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Contes d'ici et d'ailleurs

Démarré par bunni, 18 Septembre 2012 à 00:22:36

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bunni


LA STREGA NONA

Dans un petit village d'Italie vivait la "Strega nona"....

Strega nona cela veut dire "grand-mère sorcière"

On l'aimait bien et on venait de tout le pays pour la consulter !

OUI ! et tout ça à cause de ses pouvoirs !

On voulait se débarrasser de verrues encombrantes et disgracieuses ? Elle concoctait un onguent et déclarait :

- Verrues, verrues hors de ma vue, je n'en veux plus !

Et les verrues disparaissaient.

Une jeune fille voulait trouver un mari ? Un peu de laurier, un peu de sorbier, le tout sous l'oreiller et..... Voilà le fiancé !!!

Vous souffriez de migraines ? Il suffisait qu'elle vous fasse respirer une fumigation, une décoction..

- Migraine, migraine, j'ai mal et je me traîne, ma tête est à la peine, fuis mon corps et mes veines....

Et la migraine s'en allait !

Oui, on l'aimait bien la Strega nona ! Mais elle était vieille et très fatiguée tant elle était sollicitée.... Alors elle a décidé de prendre quelqu'un pour l'aider. Elle a passé une petite annonce dans le journal du coin : La gazetta del popolo, et c'est le grand Antoine qui s'est présenté ....

Oh le grand Antoine, l'était bien brave, mais pas très malin ! Pour ce qu'il y avait à faire cela suffirait : un peu de ménage, traire la chèvre, désherber le jardin, cueillir les légumes....

Marché conclu !!!

Mais le grand Antoine, il était intrigué par le chaudron de la Srega nona... Tous les midis, elle se mettait devant lui et chantait :

- Des pâtes, des pâtes , oui mais des spaghettis

Et le chaudron cuisait les pâtes "al dente" juste comme il fallait

C'était un chaudron magique !!!!

Et quand il y en avait assez, la Strega nona chantait :

- Des pâtes, des pâtes, maintenant c'est fini !!!

Magique je vous dis oui !!! Magique !!!!

Mais, ce que le grand Antoine ne voyait jamais, c'étaient les trois petits bisous que la sorcière donnait affectueusement à son chaudron pour qu'il s'arrête.

Un jour, Strega nona est partie voir son amie Strega Amélia, au village voisin....

- Antoine, tu vas surveiller la maison, faire ton travail, mais surtout, souviens-toi qu'il est interdit de te servir du chaudron !!!

Et elle est partie....

A peine a-t-elle eu le dos tourné que le grand Antoine a invité tout le village à manger des spaghettis....

- Des pâtes, des pâtes, oui mais des spaghettis (ça, c'est Antoine, ce grand niais)

Tous les habitants se sont régalés, puis rassasiés sont rentrés chez eux....

- Des pâtes, des pâtes, maintenant c'est fini !! (ça c'est toujours le grand Antoine)

Mais, pas de petits bisous, le chaudron ne s'arrête pas de produire... sous le regard affolé du garçon.... les pâtes envahissent la pièce, puis descendent les marches de l'escalier qui mène à la rue, qui se transforme en un fleuve gluant de spaghettis.... Les habitants montent des barricades, mais les pâtes s'insinuent partout, dans les caniveaux, dans les maisons, dans les voitures et même ...... dans les téléphones portables et les ordinateurs !!!

Strega nona arrive, voit l'étendue des dégâts, va donner les trois petits bisous à son chaudron magique qui s'arrête, exténué !!!

Puis, elle se tourne vers le grand Antoine... Il faut le punir... Vous êtes d'accord ? ?? ?

Elle lui tend une énorme fourchette en bois....

- Tu ne m'as pas écoutée..... Eh bien maintenant..... MANGE !!!

Il paraît qu'il mange encore !!!!

bunni


LE TERRIBLE GUERRIER

Un beau matin, une petite chenille s'introduisit dans le terrier d'un lièvre tandis qu'il faisait des cabrioles dans une prairie. Elle s'installa le plus commodément dans le coin le plus chaud et le plus sombre et attendit.

Le lièvre revint bientôt, vit les traces sur le sol et comprit qu'un intrus avait pénétré dans sa demeure. Il demanda d'une voix craintive :

- Qui s'est introduit chez moi ?

Quelle ne fut pas sa frayeur d'entendre une voix tonnante lui répondre :

- Je suis un farouche guerrier, fils du chef des guerriers du Pays-qui-n'existe-pas. Je terrasse les rhinocéros et je danse sur le corps des éléphants. Je suis invincible.

Tremblant de peur, le lièvre s'enfuit au plus vite, loin de son terrier, se lamentant sur son misérable sort. Il rencontra sur son chemin le chacal.

- Ami, lui dit-il, voudrais-tu me rendre un service ?

- Bien volontiers, mais de quoi s'agit-il ? ?

- Viens chez moi et parle à l'animal féroce qui s'est installé dans ma demeure.

Le chacal accepta. Devant l'entrée du terrier, il cria d'une voix forte :

- Qui a osé pénétrer chez mon ami le lièvre ?

La chenille, d'une voix fracassante répondit ;

- Je suis un farouche guerrier, fils du chef des guerriers du Pays-qui-n'existe-pas. Je terrasse les rhinocéros et je danse sur le corps des éléphants. Je suis invincible.

Aussitôt le chacal s'enfuit en balbutiant :

- Je ne puis lutter contre un tel guerrier !!!

Le lièvre, désespéré, s'en fut trouver le léopard et lui conta sa mésaventure..

- Tu sais, mon ami, si ce guerrier peut vaincre le rhinocéros et l'éléphant, il m'écrasera aussi.

Le lièvre se mit alors à la recherche du rhinocéros.

- Un féroce guerrier occupe mon gîte, peux-tu lui parler, toi qui es si fort ? ? ?

Le rhinocéros, flatté, se rendit aussitôt jusqu'au terrier du lièvre.

- Qui es-tu, toi qui occupes sans aucun droit la demeure de mon ami le lièvre ?

Et la chenille de répliquer d'une voix tonnante :

- Viens, jeune rhinocéros, je suis un farouche guerrier, je terrasse les rhinocéros et je danse sur le corps des éléphants.

Malgré sa taille, le rhinocéros fut troublé et dit au lièvre :

- Il affirme qu'il peut m'écraser, aussi il me semble préférable de m'en aller.

Le lièvre, de plus en plus désespéré, le regarda d'un oeil éteint, puis , courut chez l'éléphant.

- Ô, éléphant, tu es désormais mon dernier espoir. Viens parler au terrible guerrier qui occupe mon logis. Il prétend vaincre les rhinocéros et danser sur le corps des éléphants.

L'éléphant le regarda du haut de son imposante stature.

- J'aurais aimé te rendre service, mais je n'ai aucune envie que quiconque danse sur mon corps..... Je te salue, ami....

Juste à ce moment, une grenouille passait pas là, et vit le désespoir du lièvre. Elle s'enquit de ce qui lui était arrivé.

- Si tu savais, balbutia le lièvre, mon terrier est occupé par un terrible guerrier, si terrible qu'il peut vaincre le chacal,le léopard, le rhinocéros et même l'éléphant !!

- Mais quel est donc ce valeureux guerrier ??

- Il est le fils du chef des guerriers du Pays-qui-n'existe-pas.

- Eh bien, j'ai grande envie de connaître ce foudre de guerre...

Et la grenouille s'approcha du terrier en criant :

- Qui a osé pénétrer dans la demeure de mon ami le lièvre ? ?? ?

Et la chenille répondit :

- Le plus valeureux des guerriers. J'ai vaincu tous les animaux, j'ai terrassé les rhinocéros et j'ai dansé sur le corps des éléphants.

La grenouille sauta à l'intérieur du terrier et se dirigea vers le coin d'où venait cette voix tonitruante.

- Enfin, j'ai trouvé un adversaire digne de moi...

Lorsque la chenille la vit arriver, elle fut prise de peur et susurra dans un filet de voix :

- Epargne-moi, grenouille, je ne suis qu'une petite chenille.

Alors, la grenouille la prit et la montra à tous les animaux.

Mais l'aventure était tellement réjouissante, qu'aucun d'eux ne songea à se venger. Et pendant très longtemps, toute la forêt s'amusa fort de cette histoire.

bunni


La vieille dame amoureuse

La maison de Leva était une petite chaumière blanche construite à l'écart du village. Perchée sur la plus haute des trois collines qui surplombaient les bois de bouleaux, elle était entourée d'arbres fruitiers qui fleurissaient abondamment au printemps, et offraient des fruits généreux à la belle saison. Mais la particularité de sa demeure, somme toute très ordinaire, consistait en un cerisier aux branches plus hautes que le toit, qui avait poussé juste sur le perron, bloquant pratiquement l'entrée. Un étrange visiteur qui ne cédait guère le passage aux nouveaux venus... De ses fruits abondants, Leva en tirait une liqueur particulière que l'on servait aux jeunes époux la nuit de leur noce et un remède contre le mal de vivre.

Avant l'arrivée du cerisier, Leva était une vieille dame tout a fait charmante qui s'occupait de son potager et de régaler la communauté de Trekullar de confitures et tartes aux fruits. La vie n'avait pas toujours été clémente avec elle. Elle avait enterré au fond de son jardin deux maris et vivait son veuvage avec mélancolie. Ses enfants avaient quitté le logis depuis longtemps. Ils ne se souvenaient qu'ils avaient une mère qu'en de rares occasions. Sa seule compagnie était un vieux matou grincheux, qui par une fantaisie saugrenue de la nature s'était vu allonger son espérance de vie de quelques années.
Afin de briser la solitude qui l'accablait, la rondouillette petite bonne femme s'était fait un devoir d'accueillir chaque voyageur de passage. Le village ne possédait pas d'auberges, et la chaussée le traversant menait à la Grande Route des Caravanes, aussi il n'était pas rare d'apercevoir des têtes inconnues. C'est ainsi que l'on conduisait tout naturellement l'aventurier égaré vers la chaumière de Leva. Un lit propre et douillet, ainsi que trois repas par jour cuisinés avec soin lui seraient offert toute la durée de son séjour. Parfois le voyageur s'attardait un peu plus que nécessaire tant le confort qui lui était octroyé était agréable. En échange de tant d'attention, un homme pouvait toujours se montrer utile dans la maisonnette d'une vieille dame : retourner la terre du potager, réparer une clôture, couper du bois pour l'hivers...Et le soir, assis autour du feu, l'homme distrayait sa bienfaitrice de quelques aventures, à moins que cela ne soit elle qui lui divulguait quelques sagesses de vieille femme.

Jusqu'au jour ou un cavalier surgit à Trekullar comme le vent du Sud. Il avait une prestance princière, se tenait avec autant de grâce que d'effronterie sur son bel étalon blanc. Il avait une mise à la fois élégante et sauvage : une chemise entrouverte que gonflait la brise et qui laissait voir son torse viril, une paire de bottes qui lui montait jusqu'au genoux et une large ceinture de cuir sombre. Il avait de longs cheveux clairs qui tombaient en boucles devant ses yeux bleus et que d'un mouvement de tête il remettait en place. Il avait les lèvres moqueuses, le regard charmeur et au premier instant de son arrivée, il avait déjà volé le cœur d'une demi dizaine de demoiselles. Il s'appelait Kärlek.

- Bonjour belle compagnie ! Clama t'il d'une voix profonde et suave alors qu'il avançait sur la petite place boueuse du hameau « Je cherche un endroit ou passer la nuit, et peut être davantage... »

Ces mots causèrent de grands émois, chaque femme désirait l'avoir pour hôte, et il eut tant de propositions - parfois pas toujours honnêtes, il faut l'avouer - que cela aurait pu effaroucher un jeune homme plus scrupuleux. Mais le bel enfant ne se laissait pas démonter, à chaque sourire il rendait le sien plus éclatant encore, glissait un murmure au creux d'une oreille, lançait une œillade. Il était si charmant, que même les hommes ne purent voir en lui un rival. La place du village était en grande effervescence, personne ne s'entendait à laisser le voyageur se choisir une chaumière ou dormir, tant et si bien que pour éviter la dispute une âme un peu plus avisée trancha et décida de suivre la tradition en conduisant Kärlek chez Leva.


L'arrivée de l'étranger réjouit le cœur de l'aïeul. Depuis le départ de sa dernière hôte, une jeune femme et son nouveau né dont elle avait pris soin tout l'hiver, la solitude lui pesait davantage. N'importe quelle compagnie lui aurait convenu, mais ce nouveau visiteur avait un charme, une aisance, une conversation animée et joyeuse qui était loin de lui déplaire. Elle s'en enticha immédiatement, comme une vieille dame en est capable, mêlant des sentiments maternels à une pointe de nostalgie. Pour lui, elle se surpassa, imaginant avec les simples légumes qu'elle avait tirés elle-même de la terre, des mets originaux et savoureux. Le jeune homme se délectait et rendait bien l'accueil qui lui était réservé par un enthousiasme généreux.

De nombreuses demoiselles de Trekullar se morfondaient de jalousies. On les voyait se promener par grappes aux alentour de la chaumière de Leva. Elles semblaient toujours avoir à y faire quelque chose, alors qu'en temps normal cette colline ne suscitait guère leur intérêt. La vieille dame s'amusait beaucoup de les voir se tordre le coup, tachant d'apercevoir son invité, de les voir rire sous cape et se murmurer des cachotteries. Elle s'amusa davantage encore lorsque certaines plus audacieuses franchirent son perron et frappèrent à sa porte avec de belles excuses joliment préparées. Kärlek ne semblait pas se troubler d'autant d'attention. Il répondait toujours de la façon la plus charmante du monde, donnant un espoir égal à chacune d'entre elles, et puis lorsqu'elles s'en allaient enfin, il regardait Leva d'un air malicieux et entendu et l'aidait à préparer le souper.

- Voilà une bien jolie tapisserie dit il, ne perdant jamais une occasion pour tourner un compliment « Vous avez les doigts aussi habiles que vous savez régaler mon appétit semble t'il. »

- Je te remercie mon garçon, répondit Leva simplement, en tournant sa cuillère dans la grande marmite de fonte « mais je n'en suis pas l'auteur. L'amie que j'ai recueillie juste avant toi l'avait commencé. Je l'ai trouvé si gaie que j'ai voulu l'achever. «

- Cet ouvrage est des plus étonnant. Un homme du désert perdu dans le tissage au style rude du Nord. Une passion s'aventurant sur les routes sans doute...

- Je vois que tu as beaucoup voyagé pour conclure autant de si peu. Elle tentait en effet de rejoindre le père de son enfant.

- L'amour fait faire des folies n'est ce pas ? Murmura t'il avec un regard brûlant.

Leva en fut troublée, et sentit ses joues s'empourprer. Elle ravala sa salive péniblement, et évita de croiser les yeux bleus du jeune homme le reste de la soirée.

Le lendemain, à son réveil il était partit. Elle en éprouva une telle déception, qu'elle se surprit elle-même. Elle eut à peine la force d'accomplir ses taches journalières, et resta assise à se morfondre dans son vieux fauteuil, son chat blotti sur les genoux tout le jour durant. Elle s'était habituée un peu trop vite à la présence du voyageur, et son absence lui rappela à quel point elle était seule et sa vie ennuyeuse.
Le soir, alors qu'elle s'était assoupie, elle fut tirée de ses songes par des gloussements au dehors. Leva, qui était toujours de méchante humeur, se leva agacée, prête à réprimander la petite peronelle qui osait roder autour de sa demeure, troublant son intimité.

- Il n'est pas là ! S'apprêtait elle a crier lorsqu'elle ouvrit la lourde porte pour découvrir juste derrière Kärlek portant un large panier rempli de victuaille.

Elle s'en voulu tellement pour les mauvaises pensées qu'elle avait ruminé tout le jour, qu'elle ne prit pas attention à la jeune lavandière qui s'esquiva dans un froufrou de jupons.

- J'ai pensé que ce soir il vous serait agréable de prendre un peu de repos. Vous verrez que je ne me débrouille pas trop mal pour un garçon de mon âge, et il se pourrait même que vous appréciez ma cuisine. Dit il dans un clin d'œil « Asseyez vous ! Je vous interdis de m'aider. Il est temps que quelqu'un prenne soin de vous ! »

Rien ne pouvait davantage toucher une vieille dame solitaire. Elle s'installa donc dans son fauteuil, cette fois le cœur joyeux et le sourire aux lèvres. Son chat ronronnait gaiement à ses pieds et tandis que la lumière du jour déclinait, elle observait le jeune homme qui coupait les légumes sur la table rustique. Les derniers rayons du soleil traversaient les volets mi clos et se perdaient dans ses boucles blondes leur donnant autant d'éclat que l'or. Il était si beau que l'on aurait dit un ange. Leva soupira d'aise, amusée par sa propre sottise.
Lorsque le ragoût eut fini de mijoter, il lui en servit un bol plein, et attendis avec impatience de voir sa réaction. Elle porta une cuillère à la bouche et ne pu réprimer un sourire.

- C'est bon. C'est très bon.

Elle poursuivit son repas, savourant chaque bouchée. Elle sentait son âme envahie d'une douce chaleur.

- C'est vraiment très très bon !

Kärlek s'approcha d'elle délicatement, et s'agenouilla. Il plongea son regard bleu pur dans le sien, et d'un geste d'une extrême douceur il lui caressa la joue.

- Tu vois, dit il dans un murmure « Tu vas déjà beaucoup mieux. Regarde ton visage... Il a retrouvé des couleurs. »

Leva s'empourpra, gênée par cette soudaine proximité. Il remarqua son trouble, et sourit tendrement.


bunni

La vieille dame amoureuse (suite et fin)


Une brise légère secouait les branches des pommiers leur arrachant les pétales délicats de leurs fleurs. Des dizaines de confettis blancs dansaient sur les ailes du vent. Leva se souvenait du jour ou elle et son premier époux avaient plantés ces frêles arbres dans la terre du verger. Ils n'étaient pas plus hauts qu'un enfant, et aujourd'hui ils offraient un tronc solide que l'on pouvait escalader et des ramures épaisses qui supportaient le poids des fruits. Elle réalisait avec peine qu'autant d'années s'étaient écoulées, transformant le visage de son jardin, et le sien hélas, et que pourtant c'était le même regard un peu innocent qu'elle portait sur le panorama. Elle avait le cœur gonflé d'émotion, elle sentait la vie s'écouler en elle comme un nectar sucré. Tout semblait plus beau, plus heureux. La lumière du soleil qui inondait la colline, et la cime des bouleaux frémissant en contre bas. Les légers nuages blancs qui galopaient dans le ciel, projetant leurs ombres fuyantes sur la terre. Les senteurs des fleurs abondantes se mêlaient à celle de l'herbe et du feuillage, et le chant des insectes vrombissait en cœur. Chaque détail du paysage semblait porter un message d'espoir, et Leva se sentit soudain entourée de millier d'amis. Même sa maisonnette construite des rondins blancs mouchetés des bois environnants semblait plus riante que la veille.

Les jours s'écoulèrent heureux sans qu'elle ne s'en aperçoive, et elle prit goût à ce bonheur depuis longtemps oublié. En elle palpitait une nouvelle vie, elle avait l'impression de naître une seconde fois.

Mais le vent d'Ouest se leva, un vent tumultueux et sauvage, chargés d'orages et d'embruns maritimes. Il surgit un matin arrachant les dernières fleurs et laissant un feuillage sombre. Kärlek se tenait sur le perron de la chaumière blanche, s'étirant paresseusement. Il se tourna vers Leva, un regard changeant chargé de mystère et de malice.

- Fili Skvaller et sa fille m'ont invité à manger chez elles. Je vais y aller. Je dormirai là bas aussi sans doute.

D'un geste de la main, il salua la vieille dame, et s'encouru vers le village, aussi gai et soudain qu'une brise estivale.

Elle resta un moment interdite, ne sachant que faire. Une douleur vive comme la morsure d'un reptile lui avait étreint le cœur. Elle tordait ses mains moites, arpentant en cercle la pièce centrale de sa petite maison, comme un animal en cage. Et puis soudain, seulement portée par ses sentiments tempétueux, elle sortit sans fermer la porte et se mit à dévaler la colline vers le village. Elle courrait, courrait à en perdre haleine oubliant son âge et la fatigue de ses vieux os. Et dans sa tête des pensées rageuses s'entrechoquaient. Elle aurait du être invitée également. Quel manque de respect démontrait Fili Skvaller en ignorant l'aïeul de Trekullar ! Laissant libre cour à sa colère, Leva poursuivit sa course, déterminée à forcer la villageoise à réparer l'affront qui lui avait été fait.

- Oh là ! Leva ! lui cria un vieux fermier éberlué de la voir passer devant chez lui au triple galop. « Que t'arrive t'il bon sang ! Leva ! Tes cheveux ! Leva ! »

La vieille dame se retourna brièvement, le regard ombrageux, sans ralentir, ni s'arrêter. Et ce regard plein de fougue fit rougir les joues rêches du gaillard.

Elle ne s'arrêta qu'une fois arrivée sur la place du village où siégeait juste à côté de celle du chef, la maison de Fili Skvaller et sa fille. Elle avait le cœur qui lui battait à en lui faire mal aux tempes, et la sueur ruisselait tout le long de son dos. Pourtant, elle ne remarquait pas même l'effort incroyable qu'elle avait fourni pour son age avancé tant l'émotion implacable la terrassait intérieurement. Elle s'avança doucement de la chaumière ou était invité son protégé. Elle était rongée par la jalousie. Elle entrevit des silhouettes passer furtivement. Une atmosphère joyeuse se dégageait de l'endroit. Elle lissa sa robe d'abord, réajusta son tablier, remis en place ses cheveux décoiffés par la course, puis elle s'avança vers la porte et s'apprêta à soulever le heurtoir et à le laisser tomber lourdement.
Elle arrêta son geste. Elle se trouvait stupide soudainement. Ridicule. Et très très triste. Elle s'éloigna de la porte. Réfléchis à l'une ou l'autre excuses plus valable qu'elle pourrait invoquer pour se faire inviter sans paraître quémander. Mais elle n'en trouva aucune. Des bouffées d'angoisses augmentaient son indécision. Qu'allait t'elle faire ? Que devait elle dire ? Etait t'elle seulement présentable !
Machinalement ses doigts noueux s'emparèrent de la longue natte qui pendait dans son dos et caressant sa propre chevelure, elle se surprit de sa douceur. Elle posa ses yeux sur la tresse et son cœur s'arrêta de battre un instant lorsqu'elle constata qu'elle avait retrouvé sa blondeur de jadis. Elle se souvint du regard abasourdi du fermier qui avait crié sur son passage et des mots qui avaient fusés dans le vent. Elle se dirigea vers la fontaine qui gargouillait au milieu de la place et à laquelle venaient s'abreuver les animaux et laver leur linge les villageoises. Un pressentiment étrange avait vu jour en elle. Elle se pencha avec appréhension au-dessus de l'onde pour observer son reflet. Les rides profondes qui marquaient le temps sur son visage avaient presque disparues pour laisser place à la figure d'une femme dans la fleur de l'âge.

- Comment est-ce possible ! S'atterra t'elle « Aurais je rajeunis de presque trois décennies en une seule nuit ? »

Cette découverte lui fit l'effet d'un seau d'eau froide qu'on lui aurait jeté à la face. Sa jalousie avait disparue pour faire place à une étourdissante stupeur. Elle tourna les talons, jeta un dernier regard vers la maison de Fili Skvaller, et s'en retourna chez elle, lentement. Au dessus d'elle, une colombe avait pris son envol et s'éloignait dans les profondeurs du ciel.
Puis très vite, Leva retrouva son sang froid. La tête haute et le port majestueux, elle se réjouit de ce miracle inattendu, et se dit, non sans sourire, que cela pourrait peut être lui servir. Et son cœur se mit à battre la chamade lorsqu'elle s'imagina la réaction que pourrait avoir Kärlek lorsqu'il la reverrait.

Les jours qui suivirent furent pour la vieille dame rajeunie aussi mouvementés qu'une mer sous la houle d'hiver. Jamais elle ne savait quand Kärlek reviendrait ou lorsqu'il la délaisserait pour rendre visite à l'une ou l'autre villageoise. Chaque fois qu'ils partageaient la journée ensemble, il se montrait si charmant et agréable qu'elle oubliait aussitôt la peine que lui causeraient son absence et ses négligences prochaines. Elle avait retrouvé une ligne svelte, une chevelure abondante et des joues qui s'enflammaient au moindre compliment. Elle avait le regard vif, brillant, malicieux et les lèvres fières. Et lui devenait chaque jour plus familier, jusqu'à enrouler les mèches blondes autour de ses doigts, et à lui murmurer ce qu'il avait à lui dire plutôt qu'à le clamer à haute voix. Ces mots doux et suaves comme le miel embellissait la dame à vue d'œil : elle avait retrouvé une santé de fer et une vitalité depuis longtemps oubliée.

Au village, l'on faisait grand cas de ce changement miraculeux. Certaines mauvaises langues parlaient de sorcellerie, tandis que d'autres – plutôt des hommes, dans ce cas - évoquaient une faveur des dieux en remerciement du dévouement de la vieille, et ne pouvaient s'empêcher d'apprécier ce présent céleste. Elle était devenue aussi jolie qu'à vingt ans, l'on se retournait sur son passage et l'on louait sa grâce. Ceux de sa génération se perdaient dans de nostalgiques pensées et se souvenaient des occasions qu'ils avaient manquées, tandis que les jeunes se sentaient prêt à braver leur destinée.
Leva n'y prêtait guère attention. Tout son être était accaparé par Kärlek, ses boucles d'or et son sourire angélique. A force d'avoir le cœur ballotté entre la plus grande félicitée et un désespoir violent, son caractère avait pris une tournure tempétueuse, sauvage, passionnée. Elle s'efforçait de garder ses sentiments pour elle, mais ils débordaient avec tant de force qu'ils étaient visibles pour tous.

Un jour, le cavalier quitta Trekullar comme il était venu, avec une arrogante nonchalance. Il laissa derrière lui bien des cœurs meurtris et des yeux en larmes. Mais personne ne connu une douleur plus vive que Leva lorsqu'elle vit son destrier blanc s'éloigner sur la route humide. C'était comme si l'univers venait de s'écrouler autour d'elle, que la nuit éternelle avait dévoré le soleil et que la dernière flamme d'espoir venait de s'éteindre. Elle se laissa choir sur le sol en pleurs, la jupe trempant dans une flaque de boue, salissant ses mains et son visage. Les autres autour d'elle avaient cessés d'exister, perdus dans une brume épaisse. Et on la délaissa, seule avec son chagrin.
La pluie ruisselait, chacun s'était réfugié à l'abri de leur demeure. Elle restait là, prostrée, brisée, laissant l'ondée estivale la tremper jusqu'aux os. Puis lorsqu'elle eut pleuré tout son saoul, lorsqu'elle en eut assez de s'apitoyer sur elle-même, elle releva la tête avec fierté. Ses poings se crispèrent. Sa bouche se tordit en une moue rageuse.

- Je ne suis plus la vieille Leva qui nourrit tout un chacun de tartes aux pommes et de confiture d'aprikos. Je ne suis plus celle qui regarde en silence la vie s'épanouir autour d'elle. J'ai changé. Je suis aujourd'hui aussi belle et jeune que n'importe quelle autre au village et ailleurs. Une nouvelle vie s'offre à moi. Je n'ai rien à craindre ni rien à perdre.

Et aussitôt qu'elle eut marmonné ces paroles, elle se dirigea vers la demeure du maréchal ferrant. Trois juments hennissaient dans l'écurie. Sans hésiter, Leva jeta une selle sur le dos de la première, l'harnacha en vitesse en n'attachant les sangles qu'à moitié tant ses mains tremblaient de nervosité. Puis ...elle partit au galop sans prévenir.

Elle ne savait pas ou était partit Kärlek, et elle avait pleuré trop longtemps dans la boue que pour apercevoir au loin sa silhouette tant espérée. Pourtant un incroyable instinct la guidait, et sans se poser de questions, elle suivait la route qu'il lui chuchotait. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait monté un cheval, elle avait oublié la force et l'adresse que cela requerrait. Elle avait oublié la vitesse de la course. Elle avait le cœur qui battait à tout rompre, mais elle était tellement déterminée qu'elle ne sentait pas la peur. La pluie cinglait son visage. Les sabots de la jument s'enfonçaient dans la gadoue, éclaboussant sa robe rousse de fange et d'herbes mouillées.
Elle sentait l'air du large au fur et à mesure qu'elle s'avançait, et bientôt, de derrière les collines, le lointain océan laissa entrevoir son étendue grise. Une bruine salée et collante inondait le rivage sur lequel s'était couché le petit port de Vitfisk. Elle sentait qu'elle le retrouverait là. Au fur et à mesure qu'elle s'approchait des grossières masures des pêcheurs qui se mêlaient aux maisons plus riantes des nantis, elle sentait les percussions de son cœur s'alarmer dans sa poitrine, et cela lui faisait presque mal.
A force de l'avoir éperonnée, la jument s'était emballée. Et Leva, qui s'agrippait de toutes ses forces à sa crinière, le regard perdu au loin, n'était plus qu'un ballot de tissus porté sur son dos. Le paysage filait sous son flan, l'animal ne ralentit même pas lorsqu'elle déboula dans le port. Elle traversa les ruelles renversant cagots et paniers sur son passage, bousculant les villageois effarés. Martelant le sol de terre dans des gerbes de boue, la monture fonçait sans savoir ou aller, sillonnant au hasard pour déboucher finalement sur une place encombrée. L'auberge et ses écuries occupaient tout le côté droit. Un étalon blanc venait d'y être amené, et déjà un gros bonhomme rougeaud changeait ses fers.

- Il est là, hurla Leva pour elle-même, en tirant de toutes ses forces sur la bride dans un acte désespéré.

La jument se cabra, hennissant de colère et d'effroi. Elle eut un sursaut d'une telle violence que sa cavalière fut désarçonnée et jetée sur le sol. Assommée par la chute, Leva perdit connaissance un instant. Son front saignait et tachait la blondeur de chevelure éparse.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, Kärlek lui caressait le visage avec douceur, écartant les cheveux d'or qui lui barraient la vue. Il la releva avec précaution, et la serrait dans un geste d'une grande tendresse contre sa poitrine. La pluie ruisselait sur les toits, débordait des gouttières et retombait sur le sol en de fins filets. Le doux chant de l'eau emplissait la place de plic-ploc rythmiques. Leva s'arrêta de respirer. Sa robe mouillée moulait les formes rondes de son corps, écrasées entre les bras du bel homme. Il approcha ses lèvres des ses joues charnues, les déposa doucement comme pour y recueillir les gouttes de l'ondée. Elle frémit. Elle n'osait pas espérer. Pourtant...il l'embrassa ensuite à pleine bouche avec toute la fougue d'un amour naissant. Le temps semblait s'être arrêté. Le coeur de Leva également. Puis les battements se firent sentir à nouveau, les plic-plocs dans les flaques reprirent leur musique, les pas des badaux martelèrent le sol boueux...
Kärlek plongea son regard bleu d'azur dans celui empli de joie et d'espoir de Leva. Il lui sourit tendrement. Lui parla d'une voix si douce et pleine d'amour qu'il était presque impossible de comprendre qu'il était sur le point de lui briser le cœur.

- « Je suis comme le vent. » soupira t'il « Partout à la fois, pénétrant toutes les demeures aux fenêtres ouvertes, mais je reste insaisissable, indomptable. Essaye de me capturer, et tu verras que je glisserai entre tes mains. Ne tente rien, et sans même t'en rendre compte, tu sentiras sur ta nuque mon souffle tiède. »

Dans un nouveau sourire plus doux et plus tendre encore, il l'embrassa longuement et passionnément. Puis, il défit son étreinte, l'abandonna au milieu de la place et s'approcha de son cheval qui avait été ferré entre temps. Il le monta, salua la belle interdite et s'éloigna au pas sur le petit sentier de derrière l'auberge qui longeait la côte.
Reprenant ses esprits, réalisant les mots qu'il lui avait glissé à l'oreille, Leva couru à sa suite un peu trop tard. Elle se hâta, rassemblant le peu d'équilibre qui lui restait après la chute et les émotions contraires qui l'avaient bousculées. Elle cria son nom, mais il ne daigna pas même se retourner. Elle tituba, se rattrapa au mur d'épais rondins de l'écurie. Elle avait l'âme défaite.

- Attends ! Attends-moi !

Sans espoir, elle suivit le sentier qui sinuait au sommet des falaises. Au loin au travers du rideau de pluie, elle apercevait une tache blanche qui s'éloignait jusqu'à disparaître à tout jamais. Le vent du large se fit plus fort, projetant autant d'embruns que de pluie. Au pied des falaises, la mer écrasait ses vagues avec colère. L'écume blanche se mêlait au gris et à l'émeraude des lames. Leva cessa de scruter l'horizon désespérant et se perdit dans la contemplation des éléments fougueux. La tête lui tournait. Le bruit de l'onde se fracassant contre la roche avait quelque chose d'enivrant comme si la mer déchaînée avait absorbé ses sentiments. Elle ferma les yeux, écarta les bras , leva le visage vers le ciel. Elle perdit l'équilibre...un instant.

Et le cycle des saisons se poursuivit, jaunissant les feuilles des bouleaux et des pommiers avant de les arracher et de recouvrir ensuite le paysage d'une épaisse couche de neige. Puis après les longs mois d'hiver, le printemps pointa le bout de son nez, un peu en avance. Le parfum de l'espoir se mêla à celui des fleurs fraîchement écloses.
Un jour où le soleil brillait timidement, l'on frappa à la porte de Leva. Celle-ci déposa son rouleau à tarte sur la pâte qu'elle allait aplanir et lança un regard surpris à son vieux chat. L'âge l'avait rattrapé à nouveau, mais malgré les rides qui marquaient son visage et la blancheur de ses cheveux, une vitalité hors du commun se reflétait dans ses gestes et attestait de l'étrange aventure qui lui était arrivée un an plus tôt. Sans hâte, elle se dirigea vers la porte et essuya machinalement ses mains sur son tablier. Elle leva le loquet de métal et tira le battant dans un grincement familier. Leva poussa un cri de surprise. Sur le perron se tenait avec cette nonchalance caractéristique l'irrésistible Kärlek.

- Je suis venu m'excuser » chuchota t'il dans un sourire séducteur et pourtant sincère. »Je t'ai causé beaucoup de souffrance, et cela était involontaire. Je ne désire qu'apporter joie, bonheur et ivresse... »

- Oh non ! Ne t'excuse pas ! » répondit Leva d'une voix presque mystérieuse « Je t'ai aimé, et j'ai souffert il est vrai. Mais j'ai vécu ! J'ai ressentit ! Mon cœur a battu comme jamais ! Et simplement pour cette raison, chaque larme versée, chaque coup de colère en valaient largement la peine. J'ai aimé, et rien n'est plus précieux que cela. Aussi ne t'excuse pas, car je te remercie du fond du cœur pour m'avoir fait renaître. Merci...infiniment. »

Et à ces mots, elle sourit. Dans ce sourire, Kärlek reconnu le sourire de toutes les femmes du monde qui avait aimé un jour, et ce sourire rayonnait davantage qu'un soleil d'été. Alors Kärlek sourit à son tour et lentement avec majesté, il se transforma en cerisier. Et toutes ses branches se recouvrirent de fleurs blanches.

bunni


Mélusine et Fabiola

Avez-vous jamais entendu conter la sombre histoire de Mélusine la fée et Fabiola la chèvre ? Quel drôle de couple en effet : pas étonnant qu'il soit passé à la postérité.

Il y a bien longtemps, vivait une chèvre antique du nom héroïque de Fabiola. Elle était divine et adorée par la population locale car poussait sur elle une laine si douce qu'elle faisait pâlir de jalousie les plus douées des fileuses de la région.


Chaque dame bien nommée venait la quérir pour une once de sa laine précieuse, qui avait paraît-il des bienfaits inouïs sur la jeunesse des intéressées. Mais Fabiola ne consentait que rarement et dispensait ses onguents poilus à qui les méritait.


C'est ainsi qu'une dame bien née qui ne pouvait supporter l'affront du temps sur son auguste séant mandata une fée. « Qu'on la fasse entrer ! » clama la dame. Mais enfin, a-t-on jamais vu une fée entrer par une porte ? Mélusine apparut devant elle tout en beauté dans ses parures illuminées.


« Madame m'a conviée, lui dit-elle, mais je vous rappelle : mes tarifs sont dorés sur tranche et recevables uniquement pour les causes charitables. Je n'interviens ni pour les pustules, ni pour les ridicules – soient elles précieuses. » La dame se mit à pleurer des litres et des litres de larmes et Mélusine, au bord de la noyade, accepta la mission effroyable : voler Fabiola, l'emporter, la tondre et la renverser dans la Boutonne, afin que plus personne ne l'entende !


Fabiola, toute occupée à peigner son précieux duvet, ne s'aperçut en rien d'abord du subterfuge. Elle vit Mélusine s'approcher, déguisée en gentille bergère, et lui demander si elle consentait à lui offrir un fil de ses poils soyeux pour la guérir d'un mal sérieux qui la rongeait depuis tant d'années.


Fabiola la douce, mais pas chèvre pour un sou, se rua sur Mélusine en lui décochant un sacré upercute. La fée, complètement sonnée, se demanda si le bon pré lui avait été indiqué. Cette chèvre n'était en rien mièvre et doucereuse et ne se laisserait pas facilement berner ! Elle décida donc de parler de bête à bête :


« Nous sommes toutes deux créatures merveilleuses en ce monde de sournoises et assommantes vérités. La vieillesse règne dans ces contrées : donne-moi un fil de ta toison et je ferai régner le calme, le luxe et la volupté pour les siècles et les siècles. »


C'est alors que Fabiola eût ce trait fatal : « Ma chère amie, je ne suis Chèvre que de nom et c'est en Fabiola que je règne sur les hommes. Mon pouvoir unique réside dans le passage du fleuve céleste : mes onguents calment les souffrances, lissent les incertitudes des vieillards, et ne ravivent en rien les splendeurs du passé. Va donc dire à celle qui te mande qu'elle attendra son heure, comme tout le monde ! ».


Et de rage, Mélusine déploya son auréole de lumière. La chèvre en roussit et perdit son splendide éclat. Echaudée, elle alla droit dans la Boutonne. Mais en se refroidissant le poil, elle perdit pied et sombra bel et bien dans le lit de la rivière.


C'est ainsi que, depuis ces temps antiques, les hommes et les femmes de ce pays passent sur le fleuve à l'aide d'une longue perche, destinée sans soute à retrouver le caveau de Fabiola la douce. Il est dit que Mélusine la chercherait encore, tantôt libellule, tantôt papillon et que la dame bien née qui l'avait mandée s'éteignit dans de terribles souffrances.

bunni

#620

Li-Meï et la potion de couleur

Li-Meï était une éléphante d'Asie connue dans tout le pays pour sa connaissance des plantes et ses nombreuses recherches scientifiques.

Jadis, elle avait mis au point une potion permettant à qui la boirait de changer de couleur de façon permanente. Elle avait testé son invention sur son cousin Georges, éléphant d'Afrique. Ce dernier était devenu rose et, après avoir vécu une carrière de star internationale grâce à sa nouvelle couleur, il avait supplié sa cousine de lui trouver un antidote pour retrouver l'anonymat.

Cette histoire avait fait renoncer Li-Meï à l'utilisation de cette potion, aux conséquences bien trop importantes. Elle l'avait, donc, rangée tout au fond d'un coffre fort, là où personne ne pourrait jamais la trouver.

Depuis cette histoire, la situation dans son pays s'était nettement dégradée. Elle vivait en Chine, parmi des animaux aux mille couleurs. Pendant de nombreuses décennies, la paix et l'harmonie s'étaient installées et rien ne semblait venir troubler cette quiétude.
Jusqu'au jour où une commission d'animaux bleus décida que seuls les êtres vivants de leur couleur méritaient le respect et la reconnaissance. Ils tentèrent donc de chasser tous les autres animaux hors du pays.

A la suite de cet évènement, les animaux qui, jusqu'à présent vivaient tous ensemble en harmonie, se regroupèrent par couleur et décidèrent de ne plus se fréquenter les uns les autres.

Ainsi, les animaux marron vivaient séparés des bleus, des verts, des rouges, des jaunes... Chaque couleur avait investi un territoire et tentait de persuader les autres de s'en aller le plus loin possible. La haine, la peur et le chaos s'installèrent. La Chine devint le pays d'un important conflit parmi les animaux.

Li-Meï, attristée par ces évènements se replia dans son laboratoire de recherche et refusa de les côtoyer. Elle aurait aimé trouver une solution pour que la paix revienne parmi les animaux, mais ne savait pas comment s'y prendre.

Son cousin Georges, apprenant le désordre qui régnait dans son pays et la tristesse de sa cousine décida de lui rendre visite. Il s'installa, donc, dans la chambre d'amis du laboratoire. Là, ils discutèrent et se rappelèrent de l'époque où Georges était devenu rose.
-Est ce que tu as toujours cette potion pour changer de couleur? Peut être pourrait-t-on l'utiliser pour faire réfléchir les habitants sur ces conflits? Lui demanda-t-il.
-Bonne idée, lui répondit-elle. Mais je dois l'améliorer et j'aurai besoin de ton aide.
-Avec plaisir! S'écria-t-il.
C'est ainsi que Georges devint un agent infiltré, œuvrant pour sa cousine au sein de la Chine.

Il devint tout d'abord missionné pour aller récolter les plantes dont elle avait besoin. Comme ces dernières se trouvaient sur les territoires des autres couleurs, il devait s'intégrer aux habitants. Sa cousine, avec sa potion de couleur, lui permettait de prendre l'aspect des habitants. Il devint donc tour à tour, un éléphant bleu, marron, violet, jaune, rouge, orange... et parcourut tout le pays à la recherche des précieuses herbes que lui demandait Li-Meï. Au passage, il pouvait aussi observer les habitants. Aucun d'entre eux ne fut surpris de croiser un éléphant de leur couleur, ils étaient bien trop occupés à réfléchir sur la meilleure manière de faire fuir les autres à tout jamais.

Une fois tous les ingrédients récoltés, Li-Meï prépara une énorme quantité de sa potion améliorée .
-Il faut la mettre dans la rivière, expliqua-t-elle à Georges. Les animaux de tout le pays en boiront et leur couleur changera.

Georges fut, une nouvelle fois, envoyé par sa cousine. Il était chargé de déverser une fiole de potion dans tous les lacs, les rivières, les points d'eau... Il parcourut des kilomètres, et mena sa mission à bien.

Bientôt, les animaux furent atteints de symptômes étranges et leur couleur changea. Ils étaient horrifiés de voir leur pelage, leur plumage, leur carapace, leurs écailles... se transformer ainsi. Ils étaient tous devenus multicolores et cela les rendit de fort mauvaise humeur.

Chaque territoire, se précipita aussitôt chez son voisin, persuadé que c'était une de leurs œuvres machiavéliques, mais ils constatèrent bientôt que chaque habitant du pays était atteint du même problème. Georges et Li-Meï avaient bu, eux aussi de la potion, pour que personne ne soupçonne qu'ils étaient à l'origine de ces perturbations.

Les animaux furent vite désorientés: comment se regrouper  par couleur désormais? Il n'y avait plus aucune différence entre chacun: ils ne savaient plus où aller, ni qui ils étaient. Ils réorganisèrent leurs habitations et chacun choisit un lieu qui lui plaisait pour y construire sa maison. Ils se mirent à se cotoyer, tout en étant désagréables les uns avec les autres et s'accusant mutuellement d'être responsable du problème.

Non! Ils n'aimaient pas du tout cette situation, ils détestaient la nouvelle couleur de leur pelage, plumage, carapace, écailles... Agacés, ils finirent par se rencontrer tous ensemble pour trouver une solution. Ils convoquèrent tous les chercheurs, les scientifiques et les médecins du pays pour qu'ils travaillent ensemble sur la question. Li-Meï se garda bien de leur donner des explications sur l'origine du problème, ni même de leur parler de l'antidote qu'elle avait déjà fabriqué.

Li-Meï et Georges, attendirent et attendirent encore. Les scientifiques se disputaient des théorèmes, n'étaient pas d'accord sur les résultats de leurs expériences et leur travail n'avançait pas. Pendant des mois, ces recherches ne donnèrent absolument rien.

Pendant ce temps, les animaux avaient pris de nouvelles habitudes, Chacun s'installait confortablement dans sa nouvelle habitation. Ils suivaient attentivement les résultats des recherches et en discutaient avec leurs voisins, espérant être enfin libérés de ces satanées couleurs. Des amitiés se lièrent et les animaux oublièrent petit à petit les conflits qui les animaient jadis. Une seule chose était devenue importante : mettre fin à ce fléau multicolore.

Lorsque Li-Meï vit les habitants de son pays se parler et vivre à nouveau ensemble, elle jugea qu'il était temps de donner quelques éléments aux chercheurs, afin qu'ils puissent enfin avancer dans leurs découvertes. Très vite, ils mirent au point une première potion qui fit devenir tout les habitants verts à petits pois bleus. Certes, ce n'était pas le remède final, mais c'était déjà un progrès considérable. Puis, se succédèrent de nombreuses autres potions où les animaux devinrent rouges à rayures violettes, puis complètement recouverts de carreaux de toutes les couleurs pour finir complètement sans aucune couleur.

Li-Meï et Georges étaient satisfaits du désordre qu'ils avaient causé et de la réaction que chacun avait pu avoir dans le pays. Ils décidèrent donc, sans rien dire à personne de déposer l'antidote dans toutes les rivières, les lacs et les points d'eau du pays.

C'est ainsi que les animaux se réveillèrent un matin en ayant retrouvé leur couleur d'origine. Chacun  découvrit avec stupéfaction qu'il avait des voisins d'autres couleurs que lui. Mais peu leur importait ces différences, ils étaient bien trop heureux d'avoir enfin retrouvé leur état naturel. La paix fut de nouveau présente en pays de Chine pour le plus grand plaisir de Georges et Li-Meï, qui ne révélèrent jamais à personne qu'ils étaient à l'origine de  tous ces évènements.    

bunni


La Reine Soleil

Il était une fois une jeune fille qui vivait dans un pays froid,  pluvieux et gris.  Le pays était tellement ténébreux et sombre que la grisaille semblait avoir déteint sur tous les habitants. Le boulanger grommelait tout le temps, le boucher n'était pas aimable, le facteur n'annonçait que de mauvaises nouvelles et il en était de même pour l'ensemble de la population. La jeune fille semblait être la seule à ne pas être affectée par l'air du temps. Elle était rayonnante avec de grands yeux bleus lumineux et de longs cheveux d'un blond étincelant.

Un jour qu'il faisait particulièrement froid et humide, une vieille femme frappa à la porte de la jeune fille et lui demanda un peu de nourriture. La femme avait une allure particulièrement misérable mais la jeune fille avait un cœur plus rayonnant encore que sa beauté et elle l'invita à s'asseoir à sa table. Après avoir mangé une grande tranche de rôti et bu un grand verre de vin, la vieille femme remercia son hôtesse et dit qu'il était temps pour elle de prendre congé. Comme la nuit tombait et qu'il s'était mis à pleuvoir, la jeune fille aux cheveux blonds lui offrit de rester dormir chez elle. La misérable vieille remercia de nouveau son hôtesse mais insista pour reprendre sa route.

« Acceptez au moins de mettre quelque chose d'imperméable et de chaud sur vos épaules. »
La jeune femme alla chercher un épais manteau et le donna à la vieille femme.

« Je vous remercie Mademoiselle pour votre générosité, répondit la vieille, mais il vous faudra alors venir me rendre visite chez moi. »

La jeune fille fut à la fois surprise et heureuse d'entendre que la misérable femme avait une maison où elle pouvait recevoir des invités. Après l'avoir saluée, la vieille femme s'en alla et disparut dans la grisaille. Trois jours plus tard, la jeune fille recevait un carton d'invitation écrite en lettre d'or.

« Mademoiselle,

Vous êtes invitée à la fête du château Solaris. Pour vous y rendre, marchez vers le nord jusqu'à ce qu'un rayon de soleil perce les nuages. Prenez alors la première route vers l'Ouest, et lorsque vous apercevrez un chêne centenaire faites une petite pause. Quand vous serez reposée, allez sonner au château que vous pourrez apercevoir en regardant dans la direction opposée au soleil.

C'était signé : la vieille femme à qui vous avez donné votre manteau.

PS : prenez une pièce de bronze, d'argent et d'or car vous pourriez en avoir besoin.»

Au petit matin, la jeune fille mit une jolie robe de laine bien chaude car il faisait très froid et s'en alla sur la route du nord. Le brouillard était épais et la jeune fille se demandait quand elle pourrait apercevoir un rayon de soleil lorsqu'elle croisa un marchand ambulant.

« Où allez-vous comme cela Mademoiselle ?

- Je suis invitée au château Solaris, répondit la jeune fille en espérant que le marchand puisse l'aider.

- Il vous faudrait un cheval pour aller là-bas. Pour une pièce de bronze, je puis vous en trouver un. »

Comme cela ne représentait que peu d'argent pour un cheval,  la jeune fille donna sa pièce de bronze au marchand ambulant. Ce dernier prit la pièce, fouilla dans son sac et en sortit un cheval blanc miniature. La jeune fille pensa que le marchand s'était bien moqué d'elle mais comme le cheval était très beau, elle l'accepta et le mit dans la poche de sa robe. C'est alors qu'un rayon de soleil perça les nuages et illumina un petit chemin sur la gauche de la route. La jeune fille hésita un instant car le chemin était difficile. Elle décida néanmoins de le prendre car il allait vers l'ouest.

Le petit sentier n'était pas bien large, boueux, couvert de ronces et la jeune fille avait du mal à avancer. Après plusieurs heures de marche, elle était épuisée et chercha un endroit pour se reposer. Elle aperçut un gros arbre, s'allongea dessous et s'endormit sans se rendre compte que c'était là le chêne indiqué sur son invitation.

« Vous n'auriez pas une pièce d'argent ? »

La jeune fille ouvrit les yeux et découvrit un petit lutin avec un drôle de chapeau bleu en train de la regarder. Elle pensa qu'elle était toujours endormie et était en train de rêver. La jeune fille se frotta les yeux, se pinça mais lorsque le lutin demanda de nouveau une pièce d'argent, elle comprit que le lutin était bien réel.

« Pourquoi veux-tu une pièce d'argent ? demanda la jeune fille.

- Je veux la mettre dans mon chapeau magique. »

La jeune fille était stupéfaite de voir un lutin, aussi elle se dit que peut-être son chapeau était réellement magique. Comme elle était curieuse, elle donna sa pièce d'argent au lutin qui la mit aussitôt dans son chapeau bleu. Le lutin prononça d'étranges paroles, remit sa main dans son chapeau et en sortit une couronne de lys dorés. La jeune fille applaudit en se demandant si le chapeau était véritablement magique ou si il ne s'agissait là que d'un tour de prestidigitation. Très heureux d'être ainsi félicité, le lutin donna  la couronne de fleurs à la jeune fille qui la mit aussitôt sur sa tête.  A peine l'avait-elle fait qu'elle aperçut un magnifique château faisant face au soleil à travers les nuages gris.

La jeune fille se remit en marche mais il se mit à pleuvoir et lorsqu'elle arriva devant les portes du château sa robe était trempée et couverte de boue. 

« Je ne peux pas me présenter comme cela, se dit-elle

- C 'est vrai. Donnez-moi une pièce d'or et je vous arrangerai cela. »

Surprise, la jeune fille se retourna et vit un charmant chevalier en armure la saluer respectueusement. Elle se demanda bien comment le chevalier pourrait l'aider mais comme elle ne voulait pas repartir chez elle se changer, elle lui donna une pièce d'or. Le chevalier prit la pièce et lui donna en échange une baguette d'or étincelante.

« C'est la baguette dites « de vérité » que j'ai reprise après avoir tué une méchante sorcière, dit le chevalier. Elle vous sera beaucoup plus utile qu'à moi car on dit qu'elle a le pouvoir de révéler tout ce qui est caché. »

Se demandant si le chevalier disait vrai, la jeune fille prit la baguette et toucha le petit cheval blanc miniature. Un éclat de soleil en sortit et la petite statuette se transforma en un fougueux et magnifique destrier aussi blanc que de la neige. La jeune fille n'en crut pas ses yeux. De sa baguette, elle effleura alors la couronne de fleurs que le petit lutin lui avait donnée. Un nouvel éclat de soleil transperça et les fleurs de la couronne se transformèrent en diamants d'une rare pureté. La jeune fille émerveillée par cette magie se décida alors à toucher sa robe couverte de boue.  Un faisceau de lumière encore plus aveuglant que les autres, transforma sa robe maculée en  une extraordinaire robe couleur de soleil dont l'éclat était tel qu'il était presque impossible de la regarder sans être aveuglé. La jeune fille se demanda alors si elle n'était pas désormais trop richement parée pour faire son entrée au château mais puisque c'était là faire honneur à la fête qui s'y déroulait, elle monta sur son destrier et entra dans l'enceinte de la cité.

La cour du château était pleine de gens et de troubadours mais comme le ciel était gris et ténébreux la fête n'était pas très joyeuse. Les chants étaient tristes, les danses lentes et les rires forcés.

C'est alors que la vieille femme qui l'avait invitée apparut, accompagnée du lutin, du marchand et du chevalier.

« Bienvenue à vous Reine Soleil, cela faisait longtemps que nous vous attendions. »

La jeune fille ne comprit pas pourquoi la vieille femme la traitait en Reine. Sentant le trouble de cette dernière, la vieille se mit alors à lui conter l'étrange histoire qui était la sienne.

« Il y a des années de cela, alors que vous n'étiez qu'un nourrisson, une sorcière méchante et cruelle a tué vos parents, le Roi et la Reine Soleil, et s'est emparée de la baguette de vérité pour plonger le royaume dans les ténèbres. Le pays qui était empli de lumière est alors devenu froid, pluvieux et gris. Les habitants du royaume sont à leur tour devenus moroses et tristes.

Heureusement, du fait de vôtre jeune âge, la magie noire de la sorcière ne pouvait vous atteindre mais par prudence, moi, votre marraine la fée, je vous ai emmenée loin du château Solaris et confiée à une famille du pays en laquelle j'avais entière confiance. Pour empêcher la sorcière de prendre le pouvoir,  j'ai ensuite transformé la couronne de vos parents, le roi et la reine, en une couronne de fleurs que j'ai confiée à mon ami le lutin. Je me suis également procurée de la poudre magique auprès du marchand que vous avez rencontré et l'ai utilisée pour transformer le cheval blanc du roi en statuette afin d'éviter que la sorcière dans sa fureur ne vienne à le changer en bête immonde. Vous seule en étiez digne. Cette magie m'a couté une pièce d'or, d'argent et de bronze et vous ne pouviez défaire le sort qu'en donnant ces pièces à vôtre tour.

Les années ont passé et à mesure que vous grandissiez les pouvoirs maléfiques de la sorcière se sont amoindris. Plus vous faisiez le bien autour de vous, plus les ténèbres reculaient.

Il y a quelques jours, suite à la visite que je vous ai faite, je me suis rendue compte que grâce à votre grande générosité envers les plus humbles, les pouvoirs de cette sorcière avaient terriblement baissé. Il était désormais temps d'entreprendre la reconquête du royaume et de vous restituer ce qui vous avait été volé. Le jeune chevalier Guillaume, désireux de prendre part dans cette juste cause, s'est porté volontaire pour combattre.  Même si la bataille fut rude, il parvint à force d'ardeur et de courage à renvoyer en enfer la sorcière et ses suppôts. Vous pouviez enfin reprendre votre place sur le trône. »

La jeune fille descendit de son cheval blanc, réajusta sa couronne de diamants et son extraordinaire robe couleur de soleil, et demanda d'une petite voix enrouée par l'émotion comment elle pouvait les remercier.

« Peut être pourriez-vous faire revenir le soleil sur le royaume ? »

La jeune Reine hésita puis fit tournoyer sa baguette dans les airs. Les ténèbres qui restaient au-dessus du pays se dissipèrent aussitôt. Les couleurs du printemps, que l'on croyait oubliées pour toujours, réapparurent éclatantes de beauté. Le peuple, lui aussi, retrouva joie et bonne humeur, rempli de cet espoir immense que faisait naître cette nouvelle Reine. Les rires se mirent à éclater, les chants devinrent magnifiques et les danses endiablées.


La jeune fille, consciente de la nouvelle tâche qui lui incombait, se fit un devoir d'apporter richesse et prospérité au royaume qu'elle chérissait chaque jour un peu plus. Elle demanda souvent conseil à sa marraine ainsi qu'au chevalier qui devint pour elle un ami cher. Les années passant, l'amitié fit place à l'amour et les deux jeunes gens se marièrent dans un pays en liesse.  Bien des années plus tard, on raconta qu'il n'y eut jamais de plus grand amour que le leur et qu'ils eurent autant d'enfants qu'il y avait d'étoiles. Mais peut-être n'était-ce là qu'une légende ?

bunni


Sarapion le mousseron est amoureux

Il était une fois, sur la colline des champignons, un mousseron tout jaune qui s'appelait Sarapion. Sarapion aimait de tout son cœur Lilith l'amanite Panthère. Il la trouvait très séduisante avec son teint farineux parsemé de grains de beauté. Mais Sarapion avait les yeux si bridés qu'il n'y voyait pratiquement rien.

Lilith n'aimait pas Sarapion. Lilith était amoureuse de Bouche ; Bouche l'amanite tue-mouche. Cet odieux champignon, coiffé d'un béret rouge à pois blancs, qui passait son temps à gober les mouches. Il les ingurgitait en une bouchée puis reprenait son souffle et rotait.  Mais Bouche n'était pas amoureux de Lilith. Bouche n'aimait personne ; personne à l'exception d'un seul champignon ; lui-même.

Sarapion avait un très bon ami qui s'appelait Chico ; Chico le psilo. Chico se tenait sur un pied très mince et élancé et ses yeux ronds pétillaient de malice. Il portait un bonnet de lutin surmonté d'un grelot qui sonnait lorsqu'il avait une idée. Chico était désespéré de voir son ami Sarapion s'amouracher de Lilith. Elle le ferait beaucoup souffrir, il le savait.

~

Et puis, un jour, par un beau matin ensoleillé, le grelot de Chico se mit à tintinnabuler.  Chico venait d'avoir une idée géniale ! Il allait présenter à Sarapion la belle Maribelle. Maribelle était une coulemelle si timide qu'elle cachait son joli petit minois et ses yeux noisette derrière son chapeau de paille.

Maribelle n'avait pas encore trouvé le champignon de ses rêves, loin de là.... Elle n'avait jamais eu beaucoup de chance avec les champignons. Elle était tombée sous le charme de Momo la morille. Mais Momo ne pensait qu'à une chose : jouer avec son copain le coprin chevelu et traîner avec la bande des champignons de Paris. Un jour, il prit la clé des champs et la laissa mijoter longtemps, très longtemps. Maribelle s'était ensuite amouracher de Zoltan, une langue de boeuf qui ne cessait de mentir. Le monde de rêve de Maribelle s'était écroulé du jour au lendemain lorsqu'elle regarda la vérité en face.

Mais cette fois ci, ce serait différent. Chico connaissait bien Sarapion et savait que c'était un bon champignon, un champignon avec un grand C. Il se disait qu'il ne pourrait rester insensible au charme de Maribelle. Et ce qui devait arriver, arriva. Ils se rencontrèrent....

Après les présentations, Chico s'éclipsa et les laissa faire connaissance. Mais Sarapion était pressé de rejoindre Lilith. Aussi, ils échangèrent quelques banalités puis, s'excusant poliment, il serra le pied Maribelle et s'en alla. Lorsque Chico revint, il trouva Maribelle en train de pleurer comme des pleurotes. Il la consola et commença à gamberger...


Quelque temps après, le grelot de Chico tintinnabula à nouveau. Il avait une nouvelle idée... Il alla trouver Satanas le bolet. Satanas était un magicien gros comme une citrouille coiffé d'un chapeau melon blanc. Satanas n'était pas méchant mais son regard noir faisait fuir ceux qui ne le connaissaient pas.

- Que puis-je pour toi Chico ? demanda Satanas.

- Je voudrais que mon ami Sarapion ouvre enfin les yeux, lui répondit Chico.

- Qu'il ouvre les yeux ? Mais sur quoi ?

- Sur l'amour...

Satanas se mit alors à souffler très fort et devint tout bleu. Deux petites perles blanches sortirent alors de son chapeau. Deux perles qui se détachèrent et se mirent à flotter dans les airs. On aurait dit deux minuscules planètes en apesanteur.

- Lorsque ton ami dormira, dépose ces perles sur ses yeux et récite cette formule magique: Lycoperdon perlatum ! Que ces perles ouvrent tes yeux, que ces perles ouvrent ton cœur !

Chico remercia Satanas et, confiant, partit retrouver son ami. A la nuit tombée, Chico s'assura que Sarapion dormait profondément. Puis, sans un bruit, il déposa les perles sur ses yeux et chuchota la formule magique :

- Lycoperdon perlatum! Que ces perles ouvrent tes yeux, que ces perles ouvrent ton cœur!

Mais rien ne se passa. Il récita à nouveau la formule magique. Mais toujours rien... Il la récita encore et encore, mais Sarapion dormait toujours. La formule magique n'avait pas agit. Chico était très malheureux car il avait échoué.

~
Bientôt, le soleil se leva sur la colline des champignons et Sarapion entrouvrit les yeux. C'est alors que les perles blanches éclatèrent, pulvérisant la poudre magique sur les yeux de Sarapion. Sarapion ouvrit alors grand les yeux et se tourna ver Lilith. Et là, il poussa un cri d'horreur. Il voyait Lilith pour la première fois telle qu'elle était réellement : Vénéneuse ! Ce n'est pas de magnifiques grains de beauté dont elle était couverte mais d'affreuses verrues gorgées de poison !

Maribelle et Chico alertés par le cri de Sarapion accoururent. Maribelle courut si vite qu'elle en perdit même son chapeau. Sarapion le ramassa et le lui tendit en effleurant son pied. Maribelle rougit puis se recoiffa. Sarapion n'en revenait pas. Qu'elle était jolie ! Comment avait-il fait pour ne pas s'en apercevoir plus tôt ! Et devine ce qui arriva !

Sarapion passa la bague au pied de Maribelle et Chico fut le témoin du mariage célébré par Satanas. Quelque temps après, deux petits champignons naquirent. Ils les prénommèrent Mousserelle et Sipion. Quant à Lilith elle continua à empoisonner la vie de Bouche. Et Bouche continua à gober les mouches. Mais ça c'est une autre histoire...


FIN

M.M

bunni

#623

La petite étoile

Une étoile dans le firmament brillait de son plus bel éclat. Unie depuis toujours à ses frères les astres, elle dispensait sa lumière à qui le voulait. Son père céleste la nourrissait d'un amour inconditionnel et lui racontait avec une bonté et une patience infinie l'origine de sa vie.

"Tu es née d'une pensée lui disait-il, d'un désir tel qu'il n'en existe pas de plus grand dans tout l'univers. Tu es faite pour briller et éclairer le monde d'en bas de ta lumière, de manière immuable et éternelle. Il existe ce qu'on appelle des êtres dans ce monde et ils ne sont en vie que grâce à une infime poussière d'étoile qui se trouve en eux. Une partie de moi-même que je t'ai également insufflé pour que tu sois".

La petite étoile était perplexe, et se demandait quels étaient ces êtres qui possédaient une partie d'elle même et qui devaient surement briller à l'image du firmament. Les questions se succédaient sans cesse, comment sont-ils, quelle est la raison de leur existence et surtout, pourquoi ne sont-ils pas à nos côtés, ici c'est tellement beau et vaste...et tant et tant d'interrogation qu'elle n'en pouvait plus de ne pas savoir. Jusqu'au moment où elle eut la pensée de les rencontrer. Elle savait pourtant que dans son monde la moindre pensée était exaucée et engendrait son accomplissement immédiat.

C'est ainsi qu'elle se décrocha du firmament et commença une chute interminable au cours de laquelle des mondes indéfinissables se dévoilèrent. Au fur et à mesure de sa descente, la petite étoile se rendait compte qu'elle perdait petit à petit ses souvenirs, sa mémoire, jusqu'à son éclat...ce qu'elle était!

Jusqu'au moment où elle eu à peine le temps d'apercevoir avec effroi un monde sans lumière...puis, elle perdit conscience.

« Bonjour!!! »

La petite étoile qui reprenait lentement ses esprits et qui avait tout oublié, même qu'elle était une étoile, regardait cette chose étrange qui lui adressait la parole.

« Bonjour, lui répondit elle, qui es-tu? »

« Je suis une pierre voyons, lui marmonna l'horrible créature »

« Je ne sais pas qui je suis et dans quel monde je vis...lui répondit l'étoile...peut être que tu pourrais m'aider? »

La pierre l'observa longuement avant de lui raconter qu'elle était très vieille, qu'elle passait le plus clair de son temps immobile et qu'elle n'avait surtout pas le moindre désir de bouger... « Laisse moi en paix lui dit elle... va-t'en!! »

Quelque chose d'indéfinissable et de désagréable pris place à l'intérieur de l'étoile. Pour la première fois, elle découvrait le sentiment d'une infinie solitude.

Au prix de milles efforts elle commença son chemin, découvrant ça et là d'étranges contrées dans ce monde, où la lumière et l'obscurité se succédaient sans cesse. La première nuit fut un émerveillement. Contemplant la beauté du ciel, elle rêvait d'être comme ses petits points lumineux accrochés harmonieusement cote à cote. Et, sans savoir pourquoi, un sentiment de tristesse absolu se mit à l'envahir.

Un jour, au détour d'un chemin, elle découvrit un curieux spectacle...des innombrables petits soleils bougeaient de concert, à droite, à gauche, tournés tous ensemble dans la même direction.

« Qui êtes-vous? » demanda t'elle étonnée

« Nous sommes des tournesols!! » répondirent ensemble les petits soleils

« Mais quelle est cette danse étrange, quel est l'objet de votre attention permanente?...Venez avec moi, je me sens si seule, nous pourrions ensemble, découvrir ce monde si étrange. »

« Non, nous ne voulons pas...crièrent en chœur les tournesols...notre seul plaisir est de nous délecter ensemble de la chaleur et de la lumière du grand soleil, c'est notre seul et unique désir, notre raison d'être et nous n'avons pas la moindre envie d'en changer...regardes comme nous sommes colorés et éclatant, toi tu es si terne...Et puis arrêtes de poser des questions idiotes, va-t'en!!! »

Triste mais confortée par l'idée qu'elle n'était plus seule, la petite étoile cahin caha, de si de là, découvrit ce qui lui semblait être d'autres pierres toujours immobiles et d'autres tournesols mais de couleurs et de tailles différentes, qui, obstinément, se tournaient ensemble en direction du grand soleil.

Puis, exténuée, elle s'endormit à l'orée d'une forêt.

Tic tic tic, tac tac tac, la petite étoile fut réveillée par des bruits inconnus. Sa curiosité l'amena au pied d'un tournesol bien plus grand que les autres pensa t'elle et où elle assista à une scène étrange. Des créatures dont elle n'avait encore jamais croisé la route, sautillaient pour certaines, dormait pour d'autres, des petites, des grandes, silencieuses, bruyantes...

La présence de l'étoile attira les créatures.

« Qui est-tu?, d'où viens-tu? Tu veux jouer avec nous? » Tic tic tic, tac, tac, tac

La petite étoile rit aux éclats, ne savait plus par où commencer, elle leur raconta son histoire, qu'elle ne savait pas qui elle était et d'où elle venait, sa rencontre avec les pierres et les tournesols, le jour, la nuit avec les petits points lumineux, les sentiments de solitude et de tristesse, un vide qu'elle ne pouvait combler.

« Tu as rencontré les pierres et les plantes...lui répondit la créature qui paraissait la plus âgée...les premières sont immobiles et n'ont jamais changé depuis ma naissance, les secondes sont animées d'un désir de bouger ensemble, le vent les plie et la grêle les arrachent parfois à la terre mais comme un cycle sans fin elle réapparaissent toujours, plus ou moins nombreuses. Mais c'est sans aucune comparaison avec nous autres les singes!!!, nous allons et venons chacun à notre gré. Manger, se reproduire, dormir, est notre crédo. Quoi demander de plus, nous ne désirons rien d'autre, animal d'un jour, animal toujours. » tic tic tic tac tac tac.

   La petite étoile se mis alors à sangloter

« Je ne saurais donc jamais qui je suis et pourquoi je souffre tant...avez vous déjà vu des créatures semblables à moi? »

Le singe perplexe : « heu non, c'est la première fois, tu es sans couleur, si pâle...je pense néanmoins pouvoir t'aider. Il existe un animal qui vit non loin d'ici. Pourtant semblable à nous autres dans tous ces aspects, il parle cependant une langue inconnue ». Pourra-t'il peut être t'apporter des réponses ».

« Allons y...lui cria l'étoile...j'ai tellement hâte de savoir ».

Ils se mirent en quête de rencontrer cet animal. En chemin la discussion allait bon train, le singe faisant des pronostics sur ce que devait être l'étoile.

« tu es peut être une luciole éteinte...lui disait-il...ou bien un fragment de lune qui aurait perdu son éclat!!! ».

L'étoile riait et spéculait sur son origine improbable quand soudain elle s'arrêta net. Une douce chaleur l'envahit.

« Allez nous sommes arrivés...lui dit le singe...regardes c'est dans cette étrange bâtisse que l'animal vit...mais que t'arrive t'il!!!! tu commences à briller!!!!j'avais donc raison...tu es une luciole!!!! »

La petite étoile sentait la chaleur en elle de plus en plus forte et parvenait même à distinguer la lumière qui en émanait. Un être se tenait à l'entrée de la demeure, une douce lumière diffuse, identique à celle de l'étoile mais en moindre intensité, s'en dégageait.


« Nous sommes semblables!!! »...hurla l'étoile...des pensées s'imposèrent à elle...poussière d'étoile, être...

Elle se mit alors à filer à la rencontre de celui qui pourrait sans aucun doute lui apporter toutes les réponses quand soudain, sous les yeux ébahis du singe, elle se mit à briller de plus en plus puis se mit à se consumer, se consumer, encore et encore. C'est alors, qu'à une vitesse fulgurante, la petite étoile s'envola dans le ciel vers le firmament, toujours plus haut, jusqu'à disparaître.

Au fur et à mesure de son ascension, la mémoire repris progressivement sa place. Elle se rappelait des mondes traversés lors de sa chute, puis la béatitude l'envahit :

« je suis une étoile » cria-t'elle. Je ne serai jamais plus heureuse qu'ici chez moi...

Son père céleste, dont la lumière brillait au delà des mots, vint à sa rencontre. L'amour qu'il ne savait que donner exprima sa joie ineffable de l'avoir enfin retrouver.

« Père céleste, lui dit elle, j'ai rencontré tellement de créatures dans le monde d'en bas, mais la seule dont je garde un amour éternel est l'être que je n'ai pu approcher... »

« Toutes les créatures d'en bas sont animées d'une étincelle de vie, que je leur ai, tout comme à toi, insufflé. Tu sais maintenant que les pierres n'ont qu'une petite étincelle, un désir, infime, puis, les végétaux, un peu plus, les animaux encore plus et l'être. Il est le seul but de toute ma création. Quand tu étais dans ce monde, ta mémoire avait disparu et pourtant, un manque, un vide indéfinissable te tenaillait, te contraignant à chercher sans cesse tes origines, la raison profonde de tes souffrances. C'était moi...Il en est de même pour l'être qui renferme en lui la plus grande part de lumière. En me dissimulant à lui, je lui laisse le choix libre de venir me rejoindre. Le temps n'existe pas, mais il s'en rapproche progressivement. C'est mon seul et unique désir ».

L'étoile est aujourd'hui devenue plus brillante que jamais, ceci, afin d'atteindre l'être qu'elle n'a jamais oublié.



Message de l'étoile :

« Si vous sentez de temps à autre des souffrances, si des questions vous viennent auxquelles vous n'obtenez aucune réponse, cherchez en vous. Profondément enfouie, se cache une étincelle qui ne demande qu'à grandir et briller, briller, laissez la vous consumer totalement, seulement alors nous pourrons nous rejoindre. Pour autant, ne levez pas la tête au ciel pour tenter de m'apercevoir. Mais regardez seulement en vous, c'est ici que je me cache ».

tic tic tic tac tac tac

bunni


La légende de Zaza le lézard

  Il était une fois, sur une lointaine planète, vivait un petit lézard. Tous les soirs, à la tombée de la nuit, il regardait le ciel. Il admirait par-dessus tout, la danse des étoiles qui brillaient de mille lumières. C'était ainsi, que bercé par la musique des couleurs, il se laissait emporter par le sommeil et rejoignait le pays des songes. Dans ses rêves arc-en-ciel, il nageait parmi les étoiles, sautillant de l'une à l'autre, jouant et dansant jusqu'à la lune blonde.

    Le matin venu, le petit lézard, tout de bleu vêtu, plongeait dans la mare pour se rafraichir de sa folle nuit. La vie était toujours douce et paisible sur sa planète verte. Il chassait les papillons, les libellules et s'amusait à bondir de feuille en feuille à la poursuite des fées-sauterelles. La journée, confortablement installé sur un arbre-champignon, il séchait ses écailles au soleil. Au crépuscule, il voyageait dans son monde imaginaire peuplé d'êtres géants et de créatures fantastiques.

    Mais voilà, le petit lézard s'ennuyait. Il voulait un ami avec qui s'endormir. Aussi parfois, lorsque l'obscurité tombait sur sa maison-fleur, lorsque le ciel se parait de milliers de  lucioles colorées, il devenait triste. La tête levée, il regardait la boule bleue, ronde comme une goutte d'eau. Alors, le cœur gros, de minuscules larmes d'or perlaient sur ses joues.

    Un soir ou il se sentit vraiment seul, avant de fermer les yeux, il fit un vœu : le vœu de s'envoler  jusqu'à la petite bille bleue. Peut-être que loin, si loin de lui, il trouverait quelqu'un avec qui partager sa vie. Lorsqu'il ferma les paupières, le petit lézard glissa et tomba dans la mare. Il tomba et tomba encore, de plus en plus profond, de plus en plus noir. C'est alors qu'il se transforma en étoile filante. Poussière d'or et de lumière, il se dirigea ainsi vers la petite boule de mer, goutte de terre.

    Réveillé par une fraicheur qu'il ne connaissait pas, le petit lézard ouvrit ses yeux d'or. Il ne reconnu pas sa mare. Il n'était pas non plus dans sa maison-fleur. Mais où était-il donc ? Dans un endroit inconnu de sa planète ? Ou bien encore perdu dans ses rêves ? Non ! Il était bel et bien éveillé. Son vœu avait été exaucé. L'air avait le parfum de fleurs inconnues et la chaleur sur sa peau lui semblait bien plus intense. L'eau à présent était transparente comme les ailes d'une fée.

    Il s'émerveilla des milliers de choses qu'il ne connaissait pas. Des bêtes étranges le regardaient, curieuses. La brise, les gros rochers bossus, les arbres en fleurs, tout lui semblait différent et merveilleux à la fois. Il comprit qu'il était arrivé dans cet autre chez lui. Joyeux, il partit à la découverte de ce monde nouveau, jusqu'à ce que le jour s'éteigne.

    Fatigué par sa longue journée d'exploration, il s'étendit sur une souche près d'une rivière et laissa les rayons du soleil réchauffer sa peau d'azur. Il ne remarqua pas la frêle silhouette qui s'avançait vers lui. Attirée par ses couleurs d'eau et d'or, une petite fille s'approchait d'un pas de velours en tendant les mains vers l'étrange animal...

    « Zaza ! » dit-elle.

    Le petit lézard ouvrit les yeux. Après un peu d'hésitation, il monta sur la main, puis le bras de la petite fille et se figea. Soudain, le lézard tout entier s'illumina. Il s'enroula doucement autour du minuscule poignet, et se transforma en un magnifique bracelet doré.

    Depuis ce jour, Zaza était enfin heureux, car il avait trouvé l'amie qu'il désirait en rêves. Pour rester près de Jessie, il s'enroulait autour de son poignet et se métamorphosait en un bijou merveilleux. Et la fillette, heureuse d'avoir un compagnon fantastique, garda bien son secret. Mais le soir venu, Zaza redevenait un lézard bleu, et ensemble, ils regardaient la lune qui lui rappelait ses origines. Il montrait à son amie les étoiles qui selon lui, étaient des lézards qui voyageaient dans le ciel, magiques comme des étoiles filantes.


Morale

    Lorsqu'on croit très fort en ses rêves, ils finissent parfois par se réaliser. Mais il faut surtout, quelqu'un avec qui les partager.

bunni


LA VERITE TOUTE NUE

En des temps fort anciens, la Vérité habitait au fond d'un puits, quelque part dans le désert. C'était la Vérité-Toute-Nue qui vivait là depuis des millénaires, et seuls quelques sages, ou prétendus tels, allaient parfois la contempler

Or un jour, la Vérité décida, on ne sait trop pourquoi, de sortir du puits où elle vivait et de parcourir les villes et les villages des hommes.

Elle sortit comme elle était, c'était la Vérité-Toute-Nue !

Mais lorsqu'elle traversait les rues et les ruelles des villages des hommes, ceux-ci se détournaient d'elle par honte et par crainte.

Ils n'osaient pas la regarder dans les yeux et ils ne supportaient pas de la voir ainsi nue...

Et elle, la Vérité-Toute-Nue, était très triste et malheureuse de se sentir ainsi rejetée, telle une pestiférée avec sa clochette. Et elle repartait sur les chemins, toujours plus triste et plus malheureuse...

Or, un jour où elle était encore plus triste qu'à l'accoutumé, elle fit la rencontre du Conte, dans ses beaux habits de fête, des habits chatoyants, multicolores et joyeux

- Ah ! Bonjour Vérité-Toute-Nue, lui dit le Conte qui n'avait pas peur de la regarder dans les yeux. Mais pourquoi as-tu l'air si triste et si malheureuse ?

- C'est, lui dit la Vérité-Toute-Nue, que lorsque je traverse les rues et les ruelles des villages des hommes, ceux-ci se détournent de moi comme si j'étais vieille et laide!

- Mais tu le sais mieux que personne, Vérité-Toute-Nue ! Tu n'es ni vieille ni laide ! Ce n'est pas cela ! Ils ne supportent pas tout simplement de te voir nue. Tiens, choisis parmi mes plus beaux habits, et tu verras...

C'est depuis ce temps là que la Vérité emprunte les plus beaux habits du Conte. Et les hommes lui font ainsi un meilleur accueil...


D'après un conte traditionnel indien

bunni

#626

Les oeufs de Pâques.

L'hiver ce méchant géant devait retourner dans ses  contrées du Nord à l'arrivée du Printemps.

Mais il refusa de céder aussi facilement le terrain à son successeur le Printemps.

Aussi laissa-t-il le vent du Nord souffler à travers le pays. celui-ci aperçut un jour un pré couvert de fleurs multicolores.

Il cueillit une des fleurs pour l'offrir à l'hiver. La fleur tremblait de peur et de froid devant ce méchant géant, le grand froid du Nord.

« Pitié! le supplia-t-elle.        

-Non! répondit-il. Je tiens enfin l'un des enfants de mon ennemi en mon pouvoir.

Je veux bien te libérer à une seule et unique condition: que tu couvres mon royaume d'une prairie multicolore.

-C'est impossible » dit la pauvre petite fleur. Et elle se mit à pleurer car elle fut obligée de suivre l'hiver dans son palais de glace.

Le palais n'était que  flocons de neige. La fleur n'y tient plus. « Donnes-moi une heure une seule heure de liberté, demanda-t-elle .

Je prierai les autres fleurs de me suivre dans ton royaume. L'hiver finit par accepter:

-Une heure pas plus. » Le vent du Nord ramena la fleur au pays du Printemps.

Tout le monde accueillit son retour avec joie: les fleurs, les oiseaux et même les animaux de la forêt .

La petite fleur était heureuse de se retrouver dans son pays au royaume du Printemps. Mais elle songea aussitôt que son heure de liberté passerait bien vite.

Aussi demanda-t-elle aux fleurs et aux animaux de l'aider. « Nous ne pouvons pas t'accompagner ni t'aider, lui dirent les fleurs et les animaux tristement.

Le souffle glacé de l'hiver nous tuerait tous et toutes!  » Mais un lapin âgé, dont la sagesse était reconnue de tous, prit la parole.

« Nous allons t'aider nous savons ce qu'il faut faire, nous les lapins et les lièvres . Le jour de Pâques, au lever du soleil, le jardin de l'hiver ressemblera à une prairie fleurie .

Après le départ de la fleur, le lapin  ordonna à tous ses compagnons de trouver beaucoup d'oeufs.

Les lapins et les lièvres coururent alors dans les villages et ils demandèrent à toutes les poules de leurs donner leurs plus beaux œufs .

Les poules acceptèrent bien volontiers et de bon gré, et les lapins et les lièvres retournèrent voir le vieux lapin sage, fiers d'avoir bien accompli leur mission.

« C'est à vous les fleurs de participer pour aider notre amie la fleur, vous allez colorer les oeufs de vos plus belles couleurs, et de couleurs si vives que l'hiver les prendra pour des fleurs ».

Les fleurs donnèrent volontiers leurs plus belles couleurs ainsi les lapins et les lièvres s'empressèrent de teindre les oeufs.

Le matin de Pâques ils se rendirent dans le royaume de l'hiver et dispersèrent les oeufs aux couleurs vives dans la prairie.

A son réveil l'hiver regarda par la fenêtre, comme il le fait tous les jours, à son réveil.

Il n'en cru pas ses yeux. Son jardin de neige et de glace était devenu une prairie fleurie.

Il fit souffler le vent du Nord de toutes ses forces, il fit venir le gel glacé, mais les fleurs  résistaient.

Alors il libéra la petite fleur. Plus tard, il s'aperçut qu'on l'avait trompé.

Mais il était tellement touché par l'amour des lapins et lièvres pour la petite fleur qu'il ne dit rien. Et laissa la place au

Printemps , pour voir sourire les yeux  de la petite fleur.

bunni


La mission de Linette, un conte de Pâques

Voilà longtemps, à la veille de Pâques...

Dame Eudes, la majestueuse cloche de la cathédrale de Chartres, fit appeler ses filles.

-Mes chères enfants, la fée Viviane attend votre visite car elle souhaite vous confier une mission... Partez, sur le champ !

Les trois sœurs s'envolèrent, enthousiasmées par une telle invitation.

-La fée veut certainement m'entendre chanter : ma voix est si belle ! annonça fièrement Aliénor.

-Et moi, pour faire partie de son corps de ballet : Je danse aussi bien que les elfes ! déclara Aude.

Linette ne disait rien. Elle s'appliquait à suivre ses sœurs tant bien que mal. Ses ailes étaient si petites, si chétives qu'elle avançait avec peine.

-Cesse de traîner, s'écrièrent ses sœurs, exaspérées par sa lenteur. Tu vas nous retarder !

Quand elles arrivèrent au palais, la fée les accueillit avec beaucoup de gentillesse.

-Petites, j'ai besoin de votre aide. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de mes filleuls, les enfants du roi. Je souhaiterais que vous leur portiez, de ma part, ces quelques friandises...

La fée désigna du doigt un gigantesque tas de bonbons, étincelants comme des pierres de lune.

Puis, elle ajouta :

-Vous embrasserez mes chers filleuls pour moi.

Les jeunes cloches glissèrent les cadeaux sous leurs larges jupes de bronze, sans mot dire. Puis elles se retirèrent.

Après avoir parcouru quelques kilomètres, elles firent une pause près de la rivière.

Aliénor et Aude semblaient de méchante humeur :

-Que c'est lourd ! dit l'une.

-Quelle barbe ! Répliqua l'autre. Je n'ai aucune envie d'accomplir cette mission.

-Pour qui nous prend-t-elle ? Pour ses domestiques ?... Je rentre chez moi !

-Moi aussi !

Et sous les yeux horrifiés de la plus petite, les cloches déchargèrent leur cargaison d'or et d'argent, dans l'herbe humide.

-Vous ne pouvez pas faire ça ! Nous avons promis à Viviane...

-Nous allons nous gêner ! Répondirent en chœur les chipies.

Elles s'envolèrent sans même un regard pour leur cadette, persuadées que cette dernière les suivrait comme à l'accoutumée.

Cette fois, Linette n'avait pas envie d'obéir. Elle rassembla les friandises abandonnées et les plaça avec précaution sous sa jupe :

-Les petits princes attendent leur cadeau. Pas question de les décevoir, murmura-t-elle.

Ainsi chargée, elle prit son envol en direction de la demeure du roi. Le vent s'était levé, à présent. La pluie tombait. Linette avançait avec grande difficulté car ses ailes étaient douloureuses. Vingt fois, la petite cloche fut sur le point d'abandonner sa charge... Mais elle tint bon . Bientôt elle aperçut les tourelles du château, de l'autre côté de la forêt.

-Allez, j'y suis presque ! S'encouragea-t-elle de la voix.

A cet instant, un éclair transperça le ciel. Linette eut alors si peur qu'elle perdit l'équilibre. Sa précieuse charge glissa... et se répandit sur la terre.

Quand Linette parvint au pied du château, sa jupe était vide !

Epuisée, la cloche s'écroula à terre, secouée par de gros sanglots. Elle aurait souhaitée mourir là, tant elle était déçue de n'avoir pu réaliser sa mission.

Soudain des petites mains la caressèrent. Quand elle leva la tête, elle vit deux enfants qui l'observaient avec tendresse :

-Pourquoi pleures-tu, gentille cloche ?

Linette comprit aussitôt qu'elle avait affaire aux jeunes princes. Elle leur confia la raison de sa détresse.

-Ce n'est pas grave, s'exclamèrent les enfants. Nous chercherons les bonbons avec toi. A trois, nous les retrouverons bien vite !

La pluie avait cessé. La présence du soleil facilita les recherches : Les emballages des sucreries scintillaient joyeusement entre les brins d'herbe, dans les arbres et sur le chemin...

Marie et Louis poussaient des cris d'émerveillement, à chaque trouvaille.

Linette oublia sa fatigue pour retrouver le sourire : les jumeaux s'amusaient tant !

Quand ils rentrèrent au château, les petits princes annoncèrent au roi, les joues rougies par le plaisir :

-Sire, grâce à Linette, nous avons passé une excellente journée ! Nous avons fait une extraordinaire chasse aux bonbons ! Il faudra la conter à Madame notre marraine.

Depuis cette aventure, une coutume s'instaura : Les cloches eurent pour mission, chaque veille de Pâques, de distribuer des bonbons en chocolat aux jeunes princes puis ensuite à tous les enfants...

bunni


Un conte pour Pâques

Une petite poule qui n'avait encore jamais vu la lumière du jour décida d'entreprendre un long voyage à travers le monde.

Ravie, elle courut le long d'un ruisseau jusqu'à ce que, saisie de frayeur, elle s'arrête soudainement. Un monstre terrible, dont les oreilles inspiraient la peur, venait vers elle, suivant son chemin. Alors, la petite poule fit demi-tour et retourna d'où elle était venue.

Le monstre en question était un jeune lièvre qui lui aussi, pour la première fois, découvrait le vaste monde.

Le cœur léger, il bondissait sur les rives du petit ruisseau, mordillant de-ci, de-là, un brin d'herbe nouvelle. Et voilà que soudain, une créature des plus dangereuses surgit devant lui.

C'était un oiseau, pas très gros, mais aux petits yeux perçants et au bec pointu fort inquiétant. Aussi préféra-t-il retourner dans la tanière familiale et fila comme une flèche. Ce n'est qu'à la lisière de la forêt qu'il s'arrêta. Il regarda prudemment derrière lui pour voir si son poursuivant était sur ses traces. Mais de celui-ci, il n'en vit même pas l'ombre, ne serait-ce même que la moindre plume de son derrière! « Il y a donc un animal qui prend la fuite devant moi. Il m'est, à vrai dire, bien sympathique! »

Entre-temps, la poulette, elle aussi, s'était arrêtée dans sa fuite pour reprendre son souffle. Elle vit que le terrible animal qu'elle avait rencontré avait bel et bien pris lui aussi la poudre d'escampette.

Que firent donc nos deux héros? Ils rebroussèrent chemin tous les deux, allant l'un vers l'autre. Ils se dirent bonjour, un peu honteux et confus de leur frayeur. Et ils se plurent fort et devinrent les plus grands amis du monde. Depuis cet instant-là, ils devinrent inséparables et on les voyait toujours ensemble. Si bien qu'ils rencontrèrent chacun la famille de l'autre, et tous se plurent fort les uns les autres. Tout cela est très important, car de là vient qu'il y a aujourd'hui des œufs de Pâques ainsi que le lièvre de Pâques.

Les lièvres et les poules, qui ont souvent leurs petits qui naissent vers le temps de Pâques, sont les animaux les plus pacifiques de la création. Et ces deux amis dont on parle aujourd'hui étaient particulièrement bons et généreux.

La vieille poule de la famille avait trouvé un bel endroit, tout contre un fourré, et là, elle couvait ses œufs. Les lièvres, qui n'avaient encore jamais vu d'œufs de leur vie, n'en croyaient pas leurs yeux et ne pouvaient détacher leur regard des petits œufs blancs et ronds, si jolis. Voyant cela, la mère poule leur offrit ses œufs, car elle savait bien qu'elle pourrait en pondre suffisamment. Les deux familles, donc, se trouvaient réunies autour des œufs, et ils en vinrent tous à parler très sérieusement :

« D'où vient donc le monde, dit le vieux lièvre grisonnant. Je sais que nous venons de la forêt où jadis vécurent nos parents. Mais le monde, d'où vient-il? »

« Cela, je peux vous le dire, répondit la vieille poule, et seules les poules peuvent savoir cela : le monde vient d'un œuf! » Et elle parla des œufs, et de comment aussi ils devaient être protégés, couvés.

« Mais il doit bien y avoir quelqu'un, dirent les lièvres, qui a couvé l'Œuf des Mondes. L'Œuf de l'Univers. »

« C'est vrai, répondit la vieille poule, car si un œuf n'est pas couvé, rien ne peut en naître. C'est le grand Oiseau des Mondes qui a pondu, réchauffé de son corps et couvé cet œuf. »

Les lièvres furent heureux d'avoir découvert tout cela et regardaient les œufs qui étaient là devant eux, le cœur plein de joie. Ils ne savaient pas que ce jour qu'ils vivaient était justement le dimanche de Pâques, jour où la lumière du soleil a une force toute merveilleuse, toute particulière.

La maman lièvre venait juste de demander ce qu'il était advenu ensuite de l'Œuf des Mondes, lorsqu'ils entendirent soudain une merveilleuse musique. Le soleil s'était levé dans toute sa magnificence au-dessus de l'horizon et répandait aussi ses rayons sur les œufs. Tous les lièvres, qui aiment beaucoup la musique, se levèrent et dansèrent en suivant la mélodie qu'ils entendaient. Leurs oreilles, longues et pointues, suivaient aussi le mouvement! Et dans le ciel, une alouette volait, battait des ailes en restant au même endroit, et faisait entendre le même chant et louait la lumière.

Et pendant que retentissait le chant de l'alouette et que le soleil déversait ses rayons sur les œufs, toutes sortes de couleurs vinrent se poser sur les œufs, pendant que les poules et les lièvres priaient à leur façon, en silence.

Les œufs reçurent chacun leurs couleurs par les rayons du soleil qui étincelaient tout particulièrement ce matin-là, qui était le dimanche de Pâques. C'est le soleil aussi qui donne aux fleurs leurs couleurs, ainsi qu'à l'arc-en-ciel, et au ciel lui-même. Et en ce jour, il donnait aux œufs toutes ses couleurs.

Et pendant que les lièvres et les poules vivaient ces instants, le cœur empli d'un profond respect, le lièvre le plus âgé de tous reçut comme un souvenir du commencement du monde.

« Il y avait au commencement le Grand Oiseau et l'Œuf des Mondes, dit-il, et la lumière vint à luire sur lui, et il resplendit alors de toutes les couleurs de la vie. »

« Laisse-moi poursuivre maintenant, lui demanda la vieille poule. Car ce n'est pas fini. Il y avait dans l'œuf un liquide argenté et une boule toute d'or, comme cela se trouve dans mes œufs. Et il advint que cet œuf arriva à maturité, tout près d'éclore. Dans mes œufs, à ce moment-là, un petit être pique, donne des petits coups, pépie; puis la dure coquille se brise et il en sort un petit poulet tout jaune qui aussitôt dresse sa tête vers le ciel. Il a bien dû se passer quelque chose comme cela pour l'Œuf des origines du monde : la coquille craqua, et le monde et l'homme, et nous tous en sortîmes, car l'œuf était d'une taille gigantesque. »

« Oui, il a dû en être ainsi », dit le vieux lièvre songeur, se rasseyant sur le sol.

En effet, la musique s'était tue. Ses oreilles aussi s'abaissèrent à nouveau.

Il restait devant eux les œufs maintenant de toutes les couleurs.

« Que pourrions-nous faire de ces œufs que les poules nous ont donnés? » demanda le jeune lièvre qui était là déjà tout au début de notre histoire.

Voilà que juste à ce moment, les enfants de la ferme voisine d'où venaient aussi les poules arrivèrent en sautillant sur le chemin.

« Je sais, dit le jeune lièvre qui était l'ami de la petite poule. Ces œufs nous ont été offerts. Nous allons les offrir à notre tour à ces enfants. C'est là le mieux que nous puissions faire. »

Il en fut ainsi. Le petit lièvre s'assit tout près du buisson où se trouvaient les œufs. Il attirait sur lui l'attention des enfants, imitant les gestes de l'homme. Quels cris de joie poussèrent les enfants, en découvrant le nid aux œufs multicolores!

« Des œufs de Pâques, nous avons des œufs de Pâques de toutes les couleurs », s'écrièrent-ils en allant les montrer à leurs parents qui, en habits endimanchés, arrivaient sur le chemin longeant le ruisseau.

« Où les avez-vous trouvés? leur demandèrent-ils, ce ne sont pas des œufs de poule comme nous en voyons habituellement. »

« C'est le lièvre qui nous les a donnés », répondirent les enfants, et grande était leur joie d'avoir des œufs de Pâques de toutes les couleurs.


D'après Elisabeth Klein : Histoires de plantes, d'animaux, de pierres et d'étoiles.


bunni


Chocoline, la petite poule qui cherchait le Printemps

Ce matin-là, veille de Pâques, au petit jour, il se passa quelque chose d'extraordinaire dans la boutique du confiseur. Toutes les cloches en chocolat se mirent à sonner : Ding Ding ! fit légèrement la plus petite. Ding Dong ! répondit la suivante. L'une chanta plus fort : Ding Ding Dong ! La plus grosse alors, gravement, approuva : Baoum Baoum ! et toutes ensemble elles carillonnèrent.
Elles réveillèrent Chocoline, la grosse poule de chocolat, pleine de petits oeufs à la liqueur, qui dormait sur son nid. Elle voulut s'étirer, mais le grand noeud de ruban rouge qui l'enserrait l'obligea à rester tranquille.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle.
Toutes les cloches répondirent :
- Pâques arrive ... ! C'est le printemps, Ding Ding Dong !
- Comment est-il le printemps ?
- Oh ! Elle ne sait pas ce que c'est que le printemps ! rirent toutes les cloches. Au fait, comment lui expliquer ?
L'une murmura :
- Le printemps, c'est comme un tout petit enfant avec plein de fleurs dans les mains.
- Non, corrigea la voisine, le printemps c'est un beau jeune homme, habillé de vert et qui sourit.
- Non, dit une autre, le printemps c'est une jeune fille aux cheveux blonds, avec une robe fleurie et des guirlandes au bout des doigts.
- Non, non, protesta la foule des cloches, et elles se mirent à parler toutes en même temps, on entendait des mots : fleur, nid, chanson, soleil,... en un gai carillon.
- Je n'y comprends rien, dit Chocoline, si vous parlez toutes en même temps, je ne saurai jamais comment est le printemps.
Mais les cloches étaient lancées, impossible de les arrêter !
Chocoline se dit : Je voudrais bien connaître le printemps, mais comment le trouver ? Bah ! On me renseignera en route, je vais partir à sa recherche.

Elle réussit à se glisser hors de son nid, étira ses pattes, et sortit dans la rue.
Il n'y avait encore presque personne dehors. Nul ne s'étonna de voir Chocoline, qui ressemblait à une poule ordinaire et qui marchait. Il y avait bien dans son ventre, ces petits oeufs sucrés qui ballottaient et lui pesaient, mais elle s'y habitua.
Passant près d'un panier qu'on avait apporté du marché, elle aperçut des jonquilles jaune pâle :
- Jonquilles, dites-moi où est le printemps, je vous prie, je le cherche.
- Le printemps ? Mais c'est un peu nous dirent-elles.
Chocoline crut qu'elles se moquaient d'elle, et comme un chien arrivait vers elle, elle s'enfuit très vite.
Plus loin, sur le bord d'une fenêtre, un pot de jacinthe bleue la regardait de toutes ses clochettes ouvertes :
- Jacinthe, dis moi où est le printemps, je le cherche.
- Le printemps ? C'est un peu moi, dit la jacinthe, mais tu le trouveras guère dans la ville, il se plaît mieux à la campagne.
La poulette repartit.

Elle marcha longtemps et arriva à la campagne. Elle entra dans un poulailler pour se renseigner, mais les poules se lèvent de bonne heure, elles étaient déjà parties gratter la terre dans le jardin pour y trouver les vers dont elles se régalaient. Voyant un nid vide, Chocoline se débarrassa des petits oeufs qui encombraient son ventre : Cot, cot, cot ... coline ! Si bien que, dans la matinée, les enfants de la ferme trouvèrent des petits oeufs à la liqueur entre les gros oeufs des poules.
Chocoline repartit plus légère.

Il faisait bon; le soleil lui caressait les ailes. Des petites pâquerettes faisaient la roue dans l'herbe, gentiment, pour qu'on les voie. Des buissons, pressés d'être jolis, s'étaient garnis de grosses grappes de fleurs, sans attendre les feuilles.
Elle appela :
- Pâquerettes, buissons ! Dites moi où est le printemps, je voudrais le trouver...
- Le printemps ? mais c'est un peu nous, répondirent-ils ensemble.
- Vous vous moquez de moi, se fâcha Chocoline. Je veux voir le printemps ! Où est-il ?
- Cherche, siffla le merle.
Notre poule était à la lisière de la forêt, et soudain, deux notes chantèrent : Coucou !
- Maman, demanda un petit garçon, entends-tu le coucou ?
- Oui, c'est le printemps, répondit la mère.
C'est le printemps ! A ces mots, un contentement merveilleux entraîna Chocoline.
Voilà, se dit-elle, c'est lui ! Je comprends, il est dans le bois; il joue à cache-cache. Je le trouverai maintenant. Comment est-il ? Est-ce un enfant, un jeune homme ? Est-ce lui qui laisse tomber de ses mains toutes ces fleurs ? Elle s'enfonça dans le bois, et la voix mystérieuse semblait la suivre, et s'éloigner, et puis revenir : Coucou, coucou, coucou !
Mais pas de printemps, elle ne vit qu'un petit oiseau qui sautillait dans les branches.
Ne rencontrerait-elle jamais le printemps ?


Elle arriva dans une jolie clairière ensoleillée. Une maisonnette proche souriait de toutes ses fenêtres ouvertes. Pour quelle fête, étaient dressés dans le jardin ces gros bouquets : amandiers blancs et pêchers roses ?
Deux pigeons roucoulaient doucement : Crou crououou.
Chocoline avançait, et ses pattes écrasaient les violettes tant il y en avait ! De ces violettes mauves qui se serrent les unes contre les autres, sur chaque motte de terre.
Comme je suis bien, murmura la poulette. Le soleil réchauffait si agréablement ses plumes, qu'elle s'accroupit dans un creux, écarta un peu les ailes, et ne bougea plus. Elle comprit qu'elle avait enfin trouvé le printemps.
Certes, on ne pouvait le voir, comme une personne près de soi, mais il était là cependant.
L'oiseau du bois avait bien raison d'entraîner les passants pour leur faire trouver le printemps. Coucou ! Le printemps est là, sur la branche de saule aux chatons de velours gris. Coucou ! Il est là, dans le parfum de l'aubépine. Coucou ! Coucou ! Il chante dans l'arbre, il est au sol : c'est la mousse nouvelle, c'est le brin d'herbe, c'est la jolie fleur qui sent si bon... Il est dans le ciel, plus clair et plus bleu. Il est partout quand son heure est venue. Coucou !
Comme je suis bien, répète Chocoline; je me sens toute amollie. Je n'ai pas du tout envie de retourner dans la boutique du confiseur... Je suis bien, bien... Mais que m'arrive-t-il ?
Chocoline se tait. Son cou se plie, sa tête touche le sol... C'est le soleil, déjà chaud, qui fait doucement fondre la poulette de chocolat !
Et ce fut Nanou, la petite fille de la maison, qui ramassa le joli ruban rouge. Elle pensa que c'était un cadeau et se régala des morceaux de Chocoline qui était morte de bonheur pour avoir rencontré le printemps.

M-L .V