en ruses de toutes sortes compenserait largement le partage d'un pot de miel et d'un fromage, et qu'à s'associer, c'est encore lui, compère l'Ours, qui ferait une bonne affaire.
L'Ours n'y trouva rien à redire, et ce fut marché conclu. Quant au pot de miel et au fromage, il fut entendu qu'on les réserverait en vue de quelque fête. Pour l'instant, c'est à l'imagination du Renard qu'il fallait avoir recours.
"Fort bien, dit le Renard, cherchons donc une idée.
"Compère l'Ours, dit-il au bout d'un moment, en posant sa patte sur son front, je ne me sens pas à mon aise, tout d'un coup. Je crois que je ferais bien d'aller voir le docteur. Qu'en pensez-vous ?
- Je pense, répondit l'Ours, que c'est en effet prudent."
Et le Renard partit chez le médecin. Mais le cabinet du médecin, dans sa pensée, n'était autre chose que le garde-manger où compère l'Ours avait serré ses provisions. Le Grand Renard Roux y dévorât une partie du miel, puis dormit au soleil dans une pièce de foin. Il revint ensuite à la maison.
"Eh bien, demanda l'Ours, comment vous sentez-vous ?
-Beaucoup mieux, je vous remercie, dit le Renard.
-Et la médecine était-elle amère ?
-Au contraire. C'était même assez bon.
-Et le docteur vous en a-t-il donné une forte dose ?
-Mais oui. A peu près la valeur d'un demi - pot de miel.N'importe, gémit compère l'Ours, c'est toujours un bien grand ennui que d'avoir affaire au médecin.
Quelques jours se passèrent, et le Grand Renard Roux, un beau matin, ayant brossé son chapeau et peigné les poils de sa tête, dit qu'il allait à un baptême chez son beau-frère ; mais l'église n'était pas bien loin, car, cette fois encore, il ne dépassa pas le garde-manger où il dévora tout ce qui restait du miel, en léchant le pot par-dessus le marché.
"Et tout s'est-il bien passé au baptême ? demanda compère l'Ours quand le Renard fut rentré.
-Mais oui, assez bien.
-Et qu'y avait-il pour le dîner ?
-A peu près la moitié d'un pot de miel.
-Eh bien ! on a dû avoir faim à ce baptême," observa compère l'Ours pour répondre quelque chose.
Or un beau dimanche que les oiseaux chantaient dans les arbres et les criquets dans les roseaux, compère l'Ours dit, en prenant une prise :
"C'est fête aujourd'hui, nous allons manger le pot de miel et le fromage, et nous demanderons à grand-père le Bouc de venir dîner avec nous.
Le Renard se gratta l'oreille et regarda compère l'Ours du coin de l'oeil.
"Fort bien, répondit-il.
"Allez-vous-en Allez-vous-en inviter grand-père le Bouc tandis que j'irai au garde-manger chercher les provisions.
"Voyons, se dit le Renard, une fois arrivé, le calcul est simple : le fromage et le pot de miel appartiennent à tous deux, à lui et à moi, ils m'appartiennent donc à moi."
Et sans plus de façon, il s'installa et, ayant déjà mangé le miel, il dévora tout le fromage.
Quand il revint à la maison, il trouva grand-père le Bouc se chauffant les pattes au coin du feu, tandis que compère l'Ours aiguisait le couteau à pain sur le seuil de la porte de la cour.
"Ah ! bonsoir, grand-père le Bouc, quelle bonne nouvelle ?
-Mais aucune, si ce n'est que nous allons faire un bon dîner.
-Et que fait compère l'Ours ?
-Il aiguise le couteau à pain.
-Ah ! oui, je sais, et quand il l'aura aiguisé, il vous coupera les deux oreilles qu'il fera rôtir pour le dîner. Ah ! ah ! ah !"
A ces mots, grand-père le Bouc fut saisi d'une grande frayeur et prit ses jambes à son cou.
Le Grand Renard Roux s'en fut alors trouver compère l'Ours dans la cour.
"Eh bien, vous avez fait là une jolie besogne en invitant grand-père le Bouc, lui dit-il. Il vient de se sauver avec le pot de miel et le fromage, et il ne nous reste plus qu'à serrer notre ceinture d'un cran."
A cette nouvelle le sang de compère l'Ours ne fit qu'un tour. Il se précipité à la poursuite de grand-père le Bouc en criant :
"Arrêtez, arrêtez ! N'emportez pas les deux ; laissez - m'en au moins la moitié !"
Il parlait des gourmandises du dîner, mais le Bouc, croyant qu'il s'agissait de ses oreilles, trottait si vite que le gravier volait sous ses pas.
"Eh bien ! fit le Renard, quand l'Ours, suant et soufflant, eut renoncé à poursuivre le Bouc, je me demande ce que vous feriez maintenant si vous n'aviez pas la ressource de mon intelligence.
-Il faut en effet que vous nous sortiez de là, dit compère l'Ours avec un gros soupir.
-Attendez ! répondit le Grand Renard Roux. Auprès de la maison du fermier Jean, à une lieue d'ici, se trouve un garde-manger tout plein de saucisses, d'andouilles et de galettes. Je crois que nous pourrions aller voir de ce côté-là."
Et ils partirent, bras dessus bras dessous. Les deux chenapans eurent vite fait de trouver le garde-manger. Malheureusement la porte était fermée.
Le Renard avisa une lucarne assez haut placée.
"Voyons, dit-il à compère l'Ours, aidez-moi à atteindre cette fenêtre, j'entrerai par là et je vous passerai les friandises à mesure."
Compère l'Ours donna le pied au Grand Renard Roux et, hop ! celui-ci glissa dans la salle des provisions comme une carpe dans l'eau.
Naturellement il commença par dévorer tout ce qu'il trouva. Entre temps il criait à compère l'Ours.
"Hé ! compère, que voulez-vous que je vous passe d'abord, les saucisses ou les galettes ?
-Chut ! chut ! répondit l'Ours ; parlez moins haut.
-Oui, oui, hurla le Renard, les saucisses ou les galettes ?
-Mais taisez-vous donc, reprit l'Ours. Vous allez ameuter toute la ferme. Prenez ce que vous avez sous la main, et surtout faites vite.
-Oui, oui ! disait le Renard, si fort que son gosier était sur le point d'éclater ; puisque je vous dit que j'ai tout sous la main. Décidez-vous !"
Mais compère l'Ours n'eut pas à se décider, car le fermier arrivait avec ses gens et trois gros chiens.
"Ah ! ah ! dit le fermier. Voilà compère l'Ours qui vient me voler mes saucisses et mes andouilles ! Je ne vais pas le manquer."
Et l'on poursuivit le pauvre Ours jusque sur la colline, où il reçu la plus belle volée de bois vert de toute sa vie.
"Tandis qu'on poursuit compère l'Ours par ici, se disait pendant ce temps le Renard, je vais filer par la fenêtre qui donne derrière la ferme !"
Or on avait mis sur cette fenêtre une trappe pour prendre les rats : le Grand Renard Roux n'en savait rien. Il va pour sauter et clic ! la trappe se referme, le prend par la queue, et il reste suspendu !
Et pour comble de malheur, voilà le fermier Jean qui revient, car il avait entendu le Renard pousser un cri, et il fut vite là avec tout son monde et ses trois gros chiens.
"Fermier Jean, supplia le Renard, ne me faites pas de mal. Ce n'est pas moi le voleur ; c'est compère l'Ours.
-Oui, oui, répondit le fermier ; compère l'Ours a été corrigé comme il méritait ; chacun son tour !"
Alors le Grand Renard Roux fit des efforts désespérés pour retirer sa queue. Crac ! la queue se rompit et, criant et hurlant, il décampa aussi vite qu'il put avec le fermier Jean, les hommes et les chiens à ses trousses.
Le Grand Renard Roux mit de longs mois à se guérir des coups de bâton et des morsures de chien que lui avait valus sa fourberie.
En outre, privé de sa queue, ornement sans lequel les renards n'osent pas se montre, il dut se retirer du monde et, nourri de racines et d'eau, il termina misérablement sa vie au fond d'un terrier.
Quant à l'Ours, il avait juré qu'à l'avenir il ne s'associerait plus jamais avec un coquin de l'espèce des renards.

Jean MARBEL

bunni


Mon cygne argenté

Cinq années ont passé,
et ils sont toujours ensemble ;
cinq années, et j'ai toujours la plume
de mon cygne argenté.
Où que j'aille, je l'emporte avec moi.
Elle ne me quittera jamais.



      Un cygne s'est posé sur mon lac, une nuit, un cygne argenté. Je pêchais la truite au clair de lune. Elle vola au-dessus de moi, ses ailes bruissaient dans le vent. Elle fit deux fois le tour du lac avant de se poser, argentée, argentée sous la lune. Je l'observai sans bouger, tandis qu'elle croisait ses ailes et glissait, majestueuse, sur le lac devenu son royaume. Je restai longtemps ainsi, fasciné, incapable de détacher mon regard.
      Je retournai chaque jour au bord du lac, dès lors, non pour pêcher la truite, mais simplement pour regarder mon cygne argenté. Au début, je prenais mille précautions pour ne pas l'effrayer, restant sans bouger à l'ombre des aulnes. Mais elle devinait ma présence, j'en avais la certitude. Je la trouvai bientôt près du rivage, qui attendait ma venue. Je pris l'habitude d'apporter des croûtons de pain. Elle leur accorda d'abord un regard prudent, presque dédaigneux. Mais au bout de quelque temps, elle étira son long cou, les attrapa au fil de l'eau et se sauva triomphalement.
      Un jour, j'osai tremper les croûtons de pain pour elle, j'osai les lui tendre dans le creux de ma main. Elle s'empara de la poignée de croûtons, s'éloigna, pour revenir quelques instants plus tard. Elle avançait si près maintenant que je pouvais toucher son cou. Je lui parlais tout en la caressant. Elle écoutait vraiment. Je sais qu'elle écoutait. Je n'ai pas vu arriver le mâle. Un matin, je l'ai trouvé qui nageait à ses côtés au milieu du lac. Ils s'aimaient déjà. C'était une telle évidence. Quand ils buvaient, ils plongeaient ensemble leurs deux cous enlacés, quand ils volaient, leurs ailes battaient en parfaite harmonie, à l'unisson. Je crois qu'elle savait que j'étais là, que je la regardais. Mais elle n'est plus revenue me voir, et elle n'a plus attrapé de croûtons dans son bec. Je m'efforçais d'être content pour elle et d'oublier ma propre tristesse, mais c'était difficile.
      Quand l'hiver sembla s'incliner devant le printemps — sembla seulement —, ils commencèrent à construire leur nid sur la petite île, au milieu du lac. Je devais utiliser mes jumelles pour les observer. Je venais chaque jour, quel que fût le temps. Je pressentais quelque chose. Ils n'étaient plus uniquement occupés à lisser leurs plumes, à se nourrir ou simplement à glisser sur le miroir du lac en emportant leur reflet. Ils bâtissaient un nid — un piètre nid à mon avis —, informe et grossier, parmi les roseaux qui bordaient l'île.
      Ils mirent plusieurs jours à le bâtir. Ils semblaient n'être jamais satisfaits du travail de l'autre. Tantôt la brindille apportée était trop grosse, tantôt trop mince, ou tout simplement pas au bon endroit. Je ne les vis jamais ergoter de la sorte, non, mais mon cygne argenté réarrangeait discrètement le nid à son goût quand le mâle n'était pas là. Et il faisait la même chose quand elle n'était pas là.
      Puis un matin étonnamment froid, le ciel était lumineux et le sol craquait sous mes pas, je découvris mon cygne argenté qui trônait enfin sur son nid tandis que le mâle montait fièrement la garde sur les eaux du lac. Je savais qu'il y avait des renards alentour. Je les avais entendus glapir — l'écho de leurs cris déchirait souvent la nuit. J'avais reconnu leurs empreintes dans la neige, mais je n'en avais jamais vraiment rencontré.
      La nuit tombait. Je rentrais du lac à travers bois quand j'aperçus une famille de cinq renardeaux. Leur mère veillait à proximité. Ils ne m'avaient pas vu, ils n'avaient pas flairé mon odeur, alors je m'accroupis pour les regarder. Je remarquai immédiatement qu'ils étaient affamés, mais trop affaiblis pour réclamer à manger à leur mère. Elle-même était si maigre, presque décharnée. Je me souviens avoir pensé : cette famille de renards ne s'en sortira pas si le printemps tarde à venir, si l'hiver dure trop longtemps.
      Mais, cette année-là, l'hiver dura longtemps, trop longtemps.

      J'oubliai bientôt les renards. J'avais d'autres préoccupations, plus importantes. Mon cygne argenté et son mâle montaient continûment la garde ; quand mon cygne argenté devait quitter le nid pour aller se nourrir, le mâle redoublait de vigilance. Et, comme elle recouvrait à chaque fois ses œufs de brindilles, je ne pouvais ni les voir, ni bien sûr les compter.
      Alors je décidai de compter les jours, et je pris la résolution de descendre au lac quoi qu'il arrive, et d'y rester à attendre aussi longtemps qu'il le faudrait. Mais un brouillard très dense tamisait les premières lueurs du jour tant attendu. Je courus jusqu'au lac. Depuis le rivage, l'île était invisible, le lac même avait disparu sous les nappes de brume. Je n'entendais que les cris assourdis du héron et de la poule d'eau. Mais je restai aux aguets toute la journée, et aussi le jour suivant.
      J'étais toujours là deux jours plus tard lorsque, au matin, le brouillard se dissipa enfin, laissant filtrer un pâle soleil. Je retrouvai l'île. Je dirigeai mes jumelles vers le nid. Il était vide. Je scrutais vainement l'horizon encore jonché de lambeaux de brume. Pas le moindre remous. Puis, tout à coup, je les vis, mon cygne argenté, son mâle et quatre petits cygnes. Ils amorcèrent un virage près du rivage et passèrent devant moi. Je jure qu'elle me les présentait en les promenant si fièrement. Ils nageaient tous deux avec une telle assurance, entraînant les petits cygnes dans leur sillage. Mais j'avais mal compté, il y avait un cinquième bébé juché entre les ailes repliées de sa maman. Un fragile voyageur, pensai-je, plus petit que les autres, peut-être, mais bien chanceux en tout cas.
      Cette nuit-là, le vent souffla du nord et gela le lac tout entier. Je me demandais ce qu'ils deviendraient. Mais j'avais tort de m'inquiéter. Ils s'étaient préservé une petite pataugeoire dont ils brisaient chaque jour la mince couche de glace. Ils avaient suffisamment à manger, suffisamment à boire. Les bébés grandissaient de jour en jour, l'un d'eux était effectivement plus petit, mais, à son rythme, il forcissait lui aussi.
      Puis une nuit, pendant mon sommeil, il se mit à neiger. Il neigea sur la ferme, sur les arbres, sur le lac gelé. Au matin, un silence ouaté enveloppait la campagne. Je ramassai des croûtons de pain et me précipitai vers le lac. En sortant du petit bois, je remarquai des empreintes de renard dans la neige. Elles menaient jusqu'au lac. J'accélérai ma course, trébuchant dans la neige, redoutant le pire.
      Le renard tournait autour du nid. Mon cygne argenté défendait ses petits de toute son énergie, son corps frémissait de fureur, son cou était tendu, ses ailes fouettaient rageusement l'air. J'ai crié, j'ai hurlé. Mais j'arrivais trop tard, et j'étais trop loin pour lui venir en aide. Le renard s'élança, telle une flèche, la saisit par l'aile et l'entraîna avec lui. Je courus sur la glace. Je la sentis craquer sous mes pieds. L'eau m'arrivait jusqu'aux genoux et je continuai de hurler. Mais le renard n'abandonna pas. Je voyais le sang, rouge écarlate dans la neige immaculée. Les cinq petits cygnes semblaient paralysés par la peur. Mon cygne argenté continuait de se défendre, mais elle perdait la partie, et je ne pouvais rien pour elle.
      J'entendis tout à coup un bruissement d'ailes dans le ciel. Le mâle ! Il plongea, attaqua le renard en piqué. Ce dernier lâcha sa proie et détala dans la neige, poursuivi par le mâle. J'ai d'abord cru que mon cygne argenté était mort. Elle gisait, inerte, dans la neige. Mais elle s'est remise sur ses pattes et s'est dirigée en boitillant vers son île, une aile battant faiblement, l'autre pendant, ensanglantée. Elle rassembla ses petits, ils étaient tous là. Elle les enveloppait dans une longue étreinte muette quand le mâle réapparut dans le ciel. Il se dirigea vers elle et se posa tant bien que mal sur la glace.
      Il resta près d'elle toute la journée, sans la quitter un seul instant. Il savait qu'elle se mourait. Je l'avais compris moi aussi. Mon cœur était empli de haine et de ressentiment. Je restai là, assis sur le rivage, et l'envie d'aller chercher le fusil de mon père pour traquer le renard meurtrier me traversait régulièrement l'esprit, mais je pensais alors à ses renardeaux et je comprenais qu'elle avait simplement fait ce que toute maman renard aurait fait à sa place.
      Je restais des jours près du lac gelé, à poursuivre ma funèbre veillée. Le mâle s'occupait des petits maintenant. Mon cygne argenté dormait tout près, la tête blottie sous son aile. Elle ne bougeait pratiquement plus. Je n'étais pas près d'elle mais je connais le moment exact de sa mort. Je le connais parce qu'elle le chanta. On dit que les cygnes ne chantent que lorsqu'ils sont sur le point de mourir et c'est vrai. J'étais en train de ramasser du bois pour le feu avant de monter me coucher. Dans la nuit claire et étoilée, son chant était plus pur et plus doux que toutes les voix humaines, tous les chants d'oiseaux que j'avais entendus. Ainsi chanta mon cygne argenté au moment de mourir.
      Je pensais trouver son corps sans vie sur l'île le lendemain matin, mais je ne l'y vis point. Le cygne mâle était sur le nid, immobile, comme pétrifié, entouré des cinq petits cygnes. J'entrepris de la chercher. Je suivis la traînée de sang, de duvet et de plumes qui longeait le rivage et se poursuivait dans les bois. Je savais où elle menait. J'approchais sans bruit. Les renardeaux semblaient repus, ils jouaient gaiement près de leur mère. La renarde, elle, était absorbée par sa toilette ; un monceau de plumes blanches jonchait le sol et elle secouait la tête pour se débarrasser du duvet resté collé et qui l'accusait. Comme je la détestais. Je courus vers elle et j'ai hurlé. Elle disparut avec ses renardeaux dans les broussailles et je restai seul dans les bois. Je ramassai une plume argentée et je me mis à pleurer de chagrin et de colère mêles.
      Le lendemain, le printemps arriva enfin et la neige se mit à tondre. Le mâle et les cinq petits cygnes étaient maintenant hors de danger. J'espaçais mes visites, le lac n'était plus le même sans mon cygne argenté. J'allais tout de même voir comment allaient le cygne et ses petits. J'étais soulagé de constater qu'ils se débrouillaient plutôt bien, jusqu'au jour où je remarquai qu'ils n'étaient plus que quatre petits autour de leur père, les quatre plus résistants. J'ignore ce qui arriva au plus faible. Mais je ne le revis jamais. Pas si chanceux que ça, finalement. De temps à autre, le mâle emmenait ses enfants près du rivage, ils m'attendaient. Je leur apportais des croûtons de pain, mais au bout de quelque temps, il cessa de venir.
      Les semaines passèrent, et puis les mois ; les cygnes grandissaient. Le mâle quittait rarement l'île maintenant. Il restait à l'endroit précis où je vis mon cygne argenté pour la dernière fois. Il ne nageait plus, il ne mangeait plus, il ne lissait plus ses plumes. Il devenait un peu plus évident chaque jour qu'il se consumait de chagrin, qu'il se laissait mourir d'amour.
      Je repris mon poste d'observation. Je me devais d'être près de lui. C'est ce qu'aurait souhaité mon cygne argenté, j'en suis persuadé. J'étais donc là quand cela s'est passé. Surgissant de nulle part, un cygne vola au-dessus du lac. Elle se posa juste en face de lui. Le mâle se dirigea vers elle, descendit dans l'eau, et nagea à sa rencontre. Je les observais, ils se regardèrent attentivement pendant quelques minutes. Quand ils buvaient, ils plongeaient ensemble leurs deux cous enlacés, quand ils volaient, leurs ailes battaient en parfaite harmonie, à l'unisson.

Michael Morpurgo

bunni


La broderie

Il était une femme si pauvre qu'elle n'avait devant sa porte pas même une chèvre, pas même un jardon potager. Elle était veuve, elle habitait avec ses trois fils une petite maison bâtie de pierres sèches, au bout d'un village bourbeux, gris et rude. Un sentier grimpait parmi les cailloux et l'herbe rare vers les neiges éternelles. C'était là son paysage familier.

Cette femme tissait et brodait merveilleusement. Tous les jours, de l'aube au crépuscule, elle inventait en fils de soie multicolores des fleurs, des oiseaux, des animaux sur des tissus blancs. Ces broderies, elle allait les échanger de temps en temps contre quelques poignées de riz, au marché de la ville voisine. Ainsi elle gagnait assez pour survivre et nourrir ses enfants.

Une nuit, dans son sommeil, une lumière merveilleuse s'allume dans sa tête. Elle rêve qu'elle s'avance dans un village qui ressemble au sien. Pourtant il est infiniment plus beau : les maisons sont à trois étages, fièrement bâties au milieu de jardins peuplés d'oiseaux, d'arbres fruitiers, de fleurs et de légumes magnifiques. Un ruisseau transparent bondit parmi des rochers moussus. Au loin, sur la montagne, grimpent des pâturages, des moutons, des vaches au poil luisant. La pauvre femme, devant ce paysage, reste longtemps éblouie comme une enfant naïve, puis elle s'éveille sur son lit troué, dans sa maison froide. Elle se lève, sort devant sa porte. Une folle envie envahit tout à coup son coeur et son esprit : broder son rêve sur un tissu de laine avant qu'il ne s'efface de sa mémoire. Le jour même, elle se met à l'ouvrage, assise au coin du feu. Trois ans durant, elle travaille obstinément, jour et nuit, dormant à peine quelques heures avant l'aube. Au soir tombé, elle allume une torche et se penche sur son ouvrage. Ses yeux irrités pleurent. Qu'importe : ses larmes, elle les brode, elle fait d'elles le ruisseau bondissant qui traverse le village rêvé. La deuxième année, les yeux de la pauvre femme sont tellement usés qu'ils saignent, et, de ses larmes rouges tombées sur le tissu, elle fait des fleurs dans les jardins et le soleil de cuivre éblouissant dans le ciel. Au dernier matin de la troisième année, l'ouvrage est fini. Le paysage brodé est exactement semblable à celui qu'elle a vu en rêve. Elle contemple les maisons à trois étages, les jardins - pas un fruit ne manque aux arbres - le ruisseau, les moutons, les buffles dans le pâturage de la montagne, les oiseaux traversant le ciel. Elle est heureuse. Elle appelle ses trois fils : " Regardez, dit-elle fièrement ". Les enfants n'ont jamais rien vu d'aussi beau. Ils s'extasient. " Allons à la lumière du jour, nous verrons mieux. " Ils sortent devant la porte et déposent le grand carré de tissu brodé sur un rocher, en plein soleil. Ils s'éloignent un peu pour mieux le voir. Mais voici qu'un coup de vent subit traverse le village, siffle dans les buissons, couche les touffes d'herbe. Il emporte la broderie merveilleuse, comme une voile, comme un oiseau aux vastes ailes avant que la mère et les enfants affolés aient eu le temps de la retenir. La pauvre femme, les bras au ciel, pousse un grand cri et tombe évanouie. Ses fils la portent dans la maison, la couchent sur son lit, la raniment, puis ils vont courir la montagne, jusqu'à la nuit, et le lendemain tout le jour, à la recherche du chef d'oeuvre envolé. Ils rentrent au soir bredouilles, désolés, épuisés.

Alors leur mère commence à dépérir. Elle ne veut plus manger, elle ne peut plus travailler, elle se meurt, lentement. Ses fils, tous les soirs, gémissent à son chevet. Un jour enfin, elle dit à l'aîné : " Il faut que tu retrouves ma broderie perdue. Pars à sa recherche. Si dans un an tu n'es pas revenu, tu ne me reverras pas vivante ".

Le lendemain, à l'aube, l'aîné chausse ses sandales et s'en va. Un an passe, il ne revient pas. Sa mère, maintenant, est maigre comme la Mort. Elle ne parle plus guère. Un matin, elle dit pourtant à son deuxième fils : " Mon enfant, puisque ton frère nous a oubliés, il est temps que tu partes à ton tour. Va chercher l'image que j'ai brodée, trois ans durant. Si, dans un an, tu n'es pas revenu... Elle hoche la tête, deux larmes ruissellent sur ses joues. Son deuxième enfant s'en va. Il se perd lui aussi. Alors sa mère appelle son troisième fils et lui dit : " Je suis faible comme une mouche. Je ne résisterai plus longtemps. Va, et si tu as pitié de moi, ne m'oublie pas.

Son troisième fils, qui s'appelle Losang, s'en va vers le soleil levant, comme ses frères. Il marche longtemps, traverse des vallées, gravit des montagnes. Il se nourrit de fruits sauvages, il boit l'eau des sources et s'endort au creux des rochers quand la fatigue le fait trébucher. Enfin, un matin, il parvient devant une vaste plaine verte. Le ciel est limpide. Un vent léger courbe l'herbe haute. Au loin, il aperçoit une maison de pierre, assez semblable à celles de son village. Devant cette maison, un cheval étrangement immobile, la bouche ouverte, tend le cou vers un tas de fourrage. Losang s'approche : " Pourquoi cet animal ne mange-t-il pas sa pitance ? se dit-il. On dirait une statue. Il s'approche encore et s'arrête, bouche bée. Le cheval est en pierre. Il le contemple un moment. Alors, sur le seuil de la maison apparaît une vieille femme souriante, qui lui dit : " Je t'attendais mon fils, je sais ce que tu cherches : le carré de laine sur lequel ta mère a brodé un paysage vu en rêve. Oh, je n'ai aucun mérite à savoir cela, tes deux frères m'ont tout raconté. L'un après l'autre, ils sont passés par ici avant toi. Je leur ai conseillé de ne pas aller plus loin, car le chemin qui conduit à la broderie merveilleuse est très malaisé. Je leur ai dit : " Si vous voulez rentrer chez vous, je vous donne pour la route un coffret plein de pièces d'or ". Ils ont accepté. Ils sont partis vivre en ville. Et toi, garçon, que feras-tu ? - Moi, répond Losang, je n'ai que faire de ton or. Je veux retrouver le paysage brodé par ma mère sur le carré de laine. Si tu connais le chemin que je dois suivre, aide-moi. - Ecoute, dit la vieille. Ce n'est pas un coup de vent ordinaire qui a emporté le carré de tissu brodé. Ce sont les fées de la montagne ensoleillée qui l'ont pris. Elles l'ont trouvé tellement beau qu'elles ont voulu broder le même. Or, tu ne peux arriver au pays des fées, sur la montagne ensoleillée, qu'en chevauchant ce cheval. - Il est pierre, dit Losang. - Peu importe, répond la vieille. Le cheval reprendra vie si tu plantes dans ses gencives tes propres dents, afin qu'il puisse manger dix brins de fourrage. Si tu veux, je peux t'aider, je peux arracher ta mâchoire. Non ? Nous verrons, tout à l'heure. Sur ce cheval, tu devras traverser les flammes d'un volcan, les crevasses d'un glacier, et les tempêtes d'un océan. Alors tu trouveras la montagne ensoleillée ". Ainsi parle la vieille.

Aussitôt Losang prend un caillou et se brise les dents. Il les plante dans la gueule ouverte du cheval. Le cheval grignote dix brins de fourrage. Le voilà, tout à coup fringant comme un pur-sang. Losang monte en croupe, salue la vieille et s'en va. Chevauchant, il parvient dans un désert de rochers noirs. Sur ce désert, se dresse une montagne de feu. Il pousse son cheval dans les flammes. Il étouffe, il brûle, le dos courbé dans la fournaise, il va succomber, à bout de forces. Le cheval bondit hors du feu. Losang chevauche encore un jour et une nuit, sur une plaine blanche. Alors il voit devant lui un glacier étincelant. Il le traverse, grelottant, s'écorchant aux rocs transparents, tranchants comme des couteaux. Au bout de ce glacier, voici l'océan immense et gris. Losang plonge dans les vagues avec son cheval. Il s'épuise contre une tempête rugissante. Combien de temps ? Il ne sait. Enfin, un matin, il voit devant lui dressée une montagne verte, ensoleillée, merveilleuse.

Il découvre les fées dans une prairie. Elles sont assises en rond, penchées sur des broderies multicolores. Au milieu d'elles, sur l'herbe, est posé le carré de tissu brodé, depuis si longtemps perdu. Les fées accueillent Losang avec affection. Elles sont belles. La plus jeune l'émeut beaucoup. Elle dit au jeune homme : " Nous savons ce que tu es venu chercher. Tu pourras emporter l'ouvrage de ta mère, demain matin, car nous n'avons pas encore fini de le recopier. D'ici là, tu es notre invité. Losang, jusqu'au soir, se promène sur la montagne ensoleillée bavardant avec la jeune fée. Au crépuscule, elle lui dit : " Nous allons nous séparer. Mais je veux d'abord te faire un cadeau ". Elle prend un fil d'or, se penche sur le paysage rêvé par la vieille mère, brode sa silhouette de fée au bord du ruisseau qui traverse l'image et disparaît.

Le lendemain, Losang s'en va, emportant ce qu'il est venu chercher. Il arrive dans son village, après longtemps de chevauchée. Il bondit dans sa maison : " Mère, regarde, dit-il en triomphant ". Il déroule carré de tissu. La broderie est tellement belle que la maison en est illuminée. Sa mère tremble, tant elle est heureuse. " Allons au soleil, dit-elle, devant la porte, nous le verrons mieux. " Ils sortent. Alors un coup de vent arrache l'ouvrage des mains de Losang. Mais cette fois, par un étrange prodige, il ne l'emporte pas au loin, il l'étend. Le paysage brodé s'agrandit tant qu'il recouvre bientôt le vieux paysage familier. Il prend vie. Voici la montagne couverte de troupeaux, et les maisons à trois étages, et les jardins. Au bord du ruisseau où bondit l'eau fraîche, une jeune fille est penchée. Losang court vers elle. C'est la plus jeune des fées qui a brodé sa silhouette sur le paysage. Ils s'embrassent, en riant. Quelques jours plus tard, ils se marient. Losang, entre sa femme fée et sa mère, vécut heureux sous le soleil clair.

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Étoile de Neige

Est-ce une étoile qui se pose au creux de ma main ? Qu'est-ce que cette petite chose si belle, si délicate... et qui fond en un instant ? De la neige ! Un flocon de neige !

–Mais qui t'as vêtu d'une si douce robe de cristal ? lui dis-je.

C'est alors qu'apparut, au creux de ma main, un petit être tout habillé de blanc. Sa tête était couronnée de diamants. Du bout de ses doigts, il semblait lancer des étoiles.

–Je me nomme Étoile de Neige, dit-il aussitôt. Je suis un des artisans de l'Hiver.

De l'Hiver ?

–Oui, de l'Hiver ; la saison où se reposent les racines et les semences endormies sous la neige. Au printemps, elles s'éveillent, pleines de force. Poussent alors les herbes et les fleurs. Il y a un temps pour se reposer, et un temps pour travailler. Ainsi, chaque saison est utile !

Il se releva sur la pointe des pieds, étira ses petits bras, puis ajouta :

–Je suis un artisan de la Nature. Et toi, qui es-tu, et que fais-tu ?

–Oh moi, je ne suis qu'un garçon qui ne fait jamais rien d'important...

Au premier coup de vent, le petit être lumineux était disparu, en riant. C'était déjà le soir, et je pensais : «Étoile de Neige, comme j'aimerais être à ta place ! Je me sentirais là tellement plus utile !» Revenu chez moi, je regardais par la fenêtre et j'allais m'endormir, pendant que ma mère me chantait cette berceuse :

«Je m'envole au pays des rêves
Et je ferme doucement les yeux,
Je m'envole au pays des rêves,
M'attends-tu, ô bel oiseau bleu ?
M'attends-tu, ô bel oiseau bleu ?

Irons-nous au-delà des nuages
Nous balancer sur l'arc-en-ciel,
Verrons-nous les plus beaux paysages
Et tous nos amis dans le ciel ?
Et tous nos amis dans le ciel ?»

–Il dort déjà ! se dit ma mère.

Porté par l'Oiseau des Rêves, je survolais les nuages, de plus en plus haut, de plus en plus loin, jusqu'à ce que celui-ci se pose devant une grande maison. Là, des êtres rayonnants m'invitèrent vite à entrer. Nous étions dans une grande salle, dont le plancher brillait comme un miroir. Sur un trône de cristal était assis un jeune roi. C'était Étoile de Neige!

–Cher garçon qui ne fais jamais rien d'important, te voilà aujourd'hui même dans l'Atelier des Nuages, là où nous formons la neige !

Quelle merveille ! Partout autour de moi des êtres travaillaient, en dansant joyeusement comme la neige au vent, et en chantant des airs joyeux comme ceux de Noël !

«Ding-dong, ding-dong !
Chantons, chantons
Comme des clochettes !
Dansons, dansons,
Soufflons les flocons !
Cristal ou diamant,
Que la neige est belle !
Dans les prés, dans les champs,
Voilà, tout devient blanc !

Ding-dong, ding-dong !
Chantons, chantons
Comme des clochettes !
Dansons, dansons,
Soufflons les flocons !
Cristal ou diamant,
Que la neige est belle !
Sur le nez des petits enfants,
Sur mon beau chapeau blanc !»

Ils travaillaient tous avec tellement de joie ! Quel bonheur de se sentir si utile ! Pensez donc : le monde entier, avec toutes ses étoiles, tous ses brins d'herbe et tous ses grains de sable ; tous les petits animaux qui doivent naître au printemps, et tous les fruits si doux pour les nourrir... Que de travail, pour les artisans de la Nature ! Ah, si je pouvais les aider... si je pouvais être utile, moi aussi !

Étoile de Neige m'a alors regardé, avec son plus beau sourire, puis m'a dit, en posant sa main sur mon cœur :

–Sois courageux, mon brave ami. Courageux comme le moineau dans le froid de l'hiver. Le monde est tellement grand : il y a sûrement du travail pour toi !

Et je me suis réveillé. Maman préparait le petit déjeuner à la cuisine, et les bonnes odeurs me chatouillaient le nez. Mais peu de temps après, j'étais déjà dehors : pour voir tomber, sur le bout de mon nez, les cristaux de neige. Mes mains avaient encore la bonne odeur de l'orange.

Ce matin-là, j'étais si heureux que j'ai voulu, moi aussi, partager le travail de la Nature. Fabriquer des cristaux de neige, tirer les fleurs de la terre, pousser les nuages dans le ciel ? Voyons donc ! J'ai plutôt pris ma pelle rouge, encore toute neuve, et j'ai nettoyé le sentier qui mène à notre porte : voilà un travail juste pour moi ! En travaillant, je chantais de tout mon cœur :

«Chantons, chantons, comme des clochettes !...»

Mon père, qui me regardait par la fenêtre, était bien surpris :
–Viens donc voir, dit-il à ma mère, comme notre garçon travaille bien ! Qu'est-ce qui le rend si joyeux ?

Maintenant, je ne rêve plus d'être un gnome, un lutin léger, car je sais que nous sommes tous différents et que nous avons chacun un travail particulier à faire.

Des grands êtres dans les montagnes aux plus petits artisans des fleurs, tous se tiennent la main comme pour une grande ronde. Et pourquoi ne pas entrer, nous aussi, dans cette joyeuse danse où chacun pense à l'autre ?

bunni


LA NAISSANCE DE LA LAVANDE

Cette histoire se passe au Moyen-Age, en Provence en un lieu où s'étendait un superbe champ d'oliviers. Les arbres centenaires étaient fiers d'offrir au vieil homme qui était leur propriétaire.

Une année, ils eurent à affronter un hiver catastrophique. Les arbres séculaires pensèrent d'abord à une vague de froid passagère. Mais un matin de février, une formidable tempête s'abattit sur la plaine. Les oliviers en avaient vu d'autres et ce n'est pas de la neige projetée par le mistral qui les effrayait. Mais voilà qu'à minuit le tonnerre se mit à claquer alors que le vent rugissait tel un fauve furieux. Les arbres tentaient de résister stoïquement.
Au petit matin, ils se félicitaient mutuellement de leur héroïque attitude.
La nuit suivante fut pire encore. Le température devint glaciale et la tempête redoubla de force et de violence. Pendant que les arbres enduraient avec bravoure les charge de la tornade, la foudre tomba au beau milieu du verger dans une indicible détonation.

Le lendemain matin, le propriétaire, le Père Fontanille, découvrit l'un de ses protégés gisant, déraciné, les branches disloquées. Il pouvait, grâce à un élixir mis au point par son père, réparer les blessures de ses chers oliviers, mais contre le mal irréversible de celui-ci il ne possédait pas de remède.
Le lendemain, il décida de débiter l'arbre déraciné puis de l'apporter à Marius, le sculpteur, afin que celui-ci lui donne une nouvelle vie en taillant dans son bois des ustensiles pour la table et le plaisir des touristes. Cela valait mieux que de finir comme bois de chauffage.

Le paysan ne se consolant pas de la perte du plus beau de ses oliviers prit la décision de le remplacer par un arbre fruitier qu'on lui avait donné et dont les branches devaient, prétendait-on, porter de délicieuses boules sucrées et à la chair juteuse. C'est ainsi que le mirabellier, inconnu en cette région, y fit son entrée.
Quel ne fut pas l'étonnement des oliviers à la vue de ses feuilles « vert grenouille » et d'une forme tellement bizarre. Les mois passèrent et le mirabellier se sentait bien seul.
Et au printemps, ses voisins dédaigneux s'esclaffèrent : « vous avez vu comme ses fleurs sont ridicules ! Aussi grosses, c'est bon pour des mouches à miel. ».

A l'automne, les arbres ne souffrant plus du tout de leurs blessures se couvrirent de mille et mille olives alors que le mirabellier esseulé se morfondait.
Désespéré, le printemps suivant, il ne déplia même plus ses feuilles.
Le Père Fontanille ne savait plus que faire.
Un soir, alors qu'il arpentait l'oliveraie en réfléchissant à une solution miracle, dans un geste maladroit il bris avec sa fourche la plus grosse branche de l'arbre et un déluge de sève coula de la blessure. Le vieil homme se précipita au mas pour quérir l'élixir et revint en tout hate pour soigner et cajoler le mutilé. Il le consola d'un flot de paroles et de potion3
Dès le lendemain matin, les bourgeons recroquevillés de tristesse éclatèrent ! Des bouquets de fleurs s'épanouirent qui firent place à de petits fruits qui grossissaient chaque jour. Le mirabellier avait retrouvé sa joie de vivre.
Les abeilles se mirent à butiner goulûment les drupes mures.
Un matin, un enfant vint à passer par là et cueillit quelques mirabelles dont il se régala sans mesure. Puis une jeune fille en savoura quelques unes avec délectation. Un ancien passant par là s'arrêta net. Il venait de reconnaître ce prunier qu'il avait rencontré au Moyen-Orient et dont il avait rapporté un scion.
Le pauvre mirabellier, quant à lui, ne se sentait pas bien. Dans l'euphorie du bonheur, il avit réussi à oublier l'hostilité de ses voisins mais après plusieurs semaines, il était encore davantage mis à l'écart par les arbres qui lui enviaient un tel succès.

Le lendemain, un étranger vint à passer par là. Il fut ébloui par le mirabellier. Il voulut absolument faire la connaissance de son propriétaire. Aussitôt il proposa au père Fontanille de lui acheter, ce que ce dernier accepta, instinctivement conscient de la peine du mirabellier face à l'inimitié des oliviers.
A la tombée du jour, les deux hommes entreprirent de le déterrer avec moult précautions, pour ne traumatiser ni les racines, ni les branches, ni les fruits.
L'arbre, peu habitué à de tels gestes d'amour et à de telles marques de sollicitude, en fut si touché qu'une perle toute de bonheur et de sève roula le long de son tronc avant de disparaître dans le sol.
Le lendemain, une magnifique touffe de lavande fleurit à l'emplacement exact où la larme du mirabellier avait coulé et pénétré en terre.
On raconte depuis que cet étranger des marches de l'Est regagna sa lointaine contrée, afin de replanter l'arbre aux bonbons d'or et que celui-ci proliféra à l'aune de l'amour de son nouveau maître et de ses charmants voisins de verger, pommiers et quetschiers.

Et c'est ainsi que la lavande naquit en Provence, de la larme de bonheur d'un mirabellier et que la Lorraine fut choisie pour terre d'élection par la mirabelle.

bunni


Les singes qui portaient des casquettes

Il était une fois un beau jeune home qui voyageait de village en village. Il était marchand de casquettes. Un soir d'été, alors qu'il traversait une vaste forêt, il se sentit fatigué et décida de faire une sieste à l'ombre d'un manguier plein de branches.

Il posa son sac de casquettes à côté du tronc et s'endormit. Après un petit moment, il se réveilla, il n'y avait plus aucune casquette dans son sac.

"Mon Dieu, se dit-il. Est-ce que des voleurs sont venus tout me dérober ? » Il s'aperçut alors que le manguier était plein de singes adorables portant des casquettes de toutes les couleurs.

Il hurla après les singes, et les singes hurlèrent en retour. Il leur fit des grimaces, et ils firent les mêmes mimiques amusantes. Il leur lança une pierre, et ils le douchèrent de mangues fraîches.

« Comment récupérer mes casquettes ? » se dit-il. Irrité, il retira sa casquette et la jeta par terre. A sa grande surprise, les singes jetèrent leur casquette aussi. Il ne perdit pas une minute, récupéra ses casquettes et reprit sa route.

Cinquante ans après, son petit fils traversa la même jungle. Après une longue marche, il trouva un beau manguier plein de branches, avec une ombre fraîche, et décida de se reposer un moment. Quelques heures plus tard, lorsqu'il se réveilla, toutes les casquettes avaient disparu de son sac. Il commença à les chercher, et trouva bientôt des singes qui étaient assis dans le manguier, avec des casquettes sur la tête.

Il se souvint alors d'une histoire que son grand père lui racontait – et fit un signe de la main aux singes. Les singes firent un signe de la main. Il se moucha, et les singes se mouchèrent. Il jeta sa casquette par terre, et alors un des singes sauta de l'arbre, marcha jusqu'à lui, lui donna une tape dans le dos et lui dit : « Tu penses être le seul à avoir eu un grand-père ? »

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Le Lotus et la Carpe

Voici l'histoire banale d'un lotus qui se pensait très beau.

Un lotus, dans le bassin d'un temple, se prélassait au soleil, étalant ses beaux pétales fermes et brillants. De nombreux fidèles du temple s'arrêtaient pour le contempler, lui faisant de nombreux compliments. Difficile de rester modeste face à l'éloge. C'est la plus grande difficulté d'un lotus de temple : ne pas pêcher par orgueil.

Déjà en bouton, il ne recevait que des belles paroles.
"Dis maman, tu as vu le bébé-lotus, comme il est beau ?"

Puis un jour il s'ouvrit avec la majesté du paon qui fait la roue, avec son arrogance aussi.
Il se pavana, s'étira vers le soleil et sous les cris d'admiration, il chercha à plaire, se présentant sous son meilleur profil.
Et une photo de l'un, puis de l'autre. il se prêtait à merveille à ce jeu de séduction.

Il se pencha vers les eaux :
"Miroir des eaux, cher miroir.
Suis-je vraiment le plus beau ?"

Le miroir des eaux lui répondit par une image déformée.
Il ne s'attendait pas à être si laid, avec une couleur terne, des pétales tordus, alors qu'au loin ils voyaient d'autres beaux et fiers lotus, plus blanc que le marbre du temple.

Un pèlerin se pencha vers lui, puis se retira rapidement en disant : "Qu'est-ce que çà sent mauvais ici ?"
Il partit en se bouchant les narines.
Le lotus en fut vexé.
"Cette odeur viendrait-elle de moi ?" se demanda le lotus.
Difficile de rester paisible face à la critique.
C'est la plus grande difficulté d'un lotus de temple : ne pas être susceptible face au moindre commentaire désobligeant.

Il appela la vieille carpe du bassin.
On disait qu'elle était sans âge, peut-être même immortelle ...
Les grenouilles racontaient qu'elle avait reçu la sagesse des Dieux.

"Carpe, ma chère carpe, dis-moi la vérité.
J'ai deux questions à te poser.
Est-ce que je sens mauvais ?
Et suis-je au moins réellement beau ?"

La carpe s'approcha et frotta ses écailles contre la tige du lotus.
Celui-ci vacilla, peu habitué à être chahuté.
Elle continua à s'agiter, à remuer les eaux avec ses nageoires.
"Mais qu'est-ce que tu fais ?" cria le lotus

La carpe s'arrêta et lui dit avec douceur :
"Mais... je te répond !"
Les mouvements de la carpe avaient agité le fond de l'eau.
Les vases remontaient vers le lotus qui fut submergé par un haut-le-cœur : une odeur nauséabonde, insoutenable le saisit d'horreur.

La carpe lui demanda :
"alors est-ce toi qui sent mauvais ?"
"Heu, non", fit le lotus entre deux grimaces.
"Ce sont ces saletés au fond du lac."
Il était un peu rassuré, mais totalement dégoûté par un environnement si malsain.

"Bien. Je vois que tu es intelligent", dit la carpe.
"Donc il n'y a plus de problème, n'est-ce pas ?"
"Heu ! ... Si", dit le lotus, "je ne veux pas vivre dans un tel lieu. Je mérite mieux."

La carpe pensive murmura : "Ah tu mérite mieux !"
Elle plongea, et avec délicatesse, prit dans sa gueule la tige du lotus.
Elle pesa de tout son poids pour que le lotus disparaisse sous l'eau.
Il crut être noyé.
La carpe amena le pauvre lotus jusqu'aux racines de la tige.
Elle lâcha la tige qui resta coincée par ses nageoires, et lui dit :
"Regarde d'où tu viens.
"Regarde d'où tu tires ta beauté qui te fascine tant."

Elle agita la queue libérant un nuage noir et opaque qui aveugla le lotus en détresse.
"Tu viens de cette vase...
Sans elle, tu n'existerais pas.
Ta splendeur vient du noir de cette boue.
La pureté de tes pétales vient du travail nauséabond des profondeurs.
Apprend à voir ces profondeurs comme de la noble transformation.
Tu es cela aussi.
Ne l'oublie jamais."

"Quand à dire si tu es beau, jeune lotus, je vais être très claire.
Oui, la beauté t'envahit. Cette beauté illumine cet étang mais cette beauté n'est pas Toi. C'est une erreur de le croire.
Tu n'en a aucun mérite.
Cette beauté te dépasse, elle est le don de vie que tu as reçu.
Elle ne t'appartient pas. Tu ne peux la posséder.
Elle peut disparaître très vite si quelqu'un te cueille.
Tu finiras alors dans une poubelle encore plus nauséabonde que la vase que tu méprises."

Elle lâche le lotus qui remonta, tout fripé, sale et les pétales de travers.
La carpe le suivit.
"Mais alors, dit le lotus, pourquoi les gens me font tant de compliments ?"
"Ce n'est pas toi qu'on admire, mais ton image.
Cette image n'est qu'une illusion de toi, qu'un écran."

"Alors je suis quoi ?" dit d'un air désespéré le lotus.
"Ce que tu es ? Un lotus, la fleur qui reste sur les eaux stagnantes sans se salir,
qui se nourrit des fermentations des vases,
et qui reste malgré tout propre."

La carpe continua :
"Sais-tu pourquoi les statues des bouddhas sont représentés sur un lotus ?"
"Euh... Non, répondit penaud le lotus.
"Parce que le lotus symbolise cette possibilité de rester propre sur les eaux sales, comme l'être humain peut rester propre dans des milieux troubles, pur au milieu d'un monde malhonnête parfois."

La carpe continuait avec une voix d'outre-tombe ;
"Ainsi, puisse-tu réaliser ta fonction, celle d'apprendre à rester pur en toutes circonstances, pas seulement propre dans tes pétales, mais dans ton cœur.
Reste simple et paisible face aux compliments et aux critiques, identique et sans compromission en toute circonstance.
Sois compatissant pour tous les fidèles qui passent et si ta beauté les réjouit, sois-en heureux pour eux.
Et quand la lame coupera ta tige et que tu partiras sur l'autel du temple, Offre-toi dans ta pureté pour le bien de tous les êtres."

La carpe plongea.
Le lotus pleurait, libre.

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L'arbre qui ne voulait pas perdre ses feuilles

Il était une fois un arbre couvert de feuilles magiques dorées qui s'appelait Kneuckels. Ses feuilles constituaient un véritable malheur pour lui car régulièrement on venait les lui arracher et cela le faisait beaucoup souffrir. Seuls les magiciens le respectaient et ne se servaient de ses feuilles que lorsqu'ils devaient préparer une potion magique. Ses feuilles pouvaient faire parler et déplacer tout objet immobile. La potion du magicien jardinier servait à acquérir l'eau, la chaleur et l'ombre pour survivre à l'automne.

Un matin, le magicien vint le trouver, pour lui demander quelques feuilles d'or afin de préparer une potion magique. L'arbre accepta à condition qu'il lui préserve tout son feuillage pendant l'hiver et l'automne. Le magicien lui expliqua :

<< Il me faut deux mois pour préparer cette potion.

Alors l'arbre rétorqua :

-Mais je serai complètement dépouillé dans deux mois !!

-Alors, va voir le bûcheron pour lui demander des feuilles d'un autre arbre magique, je sais qu'il en connaît un autre, suggéra le magicien fort embarrassé.

Mais un conflit existait entre Kneuckels et le bûcheron et la plante savait que cela serait difficile. Il demanda donc au magicien un peu d'une potion magique dont il pourrait se servir en cas de besoin. En avait-il encore un peu en réserve ? Heureusement il en avait encore un fond dans un flacon.

<< Cela suffira ! >> s'écria-t-il en la donnant à l'arbre qui avait déjà moins peur d'affronter le bûcheron.

Après quelques heures de route l'arbre arriva chez le bûcheron :

<< Donne-moi une feuille de ton arbre magique et je te donnerai l'une des miennes.

-Non ! grogna le bûcheron.

-Mais tu sais que mes feuilles ont des pouvoirs plus performants. - - Et bien soit... J'accepte ! Mais tu devras me rendre quelques services.

-Si je te rends ces services, me donneras-tu une de tes feuilles ?

-Oui.

-Alors que dois-je faire ?

-Il faut que tu ailles chercher une fleur pour que je puisse préparer ma potion.

-Et où se trouve cette fleur ?

-Elle pousse dans les hautes montagnes des Alpes de Buildard.

Kneuckels se rendit au pied du massif montagneux. Là, il but une gorgée de la potion préparée par le magicien jardinier, ce qui lui permit d'escalader le flan de la montagne. Une fois arrivé au sommet, il vit la fleur et s'en empara. Kneuckels retourna voir le bûcheron :

<< Voilà ta fleur !

-Je suis content que tu aies réussi, mais il me manque encore un ingrédient essentiel à la préparation de la potion. Tu devras trouver l'oiseau bleu et lui demander de te donner l'une de ses plumes.

-Mais où puis-je le trouver ?

-Au milieu de la forêt se trouve une cage dorée, dans laquelle l'oiseau a fait son nid, expliqua le bûcheron.

Kneuckels prit la direction de la forêt et y pénétra. A la croisée des chemins, il s'arrêta indécis.

-Quel chemin vais-je prendre, se dit-il.

C'est alors qu'il aperçut un vieux crapaud se prélassant sur une pierre.

Kneuckels eut une idée.

-Et si je donnais une de mes feuilles à cet animal, il pourrait parler et m'indiquer ainsi le chemin !

Aussitôt kneuckels s'exécuta et le vieux crapaud se mit à parler.

-Que veux-tu savoir arbre aux feuilles dorées ?

-Je cherche l'oiseau bleu, répondit Kneuckels.

-Prends ce chemin et tu le trouveras !

Et le crapaud disparut. Kneuckels arriva à l'endroit où se trouvait la cage dorée. Malheureusement il ne pouvait pas l'atteindre car tout autour d'énormes rochers la protégeaient. Kneuckels déposa l' une de ses feuilles sur l'un de ces rochers et celui -ci se déplaça aussitôt.

L'arbre magique put alors approcher l'oiseau qui lui remit une de ses plumes.

Kneuckels rejoignit le bûcheron qui tint sa promesse. Ainsi le magicien jardinier put préparer la potion magique pour Kneuckels qui vécut très longtemps couvert de toutes ses feuilles dorées.

bunni


L'Arbre magique

Il est là, isolé, imposant et pourtant discret. Silhouette caractéristique. Il se fond parmi ses congénères en un bosquet, en une forêt. Ancré largement en terre, tronc râblé ou bien effilé, branchage bas ou bien haut perché, il se présente, toujours solide et protecteur. Ses bras généreux offrent l'assistance à l'oiseau léger sur le rameau menu comme à l'animal sauvage, sur ses branches, retranché. Séculaire, il invite à la méditation, aux épanchements.

Mousse douce sous son ombrage, feuilles rousses en palette, ou tapis vert au creux des souches, il offre au vague à l'âme un abri favorable.

Elle est là...

Des parfums l'ont grisée
Le vent l'a emportée
La pluie l'a souillée
Le froid l'a pénétrée
Le chagrin l'a paralysée
Et là, elle a capitulé
Et les larmes ont coulé.

Exténuée, à son pied, elle se laisse tomber. Auprès de l'arbre, son chagrin explose et elle appelle.

Une branche se penche
La ramure vibre
Les feuilles doucement bruissent
Et l'arbre parle :

–Va de l'ombre à la lumière. Sur le sentier écoute le murmure de la Vie, du reptile qui se faufile, de l'herbe verte qui roussit, de l'alouette qui chante. Sur ton parcours, vois l'aile du papillon qui éclate en la fleur généreuse. Suis les volutes des senteurs exhalées. Et avec sept cailloux jolis ramassés, compose le tableau du bonheur.

Et elle va sur le chemin à la recherche du bonheur, laissant l'arbre réconfortant dans sa solitude habitée....

Des pétales envolés , doucement l'effleurent ; la sève, dans ses veines coule dans un élan de vie, des pensées fusent, la mesure s'impose et aussi la relativité. Situation ainsi revisitée, d'une couleur nouvelle est abordée.

Quelque moment plus tard, un cavalier altier sur sa monture fait halte sous l'ombrage végétal.

Pli amer au coin des lèvres,
Air sombre mais déterminé
Il a déjà beaucoup mais il veut tout
Tout lui est dû
Regard tourné vers lui
La vie ne l'a pas satisfait
Il cherche à se venger !

Près de l'arbre, il explose de rage, son visage grimace et il crie de douleur. Là encore, il est entendu :

-Pour l'heure tu es vulgaire et laid .

Tu exiges pour toi et méprises ton prochain Tu dois d'abord expier les maux que tu as causés. Laisse là ta monture que tu retrouveras peut-être. Au pas de course, franchis ce sommet et y cueille l'édelweiss des montagnes .

Dans la grotte tout en bas trouve le passage qui te permettra de rejoindre l'autre versant et m'en rapporte le stalactite en forme de Y sculpté.

Dans le lac glacé, tu devras te plonger.

Tu aideras efficacement quatre êtres vivants que tu rencontreras. Traces de ces aides, tu devras me rapporter avant la nuit.

Si, à ton retour, ton cheval jusqu'alors malmené, t'accepte, tu pourras le monter. S'il se rebelle, tu ne devras pas insister et continuer à expier... C'est de lui que dépendra ton sort ...


Ainsi a parlé l'arbre séculaire sage et noble.
Ainsi fut-il fait ?
Le cheval nous le dira.

Dréa.

bunni

#504

Koala

Au temps des rêves, Koala était un Jeune garçon qui n'avait ni mère ni père, ni frères ni soeurs Il vivait isolé au milieu de sa tribu Ainsi agissait-il comme bon lui semblait et n'écoutait-il personne.
N'en faisant qu'à sa tête, i1 ne travaillait jamais et passait son temps à Inventer de vilains tours.

Une année, à la saison sèche, les ruisseaux, les rivières et leurs bras tarirent On allait devoir parcourir de longues distances pour atteindre les mares où il restait encore de l'eau.

Tous ceux qui étaient assez grands et assez forts pour cela se mirent donc en route. Tous, hormis Koala ! Lui, il détestait marcher Aussi resta-t-il au camp à inventer de nouvelles sottises

Lorsque les gens de sa tribu furent de retour, il alla de l'un à l'autre quémander à boire. Quelqu'un finit par avoir pitié de lui et lui offrit un peu d'eau.

Mais arriva un jour où plus personne n'accepta de lui en donner. Chacun lut dit de prendre sa propre coupe en bois et d'aller chercher lui-même son eau.

Le lendemain, les hommes partirent à la chasse tandis que les femmes et les enfants se chargeaient de cueillir des racines. Un seul resta au camp : Koala, bien entendu.
Et comme il mourait de soif, il se mit à errer à la recherche d'eau.
Or il n'en trouva pas : le précieux liquide avait été caché avec grand soin.

Koala ne s'avoua pas vaincu. Il chercha ici, là, partout, et, finalement, il découvrit, dissimulées dans la brousse sous des arbres ombreux, des quantités de coupes pleines d'eau.  

Il but longuement et une fois désaltéré, incapable d'avaler une lutte de plus, il se dit : "Je sais ce qu'il me reste à faire. Je vais cacher l'eau dans un endroit secret. Ainsi, je ne souffrirai plus de la soif avant longtemps. "

Il prit une coupe, grimpa à un petit eucalyptus et la posa sur une branche, au beau milieu des feuilles. Puis, l'une après l'autre, de la même façon, il dissimula les coupes qui restaient Il venait juste de cacher la dernière quand l'eucalyptus se mit à s'agiter. Alors, par magie, il commença à pousser, pousser, toujours plus haut. Il devint immense !

Quand il cessa de grandir, le jeune garçon, qui s'était accroché ferme à l'une des branches, se trouvait très haut au-dessus de la terre, près de la cime de l'eucalyptus, entouré des coupes volées. Il songea à regagner le sol. Mais le pouvait-il ? Pas sûr ! Il s'assit alors sur une grosse branche près du tronc et éternua doucement.

Quand le soleil se coucha, les gens de la tribu rentrèrent au camp, en sueur et assoiffés. Ils se rendirent directement à leur cachette d'eau. Hélas ! il n'y avait plus que quelques coupes, vides de surcroît ! Une même pensée leur vint à l'esprit : " Koala ! Où est Koala ?
Ils regardèrent autour d'eux et découvrirent un énorme eucalyptus là où, peu avant, il n'y en avait qu'un petit. Et puis ils virent, près de la cime, Koala et toutes les coupes.
" Koala, crièrent-ils, rends-nous notre eau ! "

Il éclata de rire : il se sentait tellement en sécurité tout en haut de l'arbre gigantesque ! " Si vous voulez votre eau, dit-il, venez la chercher vous- mêmes. "
Un jeune homme prit la parole : Cet eucalyptus a beau être immense, je monterai jusqu'en haut et je rapporterai l'eau.

-Et moi, ajouta l'un de ses amis, je ferai descendre ce gredin de Koala pour lui régler son sort ! Tous deux grimpèrent à l'arbre, épiés à travers les branches par Koala. Quand il les vit sur le point de le rejoindre, vite, il saisit une coupe qu'il renversa sur le tronc et les deux hommes. Et leurs mains glissèrent sur l'écorce lisse et mouillée. Et ils perdirent prise. Et ils tombèrent au pied de l'arbre.

Alors, deux frères proposèrent d'y grimper à leur tour. Rusés comme ils étaient, ils ne montèrent pas en ligne droite. Oh, non! Ils tournèrent et tournèrent autour du tronc, en spirale. Bien sûr, Koala attendit d'être presque rejoint pour les arroser. Or il rata son but car les deux frères se déplaçaient vraiment très rapidement. Ils poursuivirent donc leur ascension, se rapprochant
de plus en plus de lui. Et Koala prit peur. Et il se mit à gémir, geindre, crier.
L'un des frères arriva à sa hauteur, l'empoigna. Il se débattit comme un beau diable, parvint à se libérer, mais perdit l'équilibre. Et il rebondit de branche en branche. Et il se retrouva par terre. Tous les os de son corps lui faisaient mal.
Pourtant, il réagit. D'un bond, il se remit debout et prit la fuite.

Les gens, fous de colère, s'élancèrent à ses trousses en hurlant et en brandissant le poing, décidés à le rattraper coûte que coûte. Ils faillirent y parvenir.

Mais, juste à temps, Koala atteignit un autre arbre et s'y percha le plus vite qu'il put. Alors, par magie, vraiment par magie, sous les yeux des gens de sa tribu, il se métamorphosa.

Une épaisse fourrure grise recouvrit son corps, ses oreilles se fraudèrent de poils et se dressèrent au- dessus de deux yeux noirs ronds comme des boutons et d'un petit nez brillant, noir lui aussi.

Le jeune Koala était devenu koala, l'animal aux airs d'ourson ! Aujourd'hui encore, il ressemble à cela et, le croirez-vous ? Chaque fois qu'il le peut, il fait en sorte de ne pas aller chercher d'eau. S'il vient à avoir soif, il se contente de grignoter les feuilles juteuses des eucalyptus et, en général, cela lui suffit. Mais il se souvient du jour où il manqua être capturé. C'est pourquoi, si quelqu'un grimpe à son arbre, il fait un beau tapage. Il geint, il crie, comme au temps où il était jeune garçon nommé Koala.

bunni


Une petite note de douceur

Il était une fois une note de musique qui s'était échappée d'une des plus belle partition parce qu'elle ne pensait pas être à sa place.
Elle avait le plus doux et le plus joli son de toutes les notes mais elle était tellement rapide qu'elle se sentait inutile au milieu de toute ses soeurs.
Elle voulait tellement être plus lente pour pouvoir faire profiter plus longtemps de sa beauté.
Sa pensée était simple; elle attendrait que le pianiste s'aperçoive qu'il ne la jouait plus, et comme ça il pourrait peut être grâce à son talent et à son oreille se dire qu'il manquait une note douce et lente dans son oeuvre.
Le musicien joua chaque soir pendant un long moment et même si elle s'impatientait la petite note attendais car elle était sûr qu'il s'en apercevrait.
Un soir par pur hasard, une petite fille s'approcha du piano, elle toucha d'abord une touche blanche, puis une noire, puis une blanche et ainsi de suite... elle allait tellement vite qu'elle réveilla la petite note mais ce fut si rapide que elle n'y prêta pas d'attention.
Le pianiste qui l'observait et bien sûr l'écoutait se tourna vers elle et lui dit:
"tu as joué une des plus jolie note et une des plus douce mais tu n'y as pas fait attention"
il se leva, regarda le piano, et commença à jouer le premier morceaux qui lui avait fait aimer la musique.
Il ne se souvenait plus de cet air qui pourtant avait décidé de son avenir...
Le pianiste avait oublié la plus jolie des notes , et la douceur de son enfance...
Plus ses mains s'amusaient et plus la petite note s'entendait, plus les sons retentissaient et plus son visage s'éclairait...
C'est comme ça que la plus jolie note est revenue, et qu'elle ne quitta plus les pensées de celui qui la faisait sonner avec tant de douceur et d'émerveillement... comme un enfant.  

bunni


Le Lac de Côme et sa terre du milieu

C'était l'année ... On ne sait pas dire, mais c'était il y a très, très longtemps. Le Lac de Côme n'avait pas à l'époque la forme que nous connaissons. C'était un lac classique, on pourrait dire rond, entouré des montagnes sur trois côtés et le quatrième côté donnait sur la plaine. Ses rives n'étaient pas très différentes de celles d'aujourd'hui: évidemment il n'y avait pas de maisons, il n'y avait pas de villas pour lesquelles il est célèbre partout dans le monde : c'était un lac tranquille, ou au moins en apparence. Mais ... c'était sous l'eau que pullulait la vie, il y avait un peu de tout : une population marine bizarre et colorée de poissons, mollusques, crabes, et tout ce qu'on peut trouver sous l'eau.

Celui qui dirigeait ce peuple colorée était Gédéon le Saumon (oui, il est inutile que vous écarquillez les yeux, il y avait aussi les saumons: en effet on parle de il y a plusieurs années).

Gédéon le saumon était un vieux et sage poisson qui régnait sur le peuple bariolé, depuis des décennies avec sagesse et justice, et tout le monde était heureux. Les journées pour les gens du lac étaient toujours une fête: on dansait, on chantait, on faisait des fêtes ... bref, c'était une véritable cocagne.

Cependant, même Gédéon avait son talon d'Achille (étant un poisson, il serait plus approprié de dire nageoire): Duccio le brochet, son chef cuisinier! Malheureusement, il était un grand maladroit et pas un jour ne passait sans qu'il ne provoque une catastrophe. Le roi Gédéon avait essayé de le surveiller ou de lui empêcher de cuisiner: il n'y avait rien à faire: Duccio réussissait toujours à se fourrer dans le pétrin avec la cuisine. Pots en explosion, nourriture immangeable ... bref, une vraie catastrophe. D'autre part, le roi Gédéon savait que Duccio avait un grand cœur: il avait sauvé sa vie et celle de son fils quand ils avaient risqué d'être pêchés, il était généreux, plein d'esprit, il était de bonne compagnie... eh bien, s'il n'avait pas eu la folle passion de la cuisine il aurait était parfait.

Au lieu de cela, chaque jour, le roi Gédéon était obligé d'embaucher quelqu'un qui essayait de surveiller la veine créative que Duccio avait en cuisine.

Mais comme toutes les histoires dignes de ce nom, le jour fatidique arriva. Le Roi Gédeon fêtait ses premiers 100 ans et il avait organisé une grande fête à laquelle tout le monde était impatient d'y participer: il y aurait eu même des feux d'artifice sur l'eau (pour une telle occasion on avait conclu une trêve entre la population du lac et les humains qui peuplaient les rives). Le matin de ce jour-là Duccio se réveilla avec une seule pensée: celui d'étonner son roi, à qui il était sincèrement attaché. Il avait trouvé parmi les vieux livres, la recette d'un succulent gâteau au chocolat qu'il voulait immédiatement essayer.

Entre autres choses, il savait que le roi Gédéon était très gourmand de chocolat voilà pourquoi ... il se mit immédiatement à l'œuvre.

Sachant que le roi le faisait surveiller, il chargeait son cousin Gino le Missoltin de prendre le large et de chercher des algues, que certainement, Gino n'aurait jamais trouvé. Il fut magnanime: il lui donna même son nouveau manteau écaillé.

En réalité, c'était une astuce de sorte que les gardes chargés de le surveiller, prenaient Gino pour lui et le suivaient. Son plan fonctionna et Duccio se retrouva alors, complètement libre d'agir. Il prit le livre de recettes de son oncle Gaetano poisson nain et se mit au travail.

"Donc. Du cacao, de la farine, d' algues noires de Bellano, de la farine de blé de Varenna et de la levure de Tremezzo... mince j'ai terminé la levure ... mais un moment, il m'est resté de la levure spéciale de Mandello, cela devrait marcher quand même , il suffit d'en mettre un peu plus ...

" Maintenant, notre pauvre Duccio ne savait pas que la levure de Mandello avait des pouvoirs levants à la nième puissance par rapport à une levure normale: Madame Grigna en savait quelque chose elle ! puisque pour un pari, en mangea une petite dose et devint soudainement elle-même la montagne la plus haute de la région ...

Cependant Duccio mélangea tous les ingrédients et enfourna le gâteau (il s'agissait évidemment d' un four étanche): Gideon allait enfin être fier de lui et ce dernier se serait racheté de toutes les mauvaises impressions faites ...

Et alors, bercé par ces pensées célestes, il s'endormit.

Pendant ce temps dans son four les pouvoirs levants de la levure de Mandello commençaient à produire leurs effets: le gâteau grandissait à vue d'œil: il ne tarda pas à sortir du four et à monter, à monter jusqu'à la surface de l'eau et continuait à augmenter et monter. Le plus beau, c'était qu'il ne montait pas uniformément, mais dans certains points plus et dans d'autres moins : en somme, pour être bref ,quand il finit de monter, le lac de Côme avait pris la forme que nous tous connaissons: une branche vers Côme, une branche vers Lecco et au milieu ... le gâteau au chocolat Duccio!

Une catastrophe ... Heureusement, tous les gens du lac réussirent à se sauver. Le roi Gédéon avec son bon sens habituel, rassembla tout le peuple du lac et, ensemble, ils réussirent à faire face à l'urgence: maintenant le mal était fait, il n'existait plus un lac unique, mais deux branches avec un gigantesque gâteau au milieu ...

Il faut se rappeler que Duccio depuis ce jour-là ne mit plus son pied dans la cuisine: la peur avait été trop forte ...

Depuis ce jour-là, les mois, les années, les siècles passèrent et le terrifiant gâteau de Duccio se consolida jusqu'à devenir la Terre du Milieu. Les parties les plus levées devinrent des montagnes (Bollettone , Palanzone ). Les humains bâtirent des villes: enfin, le gâteau devint une terre à habiter.

Personne ne transmit plus cette histoire et personne ne se souvint plus du gâteau de Duccio.

Mais on vous dit que pendant les soirées de vent, l'odeur qui vient de ces zones est celui du cacao.



Fin

bunni


LE GNOME ET LE PAPILLON

Il était une fois, dans la partie la plus septentrionale de la Finlande, une charmante famille de gnomes. Comme tous ceux de leur clan, ils vivaient dans le creux d'un arbre, taillé à même le tronc, mais sans avoir fait souffrir lors de la construction de la maisonnette, le vieux hêtre qui leur servirait pour toujours, et sur plusieurs générations, de refuge et d'ami, les gnomes étant capables de parler aux arbres, comme à toutes les autres créatures de la nature, comme aux rivières, aux rochers, aux nuages et aux étoiles, aux arcs en ciel, aux rayons de soleil, et à la rosée du matin. 


Ce couple gnome typique était formé du père de famille (12cm, barbe blanche depuis son adolescence à 130 ans, embonpoint rassurant pour madame gnome, bonnet de rouge de 10cm, grosse ceinture sur sa veste de feutre, bottines souples et minuscule couteau taillé dans une canine de musaraigne, attaché à son côté), de la mère de famille (11cm, longues couettes blondes tressées avec des gros noeuds en forme de papillon au bout, poitrine opulente surtout depuis le fait qu'elle est mère d'une si charmante famille de gnomons, robe traditionnelle brodée et en dentelle, toujours avec un des petits près d'elle, dont le tout dernier, encore nourrisson, attaché dans un linge en bandoulière), et les charmants gnomons, au nombre de 8, allant de l'aîné au plus petit (de 6 à 2cm donc, l'aîné, âgé de bientôt 85 ans, sort à peine de l'école, mais possède déjà un adorable duvet sous le menton, dont il est très fier, bien évidemment)..

Une famille gnome ne pourrait pas vivre dans leur maisonnette, malgré le confort cosy de l'intérieur, les petits meubles en bois sculpté, le petit lit clos où dort toute la famille en même temps, sans leur animal de compagnie typique, un muscardin (comme un loir, mais en plus petit). Le leur s'appelle coquin, car il n'arrête pas de jouer avec une noisette vide, ce qui a le dont de faire ronchonner le père de famille, mais d'amuser les petits, sous le regard attendri et complice de leur mère pendant qu'elle s'occupe, généralement, du petit dernier, prénommé "rouge" parce que c'est de cette couleur que la tribu a choisi qu'il serait vêtu... (en effet, le jour de sa naissance, une petite chenille rouge étant tombé d'un arbre, sur les linges du nouveau-né, devant le conseil du village. Tout de suite, comme c'est la coutume, ils ont décidé de l'appeler d'un nom commençant par "Sim" qui signifie "rouge" en gnomique, et dès lors il se nomma Simon). Et c'est là qu'est le problème, le rouge étant la couleur du sang, les gnomes voient généralement comme un mauvais présage l'utilisation autrement que pour le bonnet, de cette couleur. Cet enfant aurait donc des chances, malgré la fameuse gentillesse des gnomes, d'être exclus de la communauté. Son père et sa mère en étant conscient, ils décidèrent donc tout au long de sa jeunesse, d'être encore plus prévenants, et protecteurs qu'à leur habitude. Ainsi, toute son enfance, ils le sortirent partout, l'emmenant au bord de la rivière jouer avec les libellules, faire de la luge le long des feuilles d'arbres, l'hiver, jouant à la balançoire entre deux champignons, lui permettant même de visiter la cité secrète des écureuils, ce qui est rare pour un gnomon de cet âge. Lors de son adolescence, une cinquantaine d'année plus tard, il eut même la permission de faire un bout de voyage à dos d'oie sauvage, avec son ami Nils.

Il put ainsi découvrir le monde, survoler les lacs d'eau pure de cette région, parler aux biches et aux capucines. Mais malgré cette jeunesse riche en découverte, il se sentait un peu rejeté, car aucune gnomette ne voulait de lui, dès qu'elle apercevait la couleur rouge de ses vêtements. Ses camarades de classe, bien qu'étant très gentils avec lui, gardaient tout de même une distance qui le gênait. Un beau matin de printemps, à l'heure où le bruit des fleurs qui éclosent réveille les petits gnomons le matin aux premières heures du jour, alors que toute la famille dormait les uns blottis chaleureusement contre les autres, ayant échangé comme chaque nuit leur bonnet par un bonnet de nuit (la plupart des gnomes n'aiment pas trop qu'on les voit sans leur bonnet, dont ils sont si fiers, donc je ne m'attarderai pas trop dessus, pour ne pas les importuner, alors qu'ils sont si adorables, les uns contre les autres), bien au chaud dans leur lit-clos en bois et derrière un magnifique rideau en dentelles faite par grand-mère, ou sa mère encore, c'est difficile de le savoir, un grand tremblement et des appels réveillèrent tout le village. Les cris étaient les alertes données par quelques coccinelles qui passaient par là et qui avait repéré un danger. Les gnomes étant très prudents et discrets, ils se savaient en sécurité dans leurs maisonnettes cachées dans les arbres ou les racines... Mais ils s'affolèrent, principalement de peur qu'il arrive quelque chose à leurs voisins les lapineaux et les gerbilles. Les meilleures guerriers, sur leur fidèles destriers (quelques renards, quelques louves, et quelques chouettes) s'élancèrent courageusement en dehors des maisons, laissant les familles, blottis dans les bras les uns des autres, dans l'expectative et l'appréhension qu'il arrive un malheur.

Après quelques longues minutes où seul les coeurs de chacun troublait le silence, mis à part les ronflements de Coquin, le muscardin qui dormait comme d'habitude quand il ne joue pas, la nature repris vit, et les bruits rassurants de la nature commencèrent à revenir, signifiant que le danger était passé. Le conseil du village se réunit, et le grand gnome vénérable (plus de 6000 ans) expliqua au village qu'un Troll était passé dans les parages, près du village. Les guerriers auraient dû se battre, si l'intervention d'un blaireau n'avait pas fait fuir l'intrus malveillant. Le village jugea que si un troll errait dans les parages, c'est uniquement parce que le doute planait sur le village, que c'était un mauvais présage, et que pour le prévenir, il fallait qu'un autre mauvais présage parte du village. Simon, bravement s'avança alors et lança à l'assemblée, que s'il partait du village, le mauvais sort quitterait le village, et que celui-ci pourrait vivre paisiblement, comme avant. Tout le monde fondit en larme, refusant de laisser partir l'un des leurs, mais le gnome rouge fit comprendre qu'il était décidé à sauver son village, et qu'il jurait sur la beauté des nébuleuses, qu'il trouverait une solution pour revenir, libéré du fardeau qu'il imposait au village. Il partit donc sur la petite route à l'orée du village, juste derrière la "Carrière dorée", avec son baluchon contenant un couteau offert par son père, et une bague humaine en or, que lui avait confié par sa mère qui le tenait de ses ancêtres (Simon avait hésité à l'emmener, à cause de l'encombrement que ça représentait, mais comme c'était un cadeau de sa mère, il le pris avec amour).

Il partit pendant des jours et des semaines, allant même jusqu'à dépasser les vieilles ruine de Yerdua, et le menhir sacré du Kad, il croisa les créatures les plus fabuleuses du monde, fut aidé par des cygnes et des ours, pu échapper de justesse à la vue des humains. Il marcha pendant des jours et des jours, malgré la neige (se protégeant en dormant contre les animaux qui se proposaient tous de l'aider, d'autant qu'il était repérables, avec cette couleur sur la neige). Il ne savait même pas ce qu'il cherchait, mais suivait les signes que lui présentait la nature, entre les vibrations à la surface des ruisseaux, le profil des nuages, ou le vol de oiseaux migrateurs, il se dirigeait toujours plus au sud. Un jour, alors qu'il sentait tout espoir perdu, de retrouver sa famille, trouver une gnomesse à sa taille (12cm) et pouvoir vivre le bonheur dont il rêvait tant, il s'assit sur un rocher qui lui avait proposé de s'assoupir sur son dos. Et il se mis à pleurer, en cachant son visage dans ses petites mains. Il ne pouvait même pas apprécier la beauté et la quiétude de l'endroit où il était, au bord d'un étang, près d'une prairie dont l'herbe regorgeant de vie était d'un vert qui aurait pu lui donner de l'espoir, et proche d'oursons qui jouaient ensembles, innocemment. Fier, comme tout ceux de son espère, il pleurait en silence, et la seule chose qui le trahissait, étaient ses larmes chaudes qui coulaient le long de sa barbe... glissant, jusqu'au bout de celle-ci, jusqu'à tomber dans l'herbe, se mêlant avec la rosée de cette pourtant si douce journée. C'est alors qu'une dernière larme tombait qu'un magnifique papillon rouge l'aperçut et se posa sur son épaule dans un bruissement de cil. Le gnome sécha ses larmes et salua ce si magnifique insecte, en lui demandant ce qu'il faisait là. S'il était comme lui contraint par sa couleur de devoir fuir les siens? Le papillon sourit doucement et lui dit qu'il avait quelque chose à lui montrer. Il s'envola doucement, et virevoltant dans la brise printanière, il se dirigea, suivi du gaillard, vers une colline verdoyante. Arrivé en haut de cette colline, les yeux du gnomes, encore vaguement embués par les dernières larmes, furent émerveillés par la beauté de ce qui se présentait à lui. En contrebas, des millions de couleurs, celles des fleurs et celles des papillons, formaient une danse magnifique, de mouvement et de lumière, qui aurait émerveillé même le plus borné des gnomes.

Le papillon lui dit qu'il s'agissait du village secret des papillons, là où le Dieu de la lumière et des couleurs avait créé son espère, ce lieu où toutes les espèces de papillons pouvaient vivre et rivaliser de couleurs avec les plus radieuses des fleurs. La magie irradiant de ce lieu faisait frissonner notre gnome, qui avait le souffle coupé d'émerveillement... Le papillon l'invita à venir, ce que le gnome fit. Il vit alors dans quelle harmonie vivait cette communauté, si belle par sa diversité et sa simplicité. Le gnome se reprit à pleurer en souhaitant que sa famille puisse un jour connaître un bonheur semblable. Alors il sentit un frisson parcourir son échine. Il sentit comme une caresse d'un vent doux, le long de son dos. Il ne s'aperçu pas que des ailes de papillon lui poussaient dans le dos. La sensation était tellement agréable qu'il ne fut même pas apeuré par cette situation. Le papillon s'approcha et lui dit que c'était lui-même, quand il était petit, encore sous la forme d'une adorable chenille rouge, qui lui avait été déposé dessus par la destiné. Que Simon avait été choisi par les Dieux pour être dépositaire d'un grand secret et d'un grand destin... Il devrait retourner à son village, et expliquer que désormais, le peuple des papillons et celui des gnomes ne faisaient plus qu'un. Qu'ils avaient été créé en même temps à l'aube du monde, et que désormais ils devaient vivre ensembles. Le gnome n'écoutant que son coeur et son idéalisme, remercia son ami de toujours, le papillon, et s'envola avec ses nouvelles ailes vers le nord, si heureux de prendre la route du retour.

Il suivit les arc en ciel et arriva une douce soirée d'été en vue de sa forêt qu'il adorait tant. Le village l'aperçu arriver, toujours de rouge vêtu, avec de magnifiques ailes rouges dans son dos. Un peu effrayés, mais tellement heureux de voir le retour de l'un des leurs, ils l'accueillirent à bras ouverts. La coutume gnomique voulant que chaque gnome prenne dans ses bras l'un après l'autre, le nouveau venu, ce fut une gnomesse que le destin voulut lui mettre entre les bras. Elle était vêtue de blanc, la peau claire, comme ses yeux et la blondeur de ses cheveux le firent fondre. Dès qu'il la pris dans ses bras, des ailes radieuses poussèrent dans le dos de cette jolie gnomette. Effarouchée elle alla se réfugier dans les bras de ses parents, qui virent aussitôt des ailes de papillon pousser dans leur dos. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, il ne fut pas un gnome qui n'eut pas sa magnifique paire d'ailes. Ils comprirent devant une telle variété de couleur qu'ils ne devraient plus jamais faire une différence selon la couleur des vêtements du gnome qui les portent. Ils décidèrent de rendre visite à leurs nouveaux amis les papillons, dans le sud, puisque leurs ailes les empêchait de vivre normalement dans leurs maisons des bois. Le village entier vola escorté par des aigles et des hirondelles. Et sous le charme de ce nouveau village au milieu d'une merveilleuse prairie, ils décidèrent de ne plus jamais le quitter.

Pendant tout le vol, la gnomette qui avait été la première à avoir des ailes, et probablement parmi les plus douces et appréciées de son village, avait les ailes les plus magnifiques de toutes, et ne put s'empêcher de remercier Simon, par un fameux baiser gnomique (frotter le nez contre le nez). Simon tomba éperdument amoureux et jura de ne plus jamais la quitter. Ils vécurent ainsi, heureux et eurent de nombreux et magnifiques gnomons, dans un village de papillons et de gnomes où plus jamais un individu ne fut rejeté. Le soleil se lève et se couche toujours sur le monde des gnomes, mais ce village, pour sa protection est invisible aux yeux des humains, en dehors des enfants, dont l'innocence et la pureté permet de respecter cette existence. Depuis, les gnomes ne vivent plus que dans les histoires qu'on raconte aux enfants et aux filles adorables qui passent beaucoup de temps à envoyer des messages, mais jamais aucun animal, être de la nature ou créature féerique n'oubliera jamais l'histoire du gnome et du papillon...



Da viken...

bunni

#508

LE CHAT EXTRAORDINAIRE

Il était une fois un roi qui aimait les animaux.
Il en avait adopté déjà beaucoup dans son palais
et de toutes les espèces . Cependant il n'avait pas encore
de chat. C'est qu'en ce cas bien particulier, il ne désirait pas
n'importe quel chat: étant roi il désirait adopter un
chat extraordinaire!
Tous les chats qu'on lui amenait étaient certes des
chats de race mais aucun ne lui paraissait si extraordinaire
qu'il méritât sa faveur.
Un jour pourtant un vieux sage se présenta aux portes
du palais, prétendant par le chat qu'il apportait,
combler tous les désirs du roi.
Ce n'était pourtant qu'un simple "chat de gouttière"
mais le sage chuchota à l'oreille du roi:
"Sire méfiez-vous des apparences: ce chat est enveloppé
de mystère. Si vous lui donnez un nom extraordinaire,
il se révélera en effet extraordinaire.
Voilà le roi bien embarrassé:
"j'ai bien envie de te croire, dit-il au vieux sage,
mais quel nom extraordinaire lui donner?"

-"Si je puis conseiller votre Majesté, je lui donnerais le
nom de "CIEL"
Qu'y a-t-il de plus extraordinaire que le ciel?
Voilà une bonne idée, dit le roi. J' appellerai mon chat "ciel"
Et dès cet instant le chat devint aux yeux du roi
extraordinaire : c'était" le chat ciel"
Quelque temps plus tard un courtisan lui dit:
"Quel drôle de nom a votre chat Majesté!"

-C'est que dit le roi , le sage qui m'apporta ce chat
m'a bien recommandé de lui donner un nom extraordinaire
et nous sommes tombés d'accord pour dire qu'il n'y a rien de
plus extraordinaire que le ciel!
-La votre Majesté fait peut-être erreur, dit le courtisan.
Il y a quelque chose de plus extraordinaire que le ciel
ce sont les nuages. Car lorsque les nuages passent ils cachent
le ciel!
-Tu as raison, dit le roi. je n'y avais jamais pensé.
Eh bien j' appellerai mon chat: "NUAGE"

Quelque temps plus tard vint un autre courtisan
Vous avez appelé votre chat "nuage" Majesté
et je sais pourquoi mais il y a plus fort que les nuages:
il y a le vent. Lorsque souffle le vent les nuages sont chassés!

-C'est vrai dit le roi. Eh bien, j' appellerai mon chat
VENT.
Les courtisans se succédaient...
Un autre vint encore, qui dit:
"majesté il y a plus fort que le vent: il y a le mur!
Lorsque le vent rencontre un mur, toute sa puissance
est arrêtée
Et bien j'appellerai mon chat "MUR"
Un autre encore: il y a plus fort que le mur : c'est l'éléphant!
A lui seul il peut briser le mur!
Soit j' appellerai mon chat: "ELEPHANT"

Quelle drôle d'idée, Majesté, dit encore quelqu'un.
Certes un éléphant c'est une masse énorme et puissante.
Pourtant vous savez tout comme moi que cette masse est
vulnérable: qu'une toute petite souris grimpe dans sa trompe
et l'éléphant devient fou!
La petite souris, minuscule est donc plus forte que l'éléphant!

Quel paradoxe dit le roi! Et pourtant tu as raison : la souris est plus
extraordinaire que l'éléphant. J'appellerai mon chat
"SOURIS"
-Appeler votre chat "souris " Majesté mais vous savez bien que
les chats croquent les souris!
-Mais évidemment dit le roi!
Que n'y ai-je pas pensé plus tôt!
J' appellerai mon chat "CHAT"
mais est-ce que cela le rend extraordinaire?
Je n'y comprends plus rien. Faites revenir le sage qui m'a
apporté ce chat!...

Majesté, dit le sage, dés qu'il fut remis en présence du roi,
je savais qu'un jour vous me rappelleriez, après avoir
épuisé tous les noms extraordinaires à donner à votre chat!
Voici que vous en êtes arrivé tout simplement à appeler
votre chat: "CHAT"
et vous avez dû convenir vous-même que c'est un
nom extraordinaire. Ce qui rend votre chat extraordinaire c'est que
tout simplement qu'il soit un chat!
Nul autre que lui n'a ce nom: il est original , exceptionnel:
VOTRE CHAT EST.... UN CHAT
................................
CHAQUE ETRE EST UNIQUE.


bunni


Le pommier sauvage de Saint-Aubin-sur-Mer

Il était une fois un pommier sauvage qui poussait tout au fond d'un jardin, près de la mer en Normandie, à Saint-Aubin-Sur-Mer. A l'automne il donnait son fruit : de très petites pommes, rouges et blanches, craquantes et juteuses, d'un goût délicieux.

Sur la route de l'école, les enfants s'arrêtaient toujours pour en ramasser, et même pour en cueillir sur l'arbre, car quelques branches penchaient par-dessus le mur, et c'était facile de les attraper.

Dans le jardin on voyait quelquefois passer un vieux jardinier tout courbé, mais il ne s'occupait pas de ce pommier. Ce petit pommier avait poussé tout seul, le vent avait amené un jour le pépin de très loin. Car sur presque toute la terre les gens mangent des pommes et jettent les pépins n'importe où. Le vent avait donc joué un moment avec la graine, et quand il en avait eu assez, il l'avait déposée là dans ce jardin où elle s'était endormie pour s'éveiller au printemps petit pommier sauvage.

Donc le jardinier, un peu vexé de trouver là un pommier qu'il n'avait pas invité à pousser ne s'en occupait pas : il ne voulait soigner que des pommiers plantés par des jardiniers.

Le petit pommier s'en fichait. L'eau de pluie, les rires des enfants sur le chemin de l'école et le chant des oiseaux formaient toute sa nourriture. Et aussi de temps à autre le soleil et le ciel bleu. Il était heureux. Quatre fois par jour passaient les enfants, dont les joues ressemblaient à ses pommes, et lui, quand il les voyait, se penchait, se penchait de tout son poids par-dessus le mur pour qu'ils puissent attrapper les pommes plus facilement, si bien qu'il finit par être un peu tordu.

Or un jour, dans sa maison cachée par les arbres, le vieux jardinier mourut. Sitôt après l'enterrement, ses patrons le remplacèrent par un jardinier en pleine force de l'âge, avec une grosse moustache marron et un regard très perçant. Dès le premier jour il aperçut le pommier qui offrait ses petites pommes par-dessus le mur, et s'écria :

- Que vois-je ! Les pommes des patrons  gaspillées sur la route ! et si petites que, foi de jardinier, j'en ai honte ! SI petites, et dans MON jardin !

Et il décida sur-le-champ de mettre bon ordre à cela. Il commença par placer un tuteur au petit arbre, et le pauvre pommier, malgré ses efforts ne put pas se pencher pour regarder les enfants aller et venir, et il entendait leurs petites voix navrées, déçues, se désolait de n'avoir pas de voix pour leur expliquer ce qui était arrivé...

Ensuite le jardinier décida de le greffer. Il vint avec un couteau spécial, et pendant qu'il opérait, il disait : "Ha ha, quelles belles pommes aurons-nous l'an prochain. Mes patrons seront contents ! Ils pourront les servir à table, car celles-ci sont tout juste bonnes à donner aux   cochons !"

Les saisons passèrent, le pommier souhaitait mourir, car les enfants ne parlaient plus de lui, ni de ses pommes, ils l'avaient oublié, et c'étaient ses plus chers amis ! Et pendant ce temps, ses pommes s'arrondissaient sur lui, prenaient des couleurs magnifiques, et il n'y pouvait rien : des inconnus indifférents allaient les manger...

Enfin le jour où il sut que les pommes étaient mûres, car le jardinier avait parlé de les cueillir, de toutes ses forces il se pencha par-dessus le mur, se pencha jusqu'à ce que la branche habituelle dépasse et soit accessible aux petits bras des enfants, il se pencha jusqu'à mourir de douleur, et il se donnait du courage en pensant qu'il allait enfin revoir les petits "ce sont eux qui mangeront ces grosses pommes, comme je suis heureux..." Il se pencha, se pencha encore, et le tronc fragile cassa ; le petit arbre était mort.

Les enfants revenant de l'école furent très surpris : "Oh regardez ! notre pommier est tout cassé !  Pauvre pommier ! Et regardez les grosses pommes qu'il a !"

Ils mangèrent toutes les pommes et emportèrent quelques feuilles en souvenir. Les oiseaux goûtèrent aussi les morceaux qui restaient, et le vent, le vent de la mer passant par là emporta dans les airs le plus de pépins possible afin que, dans dix, vingt, cinquante jardins de Normandie poussent l'année suivante des pommiers sauvages semblables au brave petit pommier qui aimait tant les enfants.