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Auteur Fil de discussion: Contes d'ici et d'ailleurs  (Lu 236915 fois)
bunni
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« Répondre #705 le: 27 Avril 2015 à 05:28:58 »


La Jouvencelle au roseau


Il était une fois un roi juste et bon, mais âgé, qui ne souhaitait qu’une chose : transmettre la
couronne à son fils unique. Il sentait le temps venu pour lui de jouer au grand-père en faisant sauter ses
petits-enfants sur ses genoux.
Il fit proclamer, dans les limites du monde connu, qu’il consentirait à donner son fils en
mariage à toute jeune personne de qualité, pourvu qu’elle agréât à son fils.
Des quatre coins de l’univers, des messagers apportèrent des tableaux de jeunes filles ; belles,
et moins belles ; jeunes et moins jeunes ; riches et moins riches. Toutes aspiraient à devenir reine.
Le prince jetait un œil distrait sur les portraits de ces dames. Il refusait son agrément. Chaque fois que
le vieux roi s’étonnait de pareille obstination, le prince prétendait qu’il connaissait celle qui lui était
destinée : elle lui apparaissait chaque nuit en rêve. Il ne pouvait se tromper.
Un jour, le prince s’en alla porter ses pas jusqu’au bord de la rivière qui traversait de part en
part la Capitale du royaume. L’envie lui prit de se tailler une flûte dans l’un des roseaux. Voilà qu’à
peine le roseau taillé, il se mit à jouer seul ! Une voix s’éleva :
– Je suis la jouvencelle au roseau, celle qui depuis toujours t’est destinée. Une méchante sorcière
m’a transformée en roseau d’or, dans l’île qui se trouve à l'endroit où le fleuve se jette dans un lac.
Pour m’épouser, tu devras me retrouver et tailler le roseau d’or !
Le prince courut informer le roi qu’il savait où se trouvait celle qui depuis toujours lui était destinée.
Le roi se désola que son fils pût croire à pareille fable ! Contre la promesse d’épouser la fille qu’il lui
aurait choisie, pour le cas où sa quête serait vaine, il donna consentement à le laisser s'éloigner à la
recherche de sa belle, en aval de la rivière.
Le prince fit seller un cheval. Il suivit le cours de l’eau. Il parvint, au soir du premier jour, à
l’endroit où le fleuve se jetait dans le lac. L’île se profilait à quelques centaines de brasses. Sans plus
attendre, il se jeta dans les flots tumultueux. Il entreprit de fouiller l’île. Il dut interrompre ses
recherches à nuit faite.
Il se résolut à dormir sur place. Le lendemain, il reprit ses recherches, toute une journée
durant. Il désespérait de réussir quand, alors que le soir tombait de nouveau, dans un épais bosquet de
roseaux, il trouva le roseau d’or. À peine l’eut-il taillé avec son couteau, que le roseau lui échappa.
Dès qu’il eut touché le sol, le roseau se métamorphosa en une jeune fille, vêtue de sa seule
longue chevelure noire qui lui battait les talons. La jouvencelle au roseau était encore plus belle que
dans ses rêves ! Ses yeux étaient verts, couleur d’eau mouvante. Sa peau délicate avait la couleur du
lait. Ses lèvres étaient aussi rouges que des grenades. Il émanait de sa personne un parfum si délicat
qu’aucune rose ne lui était comparable.
Le prince voulut la mener sur-le-champ jusqu’au palais de son père. La jeune fille l’en
dissuada :
– Je ne peux être présentée à ton père dans le plus simple appareil. Tu dois, mon bien aimé, toi
que j’ai appelé en rêve durant toutes ces nuits, aller me quérir une robe afin que j’apparaisse à tous
digne d’être ta femme. Va vite, je t’attendrai !
Le prince se rendit aux raisons de la jouvencelle. Il reprit aussi vite que cela se peut le chemin de la
Capitale.
Ce que tous deux ignoraient, c’est que la sorcière n’avait perdu miette de la rencontre de
l’homme et du roseau, de la métamorphose de la jouvencelle, de la discussion entre les deux jeunes
gens ! Comme elle voulait être reine, elle donna au dépourvu un coup de baguette à la jeune fille, qui
devint un petit poisson d’or ! Drapée dans sa longue chevelure noire, identique à celle de la
jouvencelle, la sorcière attendit le retour du prince.
Les choses ne se déroulèrent pas comme ce dernier l’avait prévu : le roi le dissuada de
retourner sur-le-champ chercher sa promise.
– Tu seras plus utile ici, pour recevoir nos invités ! Envoie plutôt ton serviteur, et la femme de
chambre, qui sera dorénavant à l’entière disposition de ta femme, jusqu’à l’île, avec un carrosse.
Puisque tu veux en faire une reine, elle doit entrer en reine dans la Capitale !
Le jeune homme se rendit aux raisons de son père.
Pendant que le carrosse traçait chemin vers l’île au roseau, le jeune homme s’empressa auprès
des invités à la noce, veillant à ce qu’ils ne manquassent de rien !
En arrivant sur place, la femme de chambre, portant une robe de soie agrémentée de perles et de
diamants destinée à la jouvencelle, ne put s’empêcher de s’étonner à haute voix que le prince eut
choisi femme si laide, ridée comme un pachyderme, à la peau si noire !
– C’est à cause du prince ! Il m’a fait attendre toute une journée en plein soleil, prétendit la
sorcière. Dans quelques jours, il n’y paraîtra plus. Je redeviendrai la jouvencelle de ses rêves. Tu dois
me couvrir la tête d’une étoffe afin de me protéger des agressions du soleil !
C’est donc voilée que la sorcière pénétra dans la Capitale de son futur royaume. Le prince
s’étonna d’un tel travestissement :
– Pourquoi, ma bien aimée, dissimuler ton visage à la beauté incomparable à nos invités ?
Elle lui fit d’amers reproches sur le peu d’empressement qu’il avait mis à venir la chercher. Cette
désinvolture expliquant la raison pour laquelle elle avait le teint gâté ! Le prince fut surpris par la voix
croassante qui émanait du voile. Il mit cela sur le compte des fatigues du voyage. La sorcière obtint du
roi qu’il fît couper la tête de la femme de chambre qui l’avait trouvé femme si laide, ridée comme un
pachyderme, à la peau si noire !
Le mariage eut lieu. Le soir même, le prince découvrait enfin la supercherie. Trop tard ! Ils
étaient mariés devant Dieu. De ce jour, le prince erra désespéré dans le palais. Il évitait autant qu’il le
pouvait tout face à face avec sa femme. Il passait de longues journées à se promener au bord de la
rivière ; cette rivière qui lui rappelait le souvenir de la jouvencelle au roseau…
Le petit poisson d’or avait remonté la rivière en amont. Il parvint ainsi aux abords du palais. Il
pouvait ainsi voir le prince déambuler, la mine sombre, en regardant mélancoliquement couler l’eau.
Des serviteurs venaient chaque jour pêcher afin d’assurer en poisson frais les repas du roi, du prince et
de sa femme. Le petit poisson d’or se laissa volontairement prendre dans les mailles de leurs filets.
Les pêcheurs furent surpris en voyant un petit poisson si beau, aux grands yeux verts, couleur
d’eau mouvante. Ils le délivrèrent avec précaution.
Ils coururent le montrer au prince. Celui-ci, en découvrant le petit poisson d’or et les grands
yeux verts, couleur d’eau mouvante, commanda immédiatement qu’on bâtit un bassin de marbre rose.
C’est au bord de ce bassin qu’il passait dorénavant ses journées, observant avec tendresse les grands yeux verts, couleur d’eau mouvante, qui lui rappelaient ceux de la jouvencelle au roseau.
La sorcière savait de quoi il retournait ! Elle alla trouver le roi, son beau-père. Elle lui dit que si
elle était si laide, si le prince perdait la raison en s’amourachant d’un poisson, il y avait là quelque
maléfice qu’elle se faisait fort de conjurer :
– Envoyez votre fils sous un prétexte quelconque loin du palais. Faites cuire le petit poisson.
Partageons-nous en la chair. Je retrouverai ma beauté et l’amour de mon mari. Vous, vous recouvrerez
jeunesse et vigueur !
Le roi crut à la fable de la sorcière ! Il éloigna son fils. Durant son absence, il fit pêcher et cuire
le petit poisson, qu’il partagea avec sa belle-fille. La chair du poisson ne procura ni beauté, ni amour à
la sorcière ; le roi n’en obtint ni jeunesse ni vigueur !
Le cuisinier jeta les arrêtes. Le serviteur du prince les enterra dans un coin du jardin. En
l’espace d’une nuit, un rosier poussa où gisaient les restes du petit poisson d’or. Au matin, les rameaux
bourgeonnaient. À midi, les roses étaient fraîches écloses ! Le prince se désola de la disparition du
petit poisson d’or. Quand il vit le rosier, quand il sentit les senteurs enivrantes qu’il dégageait, il entra
en extase devant une telle splendeur, une telle délicatesse !
La sorcière enrageait ! Elle alla de nouveau trouver le roi, son beau-père. Elle lui dit que si elle
était si laide, si le prince perdait la raison, s’amourachant d’un rosier, il y avait là quelque maléfice
qu’elle se faisait fort de conjurer :
– Envoyez votre fils sous un prétexte quelconque loin du palais. Faites arracher le rosier. Faites le
brûler. Je ferai de la cendre un philtre que nous nous partagerons. Je retrouverai ma beauté et l’amour
de mon mari ; vous, vous recouvrerez jeunesse et vigueur !
Le roi crut de nouveau à la fable de la sorcière ! Il éloigna son fils. Durant son absence, il
commanda qu’on arrachât le rosier. Le jardinier refusa. Telle une furie, la sorcière le fit congédier sur
l’heure. Ses serviteurs arrachèrent l’arbuste, qu’ils brûlèrent. Le philtre que confectionna la sorcière
de la cendre ne lui procura ni beauté, ni amour ; le roi n’en obtint ni jeunesse ni vigueur !
Ce que la sorcière ignorait, c’est que le jardinier avait regagné sa masure, aux abords de la
Capitale, en emportant l’une des roses ! Comme il lui fallait bien manger, le jour suivant il gagna le
marché pour trouver quelque emploi de portefaix ! Durant son absence, la rose se métamorphosa en
jouvencelle au roseau. Quelle ne fut pas la surprise du jardiner en constatant que la maison était rangée
avec soin et qu’un repas chaud l’attendait !
Le lendemain, les choses se déroulèrent à l’identique : la rose se métamorphosa en jouvencelle
au roseau, le jardinier trouva maison rangée et un repas chaud ! Le surlendemain, il revint à
l’improviste. Il découvrit l’existence de la jouvencelle au roseau !
– Je te supplie de ne point révéler pour l’heure ma présence en ces lieux. Va, je te prie, au
marché acheter la soie la plus recherchée, de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel !
Le jardinier agréa à la demande de la jouvencelle : il revint avec la soie. Elle en tissa un tapis
extraordinaire : il représentait un roseau d’or, un poisson d’or, un rosier, sur fond d’arc-en-ciel !
– Va, je te prie, exposer ce tapis au marché. Quoi qu’on t’en offre, refuse de le vendre. Quand le
prince viendra, refuse encore. Dis-lui que ce tapis est à lui, à condition qu’il se rende le soir dans ta
maison, accompagné de son père et de sa femme !
Le lendemain, tout le marché était en émoi ! Le bruit courait qu’on y trouvait le plus beau tapis qui soit ! Le jardinier déclinait les offres, toutes plus mirobolantes les unes que les autres.
Le serviteur du prince, qui avait accompagné le carrosse, savait tout de l’aventure de son maître. Il courut
l’informer de l’existence de ce tapis extraordinaire. Le prince était dans le plus complet ravissement
en examinant l’œuvre :
– Dis ton prix, jardinier ! Quel qu’il soit, je t’en donnerai dix fois plus !
– Ce tapis n’est pas à vendre, prince. Vous l’aurez pour rien, à condition de venir ce soir chez
moi avec votre père et votre femme !
Le prince accepta avec empressement la proposition. Le soir même, il se rendit aux abords de la ville,
dans la masure du jardinier. La nuit était noire. Ni lune ni étoile pour l’attendrir. La masure était
éclairée, sans qu’il s’y trouvât ni lampe, ni bougie, ni flambeau : la lumière qui baignait la pièce
émanait du tapis. Une voix s’éleva :
– Prince, roi et reine, je vais vous raconter une histoire. Il était une fois une fée transformée en
roseau d’or par une sorcière désireuse d’épouser un prince et de devenir reine !
Le tapis s’anima. Un bouquet de roseaux dodelinait au gré du courant !
– La fée redevint ce qu’elle était, poursuivit la voix, par la grâce de l’amour qu’elle portait à un
prince, et à celui que ce dernier éprouvait en retour pour elle. La sorcière la transforma de nouveau.
Elle devint petit poisson d’or frétillant dans un bassin de marbre rose !
Le tapis s’anima de nouveau. Le poisson d’or voguait dans les eaux bleues qui baignaient la pièce !
– La sorcière avait épousé par traîtrise le prince. Par traîtrise, elle fit manger de la chair du petit
poisson à son beau-père, le roi. Des arrêtes du petit poisson naquit un rosier !
Le tapis s’anima à nouveau. Un rosier envahit la pièce. Son parfum enivrant envoûta les assistants !
– Ce rosier, la sorcière le fit brûler. Un brave jardinier en recueillit pourtant une rose. Voici,
prince, roi, reine, l’histoire de la fée, qu’on nommait la jouvencelle au roseau, amoureuse d’un
prince !
La jouvencelle au roseau se matérialisa ! Le prince la serra dans ses bras. Le roi, furieux d’avoir
été dupé par une sorcière, fit enfermer celle-ci dans le cachot le plus noir, de la plus redoutable prison
du royaume.
Le prince épousa la jouvencelle. C’est ainsi que le vieux roi, juste et bon, réalisa le rêve qu’il
caressait depuis si longtemps : il transmit la couronne à son fils unique, et connut les joies de jouer au
grand-père en faisant sauter ses petits-enfants sur ses genoux !
« Dernière édition: 27 Avril 2015 à 06:09:53 par bunni » Journalisée

alouette2
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« Répondre #706 le: 27 Avril 2015 à 09:24:29 »

Un petit conte d'Olivier Clerc, écrivain et philosophe, d'une grande richesse d'enseignement. Il s'agit du principe de la grenouille chauffée : "La grenouille qui ne savait pas qu'elle était cuite."

Imaginez une marmite remplie d'eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille.

Le feu est allumé sous la marmite, l'eau chauffe doucement.
Elle est bientôt tiède.
La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue à nager.

La température continue à grimper.
L'eau est maintenant chaude.
C'est  un peu plus que n'apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s'affole pas pour autant.

L'eau est cette fois vraiment chaude.
La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle s'est affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien.

La température continue à monter jusqu'au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir.

Si la même grenouille avait été plongée directement dans l'eau à 50°, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l'aurait éjectée aussitôt de la marmite.

Cette expérience montre que, lorsqu'un changement s'effectue d'une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte.

Si nous regardons ce qui se passe dans notre société depuis quelques décennies, nous subissons une lente dérive à laquelle nous nous habituons.

Des tas de choses qui nous auraient horrifiés il y a 20, 30 ou 40 ans, ont été peu à peu banalisées et nous dérangent mollement à ce jour, ou laissent carrément indifférents la plupart des gens.
Au nom du progrès et de la science, les pires atteintes aux libertés individuelles, à la dignité , à l'intégrité de la nature, à la beauté et au bonheur de vivre, s'effectuent lentement et inexorablement avec la complicité constante des victimes, ignorantes ou démunies.

Les noirs tableaux annoncés pour l'avenir, au lieu de susciter des réactions et des mesures préventives, ne font que préparer psychologiquement le peuple à accepter des conditions de vie décadentes, voire dramatiques.

Le gavage permanent d'informations «politiquement correct» de la part des médias sature les cerveaux qui n'arrivent plus à faire la part des  choses...
Alors si vous n'êtes pas, comme la grenouille, déjà à moitié cuite,  donnez le coup de patte salutaire avant qu'il ne soit trop tard.

C’est ce que dénonçait déjà Saint Augustin (Algérie : 430 ap JC) :
« A force de tout voir, on finit par tout supporter…
A force de tout supporter, on finit par tout tolérer…
A force de tout tolérer, on finit par tout accepter…
A force de tout accepter, on finit par tout approuver »
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bbchaton
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« Répondre #707 le: 02 Mai 2015 à 17:07:02 »

l était une fois, dans une région lointaine du Viêt Nam, un jeune paysan, brave et généreux, prénommé Ngoc Tâm. Il avait une femme très belle et très élégante. Contrairement à son mari, qui était économe et laborieux, elle était paresseuse et adorait le luxe. Malgré cela, Ngoc Tâm aimait son épouse et lui pardonnait tout.

Malheureusement, cette union ne fut que de courte durée, car la jeune femme mourut brutalement un beau matin. Désespéré, Ngoc Tâm ne voulut pas se séparer du corps de son épouse et s'opposa à son ensevelissement.
Après avoir vendu ses biens, il s'embarqua avec le cercueil dans un petit bateau à voile, un sampan, et erra au gré du courant, n'ayant en tête aucune destination précise.
Un jour, son sampan l'amena au pied d'une colline verdoyante et parfumée. Descendu à terre, il découvrit un paysage d'une grande beauté avec des fleurs rares et des arbres chargés de fruits variés. Il rencontra soudain un vieillard à la barbiche et aux longs cheveux blancs. Il se dégageait du vieil homme une grande sérénité et une miséricorde étonnante. Ngoc Tâm comprit qu'il avait devant lui un génie des lieux. Il se jeta à ses pieds, l'implorant de rendre la vie à sa femme.
Pris de pitié, le génie lui dit : « Je vais exaucer tes vœux, car ton amour et ta douleur sont sincères. Mais puisses-tu ne pas le regretter plus tard ! » Puis il demanda au paysan d'ouvrir le cercueil, de se couper le bout du doigt et de laisser tomber trois gouttes de sang sur le corps de la défunte. Aussitôt, celle-ci ouvrit les yeux comme si elle sortait d'un long sommeil. Avant de partir, le génie s'adressa à la femme : « N'oublie pas tes devoirs d'épouse. Pense à l'amour que ton époux te porte et à son dévouement. Soyez heureux tous deux. »

Pressé de regagner son foyer, Ngoc Tâm rama jour et nuit. Un soir, il dut accoster pour aller acheter des provisions. Pendant son absence, la grande barque d'un riche marchand vint s'amarrer à côté de la sienne.
Frappé par la beauté de la jeune femme, le marchand entra en conversation avec elle, finit par la séduire et par l'emmener avec lui vers une nouvelle destination. À son retour, Ngoc Tâm, furieux, décida de se lancer à la poursuite du riche marchand.
Il parvint à retrouver ce dernier après de longs mois de recherche. Il retrouva également sa femme et lui proposa de le rejoindre. Habituée à la vie luxueuse que lui offrait le marchand, celle-ci refusa. D'un coup, le paysan fut guéri de son amour et dit à sa femme : « Tu es libre de me quitter. Mais tu dois me rendre les trois gouttes de sang que j'ai versées sur ton corps pour te ranimer. »
Heureuse de se débarrasser à si bon compte de son stupide mari, elle s'empressa de se piquer le doigt. Mais au moment où le sang commença à couler, elle s'écroula morte.
Toutefois, elle ne pouvait pas se résigner à quitter définitivement ce monde. Elle y revint transformée en un minuscule insecte poursuivant sans relâche Ngoc Tâm, pour lui voler les trois gouttes de sang qui la ramèneraient à la vie humaine. C'est cet insecte que l'on appelle « moustique ».
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bunni
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« Répondre #708 le: 10 Mai 2015 à 06:14:28 »


La soeur Alionouchka


Il y avait deux orphelins qui s'en allaient par les champs et les prés, par la longue route, par la vaste terre. Leurs parents étaient morts, les laissant tout seuls. La grande sœur Alionouchka et son petit frère Ivanouchka sont partis courir le monde au hasard, à l'aventure.
Le soleil est haut, le puits est loin, la chaleur est cruelle, la sueur ruisselle. Ivanouchka a bien soif.
- Patiente, petit frère, dit Alionouchka. On va arriver au puits.
Mais avant d'y arriver, ils voient un étang. Au bord, les vaches sont en train de paître. Ivanouchka dit :
- Alionouchka, ma sœur, je vais boire de l'eau de cet étang.
- Ne bois pas, petit frère. Tu deviendrais un petit veau.
Ivanouchka a obéi et ils ont poursuivi leur chemin. Mais le soleil est haut, le jour est loin, la chaleur cruelle, la sueur ruisselle. Au bord de la rivière des chevaux pais; Ivanouchka dit :
- Alionouchka, ma sœur, j'ai soif! Je vais boire dans la rivière.
- Ne bois pas, petit frère, tu deviendrais petit poulain.
Ivanouchka a soupiré, s'est laissé emmener. Mais le soleil est haut, le puits est loin la chaleur cruelle, la sueur ruisselle. Au bord d'un lac des chèvres broutent. Ivanouchka dit :
- Alionouchka, ma sœur, je n'y tiens plus ! Je vais boire là.
- Ne bois pas, petit frère, tu deviendrais petit chevreau.
Mais cette fois Ivanouchka n'a pas écouté sa sœur. Il a bu de l'eau du lac et aussi il est devenu un petit chevreau.
Alionouchka s'est assise dans l'herbe à pleurer des larmes amères ; le chevreau autour d'elle gambade, bêle. Mais pleurer n'est pas remède au malheur. Alionouchka a noué au cou du chevreau sa ceinture de soie et l'a emmené comme ça avec elle.
Un jour le chevreau gambadait en liberté, il est entré dans les jardins du tsar.
Alionouchka voulait le rattraper et l'a suivi. Les serviteurs du tsar l'ont vue, ils ont couru dire à leur maître qu'il y avait un chevreau dans ses jardins et avec le chevreau une jeune fille si belle que ça ne peut se raconter. Le tsar a voulu voir cette beauté, il a dit aux serviteurs de lui amener la jeune fille et son chevreau. Et il se mit à demander : qui ils sont, où il vont, d'où ils viennent ? Alionouchka ne lui a rien caché :
- Quand nos père et mère sont morts, mon frère Ivanouchka et moi, nous somme partis à l'aventure. Ivanouchka avait soif, il a bu de l'eau du lac où des chèvres broutaient Et il est devenu chevreau
    Plus le tsar l'écoute, plus il la regarde. Plus il la regarde et plus il la trouve belle. bien qu'à la fin il lui dit :
- Accepte-moi pour mari ! Tu seras vêtue d'or, coiffée d'argent. Et la chèvre vivra avec nous dans le contentement et la joie.
Alionouchka n'a pas dit non. Un tsar, ça n'attend pas après les bières-vins pour donner un festin ! On a vite célébré la noce et les voilà vivant tous trois ensemble, chevreau dans les jardins trottine, mange et boit avec le tsar et la tsarine. Et ils sont tellement heureux, qu'à les voir les braves gens se réjouissent, les méchants sont malades d'envie.
Mais un jour que le tsar était à la chasse, une méchante sorcière est venue trouver Alionouchka. Par des paroles trompeuses elle l'a attirée au bord de la mer, par traîtrise elle l'a jetée à l'eau avec une pierre au cou.
Puis la sorcière en Alionouchka s'est changée comme elle s'est vêtue-parée, dans le palais s'est installée. Tout le monde s'y est mépris même le tsar n'a rien remarqué. Seulement dans les jardins les fleurs se sont fanées, les arbres ont séché, l'herbe s'est flétrie. Et le chevreau qui savait la vérité ne mangeait plus ne buvait plus, restait au bord de la mer bleue à pleurer, à se désoler. De le voir comme ça, la sorcière écumait de rage. Et elle s'est mise à harceler le tsar :
- Fais tuer ce chevreau ! Il m'agace, il m'insupporte, je ne veux plus le voir !
Le tsar n'en revenait pas - sa femme qui aimait tant le chevreau, voilà qu'elle veut sa mort?... Mais à force d'insister, la sorcière a fini par lui arracher la permission de tuer chevreau.
Celui-ci, le pauvre ! avait tout compris. Il a demandé au tsar :
- Laisse-moi aller au bord de la mer bleue, barboter dans l'eau, laver mes petits bots.
Le tsar a permis. Et le chevreau a couru sur le rivage, il a appelé en pleurant :
Alionouchka, ma chère sœur !

Viens du fond de l'eau à mon secours !
Les grands feux ardents sont allumés,
Les grandes marmites sont préparées,
Les grands coutelas sont affûtés,
On s'apprête à me couper le cou !

Mais du fond de l'eau sa sœur lui répond :

Ah, Ivanouchka, frère chéri
La pierre pesante me retient au fond,
Les herbes marines entravent mes pieds,
Le serpent cruel a mangé mon cœur !
Le chevreau s'en est allé en sanglotant.

Vers la mi-journée il a encore demandé au tsar :

- Laisse-moi aller au bord de la mer bleue, barboter dans l'eau, laver mes petits sabots.
Le tsar a permis. Et le chevreau est retourné sur le rivage, il a appelé sa sœur en pleurant :

Alionouchka, ma chère sœur !
Viens du fond de l'eau à mon secours !
Les grands feux ardents sont allumés,
Les grandes marmites sont préparées,
Les grands coutelas sont affûtés,
On s'apprête à me couper le cou !

Et du fond de l'eau Alionouchka répond :

Ah, Ivanouchka, frère chéri !
La pierre pesante me retient au fond,
Les herbes marines entravent mes pieds,
Le serpent cruel a mangé mon cœur !

Le chevreau est revenu à la maison en pleurant. Et le soir venu, il a de nouveau demandé au tsar :

- Laisse-moi aller au bord de la mer, barboter dans l'eau, laver mes sabots.
Le tsar a permis. Mais il s'est dit en lui-même : «Pourquoi ce chevreau court-il tout le temps au bord de la mer ?» et il l'a suivi sans se faire voir. Le chevreau s'est approché des vagues, a crié en pleurant :

Alionouchka, ma chère sœur !
Viens du fond de l'eau à mon secours !
Les grands feux ardents sont allumés,
Les grandes marmites sont préparées,
Les grands coutelas sont affûtés,
On s'apprête à me couper le cou !

Et le tsar a entendu une voix qui répondait du fond des eaux :

Ah, Ivanouchka, frère chéri !
La pierre pesante me retient au fond,
Les herbes marines entravent mes pieds,
Le serpent cruel a mangé mon cœur !

Mais le chevreau appelait encore et encore d'une voix déchirante. Et tout à coup, Alionouchka est apparue dans les vagues.
Le tsar s'est précipité. Il a saisi Alionouchka, il l'a tirée des eaux profondes, il a irradié la pierre qu'elle avait au cou. Et alors, elle lui a raconté tout ce qui s'était passé. Vous imaginez leur joie à tous les trois ! A force de gambader, le chevreau a fait trois culbutes - et à la troisième culbute il est redevenu le petit garçon Ivanouchka. Et quand le tsar, la tsarine et le petit frère sont rentrés à la maison, ils ont vu les jardins refleuris, l'herbe reverdie, les fleurs épanouies.
La sorcière, le tsar l'a fait brûler sur les mêmes feux qu'elle préparait pour le chevreau cendres ont été jetées au vent, pour que le souvenir en soit à jamais perdu. Et le tsar avec Alionouchka et le petit frère Ivanouchka ont vécu tout le reste de vie sans souci ni peine, dans la bonne entente et la joie.
« Dernière édition: 10 Mai 2015 à 23:01:28 par bunni » Journalisée

bunni
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« Répondre #709 le: 11 Mai 2015 à 13:02:35 »


Ourashima Taro et la déesse de l'Océan

Il y avait autrefois, au pays de Tango, une bourgade du nom de Mizunoé. Dans cette bourgade vivait un pêcheur, qui s’appelait Ourashima Taro. C’était un homme vertueux, au cœur sensible et bon qui, de sa vie, n’avait jamais fait ni souhaité de mal à personne.
Taro revenait un soir de la pêche. La prise ayant été abondante, il rentrait satisfait et joyeux. Sur le rivage, il aperçoit une bande de petits garçons, qui semblaient prendre un malin plaisir à tourmenter une petite tortue, trouvée sur le sable.
Taro n’aimait pas qu’on fît souffrir les bêtes. Il eut pitié de la tortue. S’approchant des enfants, et s’efforçant de donner à sa voix un ton impérieux :
- Quel mal vous a donc fait, dit-il, cette innocente créature, pour la tourmenter de la sorte ? Ignorez-vous que les dieux punissent les enfants qui maltraitent les animaux ?
- Mêlez-vous donc de ce qui vous regarde, répond insolemment le plus âgé de la troupe. Cette tortue n’appartient à personne. Nous sommes libres de la tuer si cela nous fait plaisir. Vous n’avez rien à y voir.
Le pêcheur comprend qu’aucun raisonnement n’aura de prise sur ces cœurs sans pitié. Il change de tactique et, d’un ton plus radouci :
- Allons, ne vous fâchez pas ainsi, mes enfants ! je n’avais pas l’intention de vous gronder. Je voulais vous proposer un marché. Voulez-vous me vendre cette tortue ? Je vous en donne vingt sous. Cela vous va-t-il ?
Vingt sous ! C’était une fortune pour ces marmots. Ils acceptent sans hésiter ; Taro leur donne donc deux petites pièces blanches ; aussitôt ils courent au village acheter des gâteaux. Resté seul avec la tortue, qu’il a
conscience d’avoir arrachée à une mort certaine, le brave pêcheur la soulève dans les mains, et lui dit, en la caressant :
- Pauvre petit animal ! Le proverbe te donne dix mille ans d’existence, tandis qu’il n’en accorde que mille à la cigogne. Que serais-tu devenu sans moi ? Je crois bien que tes dix mille ans auraient été considérablement écourtés ! Car ils allaient te tuer, ces vauriens !... Allons, je vais te rendre la liberté. Mais à l’avenir, sois prudente, et surtout ne retombe jamais plus dans les mains des enfants.
Cela dit, il dépose la tortue sur le sable, et la laisse aller. Puis, jouissant de la pleine satisfaction que procure toujours un bon acte accompli, il retourne en sifflant à sa demeure. Ce soir-là, la soupe lui parut meilleure, et son sommeil fut plus léger...
Le lendemain matin, Taro, s’étant levé de bonne heure, part pour la pêche, selon son habitude. Le voilà qui gagne le large, monté sur sa petite barque. Il va jeter son filet. Tout à coup, il perçoit dans l’eau un clapotement étrange.
- Monsieur Ourashima ! fait une voix derrière lui.
Le pêcheur se demande qui peut bien, à cette heure matinale, l’appeler par son nom. Il regarde autour de lui, mais il ne voit personne. Croyant s’être trompé, il se dispose de nouveau à commencer sa pêche.
- Monsieur Ourashima ! répète la même voix.
Taro se retourne une seconde fois. Quelle n’est pas sa surprise, d’apercevoir, tout auprès de la barque, la petite tortue, la tortue dont, la veille, il a sauvé la vie !
- Oh ! C’est donc toi qui m’as appelé ?
- Oui, c’est moi, Monsieur Ourashima. Je suis venue vous dire bonjour, et vous remercier du service que vous m’avez rendu hier soir.
- Voilà qui est bien aimable de ta part. Voyons ! que pourrais-je t’offrir ? Si tu fumais, je te passerais volontiers ma pipe. Mais tu ne dois pas fumer, toi !
- Non, je ne fume pas, Monsieur Ourashima. Mais, si ce n’est pas trop d’indiscrétion, j’accepterais avec plaisir une tasse de saké.
- Du saké ? Tu bois donc du saké ! C’est bien heureux ! J’en ai justement ici une petite bouteille. Il n’est pas de première qualité, mais il n’est pas mauvais tout de même. Voici !
Et le pêcheur, emplissant une tasse, la passe à la tortue, qui l’avale d’un trait. Puis, la conversation, un instant interrompue, continue de la sorte :
- En veux-tu une seconde tasse ?
- Non, merci, Monsieur Ourashima. Une seule me suffit... À propos, avez-vous déjà visité le palais d’Otohimé, la déesse de l’Océan ?
- Non, pas encore.
- J’ai justement l’intention de vous y conduire aujourd’hui.
- Comment ? Tu veux m’y conduire ? Mais il doit être bien loin, ce palais ! D’abord, je ne sais pas nager comme toi.
Comment veux-tu que je te suive ?
- Oh ! il n’est pas nécessaire de savoir bien nager, Monsieur Ourashima. Vous n’aurez même pas à nager du tout. Vous allez monter sur mon dos ; je vous porterai moi-même.
- Monter sur ton dos !... Mais, tu n’y penses pas, ma petite tortue. Quand bien même tu serais dix fois plus grosse, il serait impossible à un homme comme moi de monter sur ton dos, et de s’y tenir sans danger !
- Ah ! Monsieur Ourashima, vous trouvez que je suis trop petite ? C’est bien... Attendez une seconde. Vous allez voir.
Et voilà que la petite tortue se met à grossir... à grossir... Elle devient aussi grosse que la barque du pêcheur. Celui-ci, frappé de ce prodige, n’hésite plus. Il monte sur le dos de l’animal, s’y installe à son aise. Et la tortue l’emporte vers le palais d’Otohimé, la déesse de l’Océan.
Au bout de quelques heures, Taro aperçoit dans le lointain un immense monument :
- Quel est ce monument ? demande-t-il à la tortue.
- C’est le portail du palais, répond-elle.
Et, à mesure qu’ils approchent, le portail semble grandir, et se teinter de couleurs brillantes.
Ils arrivent enfin. La tortue dépose son cavalier sur du sable, dont chaque grain est une perle. Le pêcheur peut voir alors que le portail est en or massif, incrusté de pierreries.
Deux énormes dragons en gardent l’entrée. Ils ont un corps de cheval, une tête et des griffes de lion, des ailes d’aigle et une queue de serpent. Leur aspect est terrible ; néanmoins, c’est d’un regard plein de douceur qu’ils fixent le nouvel arrivé.
La tortue seule avait pénétré sous le porche. Elle en sortit bientôt, accompagnée d’une multitude de poissons. Il y en avait de toutes les grandeurs et de toutes les formes. Chacune des espèces que renferme l’Océan était représentée. Ils portaient tous la livrée de la déesse, couleur d’azur et galons d’argent. Ils s’avancèrent au-devant du pêcheur et le saluèrent jusqu’à terre, avec toutes les marques de la sympathie et du respect.
Le brave Taro ne comprenait rien à toutes ces choses ; mais, sachant très bien qu’on ne lui voulait aucun mal, il se laissa faire. On le dépouilla de son costume de pêche, et on le revêtit d’une magnifique robe de soie. On lui attacha aux pieds des pantoufles de velours ; puis un page charmant, le prenant par la main, l’introduisit dans le palais.
S’appuyant sur une rampe d’ivoire, il monte les sept degrés d’un escalier de marbre, et arrive devant la porte en bois d’acajou, sur laquelle scintillent des émeraudes. Elle s’ouvre d’elle-même et Taro pénètre dans l’appartement de la déesse. C’est une salle immense, dont le plafond en corail est soutenu par vingt colonnes de cristal. De nombreuses lampes en vermeil y donnent une douce et brillante lumière. Les parois sont en marbre parsemé de rubis et de pierreries diverses.
Au milieu de toutes ces merveilles, assise sur un trône de diamant, ornée de ses plus riches parures, et environnée de toute sa cour, se tient Otohimé, la déesse de l’Océan. Elle est extraordinairement belle, plus belle que l’aurore à son lever. Lorsque Taro la vit, elle le contemplait avec son plus gracieux sourire. Il voulut se prosterner. La déesse ne lui en laissa pas le temps. Se levant de son trône, elle s’avança vers lui, majestueuse et aimable, et lui prenant affectueusement les mains :
- Soyez le bienvenu ! lui dit-elle. J’ai appris que, hier soir, vous aviez sauvé la vie à l’un des sujets les plus vénérés de mon empire. J’ai voulu vous en exprimer de vive voix ma sincère reconnaissance, et voilà la raison pour laquelle je vous ai fait venir ici.
Taro ne savait que répondre. Il se tut. Alors, sur un signe de la déesse, on le fit asseoir sur un coussin en soie, cousue de fil d’or. On lui apporta une petite table en ivoire, sur laquelle étaient posés, dans des plateaux de vermeil, toutes sortes de mets appétissants. Taro fit un repas, comme il n’en avait jamais fait depuis qu’il était au monde. Quand il eut fini de manger, la déesse le conduisit voir les diverses parties de son palais.
Le pêcheur marchait de surprise en surprise, d’éblouissement en éblouissement. Mais ce qui le frappa le plus, et mit le comble à son admiration, ce fut le jardin. Il y avait là quatre parterres immenses ; chacun représentait l’une des quatre saisons de l’année.
À l’est, c’était le parterre du printemps : d’innombrables pruniers et cerisiers en fleurs s’élevaient au-dessus d’un verdoyant gazon ; de nombreux rossignols y modulaient leurs délicieuses romances ; des alouettes y faisaient leur nid.
Au sud s’étendait le parterre de l’été : là, des pommiers et des poiriers, dont les branches pliaient sous le poids de leurs fruits. Des cigales y remplissaient l’air de leurs cris assourdissants et monotones. Il y régnait une grande chaleur, tempérée par un doux zéphyr.
L’automne était représenté par le parterre de l’ouest. Le sol y était couvert de feuilles jaunissantes et de bouquets de chrysanthèmes. Enfin, le parterre de l’hiver était au nord : c’était un immense tapis de neige, entourant un étang de glace...
Taro passa sept jours dans ce palais enchanteur. Fasciné par toutes les merveilles qui s’offraient à ses regards, charmé de la bonté que lui témoignait la déesse, et du bien-être qu’il éprouvait auprès d’elle, il avait oublié son village ; il ne songeait plus à son vieux père, à sa femme, à ses enfants, à sa barque, à ses filets.
Un jour pourtant il s’en souvint, et la tristesse le prit.
- Que doit penser mon père, se dit-il, d’une si longue absence ? Combien ma femme et mes enfants doivent être inquiets, et attendre mon retour ! Ils me croient peut-être mort, englouti au fond de l’Océan ! Et ma barque, qu’est-elle devenue ? Et mes filets ?...
Alors, Taro résolut de partir. Il en parla à la déesse. Celle-ci essaya bien de le retenir encore, mais toutes ses instances demeurèrent infructueuses. Ce voyant, la belle Otohimé le prit à part dans sa chambre secrète et, tirant du fond d’un coffre une petite boîte en laque, elle la lui donna, en disant :
- Puisqu’à tout prix vous voulez partir, Monsieur Ourashima, je ne vous retiens plus.
Tenez ! Emportez cette boîte, comme souvenir de moi et de votre séjour ici. Mais promettez-moi que, quoiqu’il arrive, vous ne l’ouvrirez jamais. Monsieur, retenez bien mes paroles : le jour où, cédant à une curiosité coupable, vous ouvrirez cette boîte, vous êtes un homme mort.
Taro accepta le présent avec beaucoup de reconnaissance. Il promit que jamais il n’ouvrirait la boîte, quoiqu’il puisse arriver. Puis la déesse l’embrassa sur le front, elle l’accompagna jusqu’au seuil de sa porte, et ils se séparèrent. Le pêcheur remonta sur le dos de la tortue, et celle-ci le ramena au rivage...
Taro est de retour. Mais, comme tout a changé pendant son absence ! Les arbres qui se trouvent à l’entrée du bourg ne sont plus ceux qu’il était habitué à y voir. Le village s’est agrandi ; il y a des maisons nouvelles, des maisons comme il n’en a jamais vu de sa vie. Quel n’est pas son étonnement de ne plus retrouver aucune de ses connaissances ! Tous les visages qu’il rencontre lui sont entièrement inconnus !
Ne comprenant plus rien à cette soudaine métamorphose des hommes et des choses, Taro ne sait que penser ni que croire. Il lui tarde de retrouver son père, sa femme et ses enfants, pour apprendre de leur bouche le pourquoi de ce qui l’étonne. Il se dirige vers sa demeure. Là, sa surprise redouble. C’est bien cette maison qu’il a quittée, il y a sept jours. Mais elle tombe en ruines. Il s’approche et jette un coup d’œil à l’intérieur. Il n’y voit aucun des objets qui lui étaient familiers. Il n’y retrouve ni son père, ni sa femme, ni ses enfants.
Sur la natte, un vieillard est assis, les bras appuyés sur le bord du brasero, mais ce vieillard n’est pas son père ! Taro va défaillir sous le poids d’une émotion trop forte. Il se contient pourtant encore.
- Bon vieillard, demande-t-il d’une voix étouffée, il y a sept jours que j’ai quitté ce village. Tout y a changé depuis. Cette maison est à moi, et je vous y trouve, vous, un inconnu. Où sont donc mon vieux père, ma femme et mes enfants, que j’ai laissés ici ?
- Jeune homme, répond le vieillard, qui croit avoir à faire à un fou, je ne sais ce que vous voulez dire. Qui êtes-vous donc ? Quel est votre nom ?
- Je suis Ourashima Taro, le pêcheur.
- Ourashima Taro ! s’écrie le vieillard au comble de la surprise, mais alors, vous êtes... un fantôme... un revenant... une ombre !... J’ai souvent, en effet, entendu parler d’un certain Ourashima Taro. Mais, voilà bien longtemps qu’il n’est plus de ce monde. Il y a sept cents ans qu’Ourashima Taro est mort !
- Sept cents ans ! s’écrie le pêcheur.
Aussitôt il pâlit et chancelle. Ces dernières paroles du vieillard sont pour lui comme un trait de lumière. Il a compris ! Il a compris qu’il a passé sept cents ans dans le palais de la déesse Otohimé, et que ces sept cents ans lui ont semblé sept jours...
Une profonde tristesse envahit son âme. Il quitte ce village inhospitalier, qui n’est plus le sien, et où il n’a personne. Tout pensif, il se rend à la grève. Instinctivement, ses regards cherchent à apercevoir la tortue : car il voudrait bien maintenant retourner au palais... Mais la tortue a disparu, probablement pour toujours...
Taro s’assied sur le sable, et verse des larmes brûlantes. Tout à coup, ses yeux se portent sur la boîte, la boîte mystérieuse qu’Otohimé lui a donnée au départ, et à laquelle, dans son trouble, il n’avait plus songé.
- Que contient cette boîte ?... La déesse m’a dit, en me la remettant : le jour où, par une curiosité coupable, vous ouvrirez cette boîte, vous êtes un homme mort... Une déesse ne ment point... et pourtant, qui sait ?... Peut-être est-ce pour m’éprouver qu’elle m’a dit cela !... Peut-être cette boîte contient-elle mon bonheur !... Et puis, après tout, que m’importe la mort, à cette heure ?... Ne suis-je pas seul au monde, sans parents, sans amis, sans connaissances, sans fortune ?... Oui, mieux vaut cent fois la mort, qu’une existence aussi malheureuse !...
Ainsi pense Taro. Alors, d’un mouvement nerveux, il entrouvre la boîte. Il en sort un nuage épais, qui l’enveloppe des pieds à la tête. Soudain, ses cheveux deviennent blancs comme la neige, son front se ride, ses membres se dessèchent et il tombe mort sur la plage.
Le lendemain, des pêcheurs découvrirent sur la grève le corps d’un homme qui avait vécu sept cents ans...
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Fougère
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« Répondre #710 le: 22 Mai 2015 à 04:15:51 »

Le vieux moine marche en direction du village, en passant prés d'un champs il apperçoit une jeune fille assise à l'ombre d'un arbre...

- Bon jour, dit il ...

- bonjour répondit la jeune fille...

- qu'y a-t-il? pour afficher une telle tristesse?...

- Je m'en veux, mes parents sont vieux et je ne les ai pas vu vieillir,j'ai mené ma vie sans m'en occuper alors que je vis près d'eux. Aujourd'hui je suis allée les voir, ma mère est malade et mon père s'est blessé et je me suis aperçue qu'ils ne pouvaient pas rester seuls, je m'en veux...

- Tu t'en veux pourquoi?...

- parce que je n'ai rien vu, parce que je suis la plus proche d'eux mes frères et soeurs sont trop loin et je n'ai rien fait...

- Crois-tu que si tu avais été plus loin comme tes frères et soeurs tu ne t'en serais pas voulu? tu aurais peut -être culpabilisé parce que tu étais trop loin et que tu ne pouvais rien faire?non?...

- Peut-être...

- regarde ce qui est,le jugement ne t'aide pas au contraire, si tu le peux agis, si tu ne le peux pas cela ne servira à rien de te juger sans cesse...

- Oui mais ce sont mes parents...

- Oui et ils sont libres, libre d'être, la frontière entre l'aide et l'ingérence est étroite, ils seront contents si tu leur apportes un peu d'aide mais ils aiment leur liberté, malgré leurs soucis ils "sont" à part entière.Nous sommes comme ces graines qu'emporte le vent, tout est en nous, le germe, la force,la vie, la future plante, la fleur, le parfum tout est dans la graine il suffit d'un peu de chaleur, d'eau, et la graine s'épanouit ...

- Je dois leur apporter de la chaleur et de l'amour et les laisser libre de vivre leur vie?...

- Oui,je le pense,décider de tout est un peu de l'ingérence à mon avis et est ce que ce serait leur vie?...

- Je vais faire ce que je peux en respectant la vie qui est en eux...


Le vieux moine sourit et continua sa marche en silence, son chemin...
« Dernière édition: 22 Mai 2015 à 13:48:53 par Fougère » Journalisée
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« Répondre #711 le: 27 Mai 2015 à 10:26:28 »


Le conte du vieux cheval de bois...

Un vieux cheval de bois, dans un sombre grenier,
Se morfondait du froid d’une amitié passée ;
Il avait été mis au repos dans un coin
Mais il n’avait rien dit tant il était chagrin.
Il y avait longtemps qu’il était oublié,
Des hivers, des printemps, à ne plus les compter ;
Il voyait, sans passion, les lunes d’or passer
Et comptait les rayons pour se désennuyer.
Il revivait l’histoire de sa propre existence
Questionnant sa mémoire sur sa plus tendre enfance
Et il se souvenait des longues promenades
Dans le jardin secret d’un enfant qui gambade.
Mais il était fourbu et ses vieux os usés
Ne lui permettaient plus les efforts prolongés ;
C’est pour cela qu’un jour, le ciel virant au gris,
On l’avait, sans amour, condamné à l’ennui.
Il avait en mémoire, solidement ancrée,
L’attente, un certain soir près de la cheminée ;
Il se voyait encore au pied du beau sapin,
Un ruban rouge et or suspendu à ses crins.
Il avait attendu, ses grands yeux bleus ouverts,
Que sorte enfin des nues le gamin « Petit Pierre » ;
Il avait aussitôt attendri le bambin
Par ses roues aux sabots et son regard câlin.
Les jeux duraient souvent ce que durent les jeux :
Le bonheur d’un instant que l’on partage à deux ;
Joueur, le petit Pierre du lundi au lundi
Agrippait la crinière pour des sauts de cabri.
Puis, tout à coup, plus rien…! Le trou noir et l’oubli…!
- Les rires enfantins cessent souvent ainsi -
Tout redevient normal, il nous faut oublier
Comment le vieux cheval eut la patte brisée… !
Dans un coin du salon, près de l’ancien bonheur,
L’équidé sans aplomb perdit de ses couleurs.
Il était resté là, rêves inachevés,
N’osant plus un seul pas par crainte de gêner.
C’est ainsi que prit fin l’épopée cavalière
- Même les beaux chemins sont parsemés d’ornières -
L’équidé, en détresse arriva au grenier
Offert à la tristesse des toiles d’araignées.
Les années s’écoulèrent en tendresse ou soupirs,
Le temps pour Petit Pierre de finir de grandir ;
Puis, au soleil de juin, piqué par Cupidon,
Il croisa, en chemin, un cœur de Cendrillon.
De cet Amour géant naquit le Petit Louis ;
Il fit ses quelques dents, ses premiers pas aussi ;
Puis, grandissant encore, il monta l’escalier
Pour chasser les trésors dans le vaste grenier.
Le jeu ne fut pas vain, l’enfant émerveillé
Délivra de son coin le cheval anémié.
Des colles en pommade et caresses en peintures
Naquirent des ruades pour d’autres aventures.
Il ne faudrait jamais, par respect du passé,
Remiser au secret ses jolies chevauchées ;
La vie est un manège, un recommencement,
Tombe, tombe la neige… revoici le printemps…
Si demain, comme moi, vous croisez le chemin
D’un destrier de bois le cœur plein de câlins,
Dites-moi simplement qu’avant de l’adopter
Vous ferez le serment d’oublier le grenier.

J.R
« Dernière édition: 27 Mai 2015 à 15:22:58 par bunni » Journalisée

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« Répondre #712 le: 20 Juin 2015 à 05:22:25 »


L’incroyable paire de lunettes

Il était une fois chez un opticien, un monocle doré qui se trouvait seul dans une vitrine. Il s’ennuyait terriblement. Il n’avait ni famille, ni amis. Le vendeur l’avait choisi pour être le représentant de son magasin dans sa vitrine. Au début le monocle doré fut heureux et fier d’avoir été choisi mais il se sentit bien vite seul et triste. Personne ne pouvait l’acheter, le monocle étant en or l’opticien l’avais mis à un prix excessivement élevé. Personne n’en avait les moyens. Et chaque jour qui passa, le monocle doré espéra de tout son cœur qu’un autre monocle prenne sa place ou que l’opticien lui apporterait de la compagnie. Les mois passèrent et toujours rien, c’était comme si le vendeur l’avait oublié. Ça faisait tellement longtemps qu’il attendait, qu’il n’espérait même plus avoir de la compagnie un jour. Mais voilà le destin en a décidé autrement. C’était un jour de livraison comme un autre. L’opticien reçut de nouveaux cartons remplis de montures. Il s’agissait des derniers monocles à la mode. Le vendeur sortit des cartons de somptueux spécimens en cristal et en diamant. Ils étaient tous d’une beauté magnifique. Le vendeur les installa sur des étagères, dans son magasin puis installa dans sa vitrine un petit monocle d’un cristal blanc éclatant qui faisait se refléter la lumière du jour. Elle était un modèle d’une perfection divine. Le monocle doré était subjugué par la beauté de ce monocle. Il essaya de l’aborder à plusieurs reprises, mais jamais elle ne daigna lui répondre, le rejetant chaque jour. Il se demanda pourquoi, avait-il fait quelque chose de mal ?
Non, mais ce qu’il ne savait pas c’est qu’il flattait énormément cette dame, il l’amusait beaucoup avec ses tentatives. Il finit par arrêter ses tentatives, quand soudain il entendit un gloussement. Il se retourna et trouva le monocle en cristal se retenant de rigoler. Le monocle doré se retrouva en pleine confusion.
Qu’avait-il fait de si drôle ? Il se posa tant de fois la question que cela le rongeait, quand soudain le monocle de cristal lui adressa enfin la parole :
« Alors comme ça vous laissez tomber ?  »
En bégayant le monocle doré lui répondit :
 » Je, je, je ne comprends pas, pas, pas de quoi vous parlez, Ma, Madame.
– Vous avez cessé vos tentatives pour me faire la conversation lui explique-t-elle en rigolant. Je dois avouer que je trouvais cela très plaisant.
– C’est, c’est vrai ? Et en quoi ?
– Oui c’est vrai vous ne me connaissiez même pas, et vous essayiez de me faire la conversation.
– Je trouve ça tout à fait normal. Je me nomme Dorur.
– Enchantée moi c’est Cristal.
– Vous avez un très joli nom ma chère.
– Le votre n’est pas mal non plus.
– Merci beaucoup.  »
Ils commencèrent à discuter ensemble. Des affinités se créèrent petit à petit. Ils finirent par devenir inséparables. Mais, un jour l’opticien mit le monocle doré en solde. Il le mit à moitié prix. Le lendemain, un vieux monsieur arriva au magasin, il s’agissait de l’homme le plus riche du conté. Il possédait un nombre incalculable de monocles différents. L’opticien vient l’accueillir très chaleureusement :
 »  Bonjour monsieur, que puis-je faire pour vous ?
– Bien le bonjour monsieur, je cherche un monocle adapté à ma vue s’il vous plaît.
– Quelle est votre correction monsieur ?
– Ma correction est de 1,5.
– Alors, voyons ce qu’on peut vous proposer parmi mes montures. Nous pouvons vous proposer ce monocle noir.
– Non, beaucoup trop simple !
– Peut-être que cette monture bleu-gris vous conviendrait-elle mieux ?
– Non j’aimerais quelque chose de plus majestueux, quelque chose qui montre ma richesse.
– Dans ce cas, là je peux vous proposer ce modèle. Sa couleur représente parfaitement votre richesse. En plus il est à moitié prix.
– Parfait à combien est-il ?
– À 30 000 € monsieur.
– C’est raisonnable, je vous l’achète.  »
L’opticien fit le paquet de monsieur et le remercia tout en lui remettant :
 »  Un grand merci à vous monsieur. Bonne journée, au revoir.
– Bonne journée à vous aussi, au revoir.  »
L’opticien venait de vendre Dorur. En lui enlevant par la même occasion le bonheur qu’il venait de trouver auprès de Cristal. Le voilà parti avec le vieil homme laissant Cristal, seule, derrière lui. Cristal, fut très triste du départ de Dorur. Mais un événement allait tout arranger. Car en effet quelques mois plus tard le vieil homme revint. Sa vue avait encore diminué.
 » Bonjour monsieur en quoi puis-je vous aider ?
– Bonjour je suis venu il y a quelques mois mais malheureusement ma vue a encore baissé.
– Très bien de combien a t-elle baissé ?
– En tout elle a baissé de 2,5.
– Je n’ai qu’une seule monture à vous proposer.  »
Il lui montra Cristal.
 »  La voici, c’est la seule monture adaptée à votre vue que je possède.
– Elle est parfaite ! Elle montre bien ma richesse. Combien fait-elle ?
– Elle coûte 900 000 €.
– C’est d’accord, voici pour vous. Il lui tendit un chèque de 1 000 000 €
– Mais monsieur il y a 100 000 € de trop.
– Je vous en fais cadeau !
– Je vous remercie du fond du cœur, un grand merci !  »
Et le vieil homme repartit avec Cristal. En rentrant chez lui le vieil homme montra sa monture à son petit fils puis la rangea dans son armoire. Il était temps pour lui d’aller dormir.
Dans l’armoire Cristal chercha désespérément autour d’elle pour trouver la silhouette familière de Dorur. Mais elle ne la trouva point. Quand soudain elle entendit :
 » Cristal !  » c’était la voix de Dorur.
Elle se fraya un chemin parmi les autres montures jusqu’à la voix de Dorur. Et là, elle vit ce monocle qu’elle aimait tant.
 » Dorur ! Comme je suis heureuse de te revoir !
– Moi aussi je suis heureux vous m’aviez tellement manqué !  »

Ils continuèrent à discuter longtemps après leurs retrouvailles. Ils s’étaient tellement rapprochés l’un de l’autre, qu’un beau jour quand le vieil homme voulut prendre Cristal il se retrouva avec quelque chose de merveilleux. Cristal et Dorur avaient comme fusionné. Le vieil homme avait maintenant une paire de lunettes faite en cristal de couleur dorée. Il n’en croyait pas ses yeux ! Etant un grand admirateur de monocle, le vieil homme retourna furieux chez l’opticien pour lui demander des explications. Ce dernier se trouva pris au dépourvu. Jamais il n’avait été témoin d’un tel événement au cours de sa vie. Il proposa au vieil homme d’échanger la paire de lunettes contre son magasin. Le vieil homme accepta ne sachant pas ce qu’il venait de perdre. L’opticien, lui, avait compris cette union. Il prit sa retraite, donna le magasin au vieil homme et fut heureux jusqu’à la fin de sa vie. Il exposa la paire de lunettes dans une vitrine jusqu’à sa mort. Il légua les lunettes à son fils, lui demandant d’en prendre soin.
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« Répondre #713 le: 24 Juin 2015 à 10:52:02 »



                                                   

Dans un petit bourg  à la campagne


Achille Zavatta a 100ans

Le cirque a planté son chapeau pointu sur la place publique.
Merveilles  découvertes aux yeux des gamins curieux qui galopent entre les roulottes. Ce soir,  représentation exceptionnelle pour le  centenaire du Patron.
Entrée gratuite pour les moins de 12 ans et les plus de 80.
Entre les platanes du mail, on a accroché des guirlandes de lumières clignotantes. Le crépuscule approche. L’orchestre est en répétition :  tout à l’heure il exécutera l’hymne spécialement composé  à la gloire du centenaire.
Les descendants du patriarche  formeront une haie d’honneur autour du fauteuil  sur  lequel trônera Achille.
On ne sait pas encore comment Il sera habillé, mais les quatre enfants :Maria, Giuseppe, Zinda, Ettore, ont chacun revêtu le costume évoquant le rôle qu’ils ont tenu  naguère, sur la piste. Ecuyère pour l’une, acrobate  à l’échelle pour l’autre, dompteur de chameaux , trapèziste, tous quatre sont désormais retraités et ce sont leurs quatorze descendants qui ,ce soir, assureront le spectacle. Monsieur Loyal sera assisté d’un joueur de saxophone. Zoé, la partenaire du lanceur de couteaux restera  la grande vedette : c’est elle qui a mis en scène le déroulement de la cérémonie.
Bon anniversaire Achille, et  fasse le ciel que nous puissions  encore longtemps rire de tes célebres fausses colères.


composé  à l'atelier d'écriture d'Orléans
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« Répondre #714 le: 28 Juin 2015 à 09:56:33 »



Le Croque-Lune

Au coeur d’une ville fort lointaine, un petit garçon vivait auprès de sa famille, dans une modeste maison. Ils n’étaient pas bien riches mais ils étaient heureux et pour eux, rien ne comptait plus au monde.
Comme il se couchait un soir, son papa ferma les volets tandis que sa maman le bordait. Lorsqu’ils furent clos, le petit garçon demanda :
« Dis, papa, pourquoi la lune change de forme toutes les nuits ? D’abord elle est toute ronde et après elle devient de plus en plus petite jusqu’à disparaître ! »
« Ca, mon garçon » répondit le papa « c’est à cause du Croque-Lune. Il en dévore un bout chaque nuit. Puis, il attend qu’elle repousse pour recommencer. »
« Mais pourquoi fait-il ça ? » interrogea l’enfant, curieux.
« Parce que, quand il mange la lune, des miettes de lumière se dispersent un peu partout dans le monde et permettent aux gens de rêver. »
Content et satisfait de cette explication, le petit garçon s’endormit paisiblement.

Durant la nuit, son sommeil le conduisit au pays des rêves où se mélangeaient des champs fleuris et des oursons en peluche, câlins et doux. Un corbeau se posa près de lui et lui dit :
« Ne regarde pas dans le ciel, petit garçon, ou il t’arrivera des ennuis »
Toujours aussi curieux, le jeune enfant n’écouta pas l’oiseau de malheur et leva la tête pour vérifier si son papa avait dit vrai. Dans le ciel, il vit une immense lune qui remplissait la nuit de moitié, éclairant son rêve comme en plein jour. Près d’elle, se trouvait un joli renard à la toison aussi blanche que la neige et qui portait au cou un collier d’argent rutilant.
« Bonjour, petit garçon » dit l’animal au pelage lumineux.
« Tu es le Croque-Lune ? » demanda l’enfant.
« Oui, c’est moi » affirma le renard blanc.
« Dis, pourquoi manges-tu la lune ? »
« Si tu m’apportes des gâteaux et du lait de ton monde, je répondrai à ta question » proposa l’animal de sa douce voix.
Le petit garçon accepta et partit continuer son rêve jusqu’au petit matin.

Le lendemain, avant d’aller se coucher, l’enfant demanda à sa maman s’il pouvait laisser quelques gâteaux et une coupelle de lait sur le bord de la fenêtre pour le Croque-Lune. Amusée, celle-ci déposa ce que l’enfant avait sollicité à l’endroit indiqué. De nouveau heureux, le petit garçon s’endormit.

Dès qu’il fut au pays des rêves, il leva la tête vers le joli renard blanc.
« Je t’ai laissé des gâteaux et du lait » expliqua-t-il.
« Tu as accompli ta part du marché. A moi d’en faire autant. Je mange la lune parce que je suis prisonnier du collier. Il m’oblige à le faire parce que sinon, le soleil finirait par la brûler et les rêves n’existeraient plus. »
« Alors tu n’en as pas envie ? »
« Non, mais grâce à toi, je ne suis plus obligé de le faire. Il est dit que si quelqu’un offre un repas au Croque-Lune, celui-ci prend sa place. »
Comme il disait ces mots, le collier d’argent disparut de son cou pour réapparaître à celui de l’enfant, le liant à la lune à tout jamais. Satisfait de son mauvais tour, le renard s’enfuit dans la forêt voisine en riant. Tout triste, l’enfant s’assit et regarda la lune.
« Je te l’avais bien dit » croassa le corbeau. « Tu as préféré écouter le joli renard plutôt que le vilain oiseau. Tu ne devrais pas juger des gens d’après leur apparence. »
« Je sais. Mes parents me le disent souvent. Je suis désolé. »
« Ce n’est pas grave » affirma le corbeau. « Tu ne devrais pas être là. Ton ventre ne pourra pas engloutir autant de lune. Chaque chose a sa place. Je vais t’aider. »
« Merci mais comment faire ? Le renard est parti et il ne m’offrira jamais à manger. »
« Ne t’inquiète pas pour ça. J’ai un plan. »
Laissant le petit garçon derrière lui, il s’envola vers la forêt.

Le corbeau était un être respecté et apprécié dans les bois. Tous les animaux reconnaissaient sa sagesse et sa bonté. Aussi, lorsqu’il leur demanda de l’aide, aucun ne la lui refusa. Il ne lui fallut pas longtemps pour retrouver le renard blanc qui gambadait gaiement dans une clairière. Tous se regroupèrent autour de lui et lui souhaitèrent une joyeuse liberté. Ils proposèrent même d’organiser une fête en son honneur dès le lendemain. Heureux, le renard se dandinait avec fierté.
Au fur et à mesure de leurs discussions, les petits animaux commencèrent à lui demander pourquoi il devenait transparent. Le renard n’y prêta tout d’abord pas attention mais il finit par s’inquiéter. Il questionna le hibou en premier.
« Grand hibou, duc des forêts, comment me vois-tu ? »
« Tu es d’un blanc pur et ton pelage semble aussi doux que la neige » répondit celui-ci.
Rassuré, le renard allait s’éloigner quand le volatile ajouta :
« Et tu es presque aussi transparent que l’eau. »
Paniqué, le joli animal courut en demander autant au corbeau dont tous admiraient la sagesse.
« Noir corbeau, détenteur du savoir, comment me vois-tu ? »
« Tu disparais » mentit le deuxième volatile.
« Mais comment est-ce possible ? »
« Tu es né pour accomplir une importante tâche. Sans elle, tu n’as plus de raison d’être. Quand le nouveau Croque-Lune aura fini son premier quartier, tu disparaîtras à jamais »
Affolé, le renard blanc s’enfuit. Il arracha une branche pleine de baies et, la tenant dans sa gueule, il l’amena à l’enfant, espérant que celui-ci n’avait pas trop entamé la lune.

Bien entendu, le petit garçon avait à peine essayé et n’avait plus eu d’appétit après seulement trois bouchées. Le joli animal vint déposer la branche à ses pieds en signe d’offrande. Ainsi, le collier retourna à son propriétaire véritable.
Le corbeau arriva peu après.
« Comment as-tu fait ? » lui demanda l’enfant.
« Il vient simplement d’apprendre » dit le corbeau en s’adressant au renard et au petit garçon « qu’il y a toujours plus malin que soi. »
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bbchaton
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« Répondre #715 le: 10 Juillet 2015 à 16:02:52 »

Celui qui n'en faisait qu'à sa tête


rêve-d'un-Songe eut un jour l'envie de voyager. Et à ceux qui lui en demandèrent la raison, il répondit : « Je veux découvrir des choses qu'il ne m'est pas donné de voir chaque jour ». Rêve-d'un-Songe quitta donc les siens et partit. Il marchait depuis plus d'une lune, lorsqu'il vit un vieil homme qui pêchait au bord d'un fleuve. « Hey ! lui cria le vieux. Tu es Rêve-d'un-Songe, je te reconnais. J'ai bien connu ton père. Que puis-je faire pour toi ?
—Me dire où mène ce chemin.
—À ta place, je n'irais pas plus loin. Mais si tu veux continuer, je te conseille de prendre garde. Dans cette forêt, tu verras un nouveau-né suspendu à une branche. Surtout, ne fais pas attention à lui, car, en réalité, ce n'est pas un enfant mais l'odieux Serpent-qui-n'est-Jamais-Rassasié. » Avant de le laisser partir, le vieux lui donna un couteau. « Prends ça, tu pourrais en avoir besoin. »
Rêve-d'un-Songe poursuivit sa route. Bientôt, il entendit des gémissements. Un bébé était suspendu à un arbre. Il passa devant sans s'arrêter, mais après quelques pas, il s'apitoya : « Qu'as-tu donc à pleurer ainsi ?
—Cela fait plus de dix neiges que je n'ai pas tété ma mère. »
Rêve-d'un-Songe lui donna son doigt à sucer. « Tiens, prends toujours cela, je n'ai rien d'autre à t'offrir. » Le nouveau-né s'arrêta de pleurer et entreprit de sucer le doigt. Puis il aspira la main. Et bientôt tout le bras disparut dans sa bouche. Effrayé, Rêve-d'un-Songe se souvint du couteau que lui avait donné le pêcheur. Il le planta dans le corps de l'enfant et celui-ci lâcha prise aussitôt. Mais quand Rêve-d'un-Songe regarda son bras, il vit que le Serpent-qui-n'est-Jamais-Rassasié avait avalé toute sa chair. « Heureusement, se dit-il, que je ne lui ai offert qu'un seul de mes bras. » Et il se remit en chemin.
Celui qui n'en faisait qu'à sa tête - illustration 1
Plus loin, le jeune homme rencontra une vieille en train de s'épouiller devant sa hutte. « Hey ! N'est-ce pas Rêve-d'un-Songe que je vois là ? J'ai bien connu ton père. Que puis-je faire pour toi ?
—Dis-moi, vieille, où conduit ce chemin ?

—Il traverse la Vallée-des-Squelettes. Si tu t'y aventures, ne t'y arrête pas. Un oiseau y chante constamment, mais ne l'écoute pas car il s'agit de l'Oiseau-qui-Jamais-ne-Dort, un des plus mauvais génies de la contrée. Tiens, voici un tomahawk au cas où tu en aurais besoin. »
Rêve-d'un-Songe prit l'arme et continua sa route. Après une courbe, le chemin devint si encombré de squelettes que le jeune homme eut du mal à avancer. C'est alors qu'il entendit un chant étrange. Il se dit : « Siffle tant que tu le voudras, je sais qui tu es. » Puis il s'arrêta pour contempler un crâne. À ce moment, il se sentit soulevé de terre et il monta vers les nuages. Au sommet d'une montagne, un oiseau le déposa dans son nid. « J'ai vu que tu étais fatigué, lui dit le volatile. J'ai été te chercher afin que tu te reposes ici. » Douillettement installé sur un lit de plumes, Rêve-d'un-Songe s'endormit. L'oiseau saisit sa jambe et en aspira la moelle. Rêve-d'un-Songe se réveilla en sursaut et asséna un coup de tomahawk sur la tête de l'oiseau.
Et le garçon continua son voyage… jusqu'au moment où il vit un vieil homme qui mettait son canoë à l'eau. « Hey ! N'es-tu pas Rêve-d'un-Songe ? Ton père était mon ami et c'était un homme de bon sens. Que puis-je faire pour son fils ?
—Je voudrais savoir où mène cette rivière.
—Elle conduit au grand lac. Mais en réalité ce n'est pas un lac, il s'agit du Monstre-qui-Jamais-ne-Bouge. Il digère ceux qui entrent dans son vaste estomac.
—Je veux y aller voir.
—Alors, prends ce canoë. Cependant, fais très attention, dès que tu sentiras une odeur nauséabonde, tu devras revenir très vite. Sinon, tu pourrais le regretter car le monstre te dévorerait. »
Rêve-d'un-Songe embarqua dans le canoë et descendit la rivière. Il arriva devant une large étendue d'eau et une odeur fétide le prit à la gorge. « Faut-il que je revienne maintenant ? » se demanda-t-il. Mais bien installé au fond de son canoë, il décida de continuer. Rêve-d'un-Songe ne se rendait pas compte qu'il était déjà avalé par le monstre. L'obscurité se fit autour de lui et elle devint de plus en plus épaisse à mesure qu'il progressait. Le jeune homme fut alors pris de peur. Il pagaya de plus en plus vite. Enfin, il vit devant lui une faible lueur qui grandit à mesure qu'il avançait. Puis ce fut une vive clarté. Rêve-d'un-Songe venait de sortir du monstre.

Fou de joie, il agita le bras, et son embarcation chavira. Il nagea jusqu'à la rive et poussa un soupir de soulagement. Mais pendant cet affreux voyage, le monstre avait avalé toute sa chair. Le jeune homme revit alors le vieil homme qui lui avait donné son canoë. « Aide-moi. Porte-moi sur ton dos, je suis exténué. » L'homme répondit : « Ah tiens, voilà qui est bizarre, un squelette me parle.
—Je ne suis pas un squelette, je suis Rêve-d'un-Songe. »

Le vieillard fut secoué par un grand rire. « Ainsi, tu es ce jeune fou dont je connaissais le père. Tu n'as nul besoin d'aide puisque tu n'en fais toujours qu'à ta tête. » Et l'homme entreprit de couper un arbre sans plus s'occuper du jeune homme. Alors, Rêve-d'un-Songe retourna à pied dans son village. Ses amis rirent bien en le voyant. Une grue leur avait raconté toute l'histoire. Non seulement Rêve-d'un-Songe avait perdu son couteau, son tomahawk et son canoë dans l'aventure, mais le dernier mauvais génie l'avait sucé jusqu'à l'os. Et c'est ainsi qu'il vécut, à l'état de squelette, au milieu des siens.
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bunni
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« Répondre #716 le: 17 Juillet 2015 à 04:21:11 »


Les contes d'autrefois

Emmène-moi, faire un tour au bois
Et raconte-moi les histoires d'autrefois.

Oui petit frère, j'en connais tous les airs
Ces vieilles légendes là, appartiennent aux grands-pères.

Petit Poucet, Belle au Bois Dormant et l'ogre méchant qui mange les enfants
Le vieux Barbe Bleue, toujours malchanceux, Rouge Chaperon, Cendrillon
Et le Chat Botté, viendrons nous chercher
Pour tous deux nous emportés dans un monde enchanté.

Emmène-moi, faire un tour au bois
Et raconte-moi les filles d'autrefois.

Oui petit frère, j'en connais tous les airs
Les demoiselles à marier ont perdu leurs souliers.

Au Bois Dormant, Belle au cœur changeant et l'ogre charmant, qui l'enlève en chantant
Les princes amoureux, les rois très heureux et dans les carrosses, Carabosse
Blanche Neige, les sept mains, Alice, un matin
Nous serons tous au réveil au pays des merveilles.

Emmène-moi, faire un tour au bois
Et raconte-moi les chansons d'autrefois.

Non, non mon frère, je n'en connais plus l'air
Il n'y a plus de troubadours, pas plus que de trouvères.

L'ami Pierrot, dans le clair de lune a jeté sa plume, il n'écrit plus de mots
Le roi Dagobert à un pantalon, qui n'a plus d'envers, allons bon
Et le Saint Éloi a perdu sa foi
Cadet Roussel, ses maisons, il n'y a plus d' chansons.

Et le Saint Éloi a perdu sa foi
Cadet Roussel, ses maisons, il n'y a plus d' chansons.

Et le Saint Éloi a perdu sa foi
Cadet Roussel, ses maisons, il n'y a plus d' chansons.
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myoumyou
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« Répondre #717 le: 27 Juillet 2015 à 14:09:08 »

  
Un conte des frères Grimm bien connu...
En musique... toute une ambiance, un décor créé au moyen de mélodies
.

Merci à Aurélien Le Gonidec



Cliquez sur le titre !

« Dernière édition: 27 Juillet 2015 à 14:30:58 par myoumyou » Journalisée

Chat malin Chat câlin, tu guéris tant de maux
Sans pour autant dire un mot...
bunni
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« Répondre #718 le: 18 Août 2015 à 08:50:36 »


Le peintre Touo-lan-ka

Bien loin dans le Sud de la Chine, là où vivent des gens que l'on appelle des Tai, se trouve un village entouré de palmeraies. Un peu en dehors du village, au bord d'une rivière à l'eau transparente, se dresse un vieux pavillon délabré, fait de bambous entrelacés. C'est là qu'il y a bien longtemps vivait le peintre Touo-lan-ka. Ce n'était pas un peintre ordinaire, et l'on aurait eu du mal à trouver son pareil. Il était vraiment «possédé» par la peinture, et peignait sur tout ce qui lui tombait sous la main : que ce soit du papier, de la soie ou du bois. Il sortait rarement, ne faisant qu'une fois de temps à autre un saut jusqu'au temple, au village, mais n'allez pas croire que c'était pour prier ou offrir des sacrifices aux dieux. Allons donc ! Ce n'était pas dans sa nature. Il y restait bien tranquille dans un coin, observant tous ceux qui venaient là, et se gravant leurs traits dans sa mémoire. Puis il rentrait chez lui, s'enfermait dans son pavillon, prenait son pinceau et se mettait à peindre, peindre et peindre. Si dehors le soleil dardait ou si la froide lune brillait, il n'en savait rien. Chaque jour il peignait sept visages, et au bout de la semaine, c'étaient sept fois sept visages qui le regardaient, accrochés sur les murs de son pavillon. Or il arriva que juste lorsqu'il achevait de peindre le quarante-neuvième visage de cette semaine-là - et c'était par une nuit de tempête où le vent violent ployait les arbres jusqu'au sol et qu'il tonnait -, quelqu'un frappa à la porte.
« Qui cela peut-il bien être ? » grommela le peintre. « Qui donc le diable amène-t-il avec cette bourrasque, quand même le hibou reste tranquille ? »
- Je suis la Mort, déclara une voix derrière la porte. Je me charge des âmes des défunts d'ici, et aujourd'hui le Roi des Cieux m'a envoyée te chercher.
« Le tonnerre aurait bien pu la frapper, cette maudite ! » pensa Touo-lan-ka, qui avait le coeur bien serré. Il reprit cependant courage et alla ouvrir. Sur le seuil, se dressait une ombre tout de noir vêtue, aussi sombre que la nuit.
- Entre donc, dit Touo-lan-ka, mais tu dois attendre un instant, il me faut encore achever de peindre quelque chose. Et comme si de rien n'était, il tourna le dos à la Mort, reprit son pinceau et se remit à peindre.
En constatant que Touo-lan-ka ne se souciait pas d'elle et peignait tranquillement, la Mort s'impatienta :
- Allons allons, dépêchons-nous un peu, tu ne peux pas faire attendre ainsi le Roi des Cieux !
- Ne te fâche pas, répondit doucement le peintre, mais moi, il faut que j'achève de peindre au moins cette fillette. Va plutôt en avant, et dis à ton maître qu'il ait un peu de patience.
Le Grand Faucheur était fort curieux de savoir ce que Touo-lan-ka peignait et il se rapprocha pour regarder. Son coeur glacé eut un tressaillement. Sur le tableau, une belle jeune fille semblait lui sourire ! Jamais il n'en avait vu de si belle. Tout doucement, sur la pointe des pieds, il sortit du pavillon de bambou et s'en retourna au ciel.
- Et alors, tu reviens seule ? demanda sur un ton sévère le Roi des Cieux.
- Que Votre Majesté me pardonne, s'excusa la Mort, mais cela ne se pouvait pas, j'ai dû le laisser achever de peindre un visage.
- De ma vie je n'ai vu chose pareille ! s'exclama le Roi des Cieux, se départissant complètement de son calme. Allons, vite amène-le-moi ! C'est la Loi du Ciel, et je ne la laisserai pas enfreindre par un peintre grincheux !
Le Grand Faucheur dut donc redescendre sur Terre. En traversant la palmeraie, déjà il voyait au loin la faible petite lumière clignotante à la fenêtre du pavillon de bambou, seule tache claire dans la profonde obscurité. Il ouvrit brusquement la porte, mais resta figé sur le seuil. Du tableau, un visage de jeune fille si tendre, si lumineux lui souriait ! Un tel visage, même au ciel il eût été difficile d'en voir un pareil.
« En voilà une hâte », grommela le peintre, tout absorbé par sa peinture. Mais, comme cette fois-ci la Mort ne se laissa plus repousser, Touo-lan-ka, obéissant, rassembla ses affaires de peintre, quelques esquisses, un cierge de sacrifice et suivit enfin la Mort.
Quand ils furent devant le Roi des Cieux, le peintre s'agenouilla et s'inclina comme il convenait à un simple mortel. Dans la main gauche, il tenait le cierge allumé, et dans la droite son matériel de peinture.
- Bon, bon, dit le Roi des Cieux en hochant la tête d'un air magnanime, je sais que sur la Terre tu étais un peintre célèbre, et que tu ne peux vivre sans ta peinture. Eh bien, tu pourras continuer à peindre au Ciel !
Touo-lan-ka s'inclina profondément, en remerciant le Ciel lui-même de cet honneur. Pourtant, il ne put retenir quelques larmes. Cela se comprend ! Il lui fallait se séparer de son pays, de la Terre elle-même, à laquelle aucun ciel ne peut être comparé. Un peu triste, il souffla son cierge, et la Mort le conduisant jusqu'à l'Esprit de la Vie, lui dit :
- Dorénavant, ta place est ici : fais maintenant ce que tu dois y faire !
C'est ainsi que le peintre s'installa auprès de l'Esprit de la Vie. Il disposa sur le sol, près de lui, ses pinceaux, sa pierre à délayer l'encre, son petit pot à eau, son encre de Chine, et il se remit à peindre. Et chaque fois que l'Esprit de la Vie devait décerner une âme à un nouveau-né, Touo-lan-ka cherchait dans ses portraits celui qui allait convenir le mieux à ce futur être humain.
Il faut pourtant l'avouer, Touo-lan-ka trichait assez souvent ! Il ne voulait pas se séparer de ses plus beaux portraits : il les gardait pour lui tout seul. Les mamans Tai ont beau lui faire les plus belles offrandes pour qu'il attribue à leur bébé le plus beau visage du monde, c'est peine perdue : les plus beaux, il les garde pour lui, là-haut dans les cieux.
« Dernière édition: 18 Août 2015 à 18:16:11 par bunni » Journalisée

bunni
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« Répondre #719 le: 01 Septembre 2015 à 04:16:08 »


Il était une fois...

Au Royaume des Espoirs, un roi et une reine s’aimaient éperdument. Ils habitaient dans un somptueux palais, voyageaient dans tous les royaumes du monde et leurs sujets les adoraient.
 
Pourtant, ils ne se sentaient pas comblés. Le roi et la reine rêvaient d’entendre des voix enfantines dans leur château. Plus que tout, ils désiraient tenir leurs bébés dans leurs bras et les regarder grandir chaque jour un peu plus.
-                    Comme ce serait agréable de se faire réveiller par des chansons d’enfants plutôt que par l’horloge grand-père ! disait le roi.
-                    Et j’aimerais tellement jouer à la cachette et à la marelle au lieu de calculer le budget du royaume..., répondait la reine.
 
Cela semblait pourtant impossible. Depuis leurs noces royales, ils essayaient  de donner naissance à une charmante princesse ou à un petit prince. Rien n’y faisait : aucune trace de mouvement dans le ventre de la reine. Aucun bébé dans le berceau doré. Aucun gazouillis dans les tours du palais.
-                    Continuons de diriger le royaume de notre mieux. Soyons justes et généreux. Après tout, nos sujets sont un peu comme nos enfants.
 
Mais la nuit, lorsque la porte de leur suite privée se refermait derrière eux et que personne ne les entendait, le roi prenait la reine dans ses bras, la reine caressait les cheveux du roi, et ils pleuraient. Si au moins ils comprenaient pourquoi le mauvais sort s’acharnait sur eux…
 
Un jour, ils annoncèrent que la personne qui conjurerait le sort deviendrait chevalier officiel du palais. C’était leur dernier espoir. Les premiers temps, il y eut bousculade au château !
 
Un sorcier apporta une potion bleuâtre d’où s’échappait une fumée étrange.
-                    Majestés, cette recette de mon cru vous permettra d’enfanter des dizaines et des dizaines de princes et de princesses à votre image. Ils seront aussi magnifiques que vous et aimés de tous.
La reine goûta à la mixture. Le goût était épouvantable, mais elle cacha son dégoût pour ne pas insulter le sorcier. Sa peau tourna au bleu. Son visage se crispa. Mais son ventre resta vide et plat.
 
Une fée se présenta au château. Elle s’approcha de la reine avec un air énigmatique. Arrivée près d’elle, elle agita sa baguette magique dans tous les sens, comme si elle chassait les mouches. « Babiole et bobinette, bébé bambino dans la bedaine ! » : en prononçant ces paroles, elle donna trois coups minuscules sur le ventre de la reine. Rien ne se produisit.
 
Une lutine savante tenta l’impossible à son tour.
-                    Monsieur le Roi, croyez-moi ! Ma technique fonctionne à tout coup. Prenez cette poudre dans votre main gauche, et soufflez dessus en formant un baiser avec vos lèvres. Avec votre pouce droit, répandez la poudre magique sur la tête de la reine en imaginant votre bébé. L’amour et la tendresse feront le travail…
La poudre diamantée se répandit sur tout le corps de la reine grâce au souffle du roi. La robe de la dame se mit à scintiller. Il y avait certes énormément d’amour et de tendresse entre eux. Mais aucun bébé n’apparut, ni à ce moment ni plus tard.
-                    Nous devrions tout arrêter, confia la reine. Cela ne donne rien du tout. Je suis épuisée. Des dizaines de prétendants au poste de chevalier royal sont venus à notre rescousse et aucun n’a réussi. C’est peine perdue. Contentons-nous d’être roi et reine. Nous ne serons jamais père et mère. Essayons d’être heureux ainsi.
Le roi se résolut à accepter le destin bien que son rêve de fonder une famille avec la reine fût brisé.
 
Quelque temps plus tard, un paysan entendit parler du désir du couple royal. Comme il aimait beaucoup le roi et la reine, il eut une idée. Il prit dans son tablier trois graines :
            une graine de citrouille,
            une graine de tournesol,
            et une graine de marronnier.
Plusieurs années auparavant, un mystérieux jardinier les lui avait remises en affirmant qu’il saurait comment les utiliser le moment venu. Le paysan confia les graines au roi en lui conseillant de les placer sur le nombril de son épouse chaque fois qu’une éclipse lunaire aurait lieu. L’homme encouragea le couple royal à être patient puisque les miracles prennent parfois du temps avant de devenir réalité.
 
Même s’ils avaient peur d’être déçus, la reine et le roi firent exactement ce que le paysan avait dit.  La première fois qu’il vit la Lune disparaître dans l’ombre de la Terre, le roi déposa la graine de citrouille sur le nombril de la reine. Malgré leurs doutes, ils se laissèrent bercer par un rayon orangé jusqu’au matin, en espérant que la magie opère.
 
Le lendemain, rien ne se produisit. La semaine suivante, rien. Le roi et la reine pleuraient encore plus qu’ils ne l’avaient fait jusqu’alors.
 
Et puis, un jour, la reine sentit un petit quelque chose en elle qu’elle ne reconnaissait pas. Un soubresaut, un murmure de papillon dans le creux de son ventre. Très doux, rempli de mystère. Lorsqu’elle en parla au médecin du palais, elle eut la surprise de sa vie : un minuscule bébé s’était installé en elle ! Elle l’annonça au roi en pleurant, de joie cette fois.
 
Plusieurs mois plus tard, un bébé bien joufflu naquit. Ses cheveux ressemblaient à une cascade de safran. Son sourire était aussi grand qu’une pleine Lune, et ses yeux étincelaient comme une flamme dansante. Le roi et la reine découvrirent le bonheur d’être parents. Ils prirent soin de leur garçon comme du plus précieux des trésors. Ils organisèrent une fête grandiose pour le présenter au royaume. Le peuple couvrit le prince de présents et souhaita aux nouveaux parents de donner naissance à d’autres enfants.
 
Quelque temps plus tard, le paysan consulta la Nature, sa fidèle amie, pour connaître ses plans. La Nature lui annonça qu’une éclipse lunaire se préparait, ce dont le paysan s’empressa d’informer le roi et la reine. Ils attendirent cet événement avec impatience : cette fois-ci, ils savaient que la magie était possible. Lorsque le ciel s’assombrit, le roi déposa la graine de tournesol sur le nombril de son épouse qui n’osait plus respirer, de peur de la faire tomber. La graine zébrée de noir et de blanc resta bien en place, et la magie opéra. Peu de temps après, la reine ressentit de nouveaux mouvements en elle et elle comprit qu’elle portait un enfant. Le bébé qui arriva dans leur vie était blond et lumineux, tel un soleil. Ses cheveux valsaient dans les airs comme une chanson douce. Ses mains se tournaient sans cesse vers ses parents, l’air de dire « Je vous ai attendus si longtemps ! ». En plus de voir leur fils grandir et jouer, ils avaient maintenant une mignonne princesse à dorloter. Le roi et la reine ne pensaient pas pouvoir être plus heureux.
 
Mais oui, ils pouvaient se sentir encore plus comblés. Le paysan leur avait donné une troisième graine, une graine de marronnier. Le couple attendit l’éclipse de Lune suivante, et ils refirent le même processus magique : le roi déposa la graine de l’arbre  sur le nombril de la reine avec toute la douceur du monde, et l’attente reprit. Lorsque la reine sentit une aile de colibri bouger à l’intérieur de son ventre, elle sut tout de suite que le miracle annoncé par le paysan était complet. Au bout de plusieurs mois, le roi et la reine accueillirent un charmant prince dont la chevelure de bronze rappelait la richesse des marrons et les yeux, la profondeur d’une forêt enchantée. Avec une si belle famille, le couple royal se sentait choyé.
 
Ils voulaient absolument tenir leur promesse. Ils visitèrent donc le paysan qui leur avait remis les graines de citrouille, de tournesol et de marronnier. Ils lui proposèrent de devenir chevalier officiel du palais.
-                    Majestés, leur répondit-il, votre offre me touche. Cependant, je préférerais vous servir en vous apportant les légumes de mon potager, les fruits de mon jardin et les fleurs de mon champ. Cultiver la beauté, c’est ce que j’aime faire et c’est ce que je fais le mieux. S’il vous plaît, pourrais-je rester paysan ?
 
La reine fut attendrie par sa généreuse simplicité. Elle lui répondit :
—                Monsieur, je vous admire. D’abord pour le miracle que vous avez accompli, mais encore plus pour votre fidélité à vous-même. Que pourrais-je vous offrir pour vous remercier ?
 
Le paysan réfléchit quelques secondes :
—                Ce qui me rendrait le plus heureux serait de rencontrer vos enfants. Les miens sont devenus adultes et ils ont quitté le royaume ; ils me manquent. Ma cour est terne sans cris d’enfants ni jeux.
 
À partir de ce moment, la reine, le roi et leurs trois enfants visitèrent le paysan chaque dimanche.
 
Le petit garçon roux grandit et apprit à sculpter les citrouilles pour l’Halloween. Tout ce qu’il touchait se transformait en œuvre d’art et en fête. La fillette aux cheveux dorés apprit à faire pousser toutes les espèces de fleurs jusqu’au soleil. Elle pouvait même réveiller les plantes endormies et faire refleurir les buissons rabougris. Et le petit dernier, celui qui avait les cheveux marron, choisit de récolter les fruits et les noix qui croissaient dans les arbres. Il était le meilleur ami des animaux de la forêt et les oiseaux dormaient à son chevet.
 
Non seulement le roi et la reine avaient accompli leur mission de donner naissance à des enfants, ils avaient aussi agrandi leur famille puisque le paysan en faisait maintenant partie. Tout le peuple jubilait de voir le couple royal si heureux. Le roi et la reine traitaient désormais les sujets du Royaume des Espoirs avec encore plus de bonté et de bonheur et cela pour une raison : grâce à leur persévérance et à l’aide du paysan, ils avaient réappris à croire aux miracles et à la vie.

N.C.
« Dernière édition: 01 Septembre 2015 à 07:43:39 par bunni » Journalisée

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