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Contes d'ici et d'ailleurs

Démarré par bunni, 18 Septembre 2012 à 00:22:36

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bunni


La Princesse grenouille

Il était une fois un roi qui avait trois fils. Un jour, il leur dit:
- Mes fils, il est temps de vous marier. Voici pour chacun de vous un arc et une flèche. Vous allez tirer dans une direction différente et vous prendrez pour femme celle qui ramassera votre flèche.
Chacun tira sa flèche puis alla voir où elle était tombée. Celle du fils aîné était tombée dans le jardin d'un général et la fille du général l'avait ramassée. Alors le fils aîné lui demanda de l'épouser. La flèche du deuxième fils était tombée dans la cour d'un marchand et la fille du marchand l'avait ramassée. Alors le deuxième fils lui demanda de l'épouser. La flèche du fils cadet était tombée très loin, dans un marécage. Longtemps il la chercha en se disant : << Hélas, ma flèche est tombée dans un marécage. Comment trouver une femme ici ? >> Tout à coup, il entendit une petite voix qui disait ;
- Prince Ivan, voici ta flèche.
Il regarda tout autour de lui: personne.
- Prince Ivan, regarde à tes pieds, dit la petite voix.
Il regarda par terre et vit une grenouille qui tenait la flèche dans sa bouche.
- Merci, petite grenouille, d'avoir trouvé ma flèche, lui dit-il.
- Je suis très heureuse de t'avoir rendu ce service, répondit doucement la grenouille, et j'espère que je serai une bonne épouse pour toi.
- Quoi, s'écria le prince Ivan, tu crois que je vais t'épouser ? La petite grenouille le regarda avec des yeux si brillants qu'on aurait dit qu'ils étaient pleins de larmes. Elle lui dit ;    - C'est moi qui ai trouvé ta flèche et tu ne veux pas m'épouser?
Alors le prince Ivan prit la grenouille et retourna au palais. Les trois fils revinrent devant le roi et chacun raconta comment il avait retrouvé sa flèche. Puis les deux aînés présentèrent leurs fiancées qui firent de belles révérences au roi. Quand vint son tour, Ivan sortit la grenouille de sa poche et dit:
- C'est elle qui a trouvé ma flèche.
- Alors mon fils, il faut que tu l'épouses, répondit gravement le roi.
- C'est justice, dit le frère aîné.
- C'est justice, dit le deuxième frère.
Ivan pleura beaucoup mais on célébra ses noces avec la grenouille. Pour que personne ne marche sur elle, un serviteur la tenait sur un plateau.

Quelques temps après, le roi dit à ses fils:
- Je veux savoir laquelle de mes belles-filles est la plus habile. Demandez à vos épouses de tisser un tapis.
Maintenant qu'elles étaient princesses, la fille du général et la fille du marchand ne voulaient plus travailler. Elles commandèrent :
- Nourrice, tisse un tapis pour le roi !
Maintenant qu'elles étaient au service d'une princesse, les nourrices ne voulaient plus se fatiguer à tisser. Elles commandèrent :
- Servante, tisse un tapis pour le roi !
Alors les servantes se dépêchèrent de tisser un tapis, mais elles n'étaient pas très habiles.
En entendant l'ordre du roi, Ivan se sentit très triste et rentra chez lui en pleurant. La petite grenouille s'avança à sa rencontre en sautillant.
- Oh ! Mon gentil prince, pourquoi pleures- tu ? demanda-t-elle.
- Les épouses de mes frères vont tisser de beaux tapis pour le roi mon père, mais toi, tu ne sais pas tisser, dit Ivan en soupirant.
- J'ai promis d'être une bonne épouse pour toi et je ferai tout ce qu'une bonne épouse doit faire, répondit la grenouille. Va te coucher et dors tranquille, je m'occupe de tout.
Pendant qu'Ivan dormait, la princesse quitta sa peau de grenouille et se transforma aussitôt en une belle jeune fille. Elle ouvrit la fenêtre et vit une araignée qui tissait sa toile dans l'embrasure. Elle demanda:

                               << Araignée de la nuit,
                                S'il te plaît, donne- moi
                                Un peu de ton fil de soie. >>

Et l'araignée lui donna du fil de soie. Puis elle dit à la lune :

                                << Lune de printemps
                                S'il te plaît, donne-moi
                                un rayon d'argent. >>

Et la lune lui donna un rayon d'argent.                                      

Puis la princesse-grenouille prit des fleurs dans un vase et avec tout cela elle tissa un tapis. Quand le prince Ivan se réveilla, il trouva la grenouille assise sur un coffret. Elle lui dit :
- Mon gentil prince, ce que tu m'as demandé est dans ce coffret. Attends que tes frères aient offert leur cadeau au roi pour lui offrir le tien. Le roi fit appeler ses fils et l'aîné présenta le tapis que lui envoyait son épouse.
- Peuh ! dit le roi, les servantes de mon palais en font autant.
Le deuxième fils présenta le tapis offert par son épouse.
- Peuh ! dit le roi, les servantes de mon palais en font autant.
Alors, Ivan s'avança, ouvrit le coffret et déplia le tapis tissé par la grenouille. Tous les courtisans assemblés poussèrent des oh ! et des ah ! le tapis était doux comme de la soie et brillait tellement que toute la salle était illuminée d'argent. Son dessin représentait un merveilleux jardin rempli de toutes sortes de fleurs, si belles qu'à les voir on croyait sentir le parfum des nuits d'été. Le roi fut ravi de ce cadeau et il dit à Ivan:
- Je te remercie. Je serai heureux de voir danser ta femme au grand banquet qui aura lieu demain soir.
Et il ajouta, pour ses autres fils :
- Vos épouses sont invitées elles aussi.

Ivan rentra chez lui encore plus triste que la fois précédente. Il dit à la grenouille :
- Demain soir, il y a un banquet où danseront les belles-filles du roi. Les épouses de mes frères vont danser mais toi, qu'est-ce que tu vas faire ? Tu va sautiller en faisant couac ! couac ! et moi, je vais mourir de honte.
- Demain tu partiras seul au banquet, répondit la grenouille. J'arriverai au bout d'une heure. Ne t'inquiète pas, le roi sera aussi content de ma danse que de mon tapis.
Quand Ivan arriva au banquet, ses belles-soeurs se cachèrent pour rire : << Hi ! Hi ! Il n'a pas osé amener sa grenouille!>>
Pendant ce temps, la grenouille avait repris son apparence de jeune fille, et se préparait, seule dans sa chambre. Elle se coiffa, se fit belle puis partit pour la salle de banquet. Dès qu'elle entra, tous les regards se portèrent sur elle et il se fit un grand silence. En un instant, Ivan comprit qu'il s'agissait de sa femme, mais déjà tous les courtisans, les comtes, les ducs, les princes, se précipitaient pour lui offrir leur bras et Ivan eut bien du mal à parvenir jusqu'à elle. Enfin il réussit à la prendre par la main pour la conduire à table.
Les belles-soeurs étaient muettes d'étonnement. Elles se dirent :
<< Nous nous sommes trompées, ce n'est pas un grenouille, c'est une magicienne! >> Elles observèrent tout ce que faisait la princesse et la virent des os dans sa manche droite et verser du vin dans sa manche gauche. Alors, elles firent la même chose. À la fin du banquet, quand le roi demanda aux épouses des fils aînés d'ouvrir le bal, elles refusèrent en disant :
- Nous laissons l'honneur de commencer à l'épouse d'Ivan, car elles voulaient observer ses gestes.

Alors la princesse se leva et se mit à danser avec Ivan, aussi légère qu'une plume. Quand elle agitait sa manche droite, on voyait des oiseaux. Quand elle agitait sa manche gauche, on voyait des paysages de montagnes ruisselantes de cascades. Les autres belles-filles se mirent à danser, en imitant ses gestes; mais quand elles agitèrent leur manche droite, elles lancèrent les os sur la tête des invités, et quand elles agitèrent leur manche gauche, elles les inondèrent de vin. Tout à coup, ping ! le roi reçut un os de dinde sur le nez, et splatch ! du vin dans les yeux ! Alors il se mit très en colère et frappa dans ses mains pour arrêter la danse :
- Ça suffit, ça suffit ! vous deux, allez vous asseoir ! dit-il aux épouses de ses fils aînés.
Le bal dura longtemps car tous les invités voulaient danser avec la princesse. Pendant ce temps, Ivan rentra chez lui, trouva la peau de grenouille et la brûla. Quand la princesse arriva, elle se mit à chercher la peau mais il lui dit :
- Tu ne la trouveras pas, je l'ai brûlée ! Maintenant, tu es ma femme pour toujours. Il la prit dans ses bras et cette nuit-là, ils dormirent ensemble.

Au petit matin, la princesse dit à Ivan :
- Tu as été trop impatient. Cette nuit, j'ai été ta femme mais je ne peux pas rester près de toi. Adieu ! Si tu m'aimes, cherche-moi dans le trentième royaume. Et elle disparut.

Alors Ivan partit à sa recherche. Pendant des mois, il marcha, marcha, demandant partout : << Connaissez-vous le chemin du trentième royaume ? >> mais, personne ne pouvait lui répondre. Un soir, alors qu'il était bien fatigué, il vit au bord du chemin une maisonnette montée sur des pattes de poule, le devant tourné vers la forêt, le dos vers la route. Il lui dit :
- Petite maison, petite maison ! Tourne-toi comme ta mère t'avait placée: le devant vers la route, le dos vers la forêt. Alors la maison se tourna vers lui, la porte s'ouvrit et une vieille femme sortit.
- Bonsoir, grand-mère, dit Ivan. J'ai marché toute la journée et je suis bien fatigué. Pourrais-tu me donner un morceau de pain et un coin pour dormir ?
- Entre mon enfant, entre ! répondit la vieille. Ivan entra, sans ce méfier. Il ne savait pas qu'il était chez Baba-Yaga, la terrible sorcière ! Il mangea et dit à la vieille :
- Merci, bonne grand-mère. Dis-moi, toi qui as vécu longtemps, peut-être as-tu entendu parler du trentième royaume ?
- Que veux-tu aller faire dans le trentième royaume demanda Baba-Yaga, en plissant ses petits yeux.
- Je veux retrouver ma femme. C'est là qu'elle a disparu.
- Alors tu es le prince Ivan, reprit Baba-Yaga. Intéressant, très intéressant ...
- Comment sais-tu mon nom ? demanda Ivan, étonné.
- J'ai entendu parler de ton histoire. Ta femme est prisonnière de Katcheï l'immortel, le maître du trentième royaume. Pour la retrouver, tu devras marcher longtemps encore, jusqu'à la mer. Au milieu de la mer, il y a une île, c'est le royaume de Katcheï.
- Je vais y aller et je tuerai ce brigand, s'écria Ivan.
- Laisse-moi parler, prince Ivan, dit Baba-Yaga. Tu ne pourras pas tuer Katcheï, ni par le fer, ni par le feu. Il est immortel, mais moi, je sais où est caché sa mort. Écoute-moi bien. Sur le plus haut sommet de l'île, il y a un chêne ; sous le chêne est enterré un coffre. Dans le coffre, il y a un lapin, dans le lapin, une cane. La cane porte un oeuf dans son ventre. Dans l'oeuf il y a la mort de Katcheï. Détruis l'oeuf et tu détruiras Katcheï. Alors, moi, Baba-Yaga, je serai vengée de mon pire ennemi ! Et la sorcière, au lieu de dévorer Ivan ou de le changer en pierre, le laissa partir, pour qu'il cherche la mort de Katcheï.

Il marcha longtemps et enfin arriva au bord de la mer. De petits poissons s'amusaient à sauter au milieu des vagues ; l'un d'eux sauta trop haut : il tomba sur le sable et se mit à se tortiller, sans pouvoir regagner la mer. Ivan l'attrapa et dit :
- Tu tombes bien. J'avais très faim, je vais te manger !
- Non, je t'en prie, ne fais pas de mal à mon fils, dit un gros poisson en sortant la tête hors de l'eau. Remets-le dans la mer et je te rendrai service. Alors Ivan rendit le poisson à son père. Puis il se mit à marcher, tout le long de la plage, cherchant une barque ou un pont, un moyen d'accéder à l'île. Mais il ne trouvait rien.
- Tu veux traverser la mer ? dit une voix.
C'était le gros poisson.
- Oui, dit Ivan. Est-ce que tu peux m'aider ?
- Grimpe sur mon dos, répondit le poisson.
C'est ainsi qu'Ivan traversa la mer, arriva sur l'île et commença à gravir la montagne. Il avait toujours très faim. Tout à coup, il entendit un bruit dans un buisson : c'étaient deux petits loups qui jouaient. << Ma foi, se dit Ivan, c'est mieux que rien. >> Il tira son poignard pour les égorger mais une voix cria :
- Non, non !
À cent mètres de lui, une louve le regardait d'un air suppliant.
- Je t'en prie, dit-elle, ne tue pas mes petits et moi je te rendrai service. Alors Ivan rendit les petits loups à leur mère. Il continuait à gravir la montagne quand deux boules de fourrure roulèrent à ses pieds : c'était deux oursons. Il leva son poignard mais une voix cria :
- Non, non !
Du haut d'un rocher, la mère ours l'appelait :
- Je t'en prie, ne tue pas mes petits et moi je te rendrai service. Alors il rendit les petits ours à leur mère et continua son chemin. Là-haut, dans le ciel, planaient deux aigles, un gros et un petit. Comme le petit se posait sur un arbre, Ivan prit son fusil et le visa. Mais la maman aigle s'écrait :
- Non, je t'en prie, ne tue pas mon petit et moi je te rendrai service ! Alors Ivan abaissa son fusil et reprit sa marche.
Enfin, il arriva en haut de la montagne. Le chêne se dressait au milieu d'un amas de rochers. Comment creuser pour trouver le coffre ? Ivan essaya de bouger les rochers mais il ne les déplaça pas d'un centimètre. C'est alors qu'arriva l'ourse. D'un coup de patte, elle déracina le chêne et souleva les rochers. Ivan trouva le coffre mais quand il l'ouvrit, frrrt ! le lapin s'échappa et se mit à dévaler la montagne. Ivan s'élança à sa poursuite en courant de toutes ses forces. Peine perdue, le lapin disparut dans la forêt et Ivan dut s'arrêter, à bout de souffle. Mais quelques instants plus tard, il vit la louve sortir de la forêt et venir vers lui, tenant dans sa gueule le lapin. Vite, il lui ouvrit le ventre... et la cane s'envola à tire-d'aile ! Désespéré, impuissant, Ivan regardait vers le ciel quand tout à coup, il vit un éclair noir fondre sur la cane : c'était l'aigle. Il lui apporta la cane. Ivan la posa à terre, s'agenouilla, prit le poignard et lui ouvrit le ventre : l'oeuf était dedans...  

C'est alors qu'une ombre se dressa devant le jeune prince. Il releva la tête et vit un homme tout habillé de noir, très pâle, qui le regardait fixement.
- Ne touche pas cet oeuf, dit l'homme d'une voix pressante, surtout ne le touche pas !
- Tu es Katcheï ! s'écria Ivan.
- Oui, dit l'homme. Je dormais dans mon palais mais mon corps a tremblé dès que tu as ouvert le coffre. Tu veux ta femme ? Je vais te la rendre. Je te donne aussi toutes les princesses qui sont prisonnières dans mon palais et toutes mes richesses, mais donne-moi l'oeuf. Ivan prit l'oeuf et demanda :
- Où est ton palais ?
- De l'autre côté de la montagne. Donne-moi l'oeuf, bientôt tu seras riche, répondit Katcheï.
Tout doucement, il s'approchait d'Ivan et tendait ses mains tremblantes pour s'emparer de l'oeuf. Alors Ivan brisa l'oeuf contre un rocher. Katcheï poussa un grand cri ; il s'écroula par terre et aussitôt, son corps fut réduit en poussière.

Ivan passa de l'autre côté de la montagne et pénétra dans le palais d'or et d'argent du magicien. Là, il trouva beaucoup de princesses que Katcheï avait faites prisonnières mais il ne les regarda pas. Il chercha dans toutes les chambres jusqu'à ce qu'il retrouve sa femme. Alors il l'embrassa et la fit monter dans le chariot volant du magicien. Ivan et son épouse retournèrent chez eux et ne se quittèrent plus jamais.


bunni


Conte zen

Cela se passa il y a fort longtemps, dans le jardin d'un monastère Zen.

Par un matin ensoleillé d'hiver, les citrons trouvèrent un motif de discorde (personne ne se souvient vraiment du sujet) et commencèrent à se chamailler, en ancien dialecte agrume. Les remarques acides fusaient, des noms de fruits à coque volaient de toutes parts et à un moment donné menaces de pression se firent sous-entendre. Le moine zen qui méditait sous le citronnier dut intervenir avant qu'il y ait un pépin.

-Hé, les citrons, ça suffit maintenant. Un zeste de tenue, s'il vous plaît. Vous vous trouvez dans le jardin d'un monastère !... Allez, hop, tout le monde fait zazen avec moi.

-Mais comment on fait, m'sieur ? demandèrent les citrons tout déconfits.

Le moine leur montra:

-Voila, on croise les jambes comme cela, le dos bien droit, la nuque déliée comme légèrement tirée par un fil invisible vers le ciel, le menton un peu rentré. On se tait, on ne fait rien.

En peu de temps les citrons s'étaient bien calmés. A ce moment-là, le moine leur demanda de lever les bras et de se toucher la tête. En tâtant, ils trouvèrent un drôle de truc, un pédoncule, et éclatèrent de rire : ils avaient compris qu'ils se trouvaient sur la même branche... La mésentente était illusoire, il n'y avait aucune raison de se disputer. Parfaitement semblables, tous reliés, ils faisaient un avec l'arbre et avec l'univers entier. Quel bonheur !

bunni


Le conte d 'une vieille souris

Quand le soleil se lève et éclaire la forêt, tu peux voir beaucoup de choses intéressantes si tu te lèves de bonne heure. La forêt se réveille, se ranime avec une musique douce et tendre qui se répand. Une maison-toile d'araignée luit comme un arc-en-ciel et colore cette musique. C'est un monde mystérieux et magnifique !

Dans une petite clairière, couverte d'un tapis de fleurs ou quand on court on sent une fraîcheur matinale, la fraîcheur de la  forêt et de l'arôme de l'été qui coupe le souffle. Tout être aimerait être un papillon ou une abeille et voltiger d'une fleur à l'autre. Des gouttelettes de rosée brillent comme des diamants sur chacune des fleurs. Si tu t'arrêtes et tu t'assois sur l'herbe, tu peux entendre les conversations des habitants du bois.

Ils racontent des histoires fantastiques à ceux qui croient au monde des merveilles. Moi, j'aime les merveilles et je suis l'amie  des habitants de la forêt.

Un jour, une vieille souris des champs m'a raconté une histoire étonnante :

"Dans une forêt, très loin d'ici, plusieurs familles de souris habitent dans une clairière ensoleillée. Les voisins vivent en paix, ne se querellant jamais. Ils se préviennent toujours les uns les autres en cas de danger. Tout le monde sait que les souris ont beaucoup d'ennemis. Mais leurs ennemis les plus dangereux sont le renard et le hibou.

Si un événement heureux se produit dans une famille, tous les habitants de la clairière ensoleillée jouissent ensemble. Les Griset et les Champet attendent la naissance des bébés. Toute la clairière, toute cette communauté du bois se trouve en attente joyeuse.
 
Madame Griset accouche enfin d'une fillette.

- Écoutez, écoutez, nous avons une joyeuse nouvelle. Une belle petite fillette est née dans notre famille. Elle est très jolie, très douce, disent les Griset. Quelle joie, notre petite vient de naître !

- Nous l'avons appelée Niki, ont répondu les Champet.

- Et nous avons donné à notre fille le nom de Piki, dit fièrement papa Griset.

Les parents sont contents de leurs filles. Ils les promènent dans la clairière, leur apprennent des ruses, des techniques et les moeurs des souris. Les pères s'occupent de leurs filles quand les mères font le ménage.

Les souris Niki et Piki grandissent vite et commencent à se promener seules. Elles s'éloignent chaque jour plus loin, loin de la surveillance des grands.

Niki est une fille douce et obéissante, elle aide ses parents, écoute leurs conseils et les recommandations de ses maîtres. Piki, elle, est pleurnicheuse. Elle aime se parer et s'admirer  dans les mares de glace. D'habitude Piki se réveille tard et peigne soigneusement son poil. Papa Griset se fâche  souvent contre sa fille:

- Tu feras mieux d'apporter des grains à manger au lieu de t'admirer.

- Laisse-la tranquille, dit maman souris en défendant sa petite fillette. Elle est si sage. Elle grandira et commencera à faire tout. Écoute sa voix, elle chante bien.

- Elle ne chante pas, elle quiore, gronde Griset, c'est pourquoi elle s'appelle Piki.

En effet, Piki n'aime que chanter. Elle grandit, mais elle ne veut rien apprendre. Elle aide ses parents faire le ménage à  contre – coeur. "Elle fait tout sans coeur" ajoute papa Griset.

Un jour, un lièvre, qui s'appelle Guepessi Tombe-feuille arrive de la lisière la plus lointaine. On l'appelle  Guepessi parce qu'il était très joyeux, il sautait et tournait comme une guêpe. Le lièvre leur dit :
 
- Ah! Oh! Attention ! L'hiver sera dur, rude et froid.

- D'où le sais-tu? – demandent les habitants de la clairière ensoleillée.

- Les rats de blé l'ont dit. Ils l'ont appris des écureuils. Les écureuils ont été prévenus par des oiseaux de passage. Les oiseaux savent tout, répond Guepessi Tombe-feuille et il court raconter cette nouvelle à tous.

- Qu'est-ce que l'hiver ? demande Piki à Niki.

- Papa dit, qu'en hiver tout est  blanc, les pattes ont froid. Il est difficile de trouver de la nourriture et de se cacher des ennemis.

- Il ne faut pas penser à cela aujourd'hui, dit Niki à sa copine.

- À quoi faut-il donc penser? s'étonne Piki. Regarde, la fourrure de Guepessi est blanche et duveteuse. Je voudrai avoir une telle fourrure !

Après cette prévision apportée par le lièvre, les souris ont commencé à travailler avec zèle. Elles portent des grains dans leurs trous, mettent les herbes sèches pour rendre les abris plus chauds. Piki est devenue pensive. Elle commence à aider ses parents. Elle aime surtout se trouver là, où les souris mettent des grains et de la farine.

- Regarde, Griset, notre fille est devenue grande. Elle ne tourne plus devant la glace, ne se peigne plus et ne met plus en ordre sa frange, se réjouit maman-souris.

Un jour Piki est sortie du garde – manger en souriant. Elle est passée devant ses parents étonnés et elle est sortie de la maison. Niki a rencontré Piki :

- Qu'est-ce qui s'est passé, Piki ?

- Tu sais, ma Niki, j'ai saupoudré mon poil de farine.

- Pourquoi ?

- Maintenant mon poil est devenu blanc comme le poil de Guepessi Tombe-feuille.

La souris a sauté pour que sa copine  regarde mieux sa robe et elle a commencé à danser, en chantant une chanson.
 
- Tu es stupide, Piki, Niki pouffe de rire. Tu es devenue farineuse. Quand tu tournes et tu agites ta queue tu soulèves de la poussière...

- Comment ! Tu m'envies. Je suis mieux que toi, j'ai un poil plus duvet. Je chante mieux que toi ! crie la souris offensée et elle  court vers la forêt.

- Piki, où vas-tu? Il fait déjà sombre; dans la forêt habitent nos ennemis: le renard et l'hibou et toi, tu ne les connais pas.

Mais Piki n'écoute pas sa copine et  s'enfuit plus loin. Niki la poursuit.

- Mais pourquoi tu te fâches, se désole la souris. "Il faut l'attraper. Elle peut s'égarer et ce sera un malheur".

La nuit est tombée. Niki s'arrête et elle prête son oreille: un silence insolite...

Piki court jusqu'à une lisière où elle n'a jamais été auparavant et s' arrête pour prendre son souffle.

La souris regarde autour d'elle :

"Quelle beauté! a-t-elle murmuré en voyant le rouge du soleil embrasser le ciel violet. De belles  toiles  se succèdent l'une après l'autre en faisant signe de l'oeil.

Piki admirait le coucher du soleil et elle n'a pas aperçu la nuit tomber. Entre les couronnes des arbres, on pouvait voir des regards froids. La souris tressaille. Tout à coup, une ombre noire, aux grands yeux flamboyants  passe sans bruit comme un vent.

- Oh!... Qui ? a crié la souris et elle tombe par terre et ferme les yeux.

- Quelle  histoire ! J'ai peur !

Tout à coup, quelqu'un la touche.

- Aie, aie! crie Piki, elle s'apprête déjà à s'enfuir, mais elle  entend une voix connue:

- Piki, n'aies pas peur, c'est moi, Niki. Il nous faut trouver un trou, pour se cacher. Le hibou peut nous manger.

- Le hibou ? demande Piki.

- Comment ! Tu ne te souviens pas de l' image que ton papa nous a montré ?

- Non, avoue Piki.

- C'est un oiseau rapace.

- Alors, courons vite, crie la souris effrayée et elle se cache dans les buissons.

Quand Niki la rattrape, Piki commence à pleurnicher :

- J'ai peur! Je veux rentrer à la maison.

- Comme tu es faible! Ne pleure pas, nous trouverons le chemin pour rentrer à  la maison.

Le hibou survole doucement les buissons, où se cachent les souris. Mais il décide de ne perdre pas son temps et s'éloigne, laissant derrière lui une ombre grise et un peu d' effroi.

Quelque temps après, les souris  voyant le danger disparaître, elles se dirigent vers la maison. Il faisait froid. Et par Malheur, le ciel s'est couvert de nuages et la pluie a commencé à tomber.

- J'ai froid, je suis mouillée, pleure Piki.

- Allons, il faut continuer notre chemin. Nos parents nous attendent, ils s'inquiètent. Notre maison, n'est pas loin, réplique Niki.

- Je prendrai froid, je tomberai malade et je mourrai. Donc, je ne veux pas aller, dit Piki et elle s'arrête

- Eh, bien, allons nous cacher sous cet arbre, cède Niki.

Les copines se sont cachées entre les racines d'un vieux arbre, elles se sont pelotonnées et se sont endormies tout de suite parce qu'elles étaient très fatiguée.

Dans leurs maisons les Champet et les Griset étaient sur des épines.

- Où ont-elles disparu? se demandaient les mères.

- Un hibou ou un renard peut les trouver et nous perdrons nos petites.

- J'ai vu notre fille Piki quand elle est sortie du garde – manger, toute blanche de farine. Et puis elle a disparu. Niki l'a suivie. Quelle idée leur est venue en  tête, gronde papa Griset.

- Tu ne peux que gronder. Prends des champignons- lanternes et va les chercher avec papa Champet, dit  maman – souris.

Les pères ont fait ce qu'elle a dit.

En ce temps-là, le Renard ne dormait pas. Il voulait manger quelque chose de bon et il ne pouvait plus rester à la maison. Le carnassier quitte son gîte et commence  sa chasse de nuit dans la forêt. "Je voudrai me régaler de douces souris", se dit le renard. Après la pluie, l'air est frais et le Renard distingue sans effort   les odeurs différentes. Tout à coup, il sent une odeur de souris. Elle était tout d'abord faible, à peine saisissable, ensuite elle est devenue plus forte et au bout du compte, le renard s' approche de l'arbre, sous lequel dorment nos amies Piki et Niki. Les petites étaient très fatiguées. Elles ont manqué de prudence. Par bonheur, le Renard ne pouvait pas les atteindre sous les racines de l'arbre et il ne pouvait que tourner et flairer. Il voulait  tant les manger!

Ce carnassier roux commence à fouiller la terre pour saisir les douces souris.

Tout à coup Niki se réveille et elle prête son oreille. Elle ne se trompe pas... Quelqu'un est tout près. Niki réveille Piki et elle lui montre la sortie de leur abri :

- Qui est-ce Piki ?

- Je ne sais pas, peut-être un hibou.

- Non, cet être est grand et velu.

Elles décident de ne pas sortir du trou. Tout à coup, quand Niki se gratte l'oreille, elle entend un bruit derrière elle. Elle se tourne et elle voit un grand abime là où était Piki quelques minutes avant.

- Piki, Piki, où es-tu? a-t-elle crié mais personne n'a répondu. - Que puis-je faire? se dit-elle.

Elle cherche dans tous les côtés sans se soucier du danger. Elle voulait sortir de son abri quand elle a entendu des sons étranges. La souris s'est approchée de l'abime et s'est jetée tout de suite en arrière: elle a vu un être inconnu. Elle a eu peur et elle s'est accrochée à l'arbre.Un éclair l'a aveuglé et un monstre effrayant est apparu.

La lumière de ses grands yeux aveuglent la petite  souris. Quand l' inconnu ferme les yeux, il fait sombre autour de lui. Le monstre velu agite ses pattes, piétine le sol puis il se dirige sans mot dire vers la souris qui tremble de peur. Il lui a pris la patte et il l'a entraînée vers le fond. Niki se retrouve dans une obscurité totale, entraînée dans les labyrinthes souterrains  par un monstre effrayant, qui éclaire la route par ses yeux.

Ils marchent ainsi longtemps. Enfin, le monstre s' arrête et ouvre une porte invisible. Puis, il pousse Niki dans un trou étroit. La porte se referme sans bruit et la souris se retrouve seule. Il fait nuit. Niki n'entend  rien. Elle prête l'oreille. Rien, que le silence effrayant. Niki a faim.

Les pères de Niki et de Piki continuent les recherches. Ils ont entendu le bruit et ils se sont dirigés vers l'arbre sous lequel leurs filles s'étaient trouvées. Papa Griset et papa Champêt n'ont pas vu le renard qui recule, tremble et se cache par terre. Les pères s'approchent. Le renard s'enfuit comme un lapin.

- Je ne comprends rien, murmure M. Champêt,  très étonné : un renard s'enfuit devant des souris ! Je ne comprends rien.

- Regarde, qu'est-ce que c'est? s'exclame M.Griset. Ce sont les traces de ma fille !

La pluie lave toute la farine. Les pères suivent les traces qui mènent vers l'arbre où sont enfermées les souris. Mais maintenant là il n' y a plus aucune trace.

Les pères cherchent leurs filles sous l'arbre, autour de l'arbre, ils les appellent mais personne ne leur répond.

"Pauvre Piki, pauvre Niki, se désole papa Griset, c'est le renard qui les a avalées.

- Ne pleure pas, rassure papa Champêt, son voisin. Ce renard, est effrayé lui-même.

- Peut-être que c'est un hibou qui les a saisies et les a mangées, continue à se lamenter papa Griset.

- Oui, soupire papa Champêt.

Les deux  pères, frappés de Malheur, se traînent à la maison pour raconteur à leurs femmes la triste histoire de la disparition de leurs filles.

...Combien de temps s'est-il passé? Niki ne sait pas. Elle regarde dans l'obscurité mais ne voit rien. Tout à coup, la porte s'est ouverte et une terrible lumière aveugle la souris. Un animal inouï entre. Il est de moyenne taille et il ressemble beaucoup au monstre qui l'a enlevée, parce qu'il a les yeux lumineux et les membres qui palpitent sans cesse. L'animal ordonne par un geste de le suivre. La souris le suit dans de longs couloirs sombres. Enfin, elle aperçoit de la lumière. Dans une grande salle, elle voit un autre monstre. Niki regarde autour d'elle avec curiosité. Elle est très étonnée parce qu'elle se trouve dans une salle dont les murs laissent pousser et s'accrocher des branches et des noeuds. Les murs remuent sans cesse et tendent leurs branches vers la souris. La pauvre captive est morte de peur. Le monstre dit :

- Je sais que tu t'appelles Niki. Tu habites dans la clairière ensoleillée. Tu es sage et laborieuse. J'ai besoin de telles travailleuses. Tu seras à mon service.

- Qui es-tu ? demande Niki, tremblant du peur.

- Je suis  le roi! répond le monstre. Je suis le roi du royaume le plus sombre, le plus profond et le plus beau. Je m'appelle Fauxsouris.

- Je n'ai jamais entendu parler de ce royaume.

- Personne ne connait notre royaume et personne ne doit  savoir  son existence. C'est notre secret. Tu ne quitteras jamais mon royaume.

- Mais mes parents...

-Tu dois les oublier !

Niki  fond en larmes. Elle pleure si fort que ses larmes font une flaque. Cette flaque coule vers le roi Fauxsouris.

- Qu'est-ce que tu fais? demande le roi. Cesse immédiatement!

Tu noie mon  royaume. Arrête tout! crie le roi d'une voix terrifiante.

Le valet qui a mené Niki au fond a commencé à remblayer la flaque de larmes. Niki, étonnée, cesse de pleurer. Mais elle trésaille de temps en temps.

- Où est ma copine Piki? demande-t-elle au roi.

- Tu ne dois pas te rappeler d'elle. Elle n'est pas ici.

- Où est-elle?

- On l'a emmenée dans un autre royaume.

- Un autre royaume? Où est-il ? insiste Niki.

- Dans le royaume Irous. C'est un royaume puissant comme le mien. Ta copine, elle veut toujours être belle, maintenant elle est heureuse, parce qu'elle deviendra la plus belle dans ce royaume, belle comme moi, a-t-il ajouté.

- Est-ce que c'est elle qui a raconté comment nous nous appelons et où nous habitons après les tortures, n'est-ce pas?

- Oui, c'est elle qui a raconté, mais je ne l'ai pas torturé. Elle a raconté d'elle-même. Maintenant elle est au service d'un autre roi.

- Comment, vous êtes tous les deux rois? s'étonne Niki.

- Toi, tu travailleras chez moi. Fauxsouris fait semblant de n'entendre pas la question de Niki et il  continue : c'est toi qui seras à mon service.

- Tu dois nous laisser partir, crie Niki.

- Je m'en ai assez. Je suis fatigué, emmenez -la ! ordonne le roi.

On emmène Niki dans un trou obscur. Elle reste seule et elle est triste. "Maman fait des pâtés. Oh j'ai faim". Niki commence à pleurer. Elle pleure, pleure sans cesse et on pouvait s'étonner que tant de larmes se trouvaient dans une petite souris.

Tout à coup la porte s'ouvre et un gardien entre. Il n'a pas aperçu la flaque de larmes et il s' y noie. Une chose étonnante se passe, Niki cesse de pleurer: le gardien est  pétrifié.Il ne peut plus bouger.

"Oh, maintenant j'ai compris pourquoi le roi Fauxsouris ordonne d'essuyer la flaque de larmes. Il a peur de l'eau." suppose Niki.

Elle décide de s'enfuir. Mais dehors il fait la nuit. Elle a peur. La souris ne sait pas où aller. Notre captive toute décontenancée s'arrête.

- Niki, aide-moi, Niki, je veux pas mourir.

Niki a entendu ces mots plaintifs. Le son vient du trou.

- Qui est-ce?

- C'est moi, le gardien. Frotte-moi les yeux que je sèche ma peau  par la lumière de mes yeux pour  bouger.

- Tu me renfermeras de nouveau?

- Non, parole, je t'aiderai.

Niki a pitié de ce gardien, elle ne veut pas sa mort. Notre douce souris frotte les yeux du gardien par le pinceau de sa queue. Les yeux de l'animal brillent de mille feux et il sèche son poil mouillé. Son poil redevient duveteux et velu. Le gardien commence à remuer ses pattes. Ensuite, sans dire un mot il se tourne et il sort du trou en fermant la porte.

La pauvre souris tombe en désarroi devant  cette trahison du gardien. Maintenant, elle ne pourra jamais quitter cet endroit. Pendant que Niki s'afflige, la porte s'est ouverte de nouveau. Le gardien est revenu. Dans ses pattes remuantes, il apporte la tenue d'un garde.

- Habille-toi vite, je vais te sortir du royaume.

Niki s'est habillé à la hate. Quand elle était déjà prête, elle s'est tourné vers le gardien et lui a dit:

- Et Piki?

- Piki habite dans un autre royaume, chez le frère de Fauxsouris. Je ne peux pas la sauver. Sauve -toi!

- Non, je ne peux pas partir sans elle. Qu'est-ce que je dirai à ses parents?

- Fais comme tu veux mais je ne pourrai rien plus faire pour toi. C'est dangereux pour moi.

- Dis-moi comment je peux aller au royaume Sirous.

- Personne ne le sait outre le roi Fauxsouris.

- Qu'est-ce que je dois faire?

- La seule issue c'est de travailler chez le Roi.

- Pour rien au monde! s'est indignée Niki...

- Tu pourras apprendre tous les secrets...

Le gardien n'a pas fini sa phrase qu'on a entendu trois coups de sonnettes. Le garde s'est dépêché de sorti :

- Je dois aller, on vient par ici et tu dois décider...

- Tu t'appelles comment ? demande Niki.

- Je m'appelle Fo. Tu m'as sauvé la vie et je voudrai t'aider.

- Merci, Fo.

- Je dois partir.

Fo est sorti. Quelques minutes après, Niki voit venir le roi:

- Eh bien, Niki, es-tu d'accord pour me servir?

Niki garde la silence.

- Tu dois comprendre, bête souris que tu n'as pas de choix, ne t'obstine pas!

- Bien, Fauxsouris, je suis d'accord... mais tu dois me donner à manger.

- Sans doute, crie joyeusement le roi. Apportez le repas le plus délicieux du royaume!

Le gardien Fo apporte à Niki un vase plein de racines remuantes. Il le donne à notre prisonnière.

- Est-ce votre repas?

- Oui.

- Mais je ne mange que les grains de seigle, de blé ou d'avoine.

- Tu es bien capricieuse, tu es comme ton amie Piki.

- Piki? Tu dis Piki? Où est-elle? s' inquiète Niki.

- J'ai déjà répondu, ne pose pas de questions. Je n'aime pas ça, l' interrompt Fauxsouris.

- On te donnera des grains adorables à condition que tu oublie ta copine et son nom. Tu t'habitueras avec le temps de manger nos racines délicieuses. C'est le repas royal, stupide souris.

Fauxsouris  fait  signe à un des gardiens et celui-ci  sort quelques minutes et ensuite il  apporte à Niki quelques grains de blé.

- Mange et sois prête, on va t'emmener d'ici. Tu vas travailler. Tu dois essuyer mes yeux par le pinceau de ta queue, surtout après le sommeil. Ainsi je verrai mieux. Et puis tu vas servir à table pendant le dîner.

bunni

Le conte d 'une vieille souris (suite et fin)

Fauxsouris se retire avec ses gardiens.

"D'abord tu dois essuyer mes yeux affreux", Niki imite la voix criarde du roi, elle avance le ventre  et agite ses pattes. Elle a mangé goulûment les grains parce qu'elle avait faim et puis elle s'est lavée : elle a nettoyé son poil, ses moustaches, a lavé ses yeux, a essuyé ses pattes. A peine a-t-elle fini que le gardien du roi est venu. Il l'a emmenée dans la salle, où elle a vu le roi la première fois. La souris s'est mise son travail. Elle a essuyé par le pinceau de sa queue les yeux du monstre répugnant. Quand elle a fini, la lumière des yeux de Fauxsouris est devenue plus éclatante. Ensuite elle a donné à Fauxsouris son repas délicieux- les racines remuantes. Le roi était très content ; il agitait énergiquement ses pattes.

- Tu as bien commencé ton travail, Niki, a piaulé le roi par sa voix répugnante. Maintenant tu dois t'endormir et de ne pas penser à t'enfuir.

Fauxsouris a saupoudré les yeux de Niki par une poudre et Niki s'est endormi tout de suite.

La vie de Niki dans le royaume souterrain était bizarre. Elle se réveillait, déjeunait, puis on l'emmenait chez le roi et la souris essuyait les yeux du roi par le pinceau duveteux de sa queue. Ensuite elle donnait manger à roi des racines dégoutantes et puis Fauxsouris saupoudrait les yeux de Niki par une poudre somnifère. Niki s'endormait tout de suite. Pauvre, pauvre souris, elle ne pouvait pas s'informer sur sa copine Piki. Peu à peu Niki a commence à distinguer les gardiens qui ressemblaient les uns aux autres.

Les yeux d'un, par exemple, donnaient un vif éclat vert, c'était le plus jeune gardien. Un autre boitait un peu. Le troisième, qui avait des yeux tristes, était Fo. Niki a compté sept gardiens.

Niki a appris de Fo que le roi endormait non seulement Niki, mais les gardiens aussi. Fauxsouris était très prudent et incérdule. Tout celà était une mystère épouvantable. Pour la deviner il ne fallait pas s'endormir, mais comment? Niki a inventé une chose...

Une fois, quand Fauxsouris a jeté de la poudre dans les yeux de Niki, Niki a laissé tomber un plat avec les racines, a baissé brusquement pour le prendre et s'est bouché son nez. Le roi s'est mis en colère, mais Niki a fermé les yeux et "s'est endormie". Fauxsouris a poudré les yeux des gardiens qui se sont endormis aussitôt.

Mais Niki a trompé le roi. Elle s'est couchée sur la trône et a fait semblant de dormir. Tout à coup elle a entendu un bruit. Niki a ouvert un oeil.Elle a vu quelque chose de miraculeux: les racines de la salle ont remué en sifflant. Puis elles ont commencé à se disperser dans tous les côtés comme des araignées vivantes. Niki a voulu s'enfuir, se sauver, elle a fait l'effort mais elle est restée couchée immobile. Les racines ont écarté les murs terreux et la lumière du jour a éclairé la salle.

Niki a voulu courir dans cette salle ensoleillée et s'enfuir au loin, mais... elle devait sauver son amie, Piki.

Fauxsouris s'est transformé étrangement. Tout d'abord il a cessé d'agiter ses pattes. Le roi s'est penché et s'est dirigé vers la salle ouverte. Sa peau velue est tombée et a disparu. Ce monstre devenait pareil à un gros rat sans poil, aux grands yeux et aux deux dents - laniaries sur le museau.

Fauxsouris est entré dans une salle Claire et une voix a annoncé: "Sa majesté, le roi Irousauf !" Ensuite, les murs se sont retirés.

"Tiens! Le roi Fauxsouris et Iroussauf sont la même personne à l'envers", s'est étonnée Niki.

Quand les racines sont entrelacées comme des grandes araignées, il fait obscure. Tous les gardiens dorment profondément. On pouvait entendre leur renflement. Niki savait bien que Fo était parmi eux. Il devait être non loin et elle a commencé  à le chercher. Elle l'a trouvé bientôt. Les gardiens remuent toujours leurs pattes, mais il faudrait réveiller Fo. Fo dormait profondément. "Qu'est-ce que je devrais faire? Comment puis-je le réveiller?"- pense Niki.

Elle a passé le pinceau de sa queue sur le museau de gardien, sur ses yeux... Oh, quel bonheur! Fo s'est réveillé. Quand il a ouvert ses yeux, il faisait clair. Fo a regardé avec   étonnement autour de lui et a demandé :

- Dis-moi, Niki, où est le roi? Pourquoi tu ne dors pas? Ce sont les gardiens qui doivent se réveiller les premiers pour t'apporter dans ton trou.

- J'ai trompé le roi. Je n'ai dormi pas. Fauxsouris est allé dans une salle qui est derrière ce mur. Là il fait clair. Le roi s'est transformé en grand rat.

- En rat?

- Il ressemble à un grand rat ou un autre animal chauve.

- Chauve?  Fo est étonné.

- Il n'est ni chauve ni velu. Je ne sais pas, il ne ressemble pas à un animal que nous pouvons connaître.

Fo hésite.

- J'ai entendu dire qu'on l'appelle "le roi Iroussauf", continue Niki.

- Iroussauf ? Irousauf..., pense Fo. C'est le frère de Fauxsouris.

- Mais dans ce cas c'est la même personne. Dans le royaume Irousse il est Irousauf, dans le royaume Faussour il est Fauxsouris. C'est étrange ! Il a une vie dans le premier royaume et une autre vie dans l'autre royaume. Comment a-t-il réussi à faire cela? Et vous, les gardiens, vous n'avez pas deviné cette ruse.

- Vous ne supposez pas l'existence de deux royaume opposés : un de Nuit et un de Jour?

- Nous n'avons pas pensé à cela. Nous vivons depuis trois cents ans dans le royaume obscur de Fauxsouris et nous ne violons jamais ses lois.

- Trois cents ans ? Niki s' étonne de plus en plus. Mais qui essuie les yeux de votre roi ?

- Il enlève des habitants de la forêt ensoleillée et il les fait servir comme toi.

- Quelle horreur !

- Peu peu, les prisonniers s'habituent à se nourrir de racines et ensuite, ils se transforment en gardiens de sa majesté. Ce repas prolonge la vie pour longtemps et change le physique des habitants du royaume souterrain de Fauxsouris.

- Dans ce cas, tu était auparavant une souris ?

- Je ne me souviens pas, c'était bien longtemps, dit Fo tristement.

- Tu n'as jamais essayé de t'enfuir?

- J'ai essayé bien sûr, mais c'était impossible. Les gardiens t du sombre royaume sont très méchants et ils gardent bien les captifs.

- Mais pourquoi m'aides-tu ?

- J'ai vu pour la première fois un coeur doux qui a de la pitié pour son ennemi. Tu m'as sauvé et moi je te sauverai à mon tour.

Niki et Fo se parlent longtemps. Il lui apporte des grains, lui, il a mangé les racines habituelles.

- Fo, pourquoi mangez vous cette saleté ?

- Si nous ne mangeons pas ces racines nous cessons de  bouger, pour nous le mouvement c'est la vie.

- Où les prenez-vous ?

- Ces racines poussent aux murs terreux du royaume. Ils absorbent l'humidité qui est nuisible pour tous les habitants.

L'eau est très dangereuse pour nous, tu l'as déjà vu.

- Quand j'ai pleuré ?

- Oui, j'ai faille périr dans tes larmes parce que mon poil s'est mouillé. Personne ne doit pleurer dans notre royaume.

- Tu ne pleures jamais ?

- Quand j'étais autre, c'était il y a bien longtemps. Mais sois attentive, il est temps de se réveiller

- Qu'est-ce qu'il faut faire ?

- Je ne sais pas.

- Il faut trouver la poudre somnifère, commande Niki. Et ils se précipitent vers le trône. Ils trouvent vite une cassette laissée par Fauxsouris. A peine Niki avait-elle saisi une poignée de poudre, que  les racines des arbres se sont écartées en ouvrant la salle claire de l'autre royaume. Les amis font semblant d'être endormis. Iroussauf entre et se transforme en Fauxsouris.

- Qu'est-ce que c'est? crie-t-il en voyant quelques grains de blé par terre.

Niki a peur.

- Ah! Cette sotte souris les porte dans ses poches.Les souris font toujours provision de grain, gronde-t- il. Il faut la faire habituer aux racines le plus vite possible. Elle ne se transformera jamais en gardien si elle fait toujours provision de grains. Si on la fait mourir de faim elle commencera à manger des racines.

"Certainement"- Niki a montré ses dents, mais elle restait immobile.

- Pourquoi mes valets ne se réveillent-ils pas? s'interroge capricieusement Fauxsouris.

À peine a –t-il dit cela que les gardiens ont commencé à remuer l'un après l'autre. Fo "s'est réveillé" aussi. Il s'est dirigé vers Niki qui semblait endormi, l'a prise par les pattes et l'a emportée dans son trou. Niki retenait à peine son rire quand Fo la portait en agitant sans cesse les pattes. Ses pattes la chatouillaient.

Quand Niki retourne dans son trou, Fo lui a chuchoté :

- Prépare-toi, Niki, tout dépend de toi. Je dois partir, un autre gardien va te garder.

- Je m'efforcerai, répond Niki. Fo la quitte.

On n'a apporté à Niki aucun grain de blé mais beaucoup de racines. Le roi a décidé de transformer Niki en gardien le  plus vite possible. Mais cela n' effraie pas notre souris courageuse. Elle n'a pas faim et elle se prépare à attaquer le roi. Elle a frotté soigneusement le pinceau de sa queue par la poudre somnifère. C'est dangereux parce que la poudre pourrait atteindre ses yeux et Niki pourrait s'endormir.

Quand le roi a appelé Niki, elle était prête. Elle commence à essuyer les yeux du roi par sa queue.

- Qu'est-ce que tu fais? crie Fauxsouris. Il est très furieux. Tout à coup il est frappe de sommeil. Il se frotte les yeux, mais en vain.

- Je te..., je te... il pousse un cris, mais il ne finit pas sa phrase.

Son regard s'éteint... il s'est endormi.

Les gardiens voulent arrêter Niki, alors elle jette de la poudre dans leurs yeux. Tous s'endorment. Il faisait sombre parce que tous les gardiens ont fermé leurs yeux. La salle est devenue obscure en quelques minutes . Tout à coup les racines se sont écartées et une entreé s'est ouverte. Niki entre et  ferme  les yeux...

- Sa majesté le roi Iroussauf! annoncé une voix solennelle.

Le gardien qui dit ça, était plus petit que le roi et Niki, il ressemblait à une taupe velue mais aux dents laniaires. La taupe était aveugle! Mais cela ne l'a pas empêché de tourner sa tête vers Niki. Ce gardien avait un flair fin. Il a traversé la salle, il a emmené un autre gardien. Celui-ci avait un aspect pitoyable. Il a  dirigé sa tête basse vers Niki. Il semblait tout à fait indifférent. Il a soupiré et a commencé à chanter une chanson d'une voix fine :

Le plus terrible et le plus dangereux

Le plus courageux et le plus beaux

Tu triompheras des poltronnes

Toi, le roi Iroussauf !

Cette voix paraissait connue à Niki. Elle l'avait entendu auparavant. Sans doute, c'était...

- Piki, ma petite Piki! C'est toi! Enfin je t'ai trouvée.

Le malheureux animal dans lequel Niki a reconnu son amie, était Piki. Elle a levé sa tête et ne croyant pas ses yeux elle a couru vers Niki.

- Niki, la malheureuse souris s'est précipitée vers son amie: - Je savais que tu me trouverais.

- Garde! a crié le gardien, qui se trouvait près de Niki.

- Chut ! dit Niki et elle a passé sa queue sur les yeux du gardien.

Le gardien a éternué, est tombé par terre et s'est endormi. Par bonheur personne n'est venu.

- Qu'est-ce qui t'est arrivé? Pourquoi tu as cet aspect?

- Oh! gémit Piki, ne me parle pas de mon aspect. J'ai honte et je suis punie. Nous sommes ici à cause de mes caprices. Quand je suis tombée dans ce trou, ce monstre Iroussauf me saisit. Je me suis évanouie. Quand j'ai repris connaissance, j'ai vu un  trou avec des racines aux murs. Puis les rats aveugles m'ont emmené chez le roi aveugle.

- Comment? Iroussauf est aveugle?

- Ici tous sont aveugles mais ils ont un flair fin. Iroussauf m'a dit de servir bien pour être la plus belle dans ce royaume.

- Et toi, tu l'as cru?

- Tu dois me comprendre, je rêve toujours d'être la plus belle, d'être la plus belle du royaume.

- Pauvre petite! Niki avait pitié de son amie.

Elle l'a embrassé, Piki pleurait.

- As-tu mangé ces racines? Tu t'es transformée comme les autres? Niki se sentait si malheureuse qu'elle était prête à pleurer avec Piki.

- Le roi dit que ce sont des racines magiques. Qui les mange se transforme en souris au poil blanc comme le poil du lapin Gupassi, aux cils plus longs que les cils des écureuils et aux dents les plus blanches, continue Piki en pleurnichant. J'ai commencé à manger ces racines. Et puis j'avais faim. Quand j'ai compris qu'on m'avait trompé, il était déjà tard. Tu sais, il me semble que je perds la vue.

- Pauvre Piki. Niki embrasse son amie.

Piki garde une minute de silence. Les larmes étouffent cette malheureuse souris et elle crie :

- Je ne verrai jamais ma maison, mes parents!

Piki pleure de désespoir.

- Nous sortirons d'ici, crois-moi !

- Je ne sais pas. Parfois il me semble que ce sera impossible. Est-ce que tu y crois, toi ?

- Sans doute, Piki.

- Et toi ? Comment tu t'es trouvée ici ? a interrogé Piki.

Niki raconte l'histoire de son aventure dans le royaume de Fauxsouris : la connaissance de Fo, l'existence secrète des deux royaumes... Le temps passe vite et le royaume obscur de Fauxsouris a ouvert ses portes. Les souris passent dans une autre salle et le mur se ferme. Mais tout à coup, le roi s'est réveillé. Niki le saupoudre de nouveau avec la poudre somnifère. Il jure et s' endort tout de suite.

La garde s'est réveillé aussi et les yeux des gardiens ont éclairé la salle. Niki saupoudrent les gardiens aussi. Puis elle s' approche de Fo qui dort encore et le réveille :

- Fo, mon cher Fo, il est temps de te lever.

Le gardien s'est réveillé, a demandé de l'attendre quelques minutes.

- Il fait sombre, j'ai peur, a murmuré Piki.

- Fo reviendra bientôt et il fera clair, dit Niki à sa copine.

Fo, le gardien fidèle est revenu après quelques minutes et il a ordonné:

- Piki, toi, tu mettras la tenue de gardien et moi, je porte Niki dans mes bras.

Les trois amis marchent dans les dédales des couloirs. Ils sont arrêtés par un gardien, puis par un autre, mais Fo leur répond toujours :

"Sur l'ordre du roi Fauxsouris!"

Les gardiens croient Fo parce que dans ce royaume on ne viole jamais la loi.

Ainsi, ils passent tous les postes. Puis Fo descend Piki avec précaution sur la terre. La porte d' entrée du trou s'est ouverte devant les souris. Ici, les racines poussent sur les murs, par terre et même au plafond.

- Attendez, dit Fo, je dois trouver l'anneau pour vous laisser partir à la maison.

- Et moi, à l'extérieur, s'inquiète Piki. Est-ce que je reste affreuse et velue ?

- Qu'est-ce qui est le plus important pour toi : la liberté ou ton extérieur? Fo regarde Piki et lui dit :

- Tu dois choisir entre partir ou rester ici.

-Je choisis la liberté, je veux retourner à la maison, pardonne-moi, Fo.

- Pourquoi ?

- Je ne voudrais pas t'offenser quand j'ai dit "un animal".

- Sans problème dit Fo ; il agite ses pattes : souviens-toi toujours que derrière une apparence effrayante, il n'y a pas toujours que des monstres.

- Viens avec nous, Fo, nous ne te quitterons jamais, tu pourras habiter chez nous, dans ma famille, propose Niki.

- Non ma bonne Niki, je mourrai sous le soleil. Fo garde un instant le silence et ajoute :

- Merci beaucoup, Niki.

- Merci à toi, Fo, nous ne t'oublierons jamais! répond Niki en l'embrassant.

- Adieu! S'exclame Fo et ses yeux se sont éteints.

Il est devenu sombre dans la salle. Le gardien a fermé vite la porte.

- Qu'est-'il est arrivé à Fo? s'étonne Piki.

- Je ne sais pas, répond Niki.

Elle ne pouvait pas voir que Fo... pleurait.

- Qu'est-ce que tu fais? crie le roi Fauxsouri qui accourt vers le gardien :

- Ne touche pas l'anneau, ne laisse pas les souris !

Mais Fo a déjà touché l'anneau. La chaîne est tombée avec un bruit sonore.

- Traître! Tu vas mourir, tu dois être condamné à mort.

Mais Fo s'est suspendu à l'anneau et est resté immobile. Les larmes coulaient de ses yeux et tombaient sur le poil, par terre, sur les racines...

Oh miracle! Les racines des arbres s'animent et s'épanouissent des fleurs blanches et embaumées apparaissent. La garde se sauve.

- Où allez-vous? crie le roi ! Rattrapez les souris !

Mais les gardiens ne l'écoutent pas. Dans les dédales du royaume, dans chaque trou poussaient et s'épanouissaient de belles fleurs blanches.

Fauxsouris, mourant du peur se sauve dans son autre royaume.

En ce temps les souris arrivent en haut. La tête de Piki tourne et la souris s'évanouit. Niki la soutient et elle essuie le museau de sa copine par le pinceau de sa queue. Vous savez que le pinceau de la queue contenait de la poudre somnifère et Piki s'est endormie. Niki s' assois près de Piki et commence à pleurer. Elle se rappelle Fo. Elle comprend bien qu'elle ne le verra jamais plus. Il est devenu pour elle un véritable ami. En essuyant les larmes de ses yeux, Niki comprend que Piki s'endormait.

- Piki, Piki, réveille-toi! Comment tu dors profondément !

- M-m-m-m, fait la souris.

- Piki, il est temps d'aller à la maison, continue Niki.

- À la maison? s'est criée Piki. À la maison !

Leur sombre trou s'est éclairée d'une lumière éclatante. Les souris sont sorties de leur abri et qu'est-ce qu'elle ont vu? Tout autour était blanc. La neige étincelait et brillait. Dans chaque cristal de neige y avait du soleil.

- C'est l'hiver, Piki, c'est l'hiver ! Crie Niki joyeusement. Regarde comment tout est beau !

- C'est l'hiver, répond en écho le bois.

Niki et Piki se sont jetées dans la neige blanche et duveteuse. Elles lançaient la neige en l'air, applaudissaient et faisaient des culbutes. Elles étaient heureuses. Elle ont couru à la maison, où leur parents les attendaient et préparaient une délicieuse tarte de blé.

Qui sait si cette une histoire était réelle. Les souris avaient-elles rêvé. Mais cette histoire m'était racontée par une vieille souris. Elle s'appelait... Niki.

FIN

N.K.

bunni


"J'ai perdu mon âme "

Voici l'histoire d'un petit violon qui part à la recherche de son âme. Lors de son aventure, il va faire la rencontre d'instruments plus étranges les uns que les autres. Comment va-t-il réussir à retrouver son âme ? Laissez-vous transporter dans ce conte merveilleux et retrouver votre âme d'enfant.

Il était une fois dans la petite ville de Mirecourt, un petit violon qui avait perdu son âme. Un matin, alors qu'il s'étirait en faisant craquer ses fibres de bois, il découvrit inquiet qu'il ne pouvait plus chanter. Il essaya plusieurs fois et constata que seul un tout petit son sortait de son ventre. Il était devenu presque aphone et plus rien ne résonnait en lui. Mais il en fallait plus à ce petit violon pour se décourager. Il savait que dans la petite ville où il avait grandi, résidait de nombreux instruments qui pourraient l'aider. Sa première idée fut d'aller voir le patriarche : une contrebasse imposante qui ronflait à en faire vibrer les murs !

Doucement, le petit violon le réveilla et avec le peu de voix qu'il lui restait demanda : « Contrebasse, dis-moi, comment fais-tu pour chanter si fort ?». Elle lui répondit : « C'est parce que j'ai un gros ventre, pardi ! Laisse-moi dormir à présent.» Le petit violon déçu, reprit son chemin. En route, il rencontra son cousin, l'alto. Il ne l'aimait guère, toujours à le narguer, à lui rappeler qu'il était plus grand que lui. Cependant, ayant besoin d'aide, il s'approcha et lui demanda :

« - Je ne parviens plus à chanter. Pourrais-tu m'aider ?

- Tu plaisantes, j'espère ! Allez, va jouer avec les petits et laisse les grands s'amuser.».

Le violon n'était pas surpris par sa réaction. Il n'espérait pas d'aide de la part d'un instrument qui se croyait supérieur aux autres. Mais nullement découragé, il poursuivit ses recherches. Puisque ses compagnons du quatuor ne lui apportaient aucune aide, il décida de chercher une réponse auprès d'autres familles.

Arrivé devant un bâtiment au nom étrange « le Musée de la Musique Mécanique », le violon curieux poussa une lourde porte et découvrit émerveillé une salle remplie d'instruments étranges qui ne ressemblaient en rien à lui. Le petit violon qui avait toujours vécu avec des individus aux courbes harmonieuses et ondulées, constata qu'il existait des instruments aux formes géométriques et aux lignes perpendiculaires. Ne voulant pas leur manquer de respect, le petit violon n'osa pas dire qu'ils ressemblaient à des boîtes. Intimidé par leur taille, le petit violon se sentit rassurer en apercevant une petite boîte qui était en train de rêver. Le violon s'approcha doucement et lui demanda :

« - Comment t'appelles-tu ?

-  Je me nomme serinette. "J'ai perdu mon âme"

-  Quel joli nom ! Peux-tu m'aider ?

- Bien sûr ! Que puis-je faire pour toi ?

- Eh bien, j'ai perdu mon âme et je ne peux plus chanter.

- C'est un problème, effectivement ! Je peux te prêter mon cylindre de bois, c'est grâce à lui que je chante.».

Avec précaution, le violon pris le cylindre de bois recouvert de peau sur lequel étaient plantés de nombreux picots. Avec son archet, il caressa le rouleau pour le faire chanter mais aucun son ne sortit.

« - Voilà qui est bien étrange ! Ce rouleau est mon âme. C'est lui qui me donne de la voix. Va voir le limonaire, c'est un orgue de foire. Peut-être pourra-t-il t'aider ?», dit la serinette.

Aussitôt dit, aussitôt fait, le petit violon se tenait devant l'orgue décoré. Conte : "J'ai perdu mon âme"Il ne put s'empêcher de l'observer, il avait l'impression que l'instrument s'était déguisé pour carnaval. Il était de toutes les couleurs.

Le petit violon dit :

« - Bonjour ! C'est serinette qui m'envoie, je ne peux plus chanter ! Saurais-tu m'aider ?

- Je veux bien te prêter un de mes cartons perforés.».

Délicatement, l'archet frotta la feuille cartonnée mais aucun son ne sortit.

Le limonaire s'exclama : « - C'est très curieux ! Avec moi, cela fonctionne très bien. Pour ton problème, va voir Madame Polyphon là-haut. Elle saura te conseiller.».

Le petit violon alla à la rencontre de Madame Polyphon. Il fut vite sous le charme de cette élégante dame."J'ai perdu mon âme"
« - Bonjour ! J'ai perdu ma voix, madame. Pouvez-vous m'aider ? » dit le petit violon.

Madame Polyphon lui répondit d'une voix cristalline :

« - Bien sûr ! Tiens, prends un disque de métal ! C'est grâce à lui que je peux chanter.».

Mais le disque était si grand que le petit violon ne pouvait pas le prendre.

« -Tant pis ! Merci quand même.», dit le petit violon.

Le petit violon sortit du Musée de la Musique Mécanique totalement découragé. Personne n'avait pu l'aider, ni les copains du quatuor, ni ses nouveaux amis mécaniques.

« Que faire à présent ?», se demanda le petit violon. Alors qu'il rentrait chez lui, un étrange individu le regarda. Il était immense, avait des mains monstrueuses et des verres accrochés à ses yeux. L'homme le pris dans ses bras comme un enfant, et dit : « Mes amis mécaniques m'ont appris que tu ne pouvais plus chanter. Rassure-toi ! J'ai ce qu'il te faut.».

Il amena le petit violon dans son atelier qui sentait bon le bois. L'homme avait des paroles douces et rassurantes, mais le petit violon ne pouvait s'empêcher d'être inquiet en voyant les instruments de torture à proximité. Avec délicatesse, l'homme glissa une petite pince très fine par son ouïe.

« - Eh ! Ça chatouille !» dit le petit violon.

« - Essaye de rester calme et de ne pas bouger.», répondit l'homme.

Le petit violon fit de son mieux. Il sentit dans son ventre un petit bout de bois qui se déplaçait. Après quelques minutes un peu désagréables, le petit violon sentit que le petit bout de bois était en place, exactement là où il devait être. L'homme pris alors l'archet et commença à jouer. Le petit violon s'exclama alors : « J'ai retrouvé mon âme, je peux à nouveau chanter !». Le petit violon, fou de joie, le remercia vivement. Avant de partir, il lui demanda :

«-  Comment t'appelles-tu ?

-  Geppetto », dit le luthier.

« -  Comment puis-je te remercier ? »

-  Eh bien ! Viens me voir de temps en temps. Cela me fera plaisir. »

Le petit violon promit de revenir.

Depuis ce jour, le petit violon chante à tue-tête et n'oublie jamais de revenir voir son père. Si un soir en passant à Mirecourt, vous entendez un petit violon chanter, ne l'interrompez pas et écoutez le raconter de merveilleuses histoires d'instruments, cela vous transportera dans le pays des rêves.

C.C et E.N.T

bunni

#665

Les Fées à l'étang

Stella était une petite fille très rêveuse et d'une beauté extraordinaire pour son âge, à tel point qu'elle se faisait ainsi remarquer partout où elle allait. Cependant, elle préférait la tranquillité à toute autre chose, c'est pourquoi elle allait passer tout son temps libre chez sa grand-mère. Cette vieille dame, mystérieuse et bienveillante, habitait un élégant manoir qu'elle avait fait restaurer. Elle entretenait ses plantes avec une passion hors du commun en compagnie de son vieux jardinier qui lui tenait compagnie, et avec lequel elle s'entretenait de botanique des heures durant.

La tranquillité de cette existence plaisait à nôtre petite héroïne, qui aimait par-dessus toutes les délicieuses tourtes confectionnée avec les légumes du potager. La grand-mère, surnommée dans le voisinage comme « la fée aux main verte », savait l'art d'offrir de généreux paniers de légumes dont la quantité et la grosseur apparaissaient comme extraordinaires ; de même, elle possédait une quantité innombrable de contes fantastiques autour des plantes et de la végétation. Le soir tombant, la vieille femme et sa petite fille s'installaient sur la terrasse qui surplombait le jardin, et le soleil se couchait aux notes berçantes de la voix de la vieille conteuse.

Le jardin se déployait entre l'élégante demeure et un petit étang, ce qui faisait la joie de la fillette. Elle passait des heures entières à jouer au bord de l'eau à toutes sortes de jeux dont seule une enfance solitaire a le secret. Elle avait fait connaissance avec les habitants de cette eau stagnante, et avait donné un nom à ceux qu'elles reconnaissaient, car certaines familles de grenouilles vertes et de libellules avaient établies là leur campement familial.  La petite fille avait courageusement nettoyé et restauré ce coin autrefois abandonné aux mauvaises herbes, et à l'aide de Marco le jardinier, elle avait appris à en entretenir la flore.

Dès qu'elle fut en âge de lire seule, Stella découvrit de nouvelles histoires, et se prit à rêver qu'elle se transformait en cygne à la nuit tombée, ou bien encore que les pierres des eaux dormantes lui parlaient. Sa grand-mère écoutait son babillage en souriant. Le vieux jardinier, en homme qui n'entendait rien aux choses de l'imaginaire, mais qui avait grand cœur et se souciait de la fillette comme si elle eut été sa propre petite fille, entendait bien lui faire entendre raison. Mais la vieille dame l'interrompait d'un geste ou d'un regard.

Stella avait donc tout le loisir de s'adonner à ses passions et soignait ses fleurs et son étang avec un zèle rare pour l'enfance.

Une nuit, elle rêva que les fleurs l'appelaient et lui parlaient : « Stella ! Résonnaient-elles en chœur, viens à nous, tu nous as sauvé de la sécheresse, tu nous as soignée et entretenues de bon cœur et avec une patience que personne n'avait jamais eu à notre égard. Nôtre reine veut te remercier »

Le rêve lui semblait si réel, que la fillette se réveilla et alla voir à la fenêtre : la lune éclairait d'un rayon le petit étang et tout semblait paisible. Elle eut envie d'aller voir si on l'attendait réellement à l'étang. Elle savait fort bien que personne ne croyait à ces choses fantastiques, hormis sa fantasque grand-mère que l'on jugeait déjà bien étrange; c'est pourquoi elle eut été bien en peine d'expliquer à quelqu'un pourquoi elle se levait en pleine nuit voir des fleurs qui l'avaient appelées en rêve. Elle parvint à se glisser silencieusement hors du manoir. Pas un souffle de vent ne troublait le silence presque absolu du jardin.

L'atmosphère était telle que l'on se croyait observé et écouté par une intelligence invisible et sage. C'était la première fois que Stella sortait la nuit, et elle crut que c'était là des particularités de la nature.

« La nuit est magique, pensa-t-elle, on dirait que tout est différent du jour, on ne me l'avait jamais dit à l'école »

En effet, un adulte eut pris peur : Le jardin était inondé par les rayons lunaires, comme irréel. Mais Stella avançait avec une confiance simple. Chaque arbre était comme embrasé, les fleurs et les plantes bruissaient dans un murmure et dans une sorte de ballet. Le tout paraissait mue par une force de vie commune et fantastique. L'allée principale semblait s'illuminer peu à peu, et Stella se sentait comme attendue et fêtée.

Elle s'arrêta à l'étang. Ses chères fleurs se balançaient de gauche à droite dans une sorte de concertation générale. Stella s'assit patiemment. « Je suis là, mesdames les fleurs ! » murmura-t-elle, craintive. Il se fit alors un silence absolu et les fleurs devinrent immobiles.

Notre héroïne commença à se demander ce qu'elle faisait là à parler à des fleurs qui ne connaissaient visiblement pas l'usage des mots humains. Mais, soudain, un pissenlit vint chatouiller son menton comme pour l'inviter à s'étendre auprès d'elle. La petite s'exécuta avec attention, craignant de froisser le moindre brin d'herbe et de vexer les délicates demoiselles, puis elle tendit l'oreille. Tout d'abord, elle n'entendit rien que le bruissement des feuilles dans les arbres. Mais en écoutant mieux, elle crut percevoir un son de clochette, qui s'interrompit alors qu'elle se redressait de surprise. Patiemment, la petite fille se pencha de nouveau  dans l'herbe, cessant de respirer, et le bruit de clochette revint, qui se multiplia en plusieurs, et s'accrut si bien la petite fille eu grand peur.

Il lui semblait que toutes les fleurs voulaient communiquer avec elle, mais l'ensemble devenait si bruyant que Stella ne parvenait guère à décrypter un mot de ce charmant brouhaha.

Peu à peu, le bruissement général se transforma en sons distincts, qui semblèrent exprimer des choses précises, et la jeune fille entendit des mots qui n'étaient pas ceux de notre langage habituels. Elle  crut reconnaître ce langage, et cela la troubla beaucoup.

Les fleurs semblaient parler dans une sorte de chant, avec une finesse d'expression inconnue au langage humain. Chaque mot était un sentiment que toute tentative de traduction semblait devoir dénaturer.

Mais puisque tu as pris la peine de suivre cette histoire, cher enfant, nous allons tâcher d'apaiser ta curiosité naturelle, et traduire en mots du mieux que nous pourrons ce qui se dit entre les fleurs et Stella.

« Stella » entendit la petite fille, elle discerna alors parmi la foule de fleurs variée, une pivoine odorante qui se balançait vers elle, et que toutes les autres semblait écouter avec attention. « Tu es une des nôtres, petite fille » dit la fleur « tu fus l'une des notre dans un temps ancien, et tu as décidée de venir en humaine sur cette terre afin d'apporter notre grâce et nos vertus, voilà pourquoi tu prends soin de nous avec une grande passion, et voilà d'où te vient ta grande beauté. Avant que tu ne quittes notre royaume, nous te promîmes de venir te rendre visite afin de te rappeler tes réelles origines »

C'est alors que la plus forte et la plus belle des roses du jardin se balança gracieusement vers Stella comme pour la saluer. La fillette eut les larmes aux yeux sans savoir pourquoi. Un doux murmure parcourut l'assemblée.

La reine des fleurs s'avança, et dans un chant suave qui inspirait le respect, prit la parole : « Notre langage, Stella, tu le connais au fond de toi et tu le comprends, parce qu'autrefois tu l'employais comme nous, et ton ouïe a gardé la finesse de notre condition. Tu étais la plus courageuse et la plus intrépide de nous tous, et nous sommes venues te remercier pour ton courage, ta loyauté et ta profonde intégrité. Nous sommes venu te donner chacun un don, afin de t'accompagner durant le voyage de la vie, que tu verras semé des embûches de l'existence »

Avant même la fin de ce discours, la petite fille se sentie secouée de sanglots. Elle sentit son cœur vibrer et embrassa une à une ses sœurs retrouvées, dans une nuée de balancements émus.

C'est alors que d'intenses formes lumineuses se dégagèrent des fleurs et tournèrent une à une afin d'éclore une à une en de minuscules... fées ! Chacune de leur robe était fidèle au pelage de la fleur qui l'avait abritée. Elles voltigeaient élégamment autour de Stella et certaines venaient se poser sur ses mains ou jouaient dans ses cheveux, si bien que la fillette crut qu'elle rêvait encore.

« Nous sommes les âmes des fleurs » lui rappela la reine dans un gracieux sourire. Un homme-fée à la couleur mauve du chardon sauvage passa devant elle en voltigeant et expliqua gravement : « A chaque fois qu'une fleur et arrachée ou meurt, nous nous envolons vers d'autres bulbes en devenirs. Nous donnons la teinte des pétales selon notre robe et notre particularité. Tu étais, toi, une toute petite violette, la plus hardie de toute »

Ce petit peuple se tenait à présent par centaine devant Stella, et toutes les fleurs du jardin semblaient réunies dans leur riche diversité. La fillette aurait voulu revêtir elle aussi sa jolie robe finement sculptée, et s'envoler avec eux tous. Elle était abasourdie devant tant de lumière, et de beauté.

Toutes ces impressions de grâce et ce langage lui semblèrent si familier, qu'elle fut triste un instant à l'idée que cette visite resterait l'unique de son existence terrestre.

Devinant ses pensées, les fées virent une à une auprès d'elle, dans un élan de consolation, et déversèrent sur elle, chacun leur tour, une fine poudre dorée. « Voici chacune de nos qualités respectives, qui illustrent le sentiment que nous incarnons. Notre complétude nous permet de vivre en harmonie » lui expliqua une fée à la robe de bouton d'or « ils te donneront la force d'être une lumière vivante dans ce monde»

Enfin, la reine fée, la plus grande de toute, en robe pourpre de velours comme la rose aux mille pétales, lui fit cadeau d'un minuscule collier de perles nacrées. « Le nacre est la teinte de notre peuple, car il brille sans éblouir par trop de vanité, souviens-toi toujours de cela durant ton existence, chère enfant »

Le petit peuple se mit à entamer un chant commun et très doux, très lent, qui émut profondément Stella. Elle se mit à chanter avec eux, car bien qu'elle ne s'en fût jamais rappelée auparavant, elle le connaissait du fond de sa mémoire.

La fillette s'aperçut alors qu'elle ne touchait plus l'herbe du jardin, ses petits pieds nus étaient légèrement au-dessus du sol, et frôlait la rosée naissante. Stella se sentie de plus en plus lourde et fatiguée, et le petit peuple disparaissait doucement à ses yeux.

Elle vit leurs lueurs s'envoler dans le lointain soleil de l'aube. Ses pieds touchaient terre, le jardin lui apparaissait dans sa beauté matinale et toute terrestre : Les éclats somptueux et l'atmosphère particulière de la nuit passée se dissipaient, laissant place à la sensualité fraîche et vive de l'aurore.

De retour dans sa chambre, Stella ouvrit la main et découvrit que le collier de perles n'était plus qu'une poignée de sable parsemé de minuscules cristaux de nacre. Elle rangea religieusement ce trésor, parmi toutes les reliques de ses escapades d'enfances.

Entendant sa grand-mère s'affairer en bas, la petite fille descendit la trouver et entreprit de lui raconter son aventure sous la forme d'un rêve.

Marco le vieux jardinier, vint les interrompre, annonçant qu'ils approchaient de la saison froide. Il avait retrouvé le matin même la plupart des fleurs du jardin fanées. «Probablement une gelée précoce » expliqua-t-il.

Stella s'enthousiasma et termina de raconter son rêve. Elle fit le lien entre les deux événements d'un air si sérieux que le jardinier éclata de rire. Il allait riposter, lorsque la grand-mère, l'interrompit : « Allons, je vous prie, n'allez pas troubler cet enfant dans ses fabuleuses rêveries. Vous et moi avons perdu l'usage de rêver, mais cela fait-il de nous des êtres plus raisonnables ? Cette faculté de l'enfance n'est pas une déraison, mais le développement d'une intelligence subtile dont seul le cœur connait la légitimité et le sens. C'est une chance, que je me garderais bien de lui ôter avant qu'elle ne se trouve confrontée aux mœurs étroites de notre société sans poésie. Cette petite est une âme délicate, et les mystérieux dons de l'enfance doivent être cultivés chaque jour de la vie ».


                                 FIN

bunni

#666

L'ARBROUSSAILLE

Je ne dirai pas : Il était une fois, car cette histoire dure depuis
la nuit des temps, et elle se continue encore maintenant.
C'est le vent le premier qui l'a racontée.

Il y a fort longtemps, vivait dans un pays bien ordonné une
étrange fillette. Elle avait les cheveux en broussaille, drus et
touffus comme un gros bouquet sur sa tête.
Elle portait ce drôle de nom : Canopée.

En ce temps-là, toutes les choses étaient bien rangées dans
cette contrée, et rien jamais ne venait troubler les habitants.
On avait banni de ce lieu tout ce qui est tumultueux, agité ou
tapageur. Le vent n'avait donc pas le droit de venir s'y prome-
ner.
Alors, depuis son palais, vexé, il observait tout, à l'aide de
ses jumelles en rayons de soleil.

Et voici ce qu'il voyait : La fumée des cheminées ne faisait
pas de tourbillons. Elle s'envolait en fines volutes rectilignes
pour rejoindre les nuages. Ces nuages avaient une forme
rectangulaire, ou parfois triangulaire.

Les arbres sans branches ni feuilles montaient tout droit vers
le ciel, par la voie la plus directe. On aurait dit de longues
tiges munies à leur base de racines énormes qui s'étalaient
sur le sol, toutes parallèles entre elles, comme un jeu de
marelle.
OH ! Comme il aurait aimé souffler un bon coup là-dedans, le
vent !
Mais ça n'était pas permis, car dans cette région, personne
n'aimait le vent...

Mais tout le monde aimait les arbres !
Quand on avait faim, eh bien, on arrachait des racines aux
arbres. On les coupait en petits dés identiques que l'on faisait
cuire à l'eau ou bien rissoler dans l'huile avant de les
assaisonner pour s'en régaler.
Hm mm ! C'était carrément bon !

Le tronc des arbres servait de bois de chauffe ou bien de
matériau de construction. Et pour s'habiller, on taillait des
vêtements tout rayés dans l'écorce soyeuse de certaines
espèces rares.

Oui, vraiment tout le monde aimait les arbres... par intérêt,
mais Canopée elle, les aimait de tout son cœur.

Un jour, elle avait décidé d'avoir ... un arbre de compagnie !
Alors, elle s'était fabriqué une petite charrette qu'elle avait
remplie de terre afin d'y installer son protégé.
On avait eu beau la raisonner, elle s'était entêtée :
" Un arbre, c'est un être vivant ! "

Et c'est ainsi qu'on la voyait se promener tirant derrière elle
dans une carriole, une petite tige bien rectiligne à qui elle
faisait la conversation.

Les gens riaient, mais elle ne les écoutait pas.
Les gens se moquaient, mais elle ne les regardait pas.

Elle avait pour seul ami, un petit arbre au tronc bien droit, qui,
comme toutes les plantes de ce terroir d'autrefois, n'avait ni
feuillage ni branchage.

Un, jour, le tronc devint trop long, et les racines trop vastes
pour la petite charrette. Alors, Canopée choisit une jolie
clairière au bord d'un ruisseau pour y installer son arbre.

Chaque fois qu'elle en avait le temps, Canopée venait le voir,
pour lui parler, lui inventer des histoires et des chansons. Et
puis elle le prenait dans ses bras et du bout du nez, lui donnait
des baisers sucrés.
Pour mieux l'écouter, l'arbre devenu grand, s'était mis à
pencher. Oh ! A peine au début. Et puis, de plus en plus, pour
se rapprocher de sa chère Canopée.

Le vent tourmenté et mécontent d'avoir été chassé, observait
le paysage à travers deux rayons de soleil. Il remarqua ce
jeune arbre, le seul de cet endroit à ne pas pousser tout droit.
" Nom d'un tourbillon ! Il faut que je voie ça de plus près ! "

Aussitôt, il mit son grand manteau transparent, celui qui le
rend invisible. Et puis il se dirigea vers l'arbre qui poussait de
travers. Il s'approcha, discrète brise. Quand il frôla le visage
de Canopée, la petite fille lui fit un sourire.

Le vent ravi recommença, un peu plus fort, puis il se mit à
jouer avec les cheveux en forme de bouquet. C'était rigolo !

Et c'est ainsi que naquit la plus ébouriffée de toutes les
amitiés. Les trois bons copains prirent l'habitude de se
retrouver chaque jour pour s'amuser au soleil, mais aussi
sous la pluie.
Canopée chantait, riait et inventait des histoires qui s'envo-
laient, portées par le vent.

Mais voilà : Si le vent s'était étonné de voir cet arbre penché,
les villageois, eux, s'en étaient offusqués.

" Assez des caprices de Canopée ! "
" Elle est de plus en plus échevelée ! "
" Il faut qu'elle soit plus soigneuse avec ses cheveux tout
...broussailleux ! "
" Et ce vilain arbre tortueux ! "

Les villageois pleins de colère se précipitèrent vers la petite
clairière où poussait l'arbre de travers. Ils étaient bien décidés
à faire cesser tout désordre :
" Arrachons l'arbre défectueux ! "

Canopée était absente pour la journée. L'arbre était seul près
du petit ruisseau. Tout était calme.
Les villageois s'empressèrent à coup de hache d'attaquer le
tronc.

CRAC !

Ce claquement sec attira l'attention du vent, toujours curieux.
Quand il vit son ami attaqué, blessé, en danger, il se précipita
sans même prendre le temps de mettre son grand manteau
transparent.
Il arriva comme un ouragan, tout noir, tourbillonnant et violent. Il
arracha la hache des mains de ces gredins. Et puis, il se mit à
les pourchasser.

Ah ! Quel désordre mes amis. On courait dans tous les sens
en hurlant ! Le vent tempêtait, tonitruait, fulminait !
Il défit bien des chignons, arracha des chapeaux, dénoua des
foulards et emmêla plein de moustaches.
Échevelé, dépeigné, débraillé, tout le monde cherchait refuge.
Finalement ils s'enfermèrent à l'abri, chacun dans sa maison...

Les habitants de la contrée bien ordonnée, terrifiés, regar-
daient par la fenêtre l'ouragan qui s'affairait là-bas dans la
clairière... Ils regrettaient d'avoir été si méchants.
Quand la petite Canopée revint, ils eurent honte en la voyant
pleurer...
Ils regrettèrent de ne pas avoir été plus indulgents.

Toute la nuit, le vent souffla. Si fort, si fort que personne, pas
même Canopée, ne put approcher de l'arbre.

Le tonnerre, alerté par ce brouhaha s'approcha.

Le vent se calma pour expliquer à son ami, le Foudroyant, sa
si grande peine.
Il ne hurlait plus à présent. Il murmurait des mots gracieux.

Les villageois étonnés écoutaient cette merveilleuse mélodie.
Le vent racontait la tendresse de l'arbre pour Canopée.
Il parlait des rires, des jeux, et puis de l'amitié.
Émus par ce doux bruissement, les habitants de la contrée
bien ordonnée écoutaient sans mot dire.
Ils découvraient la musique des sentiments !

C'était bouleversant et exaltant en même temps.

Alors ils commencèrent à regretter de s'être montrés tellement
intransigeants. Ils ne savaient pas que le vent avait des
sentiments. Ils n'avaient pas compris que l'arbre était penché
par amitié et non parce qu'il était désordonné.

Pendant ce temps, le tonnerre qui est un être très puissant, rassurait le vent :
" Écoute, je vais le soigner, je vais aider ton ami, l'arbre de
travers. Pour cela, apporte-moi ce que tu as de plus précieux."

Le vent qui se promène par toute la terre garde dans son
palais les trésors les plus divers. D'une bourrasque, il rassem-
bla plus de mille pierreries, diamants et joyaux. Le tonnerre fit
jaillir un éclair et vint frapper l'arbre blessé. Puis, de son doigt
magique il dessina dans le ciel de grands points d'interroga-
tion.

Une lumière bleue, aveuglante inonda tout le paysage. Quand
tout redevint calme, l'arbre se tenait là, magnifique et différent.

Enfin, le vent et le tonnerre se turent. Chacun se mit à réfléchir.
Comment effacer cette mauvaise action ?
Alors, il leur vint une bonne idée : écrire une lettre pour deman-
der pardon.
Et c'est ainsi que sans enveloppe ni adresse, ils ouvrirent
grand leurs fenêtres pour laisser le courrier s'envoler.

Le vent, en silence, transporta ces milliers de feuilles de toutes
les couleurs dans la petite clairière pour les montrer à l'arbre
mutilé. Il était fendu en deux à mi-hauteur, mais il était toujours
vivant !

Son tronc de travers se divisait désormais en deux bras fait
par la hache des hommes, au temps de la colère.
Dressé vers le ciel, l'arbre déployait maintenant un abondant
ramage touffu qui le faisait ressembler à la petite Canopée.
Ce luxuriant feuillage était fait des milliers de lettres de regrets
et d'amitié qu'avaient écrit les villageois.

Le lendemain, à la première heure, la petite fille se précipita pour voir son arbre. Quand elle le vit, la petite Canopée resta
bouche bée.

Elle s'approcha de lui et, pour la première fois il parla :
" J'ai voulu te ressembler Canopée, Alors le vent m'a aidé.
Regarde : Il a soigné mes plaies et j'ai maintenant deux bran-
ches pour que tu puisses grimper dans mes bras. Sur la tête,
il m'a fait la même coiffure que toi ! Et puis pour t'embrasser,
je t'offrirai des fruits doux et sucrés. "

Émerveillée, la petite fille s'approcha pour le caresser. C'est
alors qu'il déposa à ses pieds une grosse perle rouge, et puis
un croissant jaune. Canopée les ramassa, et elle s'aperçut
qu'ils sentaient drôlement bon ! Alors, elle les goûta...
C'était délicieux, savoureux, sucré, délicat !

Canopée folle de joie appela tous les villageois pour qu'ils
voient l'arbre magnifique qui avait voulu ressembler à une
petite fille.

Les gens se frottaient les yeux, l'air penaud, et gardaient la
tête basse, comme si leurs cheveux étaient devenus trop
lourds à porter.

Le vent qui connaît bien le genre humain, remarqua les yeux
rougis des villageois. Il devina le remords qui les faisait pleurer
et la honte qui pesait sur leurs têtes. Il vit que toutes ces larmes étaient sincères.

Ils étaient tous tellement désolés de s'être montré si intransi-
geants ! Pour leur montrer qu'ils étaient pardonnés, Canopée
leur fit goûter les fruits de son bel arbre.
Des pommes, des olives, des poires, des goyaves, des
mangues et des avocats, des cerises, des bananes, des noix
de coco, des papayes,... que de fruits délicieux ! On n'avait
jamais rien mangé de pareil !

Quand on lui demanda :
" Comment se nomme cette bonne nourriture, Canopée ? "
La petite fille sans hésiter répondit :
" Ce sont les fruits de l'arbroussaille ! "

Voilà comment fut baptisé l'arbre de Canopée :

L'ARBROUSSAILLE

C'est l'ancêtre de tous les arbres de nos vies. Il produit toutes
sortes de fruits.
On dit qu'il est devenu très gros et bien grand depuis le temps.
Il continue d'offrir à Canopée des fruits, des feuilles et des
fleurs de toutes les variétés.
Les pommiers, les bananiers, les cerisiers, les palmiers, sont
ses descendants, et ce sont tous des êtres vivants.

K.K

bunni


Le magasin de l'illusion

Le tintement de la clochette résonna dans le silence ambiant. La vieille porte en bois se referma dans un grincement. Une silhouette fragile se tenait de l'autre côté et semblait observer l'endroit dans lequel elle venait de pénétrer. Sombre échoppe sentant bon le travail manuel et l'ancienneté. C'était comme si l'on venait de remonter d'un siècle dans le temps par le simple fait d'avoir franchi cette porte. On se serait cru dans un magasin de marionnettes d'autrefois. Une odeur de pin flottait dans l'air. Si on avait la chance d'avoir un odorat très développé, on pouvait également percevoir des nuances de tilleul. Pourtant aucune marionnette n'était en vue. Non, du sol au plafond, c'étaient des masques que l'on pouvait voir. Masques de théâtre, d'autres de carnaval à la peinture inaltérée. C'était une véritable caverne d'Ali Baba. Avec du bois comme or.
La silhouette se dirigea vers ce qui semblait être un comptoir. Une petite sonnette en argent l'ornait, le son cristallin qu'elle produisit résonna dans toute l'échoppe. Une ombre sortit du mur, en fait d'une porte dissimulée dans un recoin. L'archétype même de l'artisan passionné. L'âge avancé, l'air bienveillant et les mains calleuses. Tout en lui transpirait la confiance et l'abnégation à son métier. Son regard invitait la silhouette à ouvrir son cœur. Une petite voix retentit alors dans le magasin. Faible, triste, s'il fallait l'associer à une couleur, ce serait le gris. Sans nuance et sans passion.
— Je voudrais... de la joie, s'il vous plaît.
— Bien sûr madame. Quel genre de joie ? Enthousiasme enfantin ? Rire cynique ? Sourire ironique ? Un peu d'innocence peut-être ?
— Juste... de la joie. De la vraie joie. S'il vous plaît.
L'artisan sembla réfléchir. Ses sourcils poivre et sel se joignirent pour ne former qu'une seule ligne et ses yeux parcoururent les murs de sa précieuse échoppe.
— Je crains que cela ne se fasse rare ma petite dame. Mais si vous m'accordez quelques jours, je peux vous fabriquer ça. Une joie toute neuve, qu'en dites-vous ?
La voix retentit à nouveau. Frêle toujours. Sans émotion.
— Je vous remercie Monsieur. Je repasserai dans trois jours.
La silhouette s'effaça, s'écarta du comptoir pour se diriger vers la porte donnant sur l'extérieur. La clochette tinta à nouveau, la porte se referma et l'ombre se fondit à nouveau dans le mur. Le silence retomba sur le magasin.
De l'autre côté du mur. Un atelier. Des masques à nouveau, à profusion. Vieux, pour la plupart cassés même. Toutes les émotions pouvaient se lire sur ce mur : colère, tristesse, jalousie, amour, joie, peur... Nommez-les, vous les trouverez. De quoi ravir les amateurs de théâtre, comédiens comme spectateurs. Au centre de la pièce, une table ensevelie sous les outils. Assis sur un tabouret usé par le temps, l'artisan contemple son établi. Il caresse les morceaux de bois qui s'y trouvent les uns après les autres, comme s'ils pouvaient lui parler. Finalement, il en choisit un. Il l'attrape, le fait tourner entre ses doigts, le gratte du bout de son ongle puis le repose. Enfin, il attrape ses outils et se met au travail.
Elle voulait de la joie. « De la vraie joie » avait-elle même précisé. Des gens comme elle, l'artisan en voyait des tas. Tous à la recherche de masques différents, à la recherche de nuances. Ces nuances, c'était à lui de les créer, de les amener à la vie. Il savait comment transformer la colère en rage ou l'amour en passion. Parfois, il retournait les voir. Ses anciennes créations. Il les observait être ramenées à la vie par les personnes qui les portait. Il était fier de son métier, de ce qu'il apportait à tous ces gens. Perdu dans ses pensées, l'artisan continuait pourtant à fabriquer son masque. Ses mains semblaient animées d'une vie propre, comme si c'était un geste tellement répété qu'il en était devenu automatique. Le morceau de bois s'affinait au fil des heures, du bloc brut du début se dessinait petit à petit une forme de visage. Des yeux se creusèrent, un nez et un sourire. Mais ce sourire... c'était l'élément central de cette création. Travaillé avec minutie pendant de longues heures, il s'approchait de plus en plus de l'extase. Une joie intense sembla se peindre sur les traits en bois. Des petites rides apparurent au coin des yeux pour accentuer ce sourire. Le nez sembla se froncer sous l'amusement. Et le sourire demeurait. Joyeux à jamais.
Lorsque le bois fut entièrement taillé, l'artisan reposa son travail et le contempla. La nuit était déjà fort avancée et son masque n'était pas encore complètement terminé. Il manquait la touche finale. Il attrapa alors quelques pots de peinture, des pinceaux et observa à nouveau son travail. Les nervures du bois rappelaient les traits fins de la silhouette qui s'était trouvée dans sa boutique des heures plus tôt. Pour que le masque lui corresponde totalement, il manquait quelques touches de couleurs. Alors, l'artisan s'attela à ses mélanges, créant une couleur de peau pâle, qui se fondit dans le bois. Ajoutant une pointe de rouge sur les lèvres, oh très peu, juste de quoi les souligner. Chaque couleur qu'il ajoutait se mélangeait au bois et donnait un résultat plus intense. Une fois terminée, on pouvait presque voir un véritable visage. Un visage inanimé, mais heureux.
Le tintement de la clochette résonna pour la deuxième fois en trois jours dans le silence ambiant. La vieille porte en bois se referma dans un grincement. Une silhouette fragile se tenait de l'autre côté et marcha d'un pas plus assuré en direction du comptoir, comme si elle était déjà venue en ces lieux sortis d'une autre époque. Une odeur de pin flottait dans l'air. Si on avait la chance d'avoir un odorat très développé, on pouvait également percevoir des nuances de tilleul. Une nouvelle sonnette retentit, venant cette fois-ci de la cloche en argent ornant le comptoir. Une ombre sortit du mur, elle semblait porter quelque chose.
L'artisan déposa sur le bar en bois un objet, enveloppé avec précaution. La silhouette s'en saisit et le déballa avec tout autant de délicatesse. Entre ses mains reposait un masque en bois, légèrement peint. La silhouette l'approcha de son visage. A contempler les deux on aurait pu croire à un reflet dans un miroir. Excepté pour l'émotion peinte sur chacun des visages. L'un était morne, triste, sans expression. L'autre respirait la joie et le bonheur. Un visage de femme, fin et fragile. Gris. Alors, la silhouette retourna le masque et le plaça sur son visage. Les deux semblèrent alors ne faire plus qu'un. Dans un élan empli de spontanéité, elle prit l'artisan dans ses bras et le serra contre elle. Puis, elle repartit d'un pas plus léger et, alors que la petite clochette de la porte retentissait pour une dernière fois, le son du tintement se mêla à celui d'un rire. Celui de cette silhouette qui disparut au coin de la rue, mais l'écho de son rire demeura. Un rire qui portait la joie. La vraie joie.

bunni


Le secret des tables de multiplications

                                       Tout ce qui est saisi en rouge est rigoureusement exact

Chez les Trente-cinq heures on parle beaucoup de chiffres. Loyer impôts, gaz et électricité, vêtements, chaussures, vacances, cadeaux. Malheureusement, chaque fois que les Trente-cinq heures parlent de chiffres ils se disputent.

Ewan était un enfant de Trente-cinq heures. Il aimait bien l'école, mais il aimait encore plus Julie son amoureuse et, comme il ne voulait pas se disputer avec elle, il avait décidé de se fâcher avec les chiffres et de ne plus jamais les utiliser.

Bien sûr sa maitresse n'était pas du même avis, elle, elle adorait les chiffres !

Avant de rencontrer Julie tout était simple. Il avait appris les chiffres, les additions, les soustractions et les tables de multiplications jusqu'à cinq. Mais depuis qu'il avait une amoureuse tout était changé.

Ce jour-là il tournait le problème dans tous les sens en raclant ses baskets dans les graviers blancs du jardin de sa grand-mère. Faire plaisir à sa maitresse et avoir de bonnes notes comme par le passé et se disputer avec Julie ; ou être puni pour ses mauvaises notes en mathématiques et ne pas se disputer avec Julie. Tête basse il monta les escaliers qui le menaient à son domaine.

Le jardin de sa grand-mère était fait de « bancaou », ces murs de pierres sèches qui retiennent la terre et l'eau. Dans le premier, après le portail, le coin pour garer les voitures. Dans le second, la maison avec le coin repas et derrière le potager de son grand père.  Dans le troisième la piscine ou Ewan passait ses journées d'été à se baigner avec son petit frère et enfin le quatrième « bancaou » avant la clôture, le canal et la colline. C'était son domaine. Une balançoire, une cabane en bois et surtout un enchevêtrement d'arbres fruitiers et de buissons sauvages. Ewan aimait s'installer à l'intérieur, s'allonger à même le sol et rêver en regardant le ciel à travers la dentelle des feuillages.

Arrivé sous le couvert des arbres Ewan se laissa tomber sur le sol dans un soupir. Il était assis, les coudes sur ses genoux repliés, la tête dans les mains, quand un petit bruit lui fit tourner le regard.

Peu de gens savaient qu'Ewan partageait son domaine avec quelqu'un. C'était une vieille tortue nommée Hernest. Elle s'approcha.

-          Tu as l'air bien triste aujourd'hui mon petit compagnon. Tu as quelque chose pour moi ?

Ewan Apportait toujours quelque chose à Hernest quand il entrait dans son domaine. Quelques fleurs de pissenlit, un fruit coupé ou des épluchures de légumes. Accaparé par ses problèmes il avait oublié son ami. Il sauta sur ses pieds et revint quelques instants plus tard avec une feuille de laitue chapardée dans le potager de son grand père.

-          Tiens mange.

Une fois la salade engloutie Hernest reposa sa question.

-          Qu'est ce qui t'arrive ? Tu as l'air préoccupé.

-          Ma maitresse est en colère et papa et maman aussi parce que je n'arrive pas à apprendre mes tables de multiplications. Mais de toute façon je n'aime pas les chiffres.

-          Oh, oh, oh Les chiffres n'ont pas d'importance, ils ne font pas ressembler le fils à son père ni la fille à sa mère. Il est impossible de compter les cheveux que tu as sur la tête, les étoiles que tu as dans les yeux et l'amour que j'ai pour toi dans mon cœur, cependant dès le jour de ta naissance ils étaient là.

-          Comment. ?

-          Ton poids de 3 kg, ta taille de 51 Cm.

-          Eh bien ça m'est égal !

-          Ecoute les chiffres ne sont pas tes ennemis, il faut savoir les apprivoiser.

-          Mais mon problème c'est les tables de multiplications, j'y comprends rien, je retiens rien.

Hernest eut un joli rire.

-          Sais-tu comment on m'appelait quand j'étais plus jeune ?

-          Non.

-          On m'appelait : Math BAC+12.

-          Ça veut dire quoi ?

-          Ça veut dire que demain à l'école tu sauras toutes tes tables de multiplications. Et que tu les sauras pour toujours.

Ils s'installèrent face à face.

-          Ecoute bien, toi qui a cinq doigts de pied (les orteils) et cinq doigts de main (les doigts). D'abord il faut que tu saches par cœur les tables de multiplication jusqu'à cinq.

-          Je les sais.

-          Alors récite : table de un, table de deux, table de trois, table de quatre et enfin table de cinq.

Ewan récita tout parfaitement.

-          Bien ! Alors je vais te dire le secret.

Quand tu multiplies deux chiffres au-delà de cinq tu multiplies ton pied droit et ta main droite (le même côté) avec ton pied gauche et ta main gauche (l'autre côté). Tu as compris ?

-          Oui, presque.

-          Si tu veux multiplier 7 par 8. Considère que les cinq premiers chiffres sont tes doigts de pied et dresse le reste, les autres chiffres, sur tes doigts des mains qu'est-ce que ça donne ?

-          Deux doigts dressés dans la main droite et trois doigts dressés dans la main gauche

                                         
                                                 

                       

-          Bien ! Ce sont les doigts des dizaines cela fait combien ?

-          Cinq (5).

-          Non !

-          Ah oui, doigt des dizaines : Cinquante (50).

-          Bien. Maintenant dis-moi ce qui te reste comme doigts pliés ?

-          Hé bien trois doigts pliés dans la main droite et deux doigts pliés dans la main gauche.

-          Ce sont les unités mais attention......

-          Quoi ?

-          Il faut les multiplier. Combien ça fait ?

-          Sept(7).

-          Non, là tu as ajouté. De plus tu m'as dit que tu savais tes tables jusqu'à cinq. Tu les as même récitées. Alors trois fois deux (3x2) ?

-          Six (6).

-          Maintenant ajoute les dizaines et les unités.

-          Cinquante (50) plus Six (6). Cinquante-six (56).7x8 = 56.

-          Bravo ! Tu as tout compris essaie tout seul


                                               





-          8x8 =  64

-          9x9 = 82

-          Non tu as encore ajouté je t'ai dit multiplie.

-          Ah oui 1x1=1          



                                                         

9x9=8....



-          9x9 =  81

-          Bravo !

-          7x7 = 49

-          6x6 = vingt ....... Attends J'ai un doigt en l'air et quatre doigts pliés dans la main droite et un doigt en l'air et quatre doigts pliés dans la main gauche. Je multiplie les doigts pliés 4x4 = 16. J'ai une dizaine en retenue et six en unité, donc je dois ajouter ma dizaine aux doigts dressés ce qui fait vingt plus dix égale trente donc trente de dizaine, plus six d'unité soit trente-six. 6x6 = 36.

-          C'était un piège ; mais tu as été vigilant.

-          Bravo ! Maintenant  tu n'as qu'à continuer pour toutes les combinaisons Car je viens de te donner le secret........  le secret des tables de multiplications.


Ewan avait compris. Il a bien remercié la tortue Hernest et a quitté son domaine tout heureux.

Le lendemain à l'école il a épaté la maîtresse et toute la classe, car il savait ses tabes de multiplications de 1 à 5, mais aussi celles de 6 à 9, et ce, sur le bout des doigts.

Avant de sortir pour la récréation la maîtresse a retenu Ewan près de la porte de la cour et elle lui a demandé qui lui avait appris cette méthode. Il a répondu en riant car il s'était dégagé et courait déjà :

-          Mon ami : Math BAC+12 !

Ewan est devenu professeur de mathématique un Vingt et une heures et quand ses enfants lui demandent comment il a fait pour apprivoiser les chiffres, il sourit et répond.

-   C'était il y a bien longtemps, j'avais un ami dans mon domaine de Provence qui disait que les chiffres n'ont pas d'importance car il est impossible de compter les cheveux que vous avez  sur la tête, les étoiles que vous avez dans les yeux, et l'amour que j'ai pour vous dans mon cœur.

                                                     
                                                        Fin

F.C.

bunni


Un jour d'automne ...

Il était une fois, dans un royaume pas si lointain que cela, et dans un temps pas si révolu que cela, un petit garçon qui vivait dans une haute, haute maison.

Il habitait, à dire vrai, au sommet d'un arbre un peu étrange, fait de zinc et de toc, lourdes pierres et ferraille grise. De vrais arbres, il n'en avait pas vu souvent, du moins, des arbres en liberté : ceux qu'il connaissait étaient petits, souvent parsemés de lourdes cicatrices, rappel silencieux de branches qui auraient dû être, et, la plupart du temps, enclos par un grillage encore plus gris et ferraillant que les murs de sa maison. Le sol qui les entourait était noir et dur, sale des pas trop pressés qui le foulaient quotidiennement et glissant quand venait la pluie froide des jours d'automne, si bien que le petit garçon se demandait souvent comment les arbres pouvaient encore y prendre racine et étendre au-dessus leur feuillage – frêle feuillage lui-même bien grisonnant.


Un jour que le petit garçon marchait, bien promptement, comme les grands, pour vite regagner ses pénates, son soulier heurta quelque chose au sol. Etonné, il se pencha et ramassa le petit galet sur lequel son pied avait buté. C'était un caillou comme il n'en avait jamais vu, brun, lisse et, une fois débarrassé de la poussière qui le recouvrait, bien brillant.
                                                     
                                                     

Le petit garçon s'empressa de le mettre dans sa poche et rentra à la maison pour étudier de plus près sa découverte. Mais c'était sans compter ses parents qui avaient un tout autre programme pour la soirée : devoirs, bains, dîner, brossage de dents... et, hop, au dodo !

Une fois ses doigts gris redevenus roses, son ventre bien rempli et ses pieds frileux emmitouflés au fond de son lit, le petit garçon ne tarda pas à sentir le sommeil le gagner et il s'endormit, oubliant tout à fait le galet qu'il avait ramassé avant de rentrer.

Pourtant, à peine s'était-il assoupi que quelque chose le tira de son sommeil. Un petit bruit sortait de la poche de son pantalon roulé en tas derrière la porte, un crissement discret mais persistant, à la manière d'un insecte bruissant impatiemment. Le petit garçon se releva et, les yeux embués d'obscurité encore, il regarda ce qui était à l'origine de ce bruit. Quelle ne fut pas sa surprise !

Sur le galet brillant était apparue une petite croix qui, comme la bouche avide d'un jeune oisillon, semblait s'entrouvrir et lui dire 'Regarde !'

                                                     

Alors, mû par une vive curiosité, le petit garçon entreprit de regarder par la mince fente du galet, comme il glissait souvent l'oeil au travers de la serrure de sa porte quand ses parents recevaient des invités et qu'il devait rester dans sa chambre à jouer.

Soudainement, il ressentit comme une vague de chaleur le saisir et il se rendit compte qu'il était irrémédiablement aspiré vers l'orifice du caillou... il ne pouvait lutter, tout son corps tendait vers la petite bouche gourmande et quelques secondes plus tard, sa chambre d'enfant avait disparu et le galet avec.

Il se réveilla au beau milieu d'une haute, haute forêt.

Mais cette forêt n'avait rien à voir avec celle dans laquelle il habitait ! Les troncs des arbres n'étaient plus gris et froids, mais bruns et accueillants. Le sol n'était plus dur et noir, mais on s'y enfonçait, comme sur une mince couche de plumes. Et surtout, surtout, les feuilles des arbres étaient impressionnantes : un vrai feu de couleurs ! Tantôt rouge sombre, tantôt jaune d'or, saupoudrées de taches orangées et d'éclairs argent, les feuilles se dessinaient, au sol comme dans les airs, en une véritable farandole multicolore et, l'espace d'un instant, le petit garçon oublia qu'un jour, chez lui, les arbres eussent pu être gris.

Il n'eut cependant pas le temps de les observer davantage qu'il entrevit, non loin sur le chemin, le petit galet qu'il avait ramassé.

                                                       

Le petit garçon entreprit alors de remettre le caillou dans sa poche, avant de s'aventurer au-delà dans cette grande, grande forêt, mais il fut surpris de sentir quelques gouttes au creux de sa main. Le galet pleurait !

Ou du moins, de fines gouttelettes s'échappaient de sa coque, comme de menues larmes des yeux d'un enfant. Le petit garçon porta l'une d'entre elles à sa bouche et il fut surpris par le goût doux et sucré de celle-ci. Ce n'était pas des larmes, mais bien du lait !

Après avoir étanché sa soif naissante – après tout, il était tard dans la nuit et le petit garçon n'avait pas bu le verre d'eau que sa maman avait, comme chaque soir, déposé au pied de son lit – il décida d'explorer le bois. Afin de pouvoir revenir facilement sur ses pas, il laissa le galet goutter tout au long du chemin : ainsi retrouverait-il facilement l'endroit d'où il venait.

Au fur et à mesure qu'il marchait, il se rendit compte que la route sur laquelle il s'avançait était jonchée de petits galets, semblables au sien.

                                                     

Alors il décida de les ramasser et d'en remplir ses poches, mais comme les poches de son pyjama n'étaient pas bien profondes, il souleva le haut de celui-ci, de sorte à former une très grande poche, afin d'en récolter le plus possible.

Il marcha ainsi et ainsi pendant fort, fort longtemps, sans toutefois voir le temps passer, trop absorbé qu'il était à sa collecte de galets.

Vint un moment, cependant, où ses poches furent si remplies qu'il n'y avait plus la moindre place pour y glisser quoique ce soit. Comme tiré de sa rêverie, le petit garçon décida alors de rebrousser chemin et de retrouver la voie qui lui permettrait de rentrer chez lui.

Pourtant, à son grand désespoir, il dut se faire à l'évidence : les gouttelettes qu'il avait égrenées avaient toutes disparu ! Il se rappela alors avoir entendu sur son chemin le pépiement d'oiseaux et s'en voulut de ne pas avoir pensé plus tôt que ceux-ci, tout autant gourmands que lui, se délecteraient assurément des larmes douces et sucrées de son galet.

                                                     

Le petit garçon, perdu dans cette magnifique forêt, le pyjama plein de cailloux brillants, s'assit et se mit à pleurer. A quoi bon tous ces galets et ces feuilles d'or s'il ne pouvait plus rentrer chez lui et être câliné par sa maman ?

Un bruit toutefois le tira de ses sanglots.

Effrayé, il leva la tête et vit, se tenant debout en face de lui, la grande et sombre silhouette d'un homme dont la tête était cachée, recouverte d'un épais capuchon de toile.

'Pourquoi pleures-tu, petit garçon ?', fit l'homme, d'une voix grave mais douce.

'Parce que j'ai aimé la forêt de feu et j'ai voulu ramasser les petits galets qui s'y trouvaient, et maintenant, je suis fatigué et je veux rentrer chez moi, mais je ne peux retrouver mon chemin et jamais je ne reverrai mes parents !', dit le petit garçon, les joues encore mouillées de larmes.

'Si tu souhaites rentrer chez toi, c'est possible, petit garçon, mais tu dois jurer une chose auparavant : si tu reviens dans ton bois gris et froid, où les gens courent sans se voir et toussent leur coeur de poussière, alors tu devras toujours te souvenir de cette forêt de flammes et toujours essayer de colorer les tristes branches de ton monde des mêmes couleurs que celui-ci. Si tu transportes un éclat de ce bois dans le tien, alors tu pourras rentrer chez toi. Es-tu d'accord ?'

'Oui, bien sûr !', s'empressa de répondre le petit garçon, évidemment qu'il le ferait ! Qui ne voudrait retrouver l'éclat de ce feuillage partout là où il va ?

'Alors, dit la haute silhouette en tendant les mains, choisis l'une de ces pierres : une seule te guidera à nouveau chez toi'

Le petit garçon, hésitant, tendit les doigts et choisit l'un des galets sur lequel il crut deviner une mince ouverture en croix.

                                                         

'Et bien alors, tu ne veux plus te lever ?' demanda la maman du petit garçon d'une voix claire, 'Il fait déjà grand jour, tu sais ! Et c'est dimanche, aujourd'hui, nous allons au bois !'

Le petit garçon ouvrit les yeux, étonné, et regarda autour de lui. Il était allongé dans son lit et sa maman tirait doucement les volets. Le ciel semblait clair dehors et il mit les mains à ses poches, vides.

Vides ? Et si seulement... Ses doigts fébriles s'aventurèrent plus loin sous la couette et, avec surprise, sentirent une petite masse douce glisser sur le drap.

'J'arrive maman !' cria le petit garçon, le sourire aux lèvres, en bondissant hors du lit.

Il attendit que celle-ci fut sortie pour desserrer sa paume et y découvrir le galet qu'il avait ramassé la veille au soir. Alors un grand éclat de rire le saisit et, en même temps qu'il enfila son pantalon et ses bottes pour sortir dehors, il glissa la petite châtaigne dans sa poche et il ne s'étonna pas de voir voleter devant sa fenêtre une feuille d'arbre, jaune d'or dans le ciel bleu. Et la cime des arbres lui parut moins grise sous le soleil d'automne.

A.X

bunni



Il était une fois...Un vendeur de haricots.(conte d'automne)

Ce n'était pas un vendeur ordinaire de haricots ordinaires.
C'était un drôle de vieil homme qui vendait des haricots magiques.
Il était connu des milliers de lieues à la ronde par tous ceux qui savaient qu'en plantant un de ses haricots, on voyait grandir un arbre fabuleux. Un arbre qui ne mourait jamais, qui donnait la plus douce des ombres et les plus juteux des fruits.

Il se promenait de village en village, ce vendeur itinérant, avec un chariot chargé de haricots, en sac, en vrac, des dizaines, des centaines de petits haricots qui bringuebalaient comme des perles précieuses sans collier.
Le soir, il aimait se faire héberger dans les familles qui l'accueillaient. Il déposait lentement sa besace près du feu, il enlevait son vieux chapeau de feutre, et, dans la chaude obscurité un peu ocre du soir où l'or du ciel disputait celui des flammes, parmi les petits éclats de feu et de lumière qui venaient, comme des lucioles, illuminer ses doux yeux bleus, il souriait.
Il parlait peu, comme si sa douceur taciturne était la seule mélodie poétique que le calme d'une unique soirée partagée autorisait, comme si ses sacs de haricots qui chantaient sur les routes à longueur de journée avaient déjà trop parlé pour lui. Certains voyageurs sont des bavards. D'aucuns, comme notre marchand, se muent en voyageurs sans paroles, l'esprit habitant encore les lueurs des mille pays qu'ils ont vus, le cœur habité encore par les mélodies des mille paysages qu'ils ont traversés.

Parfois, il campait seul, et, au coin d'un feu de fortune, il comptait ses haricots, un par un, méticuleusement. Il triait, enlevait les impuretés comme on enlève un cil sur la joue de la personne que l'on aime.
Il aurait aimé jouer de l'harmonica comme dans les vieux westerns, mais il ne savait pas en jouer, parce que le mutisme qui l'habitait avait contaminé ses talents musicaux, et qu'il se disait que si ses rides parlaient pour lui, ses yeux devaient bien chanter à sa place.
Et il s'endormait, la tête posée sur un sac de haricots, en leur murmurant bonne nuit, et en leur promettant un lendemain plein d'étoiles et de rayons blancs, blancs comme eux.
Il leur disait qu'il les aimait tant qu'un jour, il laisserait sa prunelle prendre de leur pâleur, il laisserait ses cheveux prendre de leur pureté, mâte et nivéenne.

Un soir d'automne, un soir de lune blanche, plus blanche que le plus blanc de ses haricots, le vieux marchand s'installa dans un foyer qui abritait une petite fille.

La petite fille s'appelait « Nuit ». Elle aimait ce nom, parce qu'il lui donnait l'impression d'avoir en elle le rappel précieux de la beauté des cieux noirs et calmes. Ses parents lui rappelaient chaque jour qu'elle était leur lumière, et que les nuits les plus sombres sont parfois moins obscures que les jours les plus clairs, parce que le blanc et le noir sont plus subtils à distinguer que les Hommes ne le pensent. Elle était suivie d'un petit chat blanc comme les lueurs qui précèdent l'aurore, et d'un oiseau qui était invisible le jour. Ils habitaient tous deux dans le grand noyer qui était devant leur porte. Elle, elle ne dormait que lorsqu'elle était sûre que plus rien ne menaçait ceux qu'elle aimait. Elle éteignait le feu dans l'âtre comme elle aurait demandé à la lune de baisser son intensité pour mieux laisser se reposer les yeux de ceux qu'elle portait en son cœur de petite Nuit, son cœur gros comme un gros haricot.

La petite fille avait de longs cheveux argentés. Oui, pas blonds, ni dorés, mais argentés.
Et lorsqu'elle souriait, on avait l'impression de toucher du bout du cœur toute la douceur de la voie lactée.
Elle ne parlait que très peu, parce qu'elle avait rarement l'impression que ses mots valaient plus que le silence, et qu'elle aimait à rappeler aux autres que le silence était doux à écouter, plus doux qu'une nuit sans nuages.
Le marchand fut ravi de rencontrer la petite fille, d'abord parce qu'il aimait la nuit, et aussi parce que ses cheveux lui rappelaient ses haricots. Il se disait, tiens, c'est comme si quelqu'un avait caché un haricot dans sa tresse de petite fille, qui aurait répandu sa pâleur dans le reste de ses boucles. Pour un peu, il aurait bien défait la tresse pour chercher le haricot, et le garder dans sa jolie collection, mais il n'aurait jamais osé, parce qu'elle était si belle qu'il aurait eu peur de l'abîmer, avec ses vieilles mains ridées, tout juste habiles à retirer les cils sur des joues qui se mangent.
Alors il se contenta d'attendre.

Ce soir-là fut un soir un peu magique
Était-ce grâce aux sacs de haricots magiques qui attendaient le vieux marchand, dans un coin du chariot de bois, à l'abri ?
Était-ce à cause de l'union de ces deux êtres que la blancheur de cœur réunissait ?
Mais ce soir-là, le marchand devint bavard, et la petite fille aussi.

Ils se racontèrent mille histoires. Il lui confia ses voyages vers des pays où les couleurs forment des unions inconnues, ses aventures dans des régions où poussent des arbres si magiques qu'ils dessinent des arabesques différentes pour chaque œil. Elle lui raconta sa vie, son petit chat blanc qui lui parlait une langue qu'elle seule comprenait, son oiseau qui pouvait imperceptiblement toucher de l'aile des paupières pour aider à y voir plus clair, parce que beaucoup d'yeux n'y voient pas clair, même en plein jour, surtout en plein jour.
Ils préparèrent un repas de fête, pour elle, pour ses parents, et pour lui. Un repas de haricots. Notre marchand acceptait rarement que l'on mange ses haricots magiques, mais ce soir-là, il sentit qu'ils seraient l'ingrédient féerique supplémentaire au bonheur de tous ceux qui partageraient leur table.

                                                 

Aux haricots, ils ajoutèrent des noix, parce qu'ils en avaient beaucoup, et le vieux marchand appris à la petite fille une réalité magique : les racines des mots « noix » et « nuit » sont très ressemblantes.
Noix, nux, nuctis. Nuit, nox, noctis.

Les noix sont des petits trésors liées à la magie de la nuit. Elles sont même chacune une petite nuit, parce qu'elles sont une grosse pépite qui abrite un délice et un morceau de nuit autour pour le protéger. Des fragments d'obscurité.

                                                 

Des haricots et des noix, des paroles perlées et des sourires blancs, des gourmandises étoilées et des regards entre l'ivoire et l'ébène habitèrent cette soirée magique.
Avant de se coucher, la petite fille regarda le marchand, très longtemps. Elle savait qu'elle ne le reverrait jamais.

Elle osa lui poser...une seule question. La seule qu'elle trouvait digne de briser le silence.
Ces haricots...qu'avaient-ils de magique ?

Le marchand se leva lentement. Il défit la tresse de la petite fille, et se mit à soulever mèche d'argent après mèche d'argent, très lentement, en laissant le silence de la nuit enneigée et le crépitement des dernières bûches murmurer la fin de l'instant. Il finit par le trouver, le haricot. Il le sortit délicatement, sans créer de nœuds, et le mit dans les mains de la petite fille. Il lui dit de le garder, de le planter, de le regarder germer.

Il lui expliqua que ses haricots n'avaient de magique que l'éclat qu'on voulait bien leur donner. Qu'en fait, dans leur pays, tous les haricots étaient magiques, et que, bien souvent, lorsqu'il arrivait dans un foyer pour vendre des haricots, il repartait avec son stock entier, parce qu'il ne faisait que dévoiler à ses acheteurs les haricots qui se cachaient chez eux. Cela ne le dérangeait pas, de repartir avec son stock entier, parce qu'il aimait chacun de ses petits haricots comme des fils qu'il aurait eu avec la dernière des étoiles, vers l'Est.

Il lui expliqua, de sa voix douce, avec un accent épais comme une soupe d'hiver, que chacun, petit ou grand, a sur lui un haricot magique, et qu'il suffit de le faire grandir, plutôt qu'attendre, des jours, des mois, des années, qu'un marchand nous fournisse un haricot magique tout fait venant de l'extérieur. Il lui expliqua qu'il fallait prendre le temps, dans la pâleur de la nuit, dans la tendresse du levant, dans le calme du couchant, de trouver nos propres haricots et de les faire grandir. D'arroser chacune de nos pensées avec la meilleure des eaux, sans cesser d'y croire, sans cesser de nous persuader de l'incroyable valeur de nos propres petites pousses.

                                                     

La petite fille ferma les doigts sur le haricot, et son visage, échevelé par la quête, illuminé des dernières lueurs de l'âtre, sourit, très doucement, au vieillard qu'elle ne reverrait plus. Et le marchand, sans attendre plus que le silence entendu, lui rendit un timide sourire, avant d'aller s'endormir en déposant comme chaque nuit sa tête sur un de ses sacs pleins de perles magiques.

bunni


Pruno, Prunebelle,
le dragon repenti


Il était une fois un joli prince amoureux, originaire du Verger Lorrain et qui voulait épouser la princesse Prunebelle.
Le mariage avait été fixé au deuxième dimanche de septembre; la date correspondait à la grande fête de la récolte des Quetsches.
Ce fut une immense joie dans le pays à l'annonce du mariage de Pruno avec sa bien-aimée.
Toutes les prunes, toutes les quetsches se hâtaient de mûrir; chacune soignait son joli teint: un violet doux, gracieux et chaud qui donnait de belles couleurs de santé aux fruits.

Prunette, impatiente de participer aux festivités se rongeait la pulpe pour savoir comment descendre avant tout le monde du quetschier. Elle se trémoussait sous la brise d'automne, elle bleuissait de colère en s'échinant à arracher la tige qui la retenait prisonnière.
Les dames d'âge mûr, à la robe de violet dépassé, essayaient de la raisonner. "Ton tour viendra, petite impatiente !".

Un beau matin, alors que la rosée perlait sa jupe mauve bonbon, Prunette sentit l'emprise de la tige lâcher l'ovale. "Oh! Ah..." eut elle le temps de crier et elle tomba sur le chapeau d'un bolet Satan qui la maudit comme un beau diable.
Elle vit quelques chandelles danser et se sentit mal lorsqu'elle regarda là-haut les grappes de ses sœurs pendouiller dans le vide. Elle se mit aussitôt en route vers le château de Pruneville. D'autres demoiselles, vêtues de poussière d'or partaient. Certaines avaient le teint hâlé, d'autres des joues bien riantes  qui rosissaient dans l'air chaud de l'après-midi. Des guêpes et surtout ces gros messieurs de bourdons vinrent quémander des faveurs :

"Non, reprirent elles en chœur, allez donc chez les pommes, ce sont de bonnes poires.

De loin, enfin, les premières distinguèrent les énormes bâtiments ovales de la ville. Les ruelles étaient proprettes; le grand parc avait été aménagé pour accueillir en forme d'amphithéâtre-panier les milliers de visiteurs.

Surprise ! La place était vide, Prunette s'approcha d'un pruneau ridé: "Mon bon vieux, que se passe‑t‑il ? Où sont donc les courtisans ?". ‑ ah! mam'zelle, le vilain dragon est revenu et cette fois‑ci il a ravi les deux fiancés. J'ai bien peur que nos deux tourtereaux vont avoir de sérieux pépins.

‑ Mais où sont donc les citadins, les Prunevillois ?
‑ Ils sont partis à la recherche de cet ignoble monstre..."

Le soir tomba vite. Les fruits qui avaient roulé leurs bosses dans toute la contrée revinrent la pulpe vide et l'esprit chagrin.

"Cette bestiole s'est retirée dans son antre maléfique. Il faut ce soir même imaginer une méthode pour l'attirer chez nous!" reprit Prunion, le menton en marmelade.

"Ah, je le tenais, mais il m'a balancé sa queue sur la tranche. je sais où il séjourne. Nous allons lui réserver une surprise.

La prune de Damas toujours prête à partir en croisade répliqua:
‑ S'il ramène sa fraise, je lui administre une châtaigne en pleine poire et je l'envoie dans les pommes!

‑ Quetsche que vous dites ?, demanda un fruit curieux et sourd ... comme un pot  de confiture. "

La nuit se passa à élaborer toute une stratégie pour venir à bout de l'horrible dragon.

La première tentative se solda par un échec. L'animal en marchant sur un pont quetsches, tomba certes à l'eau, mais il savait nager.

Les fruits en furent quitte pour une douche glacée dans la rivière mais ils ne baissèrent pas leurs tiges.

Le second piège était ingénieux: quelques belles prunes appétissantes, à la chair fraîche se sacrifièrent pour attirer le ravisseur. Lorsqu'il s'approcha pour gober les malheureuses il tomba, dans la crevasse. Mais ce fut un jeu d'enfant pour lui de s'envoler et de regagner son repaire.
La bête devenait méfiante.

Aussi, pour éviter qu'on vienne délivrer ses deux prisonniers, le gros lézard les emporta sur sa carapace. Les amoureux étaient coincés entre ses crêtes. Ils n'osaient tenter la moindre fuite. Le lance-flammes les avait prévenus:

"Je vous réduirai en tas de cendres. Je vous assommerai avec ma queue acérée si vous comptez vous évader! "

Le Grand Conseil du Tonneau s'était rassemblé : à l'issue de la réunion, le comité avait ordonné au régiment prussique de délivrer les victimes.
Un guet-apens fut organisé. En effet, le dragon avait l'habitude de sortir de la forêt par l'allée des merisiers. Des troupes d'élite s'occupèrent de la délivrance.

La bête insouciante, avançait en se dandinant. En passant sous les frondaisons, deux échelles de coupée furent lancées. Telles des araignées, quelques soldats courageux descendirent du filin, agrippèrent le couple princier . Au bout d'un moment, le dragon s'aperçut de l'absence de ses prisonniers. Son cri horrible se répercuta dans le silence des forêts : au comble de la furie destructrice, il écrasa tout sur son passage.

Mi-figue, mi-raisin, le Grand Ecuyer dans son habit violet cardinal se déclara heureux de leur délivrance mais disait‑il :

"la situation n'est guère optimiste tant que ce monstre ne sera pas neutralisé."

On était à court d'idée. Que faire ?

C'est alors que la bonne fée Quetschebelle intervint et mit tout le monde d'accord. Elle avait une recette infaillible pour apprivoiser ce glouton. Il suffisait de suivre ses recommandations. Aussitôt dit, aussitôt fait.

Elle feuilleta un vieux grimoire. "Voyons... voyons... Lèguemesriches... Lekmerisch ... ça y est!

Chers amis, voilà mes recommandations: Cueillez des fruits fermes et en bonne chair. Retirez les noyaux

‑ Écrasez les pyrales qui sont des larves d'insectes et nos pires ennemies. N'hésitons pas à éliminer nos cousines véreuses car si le ver est dans le fruit, on ne sera pas gâté !
‑ Faites cuire à feu doux pendant 24 heures, mes amis... oui 24 heures!

Le succès de l'opération est à ce prix. Il faudra vous relayer autour le mon chaudron magique. Qu'une équipe parte déjà chercher les fagots pour activer le feu tout à l'heure! "

Et l'on vit dans la campagne des cohortes d'ouvrières s'activer à la cueillette; même la reine-claude mit la main aux branches.

Le chaudron en cuivre retrouva son éclat et les fruits juteux le remplissaient progressivement. La bonne fée y ajouta quelques morceaux de poire pour la soif... d'en manger.
La cuisson commença. Petit à petit, les fruits baignaient dans leur purée onctueuse.

‑"Surtout pas de sucre ! avait ordonné la fée, car nos fruits vont le dégager eux-mêmes par l'opération de l'auto‑caramélisation dans la bassine."

Ce fut une dure nuit, les gouttes de nectar perlaient au front des dames, tandis que ces messieurs fleuraient bon le miellat pour avoir activé le feu.

Le résultat dépassa les espérances le lendemain matin. Une confiture brunâtre s'étalait dans la bassine brûlante. Chacun se léchait la babine à l'idée d'en savourer, mais la fée veillait avec son écumoire et gratifiait les gourmands d'une série de coups à les rendre encore plus mordus de cette panacée.

"Non, tout doit être réservé à notre dragon. Mes petites quetsches ont baigné dans leur propre sirop sans adjonction de sucre. Leur substance en s y incorporant leur donne ce velouté si agréable qui subjuguera la bête."

On creusa une énorme fosse dans laquelle on versa le produit.

Maître dragon par l'odeur alléché plongea dans le breuvage, fit bombance et s'en soûla au point d'enfler.

On mit en place une catapulte qui lui envoya quelques noyaux pointus sur la truffe.

Par ailleurs, il lui devenait de plus en plus difficile de se dépêtrer de sa gangue mirobolante. Alors, la bête fantastique, au bord de l'asphyxie dans cette purée succulente, implora le pardon. Elle promit de devenir le gardien de la ville.
Depuis ce jour, le cher dragon veilla  au bien-être du Verger Lorrain.
Et lors de la cérémonie du mariage avec Pruno, la jolie Prunebelle s'exclama ‑
" Pour une fois, on ne s'est pas battu... pour des Prunes! "

La Confrérie de la Prune et de la Quetsche
(B.D.F)

bunni


La sorcière aux pépins

Accoudé à la fenêtre, j'admirais  les magnifiques citrouilles dans le potager. Coquettes, elles étalaient leur robe orangée, sous le clair de lune.
Soudain, j'entendis un bruit épouvantable...

Les histoires d'Halloween qui était proche avaient mis le feu à mon imagination. Je fus saisi d'effroi. Mais la curiosité l'emporta sur mes craintes. Je sortis au jardin, ma lampe de poche à la main.

Et c'est là que je la vis... Une mignonne sorcière avait atterri au milieu des cucurbitacées ! Le chapeau de travers, étendue de tout son long, elle me considérait avec inquiétude :

-Heu ! Désolée. Sois sans crainte, je vais réparer mes bêtises !

Sans attendre de réponse, elle se redressa et entreprit de caresser chaque citrouille abimée par sa chute. Et, sous ses doigts de magicienne, ces dernières récupérèrent leur dignité de marquises enjuponnées.

Devant mon expression ahurie, la petite sorcière m'expliqua :

-Je crois que j'allais un peu trop vite sur mon balai ! Je suis partie, ce matin, pour le sabbat des sorcières. Mais, selon mon habitude, j'ai flâné. Bien obligée ensuite de voler à toute vitesse pour rattraper le temps perdu !

Cette sorcière ne semblait pas bien méchante. Je retrouvai l'usage de la parole :

-Ainsi les sorcières existent pour de...

Elle m'interrompit par une exclamation :

-Nom d'une sorcière ! J'ai perdu mes Graines de Vie, dans ma chute... Au lieu de bavarder, aide-moi à les ramasser !

J'éclairai de mon mieux le sol de ma lampe.

-Les voilà ! S'exclama-t-elle, joyeuse.

J'aperçus alors quelques pépins ratatinés et insignifiants.
J'étais déçu et le montrai.

-Ne prends pas cet air méprisant... Il y a là-dedans toute la magie du monde !

Elle les ramassa et souffla doucement dessus. Aussitôt, l'un d'entre eux se mit à germer, à grandir, grandir. Un arbre immense se balançait, majestueux, sous nos yeux.

La petite magicienne souffla encore et encore. La brise se leva. J'aperçus alors la mer et ses vagues argentées. Le ciel s'embrasa d'un coup et l'aurore fut là. Les oiseaux tournoyèrent au-dessus de nos têtes pour célébrer la naissance du jour. Je retins mon souffle, ébloui. Que c'était beau !

Dès que ma drôle de visiteuse cessa de souffler, la nuit nous enveloppa de son manteau étoilé.

-Tu as bien de la chance de posséder toute cette magie ! Murmurai-je émerveillé.

Elle rit aux éclats.

-Cette magie, tu la possèdes toi aussi. Ce n'est pas compliqué : Il te suffit de regarder autour de toi... et de ramasser les instants de la vie !

Elle mit les graines dans un petit sac en cuir et en serra le cordon.

-Bon ! Je crois qu'il est temps que je parte sinon je vais rater le sabbat !  Merci pour ton aide et peut-être à bientôt...

Quand elle prit son envol, je m'aperçus qu'elle n'était pas venue seule : un corbeau et un chat noirs l'accompagnaient. Tout le temps de notre conversation, ils s'étaient discrètement tenus dans le noir.

Pas de doute, je venais de faire la connaissance d'une vraie sorcière, comme dans les histoires ! Je n'avais pas rêvé.

                                                         

bunni


Le trésor

Le meunier était malheureux et lui-même n'aurait su dire pourquoi. Jamais personne ne l'avait vu sourire, ou entendu rire, puisque rien ne lui procurait de joie.
     Et voilà maintenant qu'il se mettait à faire ce rêve étrange : il longeait vers le sud la rivière où se tenait son moulin et, à trois jours de marche, il arrivait devant une ville entourée de remparts. Au cœur de cette ville, se dressait le palais du roi et pour y accéder, il fallait passer sur un pont. Le meunier rêvait qu'en creusant sous ce pont, il trouvait un trésor inestimable.

     Un matin, il se réveilla après avoir fait le même songe. Il prit une pelle avec une besace contenant un peu de nourriture et ferma le moulin. L'homme marcha pendant trois jours et tandis qu'il cheminait, il s'imaginait tout ce qu'il pourrait faire grâce à ce trésor ; oh ! comme il serait heureux !
     À l'aube du troisième jour, il arriva devant la grande ville. Il trouva facilement le palais du roi et là, sous le pont qui y menait, à l'aide de sa pelle, se mit à creuser.
     Le meunier fouillait la terre depuis une bonne heure, lorsque les gardes du palais le surprirent en pleine besogne. Ils s'emparèrent de lui et l'amenèrent devant leur capitaine.
     — Nous avons trouvé cet homme en train de creuser devant le palais, lui dirent-ils, c'est un espion, sans aucun doute !
     — Ah non, protesta le meunier, je ne suis pas un espion. Je cherchais un trésor caché sous le pont.
     — Et pourquoi pensais-tu y découvrir un trésor ? lui demanda le capitaine soupçonneux.
     — Eh bien, répliqua le meunier un peu gêné, j'ai fait plusieurs fois un rêve et dans ce rêve, je déterrais un trésor enfoui sous ce pont.
     Le capitaine partit d'un grand éclat de rire :
     — Comment peux-tu être aussi bête pour suivre tes rêves ? Si j'écoutais les miens, je marcherais vers le nord pendant trois jours en suivant la rivière et je trouverais un moulin. Il faudrait que je creuse au cœur de ce moulin pour trouver un trésor qui ferait de moi un homme immensément riche. Mais je ne suis pas fou !
     Et il ordonna à ses gardes d'escorter l'homme aux portes de la ville et lui en interdit désormais l'accès.

     Le meunier, songeur, se hâta de retourner chez lui.
     Là, il creusa au beau milieu de son moulin et déterra un petit coffre vermoulu. Il contenait seulement un vieux parchemin. En le déroulant, le meunier put y lire inscrit en lettres d'or : « Ce qu'il y a de plus précieux au monde est à l'intérieur de toi. »
     Le meunier se mit à rire en comprenant le message.
     Il était allé bien loin chercher le trésor qu'il portait en lui depuis toujours.
     Ce trésor était son cœur et tout le bonheur du monde y était contenu.

bunni


Le chapeau magique

Un jour, un chasseur du nom de Keyane, trouva dans un des pièges qu'il avait
tendus un magnifique renard argenté. Il avait les deux pattes arrière prises. Le
chasseur s'apprêtait à le teur quand il l'entendit lui dire d'une voix humaine :
« Laisse-moi la vie, ami chasseur, et je te récompenserai. »
Quand Keyane fut revenu de sa surprise, il répondit :
« Que pourrais-tu bien me donner ? Ce que je puis tirer de toi de meilleur,
c'est bien ta fourrure ! »
« C'est ce que tu penses, chasseur. Mais ce chapeau de bois que voilà te serait
mille fois plus utile que ma fourrure. »
Il rampa légèrement et montra ce qu'il tenait dans sa patte : un minuscule
chapeau de bois, pointu comme ceux que les pêcheurs portent pour se protéger de
la pluie ou du soleil, seulement beaucoup plus petit. « Il est à toi si tu me
laisses la vie ! »
A quoi pourrait bien me servir un chapeau, se disait le chasseur, et un chapeau
comme ça, ridiculement petit, qui tiendrait dans la paume de la main. Puis il
réfléchit que ce renard était un animal assez extraordinaire. Et puis, se
dit-il, une fourrure de plus ou de moins, ce n'est pas une affaire ! Il se
pencha vers le renard et lui libéra les deux pattes.
« Tu ne regretteras pas ton geste, Keyane, dit l'animal en lui tendant le petit
chapeau. Quand tu l'auras sur la tête, rien de mal ne pourra t'arriver. »
Il est si petit que je ne pourrais le porter, voulut dire Keyane, mais à peine
l'avait-il posé sur sa tête qu'il s'agrandit jusqu'à la taille convenable. Il
lui allait parfaitement. Et quand il l'enleva, il redevint tout petit. Voyons,
voyons, se dit-il, cela n'est pas naturel ! et il crut alors vraiment que ce
chapeau était magique. Il voulut remercier le renard mais celui-ci avait disparu
sans laisser de traces.
Keyane prit le chemin du retour sans fourrures. Il alla vers la rivière pour
pêcher au moins quelques poissons. Sur sa route, éclata une terrible tempête de
neige. C'était l'enfer qui se déchaînait. Tout à coup, il ne vit plus rien à
trois pas devant lui, un vent furieux le jetait à terre et le redressait, jouant
avec lui comme avec un flocon de neige si bien qu'il perdit sa direction. Keyane
prit peur, craignant de ne pas retrouver son village et de périr au milieu de
cette masse de neige glacée.
Il pensa brusquement au petit chapeau de bois du renard. Avec de grandes
précautions, pour qu'il n'échappât point à ses mains engourdies, il le posa sur
la tête. Miracle ! Non seulement le chapeau lui couvrit la tête mais il crût
dans de telles proportions que Keyane put s'y blottir tout entier. Dans le
chapeau, il faisait doux et sec comme dans le plus confortable des igloos, si
chaud et si doux que le chasseur épuisé s'endormit. Quand il s'éveilla et sortit
de son chapeau, il vit que la tempête avait cessé et que le soleil brillait. Le
renard n'avait pas menti. Le chapeau pouvait le protéger contre tous les
dangers.
Depuis ce jour, Keyane emporta toujours le petit chapeau avec lui où qu'il
aille. Un jour, il partit avec son frère à la chasse aux phoques. Ils
s'installèrent dans leur kayak et se laissèrent porter par le courant de la rivière jusqu'à la mer.
La chance leur sourit et ils assommèrent quelques beaux
animaux. Pendant ce temps, le jour s'était obscurci et ils devaient faire
diligence pour regagner l'estuaire du fleuve car la mer charriait d'énormes
blocs de glace et le danger était grand qu'ils ne leur barrassent le chemin. Le
frère, dont le bateau était plus léger, réussit à gagner le rivage à temps.
Keyane, lui, transportait une proie plus grosse et son bateau plus chargé était
plus lourd et plus lent, et un des blocs flottants lui barra la route.
Son frère, sur le rivage, perdit la tête, il courait çà et là en se tordant les
mains et cherchait en vain le moyen d'aider Keyane.
« Lance-moi une lanière ! » lui cria-t-il.
« Quelle lanière ? » répondit le frère. Puis il reprit ses esprits : il se
précipita vers le kayak, y prit les lanières que les chasseurs emportent
toujours pour remorquer les phoques abattus derrière les canots et les lia
ensemble d'un noeud solide. Ses mains tremblaient de froid et de la crainte de
voir son frère périr mais il y parvint tout de même. Tenant fermement une des
extrémités de la main gauche, il lança l'autre bout de la main droite à Keyane.
La lanière tomba dans l'eau avec un sifflement, Keyane s'en saisit et la noua
autour de sa poitrine.
« Tire ! » cria-t-il.
Le frère se mit à tirer de toutes ses forces et le kayak de Keyane progressa
tout doucement vers la rive. Mais la lanière se prit sous l'un des blocs et le
kayak à la dérive s'engagea dessous.
Il faut faire quelque chose, se disait le frère épouvanté. Si je ne réussis pas
rapidement à le sortir de là-dessous, il va se noyer ! Il tira de plus belle, il
était inondé de sueur, mais tous ses efforts semblaient vains. Il donna quelques
secousses à la lanière pour se rendre compte si son frère n'était pas noyé.
D'autres secousses lui répondirent. Il est vivant, se dit le frère, bien
heureux, et il recommença à tirer sans ménager ses forces. Le temps passait et
le kayak était toujours prisonnier quelque part sous la glace. De temps en
temps, le frère imprimait quelques secousses à son extrémité et d'identiques
secousses venaient en réponse de l'autre côté. Etait-il possible que Keyane fût
encore en vie ? Cela lui rendait l'espoir et il tirait de plus belle.
Il lutta ainsi bien longtemps et, à la fin du jour, il réussit à sortir le kayak
de l'eau. Et ce qu'il vit alors lui parut incroyable. Keyane était assis dans
son bateau, sain et sauf et lui criait :
« Tire vite, mon frère, je suis transi ! »
Que puis-je vous dire ? Si Keyane ne s'était pas noyé, c'était grâce au chapeau
de bois. Quand il avait vu le danger imminent, il l'avait coiffé et le chapeau
s'était agrandi, lui ménageant un abri et suffisamment d'air pour qu'il pût
respirer tout le temps qu'il était resté sous la glace.
Les deux frères envoyèrent une pensée reconnaissante au renard qui avait offert
à Keyane une récompense si précieuse.