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Contes d'ici et d'ailleurs

Démarré par bunni, 18 Septembre 2012 à 00:22:36

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bunni


La petite danseuse


Il était une fois une jolie petite fille handicapée, qui rêvait d'être danseuse.

Hélas ! Elle ne pouvait pas marcher et ne se déplaçait qu'à l'aide de son fauteuil roulant.

Sa maman lui avait expliqué pourquoi elle était différente des autres enfants:

"Ma chérie, il y a de cela sept ans, peu de temps avant ta naissance, tu as été très malade dans mon ventre. Tu sais, la science n'est pas toute puissante et c'est comme ça malheureusement ! Mais tu es un cadeau du ciel et je t'aime par-dessus tout, ma chère enfant !"

Tous les soirs, la petite admirait les astres à travers son télescope et se prenait à rêver. Dans son esprit, elle répétait inlassablement de gracieux entrechats en sautillant sur vénus et dessinait de magnifiques arabesques avec ses bras en caressant la lune. Son sourire devenait alors si radieux qu'on l'aurait appelée "étoile".

Avant qu'elle ne s'endorme, sa maman venait la border dans son lit, et, chaque fois, lui disait doucement :

"Nous avons tous un rêve qui brille dans notre tête, mais le plus important, ce n'est pas qu'il se réalise, tu entends ; le plus important, c'est de ne laisser personne te le voler..."

Puis elle l'embrassait tendrement sur le front.

Une nuit, la lune était si ronde dans le ciel que l'on avait qu'à tendre le cou pour mieux la contempler. Elle avait revêtu sa plus jolie robe de lumière et semblait se tenir prête pour danser.

La petite, cette nuit-là, fit un étrange rêve...

Elle devait se rendre au bal sur la lune mais ne savait pas comment faire pour y aller. Elle demanda alors à une colombe, qui se trouvait près d'elle, de bien vouloir l'accompagner.

"Monte sur mon dos, lui dit l'oiseau, accroche-toi et tiens toi bien droite, tout ira bien !"

La fillette s'installa confortablement, puis elles s'envolèrent.

C'était haut et elle avait un peu peur, mais elle était ravie. Elles étaient presque arrivées lorsqu'un énorme corbeau leur barra la route céleste de ses longues ailes noires et leur dit, menaçant :

"Croa, halte-là ! On ne passe pas, c'est une soirée privée ! Croa, sortez vos cartons d'invitation, immédiatement !"

Bien sûr, elles n'en avaient pas, mais la petite fille lui répondit sèchement :

"Je suis la danseuse étoile de dame Lune, elle m'attend, et si je suis en retard, elle te renverra sur-le-champ !"

Le corbeau eut un moment d'hésitation et, finalement, les laissa passer tout en s'excusant. La petite s'étonna elle-même de son audace et les deux voyageuses se mirent à pouffer de rire.

Puis elles arrivèrent enfin. Il y avait là une foule d'invités : Pierrot, Claire de Lune, des poissons-lunes et plein de bonnes choses à manger. Tout le monde dansa jusqu'au matin. Quelle fête !

Lorsque sa maman vint la réveiller pour l'aider à se lever, la petite fille était encore tout émerveillée. Dans un grand sourire , elle lui dit :

"Je serai astronome ! Merci, maman..."

bunni


L'aurore boréal

Quand a lieu une aurore boréale, des rayons lumineux dansent dans le ciel du pôle Nord. On dirait que des êtres fantastiques jonglent avec des boules de feu.

Un chasseur inuit s'était marié avec la plus belle femme du pays. Elle avait une longue chevelure d'un noir profond ; ses yeux rieurs éclairaient son visage aux traits fins et réguliers. Elle était jalousée par toutes les autres femmes du village, qui rêvaient d'être aussi séduisantes.
Cependant, peu d'hommes enviaient le chasseur, car, malheureusement, après plusieurs années de mariage , le couple n'avait toujours pas d'enfants. Que leur vie devait être monotone !

Un soir, alors que le chasseur rentrait chez lui, il s'allongea dans la neige pour regarder la nuit tomber et les étoiles scintiller. Tout à coup, il assista à un spectacle époustouflant : dans le ciel assombri, des faisceaux lumineux flamboyaient et dessinaient des formes mystérieuses. Certaines fois, une boule de feu semblait rebondir d'un bout à l'autre du ciel. On aurait dit qu'il suffisait de lever le bras pour la toucher. Stupéfait, l'homme se demanda si ce phénomène enchanteur était un bon présage.

Lorsqu'il retrouva sa femme, ce soir-là, elle avait un air radieux. Elle lui annonça qu'elle était enceinte et que leur désir le plus cher allait enfin devenir réalité. Fou de joie, le chasseur pensa que ces étranges lueurs lui avaient porté bonheur. Il raconta à sa femme ce qu'il avait vu dans le ciel, mais elle ne crut pas un instant ce qu'il lui dit. Il s'était sans doute endormi, et tout cela n'était qu'un rêve !

Quelques mois plus tard, lorsque leur fils naquit, ils l'appelèrent Atsaniq.

Après plusieurs années, l'enfant devint un adolescent vigoureux, chassant le phoque presque aussi bien que son père.
Un jour, alors que tous deux étaient partis en kayak, le père fut victime d'un tragique accident. Ils étaient au large,loin des côtes, lorsqu'une tempête se leva. Ils tentèrent de regagner la banquise, mais le kayak du père chavira et le pauvre homme fut englouti sans que son fils puisse rien faire pour lui venir en aide. Atsaniq parvint à rentrer chez lui, assailli de remords, se reprochant de n'avoir pas pu sauver son père.

Lorsqu'il annonça cette terrible nouvelle à sa mère, celle-ci fut inconsolable. Elle passa des journées entières à pleurer son mari. N'ayant plus le désir de vivre, elle se laissa mourir petit à petit.
C'est ainsi qu'Atsaniq devint orphelin. Livré à lui-même, il était cependant un habile chasseur; il subvenait à ses besoins sans l'aide de quiconque. ses parents lui manquaient affreusement. Le soir, seul dans le grand igloo, il n'avait personne à qui se confier, et cette solitude l'attristait.

Par une magnifique soirée d'été, il sortit de l'igloo et s'allongea sur le sol pour observer les étoiles, tout comme l'avait fait son père quelques années auparavant. Soudain, à sa grande surprise, des faisceaux lumineux s'élevèrent dans le ciel, semblables à de longues chevelures dansant au gré du vent.
De temps à autre, une boule de feu bondissait de part et d'autre du ciel. Atsaniq se souvint des paroles de son père : un même événement s'était produit peu avant sa naissance. A présent, lui aussi voyait d'étranges créatures qui s'amusaient follement dans le ciel étoilé. Il se sentit appelé et irrésistiblement attiré. Il bondit dans les airs à plusieurs reprises, tout en levant les bras pour toucher les lumières.

Son désir était tellement fort qu'il se mit alors à monter, monter, jusqu'à rejoindre les cieux pour de bon. Alors, il se transforma à son tour en rayon lumineux et se mit à jouer avec les boules de feu.
Depuis ce jour, atsaniq signifie "aurore boréale " dans le langage des Inuits. Quand les hommes ont la chance de contempler ce merveilleux spectacle, ils pensent à ce petit orphelin qui est heureux là-haut pour l'éternité.

bunni


LE PROCÈS D'UNE CHENILLE

Il y a de ceci bien longtemps. Plus de mille ans. On devait être en juin. En plein champ, à trois lieues de la plus proche maison, au pays des insectes et des fleurs. Un après-midi.

Il faisait soleil tout le long du ruisseau, car un ruisseau passait par là. Sur les deux rives, des criquets cachés dans le trèfle s'injuriaient à pleine tête, comme des gamins qui se disent des noms.

Pas de travaillants autour avec leurs chevaux et leurs pelles. Personne. La terre inventait la moisson, toute seule, dans la paix, comme elle le fait toujours en juin. Sur l'eau tiède du ruisseau, deux patineuses se promenaient d'avant et à reculons; leurs ailes faisaient comme des coiffes blanches au soleil. On aurait dit deux religieuses qui marchaient dans la cours du couvent. Il devait être quatre heures de l'après-midi, l'heure des visites ou de la récréation.

Les deux patineuses au milieu du ruisseau, loin des oreilles tendues pour tout savoir, bavardaient chacune leur tour, penchant la tête de côté, sans tourner le visage, comme font les soeurs.

La plus vieille disait à sa compagne :

"-Tu sais ce que j'ai appris en passant chez les bleuets tout à l'heure?

-Non, fit la plus jeune.

-Eh bien, c'est demain que le procès commence!

-Le procès de la chenille? Alors, on y va. Mais qui te l'a dit?

-Un hanneton. Je filais par ici tout à l'heure, reprit l'aînée, et un hanneton m'a crié en passant : Demain matin, après la rosée, le procès commencera. Soyez-y! Rendez-vous au kiosque, cinquième piquet, où se donnent habituellement les concerts d'été. Dites-le à votre famille, tout le canton y sera!"

En effet, le matin-même, on avait surpris sur le petites heures, une chenille verte, saoule de miel, dans la corolle d'un lys blanc.

Une araignée, qui tissait juste au-dessous, l'avait aperçue et avait donné l'alerte. Aussitôt, deux abeilles policières, guidées pas les petits fanaux des mouches à feu, étaient accourues pour arrêter la voleuse de miel.

Pauvre voleuse ! On l'avait roulée au cachot, dans une galerie souterraine, chez les fourmis, entre deux haies d'insectes qui hurlaient leur colère au passage.

L'araignée était si indignée du scandale, paraît-il, qu'elle offrit gratuitement son fil pour lier la coupable. Elle la lia si bien que la chenille avait disparue sous les câbles, recouverte comme une momie.

Un gros barbeau, le juge de la place, avait fixé le procès au lendemain, après la rosée, dans le kiosque d'un piquet. Plusieurs places étaient déjà retenues. Tout le monde en parlait.

Tout à l'heure, les criquets ne s'injuriaient pas, ils discutaient la chose, comme des commères, chacune de leur fenêtre.

À bonne heure, le lendemain, tout un peuple d'insectes attendait sur le terrain : des criquets du voisinage avec des petits manteaux noirs, luisants comme de l'écaille; des faux bourdons en vestes jaunes; plusieurs araignées assises sur leur ventre et qui roulaient nerveusement leur peloton de fil; plus en arrière, des fourmis qui élevaient des petits murs de sable, où elle grimperaient tout à l'heure pour mieux voir; et des cigales qui plaçaient tout ces gens en faisant beaucoup de bruit avec leur sifflet.

Enfin, le barbeau-juge entra, solennel. La salle se leva en silence. Suivi de plusieurs barbeaux plus jeunes, le juge s'installa sur une feuille d'érable qu'on avait étendue au milieu.

La Cour était ouverte. Les deux abeilles policières, sur un signal, amenèrent l'inculpée sur leurs épaules et brutalement la culbutèrent sur le tapis. Elle roula inerte, sans se plaindre. Il y eut un frisson dans l'auditoire.
On dût sortir deux jeunes éphémères qui avaient perdu connaissance.

Alors, l'avocat des fleurs, une guêpe savante, débita avec chaleur l'acte d'accusation, toute la marche du drame : comment la chenille s'était faufilée dans le lys, son entrée avec effraction dans la chambre à miel, sa saoularde et sa souffrance, l'agonie, puis la mort du beau lys blanc.

Voilà qui était bien dit. L'avocat fut interrompu plusieurs fois par des applaudissements, des réflexions et même des huées.

Le barbeau-juge demanda le silence parfait pendant que le jury réfléchissait. Il réfléchit, et par la bouche du plus vieux, une puce qui se grattait toujours, déclara ceci : "Nous avons trouvé la chenille coupable!".

De toutes les loges d'insectes sortit un grand brouhaha. Quelques-uns étaient pour, d'autres contre.

Enfin, le juge se leva et dit : "-La chenille est coupable. Mais devant des opinions si partagées, nous ne pouvons la condamner à mort.

Plusieurs crièrent : "L'exil ! L'exil !". Ce qui fut décidé. Aussitôt, quatre hannetons cassèrent des brins de foin, les plièrent pour faire un radeau, qu'ils traînèrent jusqu'au ruisseau. La foule entière se rua à leur suite. Les maringouins, les mouches, les pucerons, tous, pêle-mêle, étaient sur la grève. Les guêpes applaudissaient. Les abeilles avaient toute les misères du monde à retenir les bourdons qui voulaient assommer la chenille cachée dans son cocon.

Les criquets faisaient de la cabale, essayaient de soulever les discussions, et plusieurs fourmis retournèrent à l'ouvrage, la tête basse, trop émues pour assister à l'embarquement.

Les grandes libellules aux fragiles ailes étaient déjà parties en vitesse pour annoncer la nouvelle dans leur marécage.

De force, la prisonnière fut déposée au milieu du radeau. Beaucoup la croyait morte, parce qu'elle était immobile. La méchante araignée s'avança et, avec beaucoup d'orgueil et de malice, ligota son ennemie au plancher du radeau. Enfin, trois insectes patineurs, sur l'ordre du juge, sautèrent sur l'eau et à grands coups de patins, poussèrent le petit navire jusqu'au courant. Et le petite navire descendit doucement vers l'exil, ballotté par les vagues qui faisaient des petites glissoires.

Les deux rives étaient noires d'insectes. Un grand nombre pleurait, d'autres se réjouissaient.

Soudain ! Ah... non. C'est difficile à dire, et incroyable, la chose que l'on vit. "Regardez, regardez !" Cria de toute sa force un maringouin. Et dans la stupéfaction et presque la terreur, on vit une chose extraordinaire : le
cocon s'agiter follement, se percer, se fendre, s'ouvrir, et deux grandes ailes jaunes se déplier au soleil, s'étirer, apparaître tachetées de points noirs; des ailes cendrées de poudre d'or avec des dessins dessus, des ailes magiques, brillantes, qui battaient l'air, laissant le radeau continuer seul, passer triomphantes, majestueuses, dans l'avant-midi, au-dessus du peuple consterné qui baisait le rivage.

Le premier papillon était né. Et son premier vol se continuait par-delà les fraises, rouges d'épouvante.

Cette histoire est finie. La leçon fut grande chez les insectes qui avaient jugé la chenille trop sévèrement parce qu'elle était laide et sans défense. Même, on sût plus tard que l'araignée qui avait bâti son cocon s'était tuée..

Si on accuse le papillon d'être volage, c'est qu'il ne croit en personne. Il connaît la fragilité et l'inconstance des amitiés.

bunni


L'obole de l'écureuil

N'avez-vous jamais remarqué lors d'une promenade en forêt un bruit significatif comme un grignotement produit par des  griffes sur les troncs des arbres? N'avez-vous jamais levé alors la tête à vous rompre le cou et découvert à plus de trente mètres, un petit animal pas plus grand que votre poche qui sautille, bondit et jaillit parmi les branches? Ne vous êtes vous pas demandé de quoi était faite son existence?
Lorsque les premiers signes de la fin de l'été s'annoncent; lorsque le soleil monte moins haut dans le ciel, que ses rayons ne réchauffent plus aussi ardemment la résine dégoulinant du tronc des épicéas, lorsque les nuits s'étirent tard dans la matinée, que les premières gelées blanchissent et engourdissent les brins d'herbe, que la forêt se tapisse de champignons de toutes les formes, lorsque les feuilles s'enluminent de mille couleurs allant du rouge écarlate à toutes les nuances de brun, châtain, havane, bistré en passant par les jaunes ambrés, mordorés, cuivrés, ocres. En un mot, quand l'automne s'installe, prend ses quartiers, annonçant la lente inclinaison vers une dégénérescence totale et complète, un aller simple vers le crépuscule des saisons.
Chacun se prépare à affronter un rude hiver, car l'hiver est toujours rigoureux tant que l'on ne l'a pas traversé, alors on se dit, à la mi-février, encore un de passé, ce n'était pas si terrible, on s'en est bien sorti.
Les hommes coupent du bois en petites bûches, leurs cheminées se remettent à fumer. Cerfs et chevreuils, les seigneurs de la forêt, épaississent leur pelages. Tous les insectes s'endorment. L'écureuil, lui, déploie toute son énergie à remplir son grenier. Il bondit de branches en branches, à la recherche de pignes, de noisettes et toutes sortes de graines riches en lipides.
Il existe une pépinière coincée au fin fond d'un vallon, une sorte de combe d'où partent les versants menant aux crêtes. Peut-être y êtes-vous déjà promené dans la lumière dorée d'une fin d'après midi d'Octobre. Vos souvenirs remontent du fin fond de votre mémoire. Oui, bien sûr, comment aviez-vous pu oublier un tel déchaînement? Une agression en règle, une offensive incontestable. Comment est-ce possible? A peine entré dans ce petit bois où se mêlent pins, sapins et épicéas, vous êtes la cible d'un jet constant de pommes de pins, parfois de petites branches, plus rarement des billes de terre ou encore des petits cailloux. Intrigué, puis irrité, enfin agacé, vous essayer de comprendre d'où provient cette agression peu commune. L'homme étant un loup pour l'homme, vous pensez naturellement à une mauvaise plaisanterie d'un groupe de gamins facétieux dont l'éducation vous semble totalement à refaire. Vous vous apprêtez à leur manifester vos quatre vérités quand vous vous apercevez que vous êtes tout seul dans ce bois, un silence de fonds marins pèse sur la voûte sylvestre, on entendrait le bourdonnement d'insectes. Justement, il n'y a aucun vrombissement. Vous êtes juste là, ridicule. Car enfin, qui peut bien être à l'origine de cette salve de projectiles? Qui peut vous en vouloir de la sorte? Et pourquoi? Vous essayer de vous rappeler vos mauvaises actions de la journée, vous culpabiliser jusqu'à ce que les tirs reprennent de plus belle. Alors vous explosez en lâchant un juron dont vous saisissez immédiatement l'inutile portée. Vous trépignez, vous pestez, vous enragez tout en vous mettant à l'abri d'un gros tronc. Peine perdue, la pluie de projectiles continue autour de vous, sans vous atteindre cette fois. Reprenant vos esprit et votre humeur qui s'était, il faut bien l'avouer, éparpillée quelque peu, libéré d'une colère justifiée mais inefficace, comme tout emportement en général, vous commencez à raisonner, ce qui, de vous à moi, est bien la meilleure chose à faire. Levant le nez, vous pensez avoir deviné une agitation à la cime du sapin en face de vous. Lorsque vos yeux arrivent à cerner les mouvements du dérisoire petit rongeur au poil roux, un soulagement s'empare de votre esprit surchauffé, accompagné d'un sourire intérieur désamorçant ce sentiment du grotesque de la situation. La surprise fait place à l'irritation, cependant qu'elle soit d'origine humaine ou animale, cette brutalité est intolérable et parfaitement injustifiée.
En êtes vous si sûr? Invité chez une de vos connaissance, chez des amis, même convié dans votre propre famille, vous n'imaginez pas débarquer comme ça, les mains vides et le cœur sec. Le bouquet de fleurs, la bouteille de bon vin ou encore le célèbre « j'ai apporté le dessert » ne sont que la preuve éclatante que vous avez pensé à vos hôtes, que vous y avez consacré sinon du temps, du moins une pensée.
Lorsque vous êtes entré dans ce bois, vous avez pénétré dans la maison de ce gentil petit animal sans défense qui, une minute avant vaquait à ces occupations quotidiennes. Vous l'avez dérangé dans son ouvrage. Vous êtes entré chez lui sans prévenir, ni même apporter un quelconque présent. Quelle mauvaise éducation! Vous tonnez contre ses manières belliqueuses mais êtes vous sûr de faire preuve d'un civisme rigoureux, d'une urbanité sans faille? Le doute s'insinue. Vu sous cet angle inattendu vous devenez un freluquet inconvenant et d'une impolitesse à rougir. Vous vous sentez brusquement comme un cheveu dans la soupe, comme un éléphant déambulant grossièrement au milieu de fines porcelaines. Vous sortez en courant de ce bois en vous protégeant des tirs soutenus et plus jamais vous n'entrerez dans la forêt sans déposer au pied du grand sapin qui en marque l'entrée quelques graines, une poignée de noisettes.

bunni

#484

Le chat qui fit le printemps

Autrefois , il existait un pays lointain qui ne connaissait pas les beaux jours :ni le soleil ,ni les fleurs ne venaient l'égayer .Partout ,ce n'était que paysages glacés ,enfoncés dans les brumes et battus par des vents impitoyables .La vie dans cette contrée était rude et morne .
Le chat n'était alors qu'un animal sauvage ne connaissant pas encore la compagnie de l'homme .Il vivait misérablement de sa chasse ;le menu gibier qu'il rencontrait était maigre et sans intérêt .

Un jour ,alors que l'animal parcourait les chemins à la recherche d'une mince pitance ,le hasard lui fit rencontrer le roi Crapaud .Celui -ci ,comme à l'accoutumée était de fort méchante humeur :
-"Où cours -tu ? Ne vois -tu pas que tu as pénétré mon domaine ,sans invitation ?"
Le matou que la jeunesse aveuglait ,ricana et ne jugea pas utile de s'excuser :à quoi bon ? pensa -t-il, ce vieux grincheux m'ennuie ! Mais c'était sans compter avec le courroux du roi ...
Ce dernier grossit ,s'enfla jusqu'à atteindre une taille monstrueuse ;de  crapaud ordinaire ,il devint un monstre vert  terrifiant et baveux .
"Chat ,il est temps que tu apprennes les bonnes manières !rugit-il .Tous mes sujets me doivent le respect .Pour ta peine , je te chasse de ce pays !"

A ces mots , le chat battit en retraite devant le monstre hideux ,mais il ajouta ,téméraire :
"Pas pour longtemps !Je pars , mais je reviendrai un jour et TOUT changera dans ce pays ,j'en fait le serment !"
C'est ainsi que l'animal quitta son pays natal ,lui qui n'avait jamais voyagé plus loin que La Grande Forêt ...

Après avoir erré longtemps ,il rencontra une oie cendrée qui prenait un peu de repos :
-"Où vas-tu ? Tu sembles las et affamé ? l'interrogea l'oie .
-Je cherche un endroit où le gibier est plus abondant que je pourrais manger pendant des jours sans m'arrêter !Un pays si doux que je pourrais dormir la nuit ,sous un arbre ,sans grelotter !
-Cela existe ...
Et devant l'incrédulité du chat ,elle ajouta :
-Je t'y emmène ,si tu le souhaites ...
Et ce qui fut dit , fut fait .

L'oie cendrée prit son envol , le matou sur le dos .Bien vite ,ils laissèrent derrière eux , les bois et les lacs qui devinrent minuscules et ridicules .Ils étaient cernés maintenant par de nombreux nuages .Puis , tout d'un coup il y eut une éclaircie :la lumière devint aveuglante , irréelle !
L'oie entama aussitôt , une lente descente ,et peu à peu ,le chat découvrit un paysage magnifique .Quand il posa enfin une patte sur le sol ,il n'en crut pas ses yeux :sur le tapis vert où ils avaient atterri ,une multitude de clochettes colorées pointaient le bout de leur nez .Les arbres étaient décorés de ce qui lui sembla être de petites larmes vert pâle ,ravissantes et fragiles .
"Je te laisse , dis l'oie cendrée ...Je reviendrai dans quelques mois .D'ici là ,amuse -toi bien !"Et elle repartit le laissant seul .
Le chat se sentit tellement heureux sous la bienfaisante chaleur du soleil ,qu'il s'endormit paisiblement au pied d'un chêne moussu .
Puis le temps passa .Le chat vécut alors dans une douce quiétude car il n'avait pas à se soucier du lendemain .
Ils fit la connaissance  des hommes .Il se laissa même apprivoisé par un tout petit garçon et le suivit partout ,au cours de ses promenades ...Mais cela est une autre histoire !

Cependant ,il n'oubliait pas sa promesse ,celle de tout changer chez lui pour défier le roi crapaud ...Mais comment ?
C'est l'oie cendrée à son retour ,qui lui donna une partie de la réponse :
"Rentre chez toi , tu portes sur tes poils ,sans le savoir ,de quoi transformer ton pays !Emmène avec toi quelques abeilles et des papillons ;ils t'aideront dans la réalisation de ton projet ...

Bien plus tard ,le chat comprit ce que l'oiseau avait voulu dire ...Au cours de ses flâneries avec l'enfant d'homme ,de minuscules graines s'étaient agrippées à sa fourrure .De retour dans son pays ,elles s'éparpillèrent un peu partout ...Et comme par magie des plantes merveilleuses , des arbres au beau feuillage y poussèrent .
Les abeilles butinèrent de ci ,delà , les papillons multicolores dansèrent une sarabande légère et joyeuse et tous contribuèrent ainsi à la naissance du nouveau monde .Les animaux qui avaient déserté l'endroit autrefois revinrent sans tarder .Et le soleil qui ne voulait pas être oublié ,fit alors des apparitions nombreuses et de plus en plus longues ,à la grande joie de tous !

C'est ainsi qu'un chat fit le printemps .

Quand au roi Crapaud ,dépité par toute cette énergie dans son royaume ,il partit sous d'autres cieux ,plus tristes ,plus sombres ,à l'image de sa méchante humeur .

bbchaton

LE CONTE DU PETIT HÉRISSON QUI NE PIQUAIT PAS DE L'INTÉRIEUR



Il était une fois un jeune hérisson pour qui la vie avait été difficile jusque là. La seule chose pour laquelle il semblait vraiment doué, c'était de se mettre en boule... De nombreuses attaques lui avaient appris à se protéger et il savait se faire tout rond plus vite que n'importe quel hérisson. A force de se faire agresser, il avait d'ailleurs fini par croire que tout le monde lui en voulait. Bien des êtres avaient essayé de s'en approcher et s'en étaient retournés tout meurtris. C'est qu'en plus, il avait aiguisé chacun de ses piquants et prenait même plaisir à attaquer le premier. Sans doute se sentait-il plus important ainsi...
..........Avec le temps, il était devenu très solitaire. Les autres se méfiaient de lui. Alors il se contentait de rêver à une vie meilleure ailleurs, ne sachant plus comment s'y prendre pour sortir de cette situation d'agression permanente.
..........Un jour qu'il se promenait toujours seul, non loin d'une habitation, il entendit une étrange conversation entre deux garçonnets.
- " Tu sais , sur le dos il y a plein de piquants, mais mon père dit que le ventre est aussi doux que Caramel, tu sais, ma peluche préférée, disait le plus petit.
- J'aimerais bien voir ça ! - Moi, je sais où il se cache, dit l'autre, sous ces haies. "
.........." Tiens, se demanda notre ami à quatre pattes , ne seraient-ils pas en train de parler de moi ? "
Ces paroles avaient excité sa curiosité. Était-il possible qu'il soit fait d'autre chose que des piquants ?
..........Il se cacha dans un coin et regarda son ventre. Il lui sembla faire ce mouvement pour la première fois. Il avait passé tellement de temps à s'occuper des petites épées sur son dos qu'il en avait oublié cette fourrure douce et chaude qui le tapissait en dessous.
.........." Mais oui, moi aussi je suis doux en dedans, constata-t-il avec étonnement. Doux dedans, doudedan, doudedan " chantonnait-il en sautillant d'une patte sur l'autre. Celles-ci le faisaient rebondir . Tiens, il avait aussi oublié le plaisir de danser. Car les hérissons dansent les soirs de lune, le saviez-vous ?
Tout en dansant, il s'était rapproché des deux garçons. Le plus grand disait à l'autre :
- " Les renards font pipi dessus pour les obliger à s'ouvrir. On pourrait bien en faire autant, comme ça on verrait... - Ah non ! dit le plus jeune. Je ne veux pas leur faire de mal. Ils sont très gentils. Il faut en apprivoiser un en lui apportant tous les jours un œuf. Les hérissons adorent les œufs.
- D'accord, mais il faut d'abord en trouver un ! dit son compagnon. "
..........Le petit animal tendait l'oreille. Cette histoire commençait à beaucoup l'intéresser. Comment ? il existait quelqu'un qui ne lui voulait pas de mal !
..........Après bien des péripéties que je vous laisse imaginer, et aussi des doutes, des hésitations, des peurs et des envies de fuir, notre ami Doudedan, c'est ainsi qu'il s'appelle lui-même, accepta de se laisser apprivoiser.
Il passa de moins en moins de temps en boule. Chaque jour il s'exerçait à montrer sa fourrure. Du coup elle devenait de plus en plus douce et soyeuse. Et ses piquants à force d'être délaissés finirent par s'émousser et devinrent de moins en moins piquants.
..........Ah ! Que c'était bon d'avoir des amis... et aussi de se sentir si doux.
..........A force d'apprendre à être doux, il avait même fini par rencontrer une compagne qui elle aussi avait un ventre très, très doux... et devinez ce qui arriva ?...


bellparole




La pépite d'or

Une pépite d'or s'échappa de l'établi d'un bijoutier qui polissait un bijou inestimable tant par sa valeur réelle que symbolique. C'était la couronne du roi du pays des sycomores composée d'or très pur, sans aucun alliage.

Cette poussière de lumière tomba par terre puis le vent la transporta à l'extérieur. Depuis, elle demeure là, resplendissante, sur le trottoir, dans une fente de béton. Elle est bien heureuse d'avoir fui ce joaillier qui n'offre que des bijoux usagés à sa femme et qui se garde le quart de toute chaîne qu'on lui porte à réparer.

Anonyme, elle veut demeurer, loin des regards, loin des histoires, loin des nobles cours et des grands bals. Au soleil, elle brille. La nuit, elle brille. Sous la pluie, elle brille. Sous la neige, elle brille. Sous le verglas, elle brille. Elle ne brille pour personne, sinon pour l'amour de briller et de refléter sa vraie nature. Elle ne demande qu'un peu de paix et de tranquillité.

Un clochard du quartier l'aperçut un bon matin d'avril, alors qu'un rayon de soleil avait centuplé son éclat. Le voyant prêt à la ramasser, elle s'est couverte de poussière et se cacha sous un morceau de verre qui, par chance, se trouvait là. Elle plongea encore plus profondément dans sa fente élargie par l'oeuvre du gel et du dégel.

Elle ne voulait pas être appréciée ni aimée. Elle ne désirait pas être portée par les richissimes ni être exploitée. Elle souhaitait rester petite, cachée loin des regards, jamais brocantée.

Le clochard qui souleva le morceau de verre, espérant ramasser ce qu'il croyait être une boucle en or ou une bague, s'en alla bredouille. C'était peut-être une illusion, pensa-t-il. Le soleil peut bien prêter ses rayons d'or à une vitre éclatée.

Ce qui rend les amitiés indissolubles et double leur charme est un sentiment qui manque à l'amour : la certitude.

(Honoré de Balzac)

bunni


LE CONTE D'HALLOWEEN

La lune caresse la terre de ses reflets argentés.  Au Cimetière, sous les immenses chênes rougeoyants, des ombres transparentes se déplacent silencieusement dans la nuit.  Leurs pas ne dérangent pas le tapis de feuilles multicolores et odorantes qui jonchent le sol. Les Esprits d'Halloween passent inaperçus.

En cette nuit de pleine lune, au repaire secret, se tient la réunion  annuelle des Esprits d'Halloween.  L'entrée du repaire est dissimulée entre les racines noueuses du plus vieux chêne rouge.  Un passage sombre et tortueux descend à plus de dix mètres et mène à la pièce où se rencontrent les Esprits.

Ils sont tous présents et la discussion est animée.

-Cette année je me suis beaucoup amusé à hanter les maisons, s'exclame Ralf.

-J'aime bien passer inaperçu afin de voir et d'entendre ce qui se passe dans les maisons, rigole Alou.

-Quand je vais hanter des maisons, j'entends beaucoup de mères se plaindre que leurs enfants ne ramassent pas leurs jouets fait Boubou.

-Oui, elles ont l'impression que leurs enfants ne semblent pas apprécier tout ce qu'ils ont, soupire Vadim.

-Certaines pensent que leurs enfants méritent une bonne leçon, ajoute Waldy.

-Pourtant d'autres enfants aident volontiers au rangement! s'exclame Wilma.

-Oui, rétorque Valéda, ceux-là mériteraient une récompense.

Tous sont songeurs. Ralf se gratte la tête,  Waldy fronce les sourcils, Wilma se frotte le menton.  Ils essaient tous de trouver un bon tour à jouer aux enfants.  Ils sont espiègles et entendent à rire!

-Je viens d'avoir une idée lumineuse, dit soudainement Alou, c'est le cas de le dire!  Approchez-vous que je vous explique!

Tout le monde se rapproche en formant un cercle serré et un léger chuchotement se fait entendre. Boubou déplie une carte des environs et Valéda se met à gesticuler. Les Esprits chuchotent de plus belle.  On peut presque entendre ce qu'ils disent. D'un geste théâtral, Vadim trace de larges traits sur la carte et chacun se choisit une section.  Lorsque le partage est fait, les Esprits sortent silencieusement de leur cachette.  Ils apportent chacun deux calepins:  un noir et un orange et vont hanter les maisons où habitent des enfants.

C'est très facile pour un Esprit d'entrer dans une chambre d'enfant, il n'a qu'à passer au travers du mur!  Ensuite, il jette un coup d'oeil dans la chambre.  Si les jouets sont rangés, il écrit le nom de l'enfant dans le calepin orange.  Gare aux enfants qui laissent traîner leurs jouets car leur nom se retrouve dans le calepin noir!

Lorsque la tournée est terminée la nuit tire à sa fin. Les Esprits s'empressent d'entrer dans leur repaire et de remettre les calepins en lieu sûr avant de se retirer chacun chez soi.  Ils sont très fatigués et ont certainement mérité une bonne journée de sommeil!

Aujourd'hui c'est l'Halloween!  Enfin le grand jour, oups!, la grande nuit est arrivée. Les Esprits se retrouvent à leur repaire.  C'est leur nuit!  Une nuit magique où tout peut arriver!  Ils se hâtent afin de mettre leur plan à exécution.   Chacun d'entre eux se prend une citrouille magique  et un calepin noir et se dirige vers sa destination.

Les Esprits entrent dans toutes les chambres des enfants ayant leur nom dans le calepin noir. Puisque les enfants dorment à poings fermés et que les jouets sont éparpillés partout c'est très facile de les ramasser et de les mettre dans la citrouille magique. 

Lorsque la tournée est complétée, les Esprits reviennent à leur cachette, vident leurs citrouilles magiques dans une grande marmite et brassent les jouets recueillis jusqu'à ce qu'ils se transforment en une boue multicolore.  Ensuite les Esprits façonnent cette boue en de nombreuses boules.  Lorsque toute la marmite est vide, ces boules se transforment en jouets tout neufs!

Les Esprits déposent ces jouets dans leurs citrouilles magiques, se prennent un calepin orange et se remettent en route.

Comme la nuit est avancée ils doivent se presser pour terminer leur tournée avant la levée du jour. Ils se contentent donc d'entrer dans le salon en passant à travers du mur! C'est rapide et ... discret!

Leur tâche est facile.  La citrouille de l'enfant est gentiment déposée sous un bel arbre aux feuilles multicolores décoré avec fantaisie, et ils n'ont qu'à y déposer un beau jouet tout neuf!

Finalement toutes les maisons ont été visitées!  Les Esprits poussent un soupir de soulagement!  Il était temps!  L'aube approche à grands pas!  Vite, vite il faut entrer au repaire avant que la nature ne s'éveille.  Ouf!  Quelle nuit chargée!  Les Esprits d'Halloween sont épuisés.  Ils se retrouvent à leur cachette et rient de leur espièglerie!  Quel bon tour ils viennent de jouer!  Ils s'imaginent l'expression des enfants à leur réveil!  À cette idée ils se roulent par terre en riant!  Oui, vraiment ils recommenceront l'an prochain!

Esprits d'Halloween

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La plus petite et minuscule des citrouilles

Il était une fois, au milieu d'un grand champ de courges, une petite et minuscule citrouille. Cette minuscule citrouille était à peine plus grosse qu'une noix. Ce n'était pas un bébé citrouille, puisque les bébés citrouilles sont verts et que cette minuscule citrouille était d'un bel orange éclatant, comme ses frères et soeurs.
C'était la plus petite citrouille du monde entier. C'était aussi la citrouille la plus misérable de tout le champ.
«Ce sera une Halloween merveilleuse pour toi », murmura-t-elle, en pleurant, à son voisin. «Tu seras sûrement choisie par un enfant pour devenir sa lanterne d'Halloween. Mais moi, je suis si petite que personne ne pourrait me dessiner un visage, ni m'insérer une chandelle. En fait, lorsque les fermiers viendront dans le champ, ils ne me verront même pas et ils m'écraseront avec leurs grosses bottes. Je ne verrai probablement même pas l'Halloween.»
Les autres citrouilles avaient de la peine pour elle, mais elles ne pouvaient rien faire pour l'aider.
Ce matin-là, le fermier et ses deux garçons vinrent au champ pour voir toutes les magnifiques citrouilles rondes, orange et si belles parmi les vignes vertes et les grandes feuilles. Le fermier dit à ses fils : «Les citrouilles sont prêtes. Demain, nous reviendrons les cueillir, les mettre dans le camion et les apporter au marché. Les enfants les achèteront et les amèneront à leur maison pour en faire des lanternes.»
Cette nuit-là, dans le champ, toutes les citrouilles étaient excitées en pensant au lendemain. Une énorme citrouille se vantait qu'elle serait probablement la première à être choisie par un petit enfant chanceux. Mais une plus petite citrouille pensait plutôt qu'elle serait la préférée puisqu'un enfant pourrait facilement la prendre et la transporter.
Chaque citrouille y allait de son souhait : certaines désiraient qu'on leur dessine un visage heureux, d'autres voulaient faire peur et même quelques-unes souhaitaient un visage triste - juste pour s'amuser.
La nuit avançait, il faisait de plus en plus noir, la pleine lune brillait au-dessus du champ. Les citrouilles étaient de plus en plus silencieuses, à part quelques chuchotements ici et là. Toute la nuit, la minuscule citrouille regardait, Madame la Lune, si haute dans le ciel. Elle lui parlait.
«Toi et moi, nous sommes semblables. Toutes les deux, nous sommes rondes. Mais toi tu es merveilleuse, sage et aimée. Moi je suis trop petite pour qu'on m'aime.»
La lune brillait de sa lumière d'amour, en tentant de réconforter la minuscule citrouille.
Avant l'aube, alors que la lune s'en allait tout doucement et qu'il faisait très noir, la minuscule citrouille vit une toute petite lumière briller au loin dans le champ. La lumière brillait et dansait à travers le champ, en s'arrêtant ici et là. La minuscule citrouille pensait qu'une étoile avait dû tomber du ciel sur la Terre, mais elle ne pouvait pas voir ce qu'elle faisait. La lumière s'approchait de plus en plus près.
Tout à coup, la lumière se trouvait juste là, en face de la minuscule citrouille et alors elle vit qu'il ne s'agissait pas du tout d'une étoile - c'était une jolie fée d'automne, habillée d'orange et d'or et dansant de mille feux. La fée d'automne se pencha vers la minuscule citrouille et cria : «Oh ! La voici ! La citrouille que je cherchais ! Toutes les autres citrouilles sont bien trop grosses pour moi, je ne pourrais jamais les ramener à la maison pour mes enfants. Celle-ci est parfaite !»
Une immense joie remplit le coeur de la minuscule citrouille lorsque la fée la cueillit et l'amena avec elle dans la forêt. Elles entrèrent au pied d'un vieil arbre, où plusieurs fées d'automne étaient réunies pour admirer leur belle citrouille d'Halloween. Les fées ont pris de minuscules couteaux et ont gravé un beau visage heureux sur la citrouille. Ensuite, elles prirent de petites chandelles de fées, qui changent de couleurs quand elles sont allumées et en placèrent dans la citrouille. Voilà, la minuscule citrouille était devenue une magnifique lanterne d'Halloween.
Alors, toutes les fées d'automne commencèrent les célébrations de leur festival. Il y avait toutes sortes de nourriture et de sucreries, plein de chants, de musique et de danse. La minuscule citrouille passa une magnifique Halloween !

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Halloween: un conte d'aujourd'hui

Il était une fois un joli et atroce jardin plein d'arbres morts dans un cimetière qui lui était plein de gens morts. Dans ce joli et atroce jardin, tous les morts résidaient dans d'abominables mais néanmoins fastueux lofts souterrains.

Mais en cet épouvantable soir, c'était la nuit d'Halloween, et ils pourraient tous sortir.

La belle et toutefois horrible princesse Épouvanta ne s'en priva pas.

Elle avait décidé de profiter de cette nuit d'horreur pour trouver un compagnon pour partager son repos éternel (parce que les lofts, on a beau dire, sans coloc', ça coûte un bras pour l'éternité, pis justement, il lui en manquait un ... bras).

Elle erra donc à travers le centre-ville pour aller au speed-dating de tous les cauchemars.

Le premier candidat qu'elle rencontra était effrayant ...

-ARGHHHHHH, cria-t-elle d'une voix de trépassée, un loup-garou !!!

-ARGHHHHHH une momie !!!! hurla-t-il en tombant à la renverse. Car lui aussi eut peur ! Il faut dire que le dernier brushing d'Épouvanta remontait à bien des années...

Remis de leurs frayeurs respectives, il lui expliqua qu'il n'était pas un loup-garou ! Mais qu'il était le Sasquatch.

-Ça m'est égal, lui dit-elle, tu es par trop velu !

-Espèce de momie moisie, lui répondit-il, en s'enfuyant de toute la force de ses jambes.

C'est alors qu'elle le vit : le capitaine-fantôme de ses rêves les plus morbides !

Son beau-bizarre sourire effrayant, son regard profond et désorbité, le prestige de son uniforme poussiéreux...

Ils retournèrent s'installer dans le caveau-loft et ils remoururent abominablement heureux et eurent toute une gang de petits Épouvantables...

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Jack à la lanterne

Jack était un personnage avare et misérable à la fois. Il était fourbe et n'hésitait pas devant un mauvais coup ou une entourloupette pour parvenir à ses fins. Jack était un maître pour flouer même les plus prudents ou les plus rusés. Un jour ou l'autre, il avait floué à peu près tous les gens de son village, y compris ses proches et ses amis. Ne pouvant jamais demeurer longtemps au même endroit, il errait, vivant de vols, de fraudes et de diverses combines douteuses.

Un jour qu'il fuyait un village où il venait de faire de nombreux vols et des fraudes, Jack vit un homme assis au pied d'un arbre.

-Salut, Jack, dit l'homme. Tu as l'air bien pressé.
-Vous me connaissez? Demanda Jack qui craignait que ce fut là une de ses victimes venue lui demander des comptes.
-Oui, certainement dit l'homme. Je vous trouve même diablement intéressant. J'approuve et j'admire votre vie. Je vous assure que je n'ai nullement besoin de courir après vous.

Jack était assez futé pour comprendre ce que cachaient ces paroles rassurantes. Si ce personnage l'admirait et ne ressentait pas le besoin de lui courir après, c'était parce que Jack allait de lui-même vers cet individu. Lorsque viendrait la fin, lorsque Jack ne pourrait plus s'échapper, c'est bien lui qui l'attendrait. C'était le diable.

Jack fit comme s'il n'avait pas compris qui était le personnage et il conçut aussitôt une nouvelle tromperie. Il s'adressa au diable :

-Un homme qui m'a volé passera bientôt sur ce chemin. Je comptais lui tendre ici un piège afin de reprendre mon bien. Vous n'êtes pas opposé à ce que je fasse justice?

Le diable était absolument ravi à l'idée de voir jack commettre une autre mauvaise action et il n'aurait pas manqué un tel spectacle. Il répondit :

-Mais faites, mon cher. Que ma présence ne vous en empêche pas.
-Il faudrait que nous nous dissimulions dans les ramures de cet arbre afin de l'attendre. Saurez-vous grimper?
-Certainement, répondit le diable. Je vous le prouve à l'instant.

Et il monta aussitôt dans l'arbre. Dès qu'il fut assis sur une branche, il aperçut Jack au pied de l'arbre, qui disposait de nombreuses croix tout autour du tronc.

-Que faites-vous là, demanda le diable, fort troublé.
-Je vous ai reconnu, répondit Jack. Et il n'en tient qu'à moi que vous ne descendiez jamais de cet arbre.
Le diable ne pouvait plus descendre de l'arbre et était complètement fou de rage. Mais Jack ne broncha pas. À la fin, le diable dût se résoudre à demander à Jack ce qu'il voulait.

-Lorsque mon temps sera terminé, je ne veux pas que vous me laissiez entrer en enfer.
-Accordé, répondit le diable. Maintenant, laissez-moi partir.

Il enleva les croix et le diable partit aussitôt, rouge de colère. Ainsi, pensait Jack fort content de sa ruse, j'ai trouvé le moyen de ne pas aller en enfer malgré la vie que j'ai menée.

Des années plus tard, il s'étouffa en mangeant un navet qu'il avait volé et mourut. Lorsqu'il arriva aux portes du paradis, Jack tenait encore le navet volé. Étant donné la vie qu'il avait menée, il ne put entrer. Il pris alors le chemin de l'enfer et se présenta à la porte. Le diable l'attendait.

-Tiens, Jack. Que fais-tu ici?
-Je viens chercher une place, car il n'y en a point pour moi au paradis.
-Il n'y en a pas davantage ici, répondit le diable, car je t'ai jadis promis de ne pas te laisser entrer.
-Mais où vais-je aller? dit Jack.
-Ma foi, ce n'est pas mon problème répondit le diable. Tu ne peux aller ni au ciel ni en enfer. Tu erreras comme tu l'as fait toute ta vie, mais désormais sans être même vivant. Pars par là, dit-il, en indiquant un chemin noir.
-Comment pourrais-je m'engager sur ce chemin, je n'y vois rien, dit Jack?

Le diable saisit un morceau de braise et lui donna. " Tiens, voilà de quoi t'éclairer " lui dit le diable en riant. Jack creusa le navet et y mit le morceau de braise éternelle. Depuis un certain temps, Jack a changé le navet pour une citrouille. Mais il erre toujours, la lanterne à la main sur les chemins sombres ou dans les endroits isolés.

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La vengeance des courges

"Graloche, Graloche ! cria Lili la fourmi à son amie la reine courge.
La reine du potager de Tattouille la tomate sortait à peine de la torpeur.
-Mmmh, que se passe-t-il, Lilinette... Laisse-moi donc dormir...
-Réveille-toi, Graloche, vite, réveille-toi !

Lili la fourmi chatouilla le ventre de la courge puis en escalada les parois pour atteindre son sommet :
-C'est... c'est Mabouille... balbutia-t-elle.
-Quoi ta bouille, qu'est-ce qu'elle a ta bouille ?
-Non non, c'est Mabouille, on a enlevé Mabouille !
-Que dis-tu ? On a enlevé Mabouille la citrouille ? s'affola la courge.
-Ouiiiiiiiiiiiiiiii ! C'est ce que je me tue à te répéter !
-Mais qui ça, "on" ? interrogea la reine désormais bien réveillée.
-Les poireaux disent que c'est le jardinier !
-Que pourrait-il bien faire de Mabouille ?
-Aucune idée, cependant... je suis très inquiète, marmonna la petite fourmi.
-Très bien, Lili. Fais-toi emmener par un bourdon jusqu'à la maison du jardinier et vois ce qui s'y trame."

La petite fourmi choisit un bourdon-boeing rapide comme l'éclair et fut rendue en un rien de temps sur le rebord d'une des fenêtres de la maison.
"Attends-moi là" ordonna-t-elle avant de se faufiler à l'intérieur. Puis elle observa en silence.

"Coucou les enfants ! Jules, Roxane, venez voir ce que papa a apporté !
Deux bambins dévalèrent bruyamment les escaliers.
-Oh la belle courgette ! s'exclama le petit Jules du haut de ses six ans.
-Ce n'est pas une courgette, mais une citrouille ! rétorqua sa grande sœur d'un ton savant.
-C'est vrai, Roxane a raison. Et savez-vous pourquoi j'ai choisi cette belle citrouille ?
-Oui !!! s'exclamèrent les deux enfants de concert. Pour Halloween !!!
-Bravo mes chéris, répondit le papa jardinier. Allez, filez dans votre chambre pendant que je m'occupe de lui refaire une beauté."

La petite fourmi ne bougea pas d'un millimètre. Elle patienta un long moment tandis que le jardinier était parti s'enfermer dans la cuisine.
Lorsqu'il réapparut, Lili n'en crut pas ses antennes. Elle était totalement abasourdie par ce qu'elle voyait, ne pouvant détacher son regard de Mabouille. Ou plutôt, de ce qu'il en restait.

"Bzzzzz ! Bzzzz ! Bzzzzz !"
Elle reprit ses esprits en entendant bouillonner le bourdon-bœing qui lançait des assauts impatients contre un carreau de la fenêtre.
Encore sous le choc, la petite fourmi le rejoignit, puis le bourdon repartir à toute allure vers le potager.

"Graloche ! Graloche ! cria à nouveau Lili la fourmi à son amie la reine courge.
-Alors, Lili, as-tu retrouvé Mabouille ?
-Non, enfin si... Ils lui ont jeté un sort, répondit la fourmi bouleversée.
-Un sort ? Comment ça, un sort ?!
-C'est le jardinier... il... il l'a transformée en lanterne...
-Mais... qu'est-ce que tu me racontes là ?! Mabouille... une lanterne ? Allons, Lili, reprends-toi et raconte-moi ce que tu as vu.
-Je te dis la vérité, Graloche. Le jardinier a montré notre citrouille aux deux galopins qui viennent parfois te trifouiller le pédoncule. Les petits ont hurlé comme des fous en la voyant,  quelque chose comme... 'Allô Winny'. Puis le papa s'est enfermé avec Mabouille dans la cuisine. Et c'est là que...
-C'est là que quoi, Lili ?
-Elle était affreuse, avec de grands yeux vides et des dents de requin. Et cette lumière, qui jaillissait de Mabouille, quelle horreur !
-Hum... Laisse-moi réfléchir... Allô Winny, tu as dit ? Allô Winny... Allô Winny... Mais c'est bien sûr ! J'aurais du y penser avant ! s'exclama la reine courge.
-De quoi parles-tu ?
-Nous sommes bien en octobre, ma Lilinette ?
-Oui, et alors ?
-Alors tu as mal compris... Malheureusement...
-Explique-toi maintenant Graloche ?! Qu'aurais-je du comprendre ?
-Comment te dire... A la fin du mois, il y aura une nuit terrible, enfin, surtout pour les citrouilles. Beaucoup d'entre elles auront d'ores et déjà été ensorcelées et transformées en lanternes à tout jamais. Les enfants eux, se changeront en monstres effrayants et purulents. Toute la nuit, ils feront régner la terreur et iront dévaliser leurs voisins d'énormes sacs de friandises. C'est ce qu'ils appellent Halloween...
-Pourquoi ne pas nous avoir prévenus, Graloche ? Nous aurions pu protéger le potager.
-Tu as raison... je... je suis désolée... Mais je croyais que c'était du flan, moi, ces histoires de courges !
-Et que va-t-il advenir de Mabouille maintenant ?
-Et bien... nous ne la reverrons plus jamais. Cela dit, après Halloween, elle rejoindra le Pays des esprits illuminés. Ne t'inquiète donc pas, elle ne sera pas seule.
-C'est quand même injuste de nous l'avoir ainsi enlevée !
-Je suis bien d'accord avec toi, ma Lilinette. Et je t'assure que nous n'allons pas en rester là : à monstres, monstres et demi ! Nous allons faire passer à ces maudits humains l'envie de kidnapper nos citrouilles !

Du côté de la maison, les préparatifs d'Halloween allaient bon train.

vengeance_courges_halloween_c_380Tandis que Mabouille trônait sur la table du salon, Jules confectionna, avec l'aide de son papa, le déguisement de loup-garou le plus effroyable qu'il soit : de longues dents affûtées, des yeux jaunes globuleux rivalisant avec ceux de féroces hyènes, une queue en pétard plus menaçante que celle d'un dragon, une paire de grosses bottes poilues laissant derrière elles des empruntes de dinosaure. Il aurait fait pâlir le diable en personne.

Avec sa maman, Roxane découpa dans un vieux draps des morceaux de tissus hideux pour se transformer en fantôme. Elle y attacha d'affreuses araignées gluantes et des crapauds baveux dégotés chez le marchand de farces et attrape. Puis elle vernit en noir de faux ongles si acerbes et crochus qu'ils n'avaient rien à envier à ceux des plus méchantes sorcières.

Le soir d'Halloween, à la nuit tombée, Jules le loup-garou affamé et Roxane le fantôme d'outre-tombe s'en furent répandre terreur et malédictions dans les rues de leur quartier.
Ils sonnèrent à une première porte et hurlèrent : "la bourse ou la vie !"
Un vieux monsieur tremblant de peur changea de couleur et courut leur chercher un paquet de bonbons. Ils repartirent en gloussant et sonnèrent à la porte suivante. Une dame en tablier blanc se figea devant eux et balbutia quelques mots :
"Non... je vous en supplie... ne me faites pas de mal... je vous donnerai tout ce que vous voulez...
-Et qu'as-tu donc de bon pour nous dans ta cuisine ? s'enquit Jules en montrant ses crocs.
-J'ai... j'ai du chocolat...
-Tu crois que cela suffit, Jules ? fit mine d'interroger Roxane.
-Non, renchérit Jules, il nous en faut plus si tu ne veux pas te faire dévorer par un loup-garou !
-J'ai... j'ai aussi des sucettes multicolores... hésita la dame au tablier.
-Très bien, conclut Roxane. Alors nous te laissons la vie sauve pour cette fois !"

Puis les deux bambins se sauvèrent en lançant de longs ricanements. Ils continuèrent à arpenter les rues, puis, lorsqu'ils eurent fini de dévaliser tous leurs voisins, reprirent le chemin de la maison.

Jules et Roxane marchaient maintenant dans la pénombre, réalisant soudain combien la nuit était dense et particulièrement silencieuse ce soir-là...
"Dis Roxane, tu ne trouves qu'il y a quelque chose de bizarre ?
-Bien sûr que non ! répondit-elle fermement.
-Pourtant, j'ai... j'ai l'impression qu'on nous espionne...
-Ne raconte pas de bêtise, Jules, et puis, je suis là pour te protéger. Roxane essayait de rassurer son petit frère autant qu'elle même.

Au même moment, il y eu un drôle de bruit. Une sorte de fourmillement qui venait d'un amas de poubelles au coin de la ruelle.
"Qu'est... qu'est-ce que c'est ? bredouilla Jules.
-Mais rien, je t'assure. Presse-toi donc un peu, plutôt que de jacasser.
Les frémissements se firent plus intenses.
-J'ai peur, Roxane, gémit le petit garçon tout penaud.
-Fais-moi donc confiance ! D'ailleurs, je vais te prouver qu'il n'y a rien à craindre : viens, suis moi !"

vengeance_courges_halloween_d_380Jules s'exécuta, ne désirant rester seul dans le noir sous aucun prétexte. Les deux bambins se rapprochèrent des poubelles, tandis que les grouillements angoissants augmentaient encore.

Roxane prit alors ce qui lui restait de courage à deux mains et, très délicatement, souleva le couvercle de la première poubelle.
"Aaaahhhhh !" Elle poussa un cri d'effroi et lâcha le couvercle qui fit un épouvantable vacarme contre le bitume.
Il y avait là un abject rassemblement de vers de terre, limaces, fourmis et autres araignées géantes : pattes velues et corps luisants s'entremêlaient dans un écœurant et gigantesque pullulement. Ça grouillait de partout, c'était absolument répugnant !

Jules et Roxane s'enfuirent, à toutes jambes, sans se retourner, ils coururent et coururent encore, le plus vite possible, jusqu'à perde haleine. Lorsqu'à bout de souffle, ils cessèrent leur course effrénée, ils ne reconnaissaient plus le chemin de la maison.

Et avant même qu'ils eussent le temps de réfléchir, ils furent attaqués par un escadron de tomates masquées sanguinolentes, chevauchant des poireaux volants en guise de balais.
A nouveau, Jules et Roxane décampèrent, dévalant la grand rue d'où ils apercevaient désormais leur maison. Mais ils furent bientôt rattrapés, cette fois par une cohorte de courges et de citrouilles qui les poursuivaient dans une fracassante dégringolade.

"TRICK OR TREAT ! TRICK OR TREAT ! TRICK OR TREAT !*" hurlaient les cucurbitacées.

Les deux galopins galopaient comme des dératés et finirent par arriver devant l'entrée de leur maison. Roxane, tenta d'ouvrir la porte mais, prise de panique, n'y parvint pas.Soudain, surgissant de nulle part et semblant flotter dans les ténèbres, apparut la plus énorme et la plus abominable courge qu'ils eussent jamais vue, bientôt entourée de dizaines de congénères, aussi monstrueuses les unes que les autres.

Toutes, couvertes d'hostiles peintures, répétaient fanatiquement "trick or treat ! trick or treat ! trick or treat !", tandis que des lucioles éclairaient le derrière de la reine pour lui donner une allure encore plus terrifiante.
Puis d'un coup, tout le monde se tut.

"Alors, les enfants, trick or treat ? Ah ! ah ! ah !" rit la reine courge en désignant leur sac rempli de friandises.
Jules et Roxane n'eurent pas besoin de traduction et tendirent immédiatement leur butin.
"Et je compte sur vous pour qu'aucune citrouille ne soit plus jamais enlevée et transformée en lanterne pour Halloween ! C'est bien compris ?"
Les deux enfants terrorisés baissèrent la tête.
-C'est bien compris ? répéta la reine courge.
-Oui Madame", finit par acquiescer Jules, en allant cacher le bout de ses dents de loup-garou dans les draps pendouillants de sa grande sœur.

Enfin, la reine tourna les fesses et s'en fut au milieu d'un long cortège de courges ricanant dans l'obscurité.

(* Trick or treat : la bourse ou la vie).

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Météo-citrouille et l'aspirateur

Cette fois, pas question d'attendre plus longtemps ! Météo-citrouille a décidé d'emmener son balai chez le vieux sorcier Barbenpaille pour une révision générale. Finis les freinages aventureux et les atterissages périlleux, l'heure est venue de procéder aux réparations qui s'imposent. Après avoir soigneusement fermé la porte de son gros nuage noir plein de pluie, la sorcière enfourche son balai et s'envole vers la maison de Barbenpaille.

Malheureusement, elle n'est pas la seule aujourd'hui à avoir eu cette idée. La salle d'attente du vieux sorcier est pleine de petites bonnes femmes aux nez crochus et aux chapeaux biscornus. Bien entendu, elles sont toutes venues accompagnées de leur fidèle compagnon de bois et de paille. Et tout ce petit monde jacasse à voix basse de bave de crapauds et de potions magiques, d'enfants insupportables et de mauvais sorts. Météo-citrouille, elle, décide de ne pas se mêler aux conversations et, d'un pas assuré, se dirige vers l'unique place qui reste libre, juste à côté de la sorcière Electro-speed.
Electro-speed est une sorcière très originale. Avec ses cheveux rouges tout pointus, ses petites lunettes rondes, sa mini-jupe vert pomme et son manteau en papier aluminium, elle est montrée du doigt par toutes les autres sorcières et personne ne veut être son amie.

Alors, elle est toujours seule, mais elle est quand même très gaie.
-"Salut beauté!" lance-t'elle joyeusement à Météo-citrouille qui vient de s'asseoir à ses côtés. "Tu vas bien ?"

Tout en plongeant vivement son nez tordu dans un magazine de recettes spécialisées, Météo-citrouille marmonne vaguement une réponse dont elle seule connaît la teneur. Mais soudain, qu'aperçoit-elle aux pieds d'Electro-speed ? Un drôle d'engin tout en longueur avec des boutons rouge, vert, orange, deux gros yeux, et une trompe très longue. La petite sorcière n'en a jamais vu de pareil et sa curiosité la pousserait bien à s'approcher davantage de cet étrange appareil, voir peut-être même à questionner Electro-speed... Mais que penseraient les autres sorcières si elles la voyaient parler à Electro-speed ! Rageusement, mais sans perdre l'engin de vue, Météo-citrouille replonge son grand nez dans sa revue.

Quelques secondes plus tard, Electro-speed bondit soudain de son fauteuil, défroisse sa mini-jupe en tortillant son derrière sous le nez de Météo-citrouille, et lui demande très gentiment :
-"S'il te plaît, tu veux bien surveiller mon aspirateur pendant que je vais aux toilettes ? Avec toutes ces vieilles toupies qui ne m'aiment pas beaucoup, je me méfie toujours un peu..."
Météo-citrouille est très honorée d'être distinguée des vieilles toupies, et opine discrètement de la pointe de son chapeau.

Mais à peine Electro-speed a t'elle disparu dans les toilettes que la petite sorcière bondit à son tour de son siège pour inspecter de plus près le fameux aspirateur. Quelle drôle de bestiole quand même ! Avec tous ces boutons... Mais au fait, à quoi peuvent-ils bien servir tous ces boutons ? Météo-citrouille se dit qu'elle pourrait juste faire un petit essai, pour voir, avant le retour d'Electro-speed. Bien sûr, il ne faut pas appuyer sur le bouton rouge, car, quand c'est rouge, c'est souvent dangereux. C'est qu'elle est maligne Météo-citrouille, on ne l'attrape pas comme ça !

Alors, pour bien voir ce qui se passe, la petite sorcière se place juste devant l'engin, en face de la grande trompe et choisit le bouton orange, car, de toute façon, orange, ça ne veut pas dire grand chose. Elle appuie, juste un petit coup...
Pssssscccccchhhhhhhhhhhh ! Un grand jet d'eau plein de mousse vient l'asperger. De grosses bulles de savon flottent tout autour d'elle et la voilà trempée et couverte de mousse blanche de la tête aux pieds! Bien entendu, la petite expérience n'est pas passée inaperçue et toutes les sorcières gloussent de joie devant le spectacle que leur offre Météo-citrouille.

A ce moment précis, Electro-speed sort des toilettes et se tord aussitôt de rire en voyant la petite sorcière pleine de savon. Météo-citrouille est vraiment très vexée mais elle n'ose pas bouger de peur de faire des gros "floc-floc" à chaque pas. Enfin, Electro-speed reprend son souffle, et entre deux hoquets, interroge :
-"Mais pourquoi as-tu utilisé la fonction shampouineuse ? Tu n'étais pourtant pas si sale que ça !!! "
Et la voilà repartie à rire de plus belle.

Météo-citrouille en a cette fois vraiment assez. Prenant son courage et sa jupe trempée à deux mains, elle enjambe l'engin maudit, récupère son vieux balai et se dirige le plus dignement possible vers la sortie en faisant quand même plein de gros "floc-floc". Derrière elle, de petites flaques d'eau marquent son chemin.

La petite sorcière n'est pas près de revenir chez le vieux sorcier Barbenpaille et son balai pourra encore lui faire de nombreuses frayeurs. Mais tout ce qu'il pourra lui faire ne sera rien à côté de l'affreuse honte que vient de lui infliger le stupide aspirateur d'Electro-speed.
Tout en se séchant du mieux qu'elle peut sur son gros nuage noir plein de pluie, Météo-citrouille se promet bien qu'on ne la reprendra plus à s'intéresser aux engins modernes. Décidément, rien ne vaudra jamais son bon vieux balai de bois et de paille !

bunni

#493

Conte de la Sorcière Fripounette

I  La rencontre.

Nous sommes au mois de Juillet. Une chaleur épouvantable a envahi la France. Les champs attendent la moisson. Les enfants sont depuis peu en vacances et s'amusent entre amis à tous les quatre coins des rues.

Pourtant, en cette belle journée de juillet, une nouvelle habitante s'installa dans notre bonne petite ville de FripeVille. Elle portait une grande robe. La robe semblait être confectionnée par des centaines de bouts de tissus cousus les uns avec les autres, et de toutes les couleurs. Des couleurs très vives, pour que nous puissions bien la remarquer.

Au milieu de toutes ces jolies couleurs, nous distinguions nettement un large sourire très amical. Ce qui attirait, d'autant plus chez elle, les enfants de son quartier.

Tout l'été, la nouvelle dame accueillie gentiment les enfants. A chaque visite, ils participaient à une véritable fête. Musique en tous genres, gâteaux, chocolats, et jus de fruits étaient au rendez-vous.

Comment Constance, Killian et leurs amis auraient-il pu résister de retourner chaque jour chez leur nouvelle amie ?

Au tout début de leur rencontre, les enfants posèrent beaucoup de questions à la Dame aux mille couleurs, pour mieux la connaître. Et la voilà qui se mis à raconter sa vie, dans tous les sens, à n'en plus finir.

Son discours commença par un bon rire bien joyeux, qui donna le sourire à tous les enfants.

-Ahahaha ...Je me demandais si l'un d'entre vous oserait un jour me poser la question ? dit-elle gentiment.

Et puis repris,

-Je suis la Sorcière Fripounette !

Un « Oh ! » tremblant et gêné se fit alors entendre de la bouche des enfants. Les regards se croisèrent craintivement. Et plus un geste ne se fit autour de la grande table emplie de délicieuses confiseries.

Fripounette ne fut pas vraiment étonnée de la réaction que venaient d'avoir les enfants. Mais elle fut surtout désolée.

Pourtant elle leur dit joyeusement : « Vous vous effrayez parce que vous avez entendu le mot « sorcière ». Voilà une réaction des plus tristes, mes enfants. Vous ai-je déjà fait du mal, avant que vous ne le sachiez ? »

-Non, jamais, répondirent les enfants.

-Bien au contraire, nous avons tout ce que nous voulons ici ! dit Killian, d'un ton assuré !

-Alors, pourquoi vous ferai-je du mal, maintenant que vous savez qui je suis ?

-Je ne sais pas ! répondirent-ils.

-Bien, alors, pour retrouver notre joie... quelle est la formule magique la plus simple déjà ?

Fripounette se leva alors de sa chaise, releva ses manches jusqu'aux coudes, tendit ses bras en avant, et ses grands doigts très fins commencèrent à bouger dans tous les sens. Et dit d'une voix haut perchée : « La formule ! ! ! »

Toute la petite bande cria en même temps : « ABRACADABRA ! »

Tout le monde applaudissait à grands bruits et ils éclatèrent de rire.

Alors Fripounette se décida de leur raconter sa vie pleine de joie et de magie.

-Je viens d'un pays très très lointain... N'essayez pas de chercher l'Ile aux Dragons sur la carte du monde... dit-elle d'un ton amusé... Vous ne la trouverez jamais, elle n'y figure pas ! Et pour cause... C'est une île magique !

Les yeux des enfants s'agrandissaient au fur et à mesure que Fripounette racontait en détail son histoire.

Killian, un petit garçon brun assez dégourdi, interrompit la sorcière pour lui demander : « Dis-moi, est-il vrai que les sorcières volent sur des balais ? »

-Pouah...pouah...pouah... fit Fripounette d'une voix grave.

-Que de baliverne, mon garçon ! C'était bon pour mes ancêtres ce genre de balai. Maintenant nous avons la transplanation ! ! !

-La transplanation ? ! s'étonnèrent les enfants.

-Qu'est ce que cela ? demanda Constance timidement.

-Hé, bien... pour expliquer simplement...Tu disparais de l'endroit où tu te trouves pour réapparaître là où tu veux aller !

-Waouh ! Génial ce truc ! Et tu le fais souvent ? demanda Maël.

-Oh, oui ! répondit Fripounette d'un ton essoufflé. C'est plus rapide et moins fatiguant que la marche à pied ! continua-t-elle dans un fou rire.

Tout d'un coup, Rébecca, assise seule, calmement, dans un coin, dit

-Mais Fripounette... tout à l'heure, tu as parlé d'ancêtres, pourtant les sorciers et les sorcières ne meurent pas ?

-Ahahaha... très bonne remarque ma petite. Alors, ouvrez grand vos oreilles... Les sorciers et les sorcières ne connaissent pas la disparition définitive... Tu as raison Rébecca... Ils partent sur l'Ile aux Dragons, quand ils se sentent à bout de force et que leurs pouvoirs magiques ne veulent plus faire effets. Ainsi, nos amis les dragons s'occupent de nos bons vieux sorciers avec beaucoup de patience, car ce n'est pas si facile que ça de remettre un sorcier ou une sorcière en bonne santé... Croyez-moi !

L'Ile est entourée d'une mer bleue écarlate, les rouleaux des vagues reflètent comme des diamants. Le ciel est d'un mauve très clair, parce que c'est une couleur très apaisante, et comme les sorciers aiment fainéanter lors de leur séjour sur l'Ile, il ne leur fallait surtout pas un bleu clair qui éblouie les yeux quand le soleil pointe son nez !

En fait, les vieux sorciers ne viennent pas uniquement pour récupérer leurs pouvoirs magiques ou pour se reposer, mais ils y viennent surtout pour rajeunir. Ils reviennent donc parmi nous en tant qu'adolescents ou en jeunes adultes.

Donc nous avons des vies infinies et nous pouvons recommencer à chaque fois que nous le souhaitons !

Les vacances d'été s'écoulèrent à une vitesse incroyable, au beau milieu des histoires de la sorcière Fripounette, et de ses nombreuses friandises qu'elle offrait gracieusement chaque jour.

II  L'arrivée de l'automne.

La rentrée des classes se fit dans la joie et la bonne humeur. Les enfants étaient heureux de retrouver tous leurs compagnons de jeux. Même si certains boudaient de devoir travailler en classe.

Et comme toute bonne rentrée des classes, l'automne pointa le bout de son nez. Les feuilles des arbres jaunirent, puis brunirent, et bientôt, avant même que l'on ne s'en rende compte, les feuilles tombèrent des branches. Le soleil n'apparaissant plus dans un beau ciel bleu, les enfants fatiguaient, et la joie sur leur visage se faisait de plus en plus rare.

Pourtant, en une journée bien fraîche et très grise, rentrant de l'école comme chaque après-midi, tous les enfants de la ville  trouvèrent dans leur boîte aux lettres un prospectus très étrange au premier abord, mais qui, finalement, les fit sourire. Et celui-ci disait :

«GNAN...GNAN...GNAN ! ! !

Enfants des Ténèbres,

Enfants de Malheur,

Voici le moment tant attendu

Pour fêter la vie secrète des Sorcières : HALLOWEEN.

Je vous donne donc rendez-vous en cette horrible soirée

Du 31 octobre à 20 heures dans ma terrifiante antre.

Vous trouverez facilement ma demeure

En suivant araignées, serpents et autres farfadets se promenant seuls

En cette nuit d'horreurs.

Un diabolique festin vous attendra.

Je vous y attends tous très nombreux. »

Signée : la Sorcière Fripounette.

Comment ne pas avoir le cœur battant à toute allure et le souffle court après une nouvelle aussi excitante ? ! !

On entendit parler de cette fête d'Halloween dans toutes les écoles de la ville. Impossible de ne pas écouter une conversation d'enfants sans le nom de la Sorcière. Les questions fusèrent à une vitesse incroyable à propos des déguisements.

-En quoi vas-tu te déguiser le soir d'Halloween ? demandait Ludivine à son amie Candice.

-Je ne sais pas encore ! » répondit celle-ci. « J'hésite entre la momie et Vampirella ! ! !

Et toutes les deux, ainsi que d'autres enfants assis à côté d'elles, rirent de bon cœur en s'imaginant à quoi ils allaient bien pouvoir ressembler dans ces costumes d'horreurs.

III  La fête d'Halloween.

Voici le jour tant attendu qui se fit enfin connaître !

Oh, Quelle angoisse pour les parents de fêter les sorcières : de sortir les enfants, tard dans la soirée, dans les rues de la ville à la tombée de la nuit.

Mais quelle excitation pour tous ces joyeux bambins. Se déguiser, se retrouver la nuit entre amis. Toutes ces choses interdites habituellement paraissent merveilleuses. De plus, pour ajouter la cerise sur le gâteau, ils ont rendez-vous dans l'antre de la Sorcière.

Il est donc inévitable, en cette soirée horriblement froide, de ne pas crier, sauter dans tous les sens ou de parler fort.

Oui, c'est en élevant la voix le plus haut possible, que les petits monstres cherchant l'antre, évite de sentir la peur les envahir... Car dans cette nuit sombre... un mélange de cris monstrueux et de musiques mortuaires baignent dans l'air... tandis que... tout à coup, une horrible et terrifiante maison fit surface au milieu de la rue principale... tout le monde se tut... plus aucun bruit ne se fit entendre... Quand la porte d'entrer se mit à grincer... GRRRR... OOOOHHHH ! ! ! ! La peur se faufile dans tous les cœurs. Puis, sur les côtés de la maison, en ces quatre coins, des lumières rouges et violettes s'allumèrent. C'est alors... qu'une ombre... tout doucement... pris place sur le seuil de la porte...

Deux grands bras maigres s'élevèrent dans les airs, un grand coup de tonnerre se fit entendre au même moment, de gigantesques traits de couleurs : rouge ; vert ; jaune ; bleu traversèrent la foule, sous les regards tout à la fois éblouis et apeurés. Une musique rythmée et aussi vivace que les lumières se mélangeaient aux évènements.

Puis, tout redevînt calme, on aurait pu entendre une mouche volée. Quand un bruit de batterie résonna encore plus fort et plus vite que la première fois, c'est alors que la musique retentit à nouveau au rythme des gestes de la Sorcière, qui brandit ses bras. Un immense nuage de poussières argentées sortit du bout de ses doigts, et retomba sur le public époustouflé.

La musique s'adoucit un peu, mais pour mieux retentir une troisième fois et ainsi jaillit un magnifique feu d'artifices.

Il paru infinis, et les enfants n'en avaient encore jamais vus d'aussi beaux ! ! !

Le joli spectacle prit malheureusement fin au bout d'une demi-heure.

Sous les applaudissements et les hourra, Fripounette parla d'une voix aigüe et tremblante :

-GNAN...AN...AN... Voici mes mollusques de petits monstres. Je suis bien terrifiée de vous voir tous accoutrés de la sorte ! ! ! AN... AN... AN...

Après quelques rires sortis de la foule, et de petits regards furtifs donnés par la Sorcière, comme si elle surveillait ce qui se passait autour d'elle en cet instant même, celle-ci demanda :

-Hé, bien petits monstres... vous avez décidé de vous faire peur ce soir ? Alors puisque vous aimez frémir, je vais vous donner un petit cours de Magie. Etes-vous d'accord ?

Un « OUI » venant de la foule, crié par une centaine d'enfants percèrent les tympans des parents.

-Bien... donc... nous allons commencer par une potion de transformation... Bien, bien, bien... il me faut une petite terreur avec moi, au seuil de ma porte. Qui vient ?

Alors, un petit enfant âgé de 7 ans environ, se leva sans dire mot, et s'avança jusqu'à la sorcière.

-Comment t'appelles-tu ? demanda Fripounette.

-Corentin, répondit-il timidement.

-Bien, alors, Corentin, en quoi veux-tu te transformer ?

-En chat de sorcière. Très noir, avec des yeux bien rouges qui brillent la nuit, pour faire peur à ma petite sœur quand elle m'ennuie !

-Pauvre petite sœur ! soupira Fripounette !

-Comme tu voudras ! HUM... attends un petit peu que je me souvienne de la préparation... Ah, oui, ça y est...

A ce moment là, une immense table en bois apparut devant Fripounette et Corentin. Celle-ci, attablée de différentes bouteilles et tuyaux qui zigzaguaient un peu partout, surpris le public.

-Nous y voilà... nous avons donc besoin... de deux gouttes de chauves-souris...

Un « Bah ! ! » de dégoût s'écria, bien que des rires s'y mélangèrent.

-Et puis aussi... de la sauce gluante de dragons...

Cette fois-ci aucun bruit ... Tout le monde voulait entendre la suite de la fabrication.

-Et... Enfin... Un coulis de poils de chat noir. Je remue le tout. On compte tous jusque dix... Attention...

Et les monstres comptèrent tous joyeusement : « 1...2...3...4...5...6...7...8...9...et 10 »

-Vas-y ! Tu peux boire ma potion ! dit la Sorcière, en tendant doucement le verre de potion magique à Corentin.

Corentin bu une gorgée tout d'abord, et dit : « Humm, c'est bon... on dirait du jus de fruits ! »

Et il englouti le contenu du verre en deux secondes trois mouvements.

Au bout de cinq secondes d'attentes... Corentin fit remarquer à Fripounette : « Mais... je suis toujours moi...je ne suis pas un chat ? ! »

«Oh ! » s'écria la Sorcière d'un air gêné.

J'ai oublié de prononcer la formule ! ! !

Après plusieurs secondes de réflexions, Fripounette prononça de sa voix aigüe :

«Chaton...

dos rond...

noir de nuit...

chat noir

tu seras pendant dix secondes. »

Corentin se transforma en cet instant en un joli chaton noir aux yeux rouges.

Le public se mit alors à compter : « 1...2...3...4...5...6...7...8...9...10 ».

Et Corentin redevînt le petit garçon qu'il avait toujours été.

«Ouais ! » s'écrièrent tous les monstres déguisés... « Bravo ! » gronda la foule sous les applaudissements qui n'en finissaient plus.

Quand le calme revînt à nouveau, Fripounette pu enfin annoncer :

-Et maintenant, nous allons créer un filtre d'amitié... qui boira ce filtre, deviendra l'amie de ceux dont il ou elle le désirera.

-Moi... moi... moi... je veux essayer ! ! ! s'époumonèrent quelques petites filles du premier rang.

-Viens me voir, la petite fille aux nattes !

Amandine s'approcha d'un pas décidé. Un grand sourire illuminait son visage.

-De qui veux tu devenir l'amie ? » demanda Fripounette.

-Heu... de Benjamin... parce que je l'aime bien... mais il ne joue qu'avec ses copains ! répondit d'un air un peu triste la petite fille.

-Bien, pas de problème. Nous allons régler ça tout de suite ! Alors... il nous faut... un zest de cœur de biche... une goutte de pétale rose nacré... et... et... de la poussière de lèvre rouge... N'oublions pas le formule cette fois... :

rouge amitié...

rose sucré les bonbons...

petit garçon, petite fille écoute ton cœur...

Un nuage rose pâle sorti d'un seul coup du verre où fut préparée la potion. Les yeux d'Amandine brillaient d'émerveillement à la vue de ce spectacle.

La Sorcière lui tendit le verre en lui précisant bien que l'effet magique n'agirait uniquement lorsqu'elle irait parler à Benjamin.

Après avoir répondu par un « oui » de la tête, Amandine bu la potion en entier.

Le spectacle de formules magiques pris fin au bout de trente minutes. Les enfants s'agitaient, parlaient, se demandaient les uns aux autres ce qui allaient bien pouvoir se passer par la suite.

C'est alors que sous un crie aigüe et tremblant de vieille femme, la Sorcière revêtue de son immense capuche d'où l'on apercevait uniquement ses yeux violets, qui brillaient dans cette nuit de terreur :

-Maintenant que je vous ai transmis quelques secrets de sorcellerie... je vous invite à entrer dans mon antre pour continuer les festivités... Venez... entrez... laissez-vous entraîner par la musique d'Halloween !

La porte de l'antre s'ouvrit à nouveau pour laisser entrer la Sorcière. Au moment, où celle-ci fut entièrement ouverte, on pu entendre de la musique.

Enfants et parents suivirent tous gaiement le cortège de la Sorcière. L'entrée était recouverte de toiles d'araignées. La maison n'était en fait qu'une seule salle de réception ou des centaines d'invités pouvaient s'y introduire. Tout le long d'un mûr, sur d'immenses tables, étaient présentés des gâteaux de sorcières que l'on reconnaissait par des noms tels que : gâteau explosif ; gâteau aux crottes de chauves-souris ; des langues de sorcières. Les confiseries se traduisaient par des : dents de vampires ; sucres empoisonnés... etc ...

On pouvait choisir toute sorte de jus de fruits. La table était d'autant plus attirante par toutes ces couleurs vives et pastelles qui se mélangeaient joyeusement.

Malheureusement, toute bonne chose a une fin. Il se faisait tard, et les enfants devaient rentrer se coucher. Mais c'est avec de sublimes souvenirs qu'ils s'endormirent profondément au milieu des milles couleurs du feu d'artifice.

IV  Le départ.

La fête est terminée. Quelle tristesse pour tous les bambins. C'était tellement bien Halloween cette année.

Pourtant, une petite joie intérieure envahi  leur petit cœur, car après tout, Fripounette, la gentille sorcière, vit toujours parmi les habitants de la ville. Alors, les enfants décidèrent d'aller rendre visite à Fripounette pendant les vacances.

Ils y trouvèrent comme à l'accoutumé, des friandises et des jus de fruits pour le goûter.

Mais aujourd'hui, Fripounette semblait triste. Cela inquiéta beaucoup les enfants.

Constance dit alors d'une voix basse :

-Pourquoi es-tu si triste Fripounette ?

-Hé, bien... justement mes enfants, je devais vous en parler... Il se passe que nous sommes bientôt à la mi-novembre, et comme vous le savez, Noël approche à grands pas... je... je dois partir aider le Père Noël !

-Tu es vraiment obligée de partir chez le Père Noël ? Tu ne peux vraiment pas rester avec nous ? dit la petite Amélie.

-Hélas, ma jolie, j'ai beaucoup de choses à préparer, et mes amis ont besoin de mon aide... répondit la Sorcière.

-Quand dois-tu repartir chez toi ? Aurons-nous le temps de venir te revoir ? répliqua Alexandre.

-Je dois absolument m'en aller samedi matin. Mais je vous promets de revenir dès que possible ! répondit Fripounette d'un sourire forcé.

L'après-midi se passa sous les éclats de rire. Puis tous les enfants rentrèrent chez eux avant la tombée de la nuit.

Samedi matin arriva. Tous les regards enfantins étaient tristes. Ils se réunirent tous devant la maison de la Sorcière Fripounette. Celle-ci sorti au bout de quelques instants. Lorsqu'elle vit les enfants sur le seuil de la porte, un sourire rayonna sur son visage. Fripounette posa ses grosses valises sur le sol, se tourna pour fermer la porte à clé. Puis, sous un gros soupir, elle dit :

-Que faites vous donc tous ici ?

Les enfants répondirent tous en cœur :

-Nous venons te dire au revoir.

-C'est très gentil à vous mes enfants. Ce geste me touche beaucoup, et prouve votre grande amitié ! Hélas, il se fait tard, et je suis un peu en retard, alors je ne vais pas pouvoir rester plus longtemps parmi vous. Mais je vous promets de revenir bientôt !

Fripounette s'installa au milieu de la rue, entourée de ses bagages, et d'un signe de la main, pour dire au revoir, les enfants la virent disparaître. Ils furent tristes de ne pas avoir eu le temps de lui faire signe à leur tour, mais ils se consolèrent en pensant aux prochaines fêtes d'Halloween.


FIN

bunni


Coccinelle.

Une coccinelle, rouge à points noirs, est née, en plein été. Elle fait ses premiers pas, vers le monde des humains, parce qu'elle est un peu curieuse.

Elle vole de-ci, de-là, s'approche d'une maison, poussé par la curiosité, elle va vers une fenêtre éclairée. Ça a l'air chouette ici, se dit la coccinelle.

Elle rentre par la fenêtre, et va vers la lumière, cette lumière était sur un bureau, et c'est aussi la chambre d'une jeune fille. La jeune fille dessinait, à la lumière de sa lampe, il faisait nuit dehors, surprise par cet insecte qui volait près de la lampe, et voulu d'abord chasser l'insecte , par un geste de la main, sans trop s'y intéresser, tellement elle était concentrée à dessiné, sans savoir non plus, quel insecte elle chassait.

Mais la coccinelle revenait, mais cette fois sur le dessin de la jeune fille, la jeune fille leva la tête pour chasser à nouveau l'insecte, et là à sa grande surprise, elle a pris conscience que c'était une coccinelle.

La jeune fille posa son crayon, et regardait la coccinelle, qui elle regardait le dessin de la jeune fille. Elle pris une autre feuille de papier blanche, et sans effrayer, ni chasser la coccinelle, elle dessina son bureau, ses crayons, sa lampe, son taille crayons, et la coccinelle.

La jeune fille avait toujours aimait dessiner, et elle avait le dont du dessin, elle avait un grand potentiel, et un bon coup de crayon. Tout se qu'elle dessinait était magnifique, et presque réel parfois, d'autres fois c'était imaginaire.

Quand la jeune fille dessinait, elle y mettait tout son coeur, elle y passait des heures, c'était , une véritable passion.

La coccinelle était en admiration devant le dessin de la jeune fille. La jeune fille pris la patience de mettre le dessin qu'elle avait fait de la coccinelle sous un cadre, qu'elle avait suspendu au mur, de sa chambre, près de son bureau, et dans une petite assiette, de poupée que sa petite soeur lui avait donnait, elle y avait déposait des pucerons, qu'elle avait trouvé dans le jardin, avec sa soeur. la coccinelle venait tous les soirs voir la jeune fille dessiner, la petite soeur, de la jeune fille, venait chaque soir, voir cette jolie coccinelle aussi, dans la chambre de sa grande soeur, et elle se mit à son tour à faire de très beaux dessins.

Il y a eu un autre dessin suspendu au mur de la chambre de la jeune fille, sur ce dessin était dessiné, la coccinelle, la jeune fille, et sa petite soeur, dans la chambre, une nuit d'été. C'était la petite soeur de la jeune fille qui l'avait dessiné.